Ottawa, 12 fév 2019 (AFP) - Une ministre de Justin Trudeau a annoncé mardi sa démission, en pleine polémique sur des allégations de pression de la part de l'entourage du Premier ministre canadien en faveur de la société SNC-Lavalin, impliquée dans un scandale de corruption en Libye.

Jody Wilson-Raybould, rétrogradée au poste de ministre des Anciens combattants lors d'un mini-remaniement en janvier, était auparavant ministre de la Justice et procureure générale. Selon le quotidien Globe and Mail, le cabinet de Justin Trudeau a tenté de faire pression sur elle, en vain, pour qu'elle évite un procès à la société canadienne SNC-Lavalin, et que la justice conclue avec cette dernière un accord à l'amiable.

"Le coeur gros, je présente ma démission du poste de ministre des Anciens combattants", a-t-elle expliqué dans un tweet diffusé mardi matin.

"Je suis consciente que de nombreux Canadiens souhaitent que je m'exprime sur des questions relayées par les médias depuis une semaine", a poursuivi Mme Wilson-Raybould, joignant sur Twitter une copie de sa lettre de démission. Elle y précise avoir recruté un avocat pour déterminer "les éléments dont (elle) pourrai(t) parler en toute légalité dans cette affaire".

Le bureau de Justin Trudeau a indiqué à l'AFP que Jody Wilson-Raybould avait annoncé lundi soir au Premier ministre sa démission du gouvernement.

"Le Premier ministre a convoqué ce matin une réunion du conseil des ministres pour les informer de la démission de Mme Wilson-Raybould" et il s'exprimera sur le sujet plus tard mardi après-midi lors d'une conférence de presse à Winnipeg (centre), a déclaré une porte-parole de M. Trudeau.

A quelques mois d'élections législatives incertaines, les responsables de l'opposition ont appelé ces derniers jours le Premier ministre à faire toute la lumière sur ces allégations, notamment en levant le secret professionnel auquel l'ancienne ministre de la Justice est tenue.

Lundi, une enquête officielle a été confiée au Commissaire canadien à l'éthique, un haut-fonctionnaire indépendant. M. Trudeau a salué l'ouverture de cette enquête et a réaffirmé l'indépendance du système judiciaire canadien.

Il a répété toute sa "confiance" en Mme Wilson-Raybould, qu'il a dit avoir rencontrée à deux reprises lundi.

La maison-mère du groupe SNC-Lavalin, ainsi que ses filiales de BTP et de développement international, sont poursuivies depuis quatre ans pour "corruption d'agents publics étrangers" et pour "fraude".

Selon la police fédérale, SNC-Lavalin a remis à des fonctionnaires et dignitaires libyens 48 millions de dollars canadiens (32 millions d'euros) "pour convaincre ces derniers d'utiliser leurs positions pour influencer les actes ou les décisions" du gouvernement libyen, à l'époque de Mouammar Kadhafi.

En attendant qu'un nouveau ministre soit nommé en remplacement de Jody Wilson-Raybould, le ministre de la Défense Harjit Sajjan "assume immédiatement les responsabilités de ministre des Anciens Combattants par intérim", a indiqué le bureau de M. Trudeau.

et/sab/leo

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Publié le 12/02/2019 07:58