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Des mots pour les maux

Dignité, combat, empathie : pourquoi 2014 doit être l’année de la revanche des mots oubliés

Publié le 01 janvier 2014
Les mots ont un sens et leur usage révèle beaucoup de l'état de notre société et de nos valeurs. Ils orientent fréquemment nos vies et l'avenir des nôtres. Alors quels mots souhaitez-vous pour 2014 ?
Jean-Sébastien Hongre
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Jean-Sébastien Hongre, entrepreneur sur Internet, est l’auteur de Un père en colère aux Editions Max Milo et d’Un joueur de poker chez Anne carrières.
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Les mots ont un sens et leur usage révèle beaucoup de l'état de notre société et de nos valeurs. Ils orientent fréquemment nos vies et l'avenir des nôtres. Alors quels mots souhaitez-vous pour 2014 ?

En tout état de cause, pour ce qui est de 2013, le bilan est affligeant. Récemment, si on en juge par les déclarations successives de plusieurs ministres sur les chiffres du chômage, c'est bien l'expression "mauvaise foi" qui nous vient à l'esprit en cette fin d'année. Sous le voyeurisme impitoyable des caméras, le travestissement de la vérité nous rappelle la domination - tout bord confondu - d'une malhonnêteté intellectuelle élevée au rang "d'outil de com'". La forme prime le fond depuis longtemps. Et si en 2014 on choisissait la probité plutôt que le mensonge d'état ?

Dans le même ordre d'idée, toute l'année, la tactique du "deux poids deux mesures" semble avoir présidé aux décisions politiques. Ainsi les auteurs du mur des cons ou les émeutiers du Trocadéro ont été protégés par la ministre de la Justice tandis qu'un gamin de 21 ans était envoyé à Fleury Merogis simplement pour avoir manifesté contre le mariage pour tous. Là aussi on rêve que le mot équité domine 2014...

Nous vient ensuite à l'esprit le ridicule d'un président de la Vème République humilié par une effrontée hors-la-loi du Kosovo. On aimerait rêver d'un retour de l'honneur dans notre République mais on doit bien admettre que depuis De Gaulle, on a un peu honte de ce terme. La bien-pensance aurait vite fait de le rapprocher de celui de fierté nationale, donc du nationaliste, donc du fascisme par son habituel terrorisme intellectuel qui a fait le lit des extrêmes depuis 40 ans. Alors, en 2014, le terme dignité pourra-t-il supplanter celui d'abaissement ?

Délocalisations, fermetures d'usine, faillites, ces mots nous ont été répétés aux 20 heures tout au long de l'année et on croit se sauver à coup de traitement social du chômage, d'emplois subventionnés ou de reclassement. Et pourtant aucun effort de productivité ne permettra jamais de concurrencer un ouvrier chinois à 200 euro/mois. Alors quoi ? D’où vient ce refus de se battre et de taper du poing sur les tables de Bruxelles ? Peut-on rêver d'une Europe combative, puissante, pugnace ? Peut-on croire qu'en 2014 le mot combat supplantera celui de soumission ?

Aussi grave, en exploitant jusqu'à la corde les comptes en banque des citoyens et un secteur privé qui se rétrécit année après année, une aristocratie étatique consanguine, semblable à celle de la Russie de la fin du 19ème ou à celle sous Louis XVI, continue d'engraisser une caste protégée derrière les murailles du périphérique et distribue des rentes aux mairies, aux conseils régionaux, aux conseils généraux et aux multiples officines subventionnées. Avec un tel pillage sur le dos du secteur marchand et des citoyens, que restera-t-il dans 10 ans de l'économie privée en France ? Doit-on s'attendre un PIB à 80% publique façon URSS avec pour perspective la même chute dans le vide ? "Pourquoi tuer ce qui te nourrit" écrirait La Fontaine au président ? Comment justifier une politique favorisant une frange de la population uniquement parce qu'elle vote pour soi ? Quand verrons-nous le président privilégier le mot Nation à celui de catégorie ?

Télé-réalité, voyeurisme, actu people, clash, meurtres et viols déclinés en "saisons", ces mots claquent sur tous les écrans dont on est gavé heures après heures. Culture de la violence, rétrécissement de la pensée, disparition progressive de la parole aux profits de messages lapidaires, les citoyens ne s'écoutent plus. Théâtre, littérature, peinture, sculpture, musique interrogent leurs avenirs face à la génération Nabilla. L'enjeu est majeur car chacun mesure au fond de son cœur que former une nation de civilisés requiert l'apprentissage de l'émotion, du beau, de la complexité des sentiments humains, de l'infini gamme du sensible. Former une nation de civilisés requiert aussi l'éducation à une éthique humaniste, avec ou sans Dieu. Ainsi naissent l'esprit de tolérance, l'attention à l'autre par l'oubli de soi et la conscience morale comme prévention du mal comme l'a si bien décrit Dostoïevski dans Crimes et châtiments. Là aussi, saurons-nous prêts à nous battre pour que le mot culture et le mot morale l'emportent ?

Alors on espère pour les générations suivantes. Mais on constate le recul de notre éducation dans tous les classements internationaux, on pressent les conséquences de la chute du statut du professeur au profit de l'enfant "au centre du dispositif éducatif" comme l'écrivent les théoriciens du ministère depuis des décennies. On soupçonne un formatage continu des esprits à l'économie "mixte", au refus de la performance, à un misérabilisme compassionnel comme philosophie de vie, à une repentance comme ornement de la haine de soi, et à un relativisme absolu qui tient lieu de "vivre ensemble" et du "chacun-fé-ce-kil-veut".  On a voulu faire disparaître l'excellence et les classements, la récompense ou la sanction, l'effort et le sacrifice comme outils de l'ascenseur social. On a naturellement récolté la sélection par défaut, le nivellement par le bas, la médiocrité comme horizon. Osera-t-on le retour du mot exigence en 2014 ?

Lynchages gratuits, émeutes, barbaries, la violence s'étend en mots et en maux, touchant les plus faibles tandis qu'une frange de la population refuse de "voir ce qu'elle voit" comme l'a cité Alain Finkielkraut dans son dernier essai "L'identité Malheureuse". Souvent en provenance de zone protégée, un déni de réalité par lâcheté, par égoïsme, et par incapacité à user du mot fermeté. On a oublié depuis longtemps qu'avant de réinsérer, la dignité de la justice consiste précisément à "rendre justice" pour la victime, cette grande oubliée des tribunaux. Comment fera-t-on pour glisser dans l'imaginaire de chacun le mot empathie ?

Oui les mots ont un sens et il faut se souvenir de ces autres mots disparus, des mots porteurs de civilisation que sont le respect, la politesse, la bienveillance, l'écoute, la pudeur, la retenue, des mots bourgeois et ringards selon la génération qui les a assassiné il y a 40 ans après une révolution d'enfants gâtés. Le résultat, nous le connaissons.

Alors ? Si l'an prochain on réveillait tous ces mots oubliés ? Changer de vocabulaire, c'est un premier pas pour se réinventer...

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Cha68
- 05/01/2014 - 21:32
Bravo
Bravo pour cet article qui résume parfaitement l'état de la France, république de déni et de laxisme où les valeurs sont inversées. Quand le bateau coulera les vierges effarouchées de la bien pensance seront elle toujours enfermées dans leurs dogmatisme absolu et la négation de la réalité ?
Anemone
- 01/01/2014 - 21:04
Dignité, combat, empathie
Faudrait d'abord qu'on les utilise avec leur VERITABLE DEFINITION!
.
--- Dignité : tout être vivant -même malade et handicapé est digne de vivre.
.
---- Combat? Pour qui pour quoi?
Qu'est ce qu'un combat? Un combat à la sauce tartarin de Tulle? Un combat contre le "racisme" (tout le monde sait que racisme veut dire "religion", c'est bien sur!)
.
---- Empathie?
La définition, c'est " se mettre à la place de l'autre SANS EN RESSENTIR LES ÉMOTIONS,.. Sorte de sympathie froide"
Ce n'est pas "faire pleurer dans les chaumières sur une photo ou un film truqué.
.
Donc, si ces mots sont bien utilisés, OK.
.
Sinon, c'est de la foutaise! (genre Comité national d'éthique dont la composition a changé 6 mois avant la date légale, avec des personnalités "conformes à la pensée dominante" pour rendre un avis conforme à Pervers 1er, roi du Pipeau)
Inconnu
- 01/01/2014 - 14:56
Très bon argumentaire, arbat.
On sent que vous avez fait de votre mieux !
Ah, au fait, au râtelier que vous défendez, le foin est-il bon ?