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88 % des photos à caractère sexuel que les adolescents mettent sur Internet finiraient sur des sites pornographiques.
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Sexting et exhibition en ligne : pourquoi les adolescents y succombent si souvent
Publié le 30 octobre 2012
Selon une étude, 88 % des photos à caractère sexuel que les adolescents mettent sur Internet finissent sur des sites pornographiques. Le 10 octobre dernier, un jeune homme de 18 ans s'est suicidé après qu'une de ses "amies" l'ait menacé de diffuser une vidéo de lui nu sur Internet.
Francis Métivier est Docteur en philosophie, enseignant en Lycée et dans le supérieur. Spécialiste de questions d'esthétique et d'éthique, il est l'auteur de plusieurs livres : "Rock'n philo" (Bréal) ; "Sexe & Philo" (Bréal) ou encore "L'esprit du vin...
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Francis Métivier
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Francis Métivier est Docteur en philosophie, enseignant en Lycée et dans le supérieur. Spécialiste de questions d'esthétique et d'éthique, il est l'auteur de plusieurs livres : "Rock'n philo" (Bréal) ; "Sexe & Philo" (Bréal) ou encore "L'esprit du vin...
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Selon une étude, 88 % des photos à caractère sexuel que les adolescents mettent sur Internet finissent sur des sites pornographiques. Le 10 octobre dernier, un jeune homme de 18 ans s'est suicidé après qu'une de ses "amies" l'ait menacé de diffuser une vidéo de lui nu sur Internet.

Atlantico : Le déshabillage en ligne (ou "sexting") semble être une pratique en nette recrudescence ces derniers temps. Problème : d'après une étude de l'Internet Watch Foundation (IWF), 88 % des photos à caractère sexuel que les adolescents mettent sur Internet finissent sur des sites pornographiques (voir ici). Comment expliquer que les jeunes continuent de prendre de tels risques en postant ce type de photos ?

Francis Métivier : En tant que philosophe, j’aurais tendance à penser que derrière une pratique nouvelle, se trouve une caractéristique humaine universelle ou un défaut humain universel. En l’occurrence, il s’agit plutôt d’un défaut, et il n’est pas nouveau. Ce défaut est tout simplement la vanité, l’amour de soi, et un certain manque de confiance en soi qui pousse à demander aux autres ce qu’ils pensent de nous.

Dans le cadre des sextos, la demande porte sur le physique. On s’exhibe ainsi sur le net pour obtenir une forme de reconnaissance. La demande implicite est « qu’est-ce que tu penses de moi ? ». Cette caractéristique n’est pas propre à la jeunesse, mais est le lot de toute humanité, un manque de confiance en soi qui se traduit par une sorte d’orgueil et d’exhibition.

Ce défaut est tellement fort que le risque de se retrouver sur un site pornographique est un risque qui dans l’esprit des personnes est au départ théorique, probable et non réel. Mais la demande de reconnaissance est telle que ce risque est relégué au rang de possibilité purement abstraite et on a l’illusion qu’on va pouvoir y échapper.

Les bénéfices du fait de diffuser les photos et d’obtenir éventuellement une réassurance seraient donc supérieurs au risque encourus, et les adolescents choisiraient de prendre le risque malgré tout, en connaissance de cause ?

Il y a une connaissance du risque, mais peut-être pas une conscience pleine. Si la conscience du risque était lucide et pleine, on ne le courrait pas. 

Il s’agit au départ de se montrer dans un cadre intime, censé être limité à des amis, sur Facebook ou Twitter. Le besoin de s’exhiber dans un cadre privé est tel que le risque de la sortie de cette intimité vers un réseau public qui n’est plus un réseau social mais un réseau pornographique est minimisé, négligé.

La pratique est catastrophique. Car son fondement est le désir de reconnaissance et le besoin de recueillir une réponse telle que « Tu es belle, tu es bien fait ». Mais cette démarche s’avère bien  souvent parfaitement contre-productive, lorsque la personne se retrouve moquée sur internet, ou recueille les commentaires négatifs, voire insultants. Son désespoir peut alors aller jusqu’au suicide. L’effet recherché est complètement manqué, et c’est l’inverse qui est obtenu. Il suffit que la personne soit fragile d’un point de vue psychique pour que cela aboutisse à une fin tragique.


S'agit-il pour les jeunes de montrer qu'ils existent alors qu'ils vivent dans une société d'anonymat ? S'agit-il d'un besoin de reconnaissance, d'un besoin d'obtenir, consciemment ou inconsciemment, son "quart d'heure de gloire" ?

Ce n’est ni lié à un âge - car les adultes aussi ont besoin de reconnaissance - ni lié à une époque. Ce qui est lié à l’époque, c’est la technique dont on dispose pour exprimer ce besoin de reconnaissance. La technique est nouvelle : elle est pratique, facile, rapide et permet une grande interactivité. Mais le défaut humain qui se cache derrière est vieux comme le monde.

Certes, on procédait auparavant de façon différente. Dans ma jeunesse, nous nous prenions en photo en polaroid, et les polaroids circulaient. La technique est différente, la diffusion est plus limitée mais le besoin de se montrer physiquement, intellectuellement, socialement, politiquement, a toujours existé. Les hommes politiques ont un tel besoin de reconnaissance sociale, qu’ils sont prêts à dire n’importe quoi en ayant conscience que leurs propos seront diffusés.

La technique facilitatrice a tendance à banaliser la démarche, à la rendre plus simple. Mais le polaroid était déjà dans l’instantanéité : la photo était disponible immédiatement.

Autrefois les ados "jouaient au docteur" derrière un mur de la cour de récré. Aujourd'hui, ils postent des photos d'eux à moitié nus sur le Web. Peut-on parler de d'évolution ? Ce phénomène n'a-t-il pas toujours existé dans une certaine mesure ? Internet a-t-il seulement permis de rendre visible ce phénomène ou assiste-t-on à un réel changement du rapport au corps chez les adolescents ?

Le défaut humain s’exprime avec les moyens qu’il possède. Plus les moyens sont faciles et rapides et plus on les utilise, d’où la dérive liée à internet. L’image touche plus de monde, plus vite. La technique entraine une incapacité à contrôler l’information, à l’intercepter, à rattraper l’information que l’on a lâché dans la nature.

Mais en tant que professeur de philosophie, j’ai tendance à défendre les jeunes en arguant qu’ils ne sont pas si bêtes que cela. A voir le profil de mes élèves et étudiants, je pense qu’ils sont loin de tous pratiquer le sexto. La technique précise du sexting est peut-être liée à la jeunesse, mais pas le besoin de se montrer, de se faire remarquer, de se rendre intéressant.

Vous dites que l’évolution de la technique serait un fait contingent sur lequel viendraient se greffer des problèmes qui ont toujours existé. Mais l’homme n’a-t-il pas développé ces techniques précisément pour satisfaire ses désirs et s’adonner plus facilement à ses penchants naturels ? La technologie ne renforce-t-elle pas ses « défauts » humaine en les facilitant et en incitant les utilisateurs ?

Les ingénieurs, les manageurs qui créent ces réseaux connaissent les défauts de l’humanité. C’est aussi ce qui s’appelle la psychologie d’entreprise, et la psychologie marketing. Elle développe une technique, non pas pour répondre à un besoin, mais pour exploiter une faiblesse. Les psycho-manageurs, les spécialistes en communication, vendent les produits en sachant qu’ils toucheront la vulnérabilité de certaines personnes. Mais il est vrai, dans le sens inverse, que la technologie aggrave les faiblesses humaines naturelles.

Le mot de sexting même me parait étrange : il ne s’agit pas ici de sexe, mais d’auto-pornographie artisanale, ce qui n’est pas tout à fait pareil. Or certains réduisent le sexe à la pornographie, d’où cette déviation sémantique. Les personnes qui pratiquent le sexting attendent des réactions mais pas nécessairement un passage à l’acte. Le mot « sexe » dans « sexto » relève du fantasme.

 

Malgré les avertissements répétés de leurs parents, de nombreux jeunes continuent de se prendre en photo à moitié dénudés. Ce phénomène touche principalement les filles. Comment peut-on l'expliquer ?

Par comparaison, les revues érotiques montrent davantage de filles et de femmes nues. De plus, l’homme nu au sens pornographique ou érotique, soulève l’hypothèse de l’homosexualité, ce qui n’est pas le cas chez la femme. L‘homme hétérosexuel pratique moins le sextos pour éviter de produire des doutes à ce niveau-là. La représentation de la nudité masculine dans les revues se fait souvent dans des revues à destination des homosexuels, et pas à destination des femmes.

Propos recueillis par Julie Mangematin

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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LECANDIDE
- 30/10/2012 - 12:10
Que c'est beau
Je cite Eleutheria: "une belle affirmation typique d'une conception substantielle et univoque de la rationalité".
C'est beau comme l'antique. Et c'est pas un cliché!
Trissotin est toujours bien vivant.
Eleutheria
- 30/10/2012 - 11:01
Et les clichés...
Et la nudité masculine qui ne serait pas destinée aux femmes... Et les hommes hétéros qui s'exhiberaient moins... on finit en beauté sur des clichés !
Eleutheria
- 30/10/2012 - 10:57
Courte vue
"Si la conscience du risque était lucide et pleine, on ne le courrait pas." Voilà une belle affirmation typique d'une conception substantielle et univoque de la rationalité, qui empêche d'analyser et comprendre le comportement humain. M. le philosophe devrait lire quelques ouvrages d'histoire, d'anthropologie ou de sociologie pour voir plus loin que le bout de son nez.