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toilettes du futur biogaz
© DR / Cranfield université UK
toilettes du futur biogaz
Crotte alors

L'histoire des excréments est aussi l'histoire de l'évolution technologique de l'Humanité

Publié le 10 novembre 2020
Selon les travaux de l’université Cranfield au Royaume-Uni, les excréments peuvent être réutilisés pour produire de l'énergie ou du biogaz. A partir de quand a-t-on fait usage des excréments comme engrais ? Et comme biogaz ?
Thierry Berrod
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Thierry Berrod, est un auteur et réalisateur, créateur de la société de production Mona Lisa production. Il est l’auteur de plusieurs documentaires comme La Fabuleuse histoire des excréments, Les Superpouvoirs de l'urine ou Toilettes sans tabou,...
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Selon les travaux de l’université Cranfield au Royaume-Uni, les excréments peuvent être réutilisés pour produire de l'énergie ou du biogaz. A partir de quand a-t-on fait usage des excréments comme engrais ? Et comme biogaz ?

Atlantico.fr : On a souvent tendance à considérer les excréments et l’urine comme quelque chose de vil, pourquoi est-ce important selon vous de traiter le sujet ?

Thierry Berrod : C’est le sujet le plus important de l’humanité parce qu’on le fait tous, plusieurs fois par jour, ça représente des millions de tonnes et de litres par an. C’est un enjeu de santé et d’écologie. Il y a un vrai intérêt écologique. Le tout-à-l’égout existe dans très peu de pays. Les toilettes ont été inventées il y a plus de 200 ans et elles ont très peu évolué. Aujourd’hui les toilettes consomment beaucoup trop d’eau et on va avoir un problème d’eau dans les années à venir. Donc il va falloir évoluer, dans les pays riches, vers un système qui consomme moins d’eau. Pour les pays pauvres, le problème ce sont les agents pathogènes dans les rivières car les gens, en Inde notamment, vont près des rivières pour déféquer. Des résidus vont dans la rivière et cette eau est ensuite bue par des enfants, par exemple pendant qu’ils jouent, et ils sont infectés comme nous l’étions il y a 200 ans dans la Tamise ou dans la Seine. C’est une cause importante de décès, cela touche des millions d’enfants. La deuxième raison c’est la guerre de l’eau. Je m’y suis aussi intéressé parce que des grosses pointures comme Bill Gates ont lancé il y a cinq ou six ans un concours pour inventer les toilettes du futur. C’était un moyen de donner de l’argent à des scientifiques pour amorcer la création de nouvelles toilettes.

Quelles sont les utilisations qu’on peut actuellement faire des excréments ?

Pour moi il est difficile de dissocier excréments et urine. L’excrément a un problème, c’est qu’il y a beaucoup moins de valorisation possible. Sur les excréments, il y a deux valorisations importantes : l’agriculture et le biogaz. Mais l’excrément c’est plutôt un problème, alors que l’urine c’est plus positif. C’est pour ça que les toilettes du futur vont plus travailler sur la réutilisation de l’urine. Notamment parce qu’on manque de phosphate, les mines qui sont au Maghreb s’épuisent. Or l’urine contient beaucoup de phosphate. C’est vraiment un engrais précieux. Au niveau scientifique, il y a beaucoup plus de valorisation scientifique sur l’urine aujourd’hui qu’au niveau des excréments. Pourquoi ? Parce que les excréments tuent énormément d’enfants dans le monde, à cause des pathogènes. Donc il y a plus d’aspects négatifs que positifs. Si vous allez dans les campagnes en Chine, par exemple, il y a beaucoup de systèmes de biogaz qui marchent avec le lisier de cochons et les excréments. Dans tout le sud-est asiatique c’est de plus en plus répandu. C’est une utilisation qui va se développer et notamment pour les toilettes du futur. L’objectif, c’est d’avoir des toilettes sans eaux et qui récupèrent l’urine afin qu’elle soit réutilisée. Il y a déjà des composants comme l’urin qui sont commercialisés dans des pays comme la Suisse et qui rencontrent des problèmes au niveau des conventions européennes qui n’autorisent pas l’épandage d’urine, car on craint qu’il y ait des traces de médicaments. Mais une filière agricole en Suisse a réussi à enlever certains résidus et commercialise cette urine en Allemagne pour l’agriculture. Dans toutes ces réutilisations, il y a un contexte, c’est celui du prix et de la rentabilité. L’urine a un fort potentiel car le phosphate coûte très cher et risque de ne plus exister sous forme minérale, donc il faut trouver des dérivés. Donc il y a un vrai intérêt et c’est assez simple à réutiliser. Avant il y avait des toilettes No Mix. Aujourd’hui, les toilettes qui sont développées par l’université Cranfield au Royaume-Uni, par exemple, récupèrent d’un côté l’urine, de l’autre les excréments. Les excréments vont être utilisés pour faire fonctionner les toilettes sans énergie, grâce à une chambre de biogaz, et l’urine va servir pour l’agriculture ou pour un système d’eau interne. Il y a un vrai avenir technologique pour l’urine. C’est déjà utilisé pour l’énergie, l’agriculture et même pour la médecine. Dans l’urine il y a une bactérie dite « annamox » qui peut être transformée en hydrogène, ça a été fait aux Etats-Unis et aux Pays-Bas. Ils ont même dit qu’il était possible que, si l’on récoltait l'urine produite en une journée par tous les habitants des Pays-Bas, on pourrait permettre de faire décoller une fusée, comme je l’explique dans mon documentaire. La question c’est comment utiliser les excréments pour faire fonctionner les toilettes de manière autonome et réutiliser cette énergie.

Il y a aussi des utilisations médicales qui peuvent être faites à partir de l’urine pour la fabrication de cellules souches. Il y a des banques d’urine qui sont en train d’être mises en place. Il y a aussi un intérêt par rapport à un certain nombre d’ingrédients que possède l’urine. Cela peut être un outil d’analyse. Au Japon, on avait créé des toilettes intelligentes qui permettaient de savoir si l’on était enceinte, ou de connaitre son état de santé. Ces toilettes n’ont pas été commercialisées en très grande quantité et étaient principalement utilisées dans les hôpitaux. Aujourd’hui, ils développent un nouveau type de toilettes qui, à partir des excréments, récupère un peu de matière qui est envoyée dans un cabinet médical. Car le microbiote est un bon moyen de connaître les bactéries fécales. Et les informations pourraient être envoyées directement aux supermarchés qui pourraient vous indiquer quel type d’alimentation est recommandé par rapport à votre microbiote. C’est une piste prometteuse mais qui pose un problème de confidentialité des données. Les recherches sont menées par le professeur Yamada.

Sait-on dater à partir de quand a-t-on fait usage des excréments comme engrais ? Et comme biogaz ?

Très tôt. On a retrouvé au tout début de l’agriculture des traces d’utilisation, lorsque l’on a commencé à cultiver du blé. Il y a des traces. On a des preuves formelles d’utilisation d’engrais animal. Après, il y a certains types d’engrais qui fonctionnent mieux que d’autres. Au Vietnam, il y avait pendant longtemps des goûteurs. Ils goûtaient votre terre et vous proposaient d’utiliser des excréments de tel ou tel animal selon le sol. Dans l’histoire, il y a eu une très bonne utilisation qui est le guano. Ça a notamment mené à la guerre du guano parce que à cette époque-là, il y avait une vraie utilisation de cet excrément amené par les oiseaux. Cela a duré pendant un demi-siècle. Mais le guano c’est un peu particulier parce que ce qui en fait la force c’est qu’il y a du phosphate, parce qu’il y a à la fois l’urine et les excréments. Pour les excréments des animaux, les engrais chimiques sont beaucoup moins onéreux aujourd’hui, donc on les utilise très peu, hormis dans les pays très pauvres. Donc c’est désormais surtout pour du biogaz. 

Dans les campagnes en Inde, on continue d’utiliser les excréments comme chauffage. C’est du biogaz moins moderne. Le biogaz s’est développé, il y a des conventions annuelles qui ont lieu tous les ans avec des pays asiatiques et d’Amérique du sud notamment car cela se développe énormément. C’est très pratique dans les campagnes d’avoir un fermenteur. Grâce au fumier d’un cochon on peut faire tourner le gaz, la télévision et vivre en autonomie. Donc c’est très utilisé. Dans les campagnes en Inde, on continue d’utiliser les excréments comme chauffage. C’est du biogaz moins moderne. En Europe, on a fait tourner des bus au biogaz à partir du lisier. Après le problème est toujours celui du coût de reviens. Ce n’est pas rentable pour un bus, mais ça peut l’être dans les campagnes car ne coûte pas très cher de relier un fermenteur à l’enclos des animaux et aux WC personnels. En revanche l’urine ça va valoir de l’or comme le guano a valu de l’or en Amérique du sud à une certaine époque.

Thierry Berrod, est un auteur et réalisateur, créateur de la société de production Mona Lisa production. Il est l’auteur de plusieurs documentaires comme La Fabuleuse histoire des excréments, Les Superpouvoirs de l'urine ou Toilettes sans tabou, diffusés sur Arte le 14 novembre 2020.

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