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"Michel-Ange" de Andreï Konchalovsky : dans un film éloigné de toute prétention biographique, Michel-Ange, un artiste confronté à la fièvre et à la folie de sa force créatrice… Sublime

Publié le 21 octobre 2020
"Michel-Ange" de Andreï Konchalovsky est visible dans les salles de cinéma à partir de ce mercredi 21 octobre.
Dominique Poncet
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Dominique Poncet est est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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"Michel-Ange" de Andreï Konchalovsky est visible dans les salles de cinéma à partir de ce mercredi 21 octobre.

"Michel-Ange" de Andreï Konchalovsky

Avec Alberto Testone, Jakob Diehl, Francesco Gaudiello …

 

RECOMMANDATION
En priorité

 

THEME
Selon le réalisateur, Michel-Ange est un film qui a été conçu, non pas comme une biographie, mais comme une « vision », un genre littéraire très populaire au Moyen Âge, qui invitait à un voyage guidé dans l’au-delà. Ce n’est donc pas un film sur la vie du sculpteur, mais plutôt l’évocation de son parcours dans l’enfer de la création.

On commence par suivre Michel-Ange, de dos, en haillons crasseux, cheminant sur une route qui mène à Florence. Il vient de terminer le monumental plafond de la Chapelle Sixtine, et il s’interroge à haute voix : comment pourra-t-il achever la sépulture aux quarante statues de marbre que lui a commandée le pape Jules II avant sa mort ? Cette première scène, déjà, montre un artiste tiraillé entre des contingences bassement matérielles -dont il se ficherait si elles ne l’empêchaient de créer- et son obsession, si mystique de la beauté triomphante… Le voyageur halluciné entre ensuite dans une auberge et se retrouve autour d’une table, avec son père et son frère pour parler d’argent. Jusqu’à sa fin, le film, qui va nous emmener de Florence à Carrare en passant par Rome, va garder ce parti pris de donner à voir des scènes de la vie quotidienne (superbement éclairées) qui n’auront qu’un objectif (tenu): faire ressentir la fièvre de la création  chez un homme égoïste et dur, inspiré et torturé, qui vécut toute sa vie dans la boue et la pauvreté, mais qui ne pensa qu’à la beauté. On sera sur Terre, en ayant l’impression de tutoyer 

 

POINTS FORTS
Rendre hommage à l’un des artistes les plus immenses de l’histoire de l’humanité, sans jamais le voir au travail : le parti pris de ce film laisse bouche bée. C’était un pari fou. Si Konchalovsky le gagne, c’est parce que d’un bout à l’autre, son Michel-Ange donne l’impression d’être porté par cette force tellurique et mystérieuse, qui fait de certains hommes des artistes.

La beauté est partout, dans les cadrages, dans la composition de chaque plan, dans la photo (clairs-obscurs sublimes), dans les dialogues aussi, aiguisés et imagés comme rarement. On est fasciné aussi par le culot du cinéaste à faire se côtoyer des éléments antinomiques : fracas et silence, raffinement et trivialité, vie et mort, espoir et désespérance, blancheur éclatante du marbre et noirceur de la glaise d’où l’on s’échine à extraire cette matière brute. Dans ce film qui nous confronte à l’art et à ses mystères, aucune considération théorique, mais des propos constamment concrets, pour nous rappeler que le temps de la création est celui du labeur, pas celui de l’analyse. Cela n’amoindrit pas l’ambition du film, cela le met au contraire à la portée de tous, le rend visible par tous.

Les séquences d’extraction des blocs de marbre à Carrare sont spécialement saisissantes et spectaculaires. On imagine comme il a été compliqué, pour le réalisateur et son équipe de décorateurs, de les reproduire telles qu’elles avaient dû se passer au XVI° siècle.

Et puis, il y a la distribution, irréprochable, portée, par un acteur d’exception, Alberto Testone. Dans le rôle-titre, le comédien, qui joua jadis chez Pasolini, livre une composition d’une justesse hallucinante.

 

POINTS FAIBLES
Aucun.

 

EN DEUX MOTS
Comme ils sont rares aujourd’hui les films qui donnent accès aux coulisses de la création, sans en rajouter dans l’esthétisme, la sophistication, les effets spéciaux et les commentaires fumeux ! Il faut donc saluer celui-ci, éblouissant de puissance, d’intelligence et de simplicité et qui, de surcroît, a le mérite de faire revivre une époque, la Renaissance, dans tout son foisonnement  et ses charivaris.

 

UN EXTRAIT
« J’avais lu un poème d’un aristocrate …qui était un ami de Michel-Ange. Alors qu’il visitait le tombeau des Médicis et ses sculptures, il dit : « Ce marbre est tellement vivant qu’on attend qu’il se réveille ». Michel-Ange répondit par un autre poème : « c’est mieux de dormir dans une pierre que de vivre dans une époque de honte et de trahison: alors mon ami, ne le réveille pas ». Cet échange m’a sans doute décidé à travailler sur Michel Ange ». (Andreï Konchalovsky, réalisateur).

 

LE REALISATEUR
Né à Moscou en 1937 dans une famille d’intellectuels et d’artistes, Andreï Konchalovsky (de son vrai nom, Mikhalkov) commence par étudier le piano pendant dix ans. Une rencontre avec Andreï Tarkovsky l’oriente vers le cinéma, d’abord en tant que scénariste (il écrira une trentaine de scénarios). En 1965, il réalise son premier long métrage. Si les autorités soviétiques accueillent favorablement ce premier opus intitulé Le premier maître, elles rejettent, l’année suivante, Le bonheur d’Assia, parce qu’il donne une image trop réaliste de la misère paysanne.

Interdit de salle pendant 20 ans, ce film sera considéré comme un chef d’œuvre  quand on aura enfin le droit de le visionner, en 1988.

Le cinéaste se tourne alors  vers l’adaptation de classiques russes, Tourgueniev et Tchekhov, avant de réaliser, en 1979, Sibériade. Conçue en quatre parties, cette fresque gigantesque sur la vie en Sibérie au XX° siècle lui vaut le Grand Prix du Festival de Cannes 1979. Elle lui permet aussi de s’exiler aux Etats-Unis en 1980. Après quelques films à Hollywood, dont Maria’s Lover en 1984 et Runaway train en 1985, le réalisateur retourne dans son pays, où il continue de tourner -notamment, Le Cercle des intimes, en 1991, Les nuits blanches du facteur ( Lion d’argent à Venise en 2014), et Paradis ( également Lion d’argent à Venise en 2016)- tout en mettant en scène, parallèlement, à travers le monde, de nombreuses pièces et opéras.

C’est en 2012 que ce cinéaste ondoyant et divers a commencé à penser à un film sur

Michel-Ange. Il lui aura fallu 8 ans pour mener à bien son projet. 

 

Et aussi
 

- PETIT VAMPIRE de JOANN SFAR-  Film d’animation avec les VOIX de CAMILLE COTTIN, ALEX LUTZ, JEAN-PAUL ROUVE…

Petit Vampire vit dans une maison hantée entouré d’une joyeuse bande de monstres. Mais, comme cela fait 300 ans qu’il a 10 ans, il s’ennuie terriblement. Son rêve ? Aller à l’école pour rencontrer des copains. Mais parce qu’ils ont trop peur du monde extérieur des vivants, ses parents le lui interdisent. Un jour, accompagné de son bouledogue, le fidèle et hilarant  Fantomate, Petit Vampire désobéit et s’échappe. Il rencontre Michel, un petit orphelin, du même âge. Entre les deux garçonnets, ça va vite « le faire ». Hélas, l’amitié joyeuse des deux nouveaux copains va attirer l’attention de Gibbous, un ennemi ancestral de la famille de Petit Vampire…

Dix ans après le Chat du Rabbin, le dessinateur et réalisateur Joann Sfar adapte de nouveau l’une de ses BD culte, déjà passée par le petit écran en 2004. La production a duré 7 ans. Mais cela valait la peine. Les personnages ont été complètement réinventés et mis au service d’un film poétique et rythmé qui déborde de fantaisies visuelles. Le graphisme est magnifique, le ton, impertinent, les dialogues, drôles et inventifs. Ce film généreux et divertissant, qui évoque ( tiens, tiens!) le quotidien d’un enfant « confiné », a tout pour captiver les petits comme  les grands. Un poil trop bavard ? Et alors ? Puisque ses héros sont doublés par des pointures, comme Alex Lutz, Jean-Paul Rouve et Camille Cottin,

Recommandation : excellent.

 

- LE FEU SACRÉ  d’ERIC GUERET - Documentaire

 En 2016, à Saint-Saulve dans le Nord, l’aciérie Ascoval, spécialisée dans la fabrication d’aciers de haute qualité et appartenant au groupe Vallourec, est menacée de fermeture. Ses 300 employés sont abasourdis : l’usine est neuve, rentable et parfaitement convertible à une économie de développement durable. Un délai d’un an est accordé à ces salariés pour trouver un repreneur.  Après avoir d’abord exprimé leur désespoir en brûlant des pneus sur les ronds-points, ils se retroussent les manches. Leur ténacité, leur courage et leur esprit d’équipe vont finir parl’emporter. Après plus de deux années de lutte, Ascoval est reprise en mai 2019 par Liberty Steel...

Des plans fixes, magnifiques, impressionnants, d’une usine à l’arrêt, et puis  soudain, ce visage qui s’encadre dans le champ. Celui d’un ouvrier, au bord des larmes, casque sur la tête, qui ne peut prononcer que ces quelques mots: « Ça fait un choc! ». Ainsi commence Le feu sacré, qui va raconter le quotidien d’hommes qui, bien que travaillant dans une usine à haut risque, lui sont viscéralement attachés, d’hommes qu’on va voir se battre, jusqu’au bout de leur force, pour la conserver. Le feu sacré est un … « sacré » documentaire sur ces industries qu’on n’hésite pas à sacrifier au nom de la mondialisation, et dont la fermeture entraîne un gâchis humain irréparable. Conduit de main de maître par un réalisateur qui connaît son métier, Le feu sacré est un film en forme d’épopée, qui célèbre le monde industriel, dans sa beauté,  sa dureté, sa grandeur et sa nécessité. Edifiant, passionnant, indispensable aussi à l’heure de la fermeture annoncée de Bridgestone à Béthune.

Recommandation : excellent.

 

- POLY  de NICOLAS VANIER- Avec ELISA DE LAMBERT, JULIE GAYET, FRANÇOIS CLUZET, PATRICK TIMSIT…

Dans les années 60, Cécile, une petite Parisienne de 10 ans débarque avec sa maman dans un village du Sud de la France. Elle s’y ennuie ferme, jusqu’à l’arrivée d’un cirque ambulant. Parmi la ménagerie, il y a Poly, un vaillant petit poney dressé à coups d’aiguillons par son méchant propriétaire (Patrick Timsit). Cécile ne va plus avoir qu’une idée en tête: mettre fin au calvaire du petit cheval  et lui rendre sa liberté. Une folle épopée commence, qui va célébrer la nature, l’amitié, la bienveillance et le respect de l’autre …

Sept ans après Belle et Sébastien, Nicolas Vanier revisite, pour le « grand » écran, un feuilleton que Cécile Aubry avait imaginé pour le « petit » . On connaît le savoir-faire de ce réalisateur - ancien explorateur émérite- pour mettre en scène des films d’évasion où la nature est un personnage à part entière. Visuellement très beau, dégageant un charme poétique certain, raconté à hauteur d’enfant, mais écrit aussi pour les grands, Poly porte indéniablement la marque de fabrique de son auteur. On peut regretter que son discours soit un peu trop moralisateur, mais c’est un défaut suffisamment véniel pour ne pas gâcher son plaisir à suivre les péripéties des adorables Cécile et Poly.

Recommandation : bon.

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