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drunk cinéma mads mikkelsen thomas vinterberg
drunk cinéma mads mikkelsen thomas vinterberg
Atlanti Culture

"Drunk" : d’une énergie et d’une vitalité époustouflantes, le nouveau film de Thomas Vinterberg sur les effets de l’alcool laisse pantois. Attention, chef d’œuvre

Publié le 14 octobre 2020
Le nouveau film de Thomas Vinterberg, "Drunk" est sorti dans les salles de cinéma ce mercredi 14 octobre.
Dominique Poncet
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Dominique Poncet est est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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Le nouveau film de Thomas Vinterberg, "Drunk" est sorti dans les salles de cinéma ce mercredi 14 octobre.

"Drunk" de Thomas Vinterberg
Avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Lars Ranthe, Magnus Millang…

 

RECOMMANDATION 
En priorité


THEME
Ils sont quatre profs de lycée, quatre copains unis « à la vie à la mort », qui tentent de soigner leur spleen et leurs névroses à coups de gueuletons « entre hommes », bien arrosés. Un jour de cafard partagé, ils décident de mettre en pratique la théorie du psychologue norvégien Finn Skårderud selon laquelle l’homme étant né avec un taux d’alcoolémie insuffisant dans le sang, il suffirait de le compenser pour chasser sa mélancolie. Au début, le quatuor se tient à carreau. L’expérience tient du partage, festif et maîtrisé.

Pas question de picoler après 20 heures. Mais très vite, ils enfreignent les règles et dépassent les taux officiellement fixés. Leur consommation devient individuelle et vertigineuse. Les voyages hallucinatoires au pays de Bacchus ne rendent pas toujours plus fort :  au lieu du bonheur ou, tout du moins, du bien-être espéré, ils vont, l’un après l’autre, être happés dans une spirale de dépression qui va ficher en l’air leur vie, professionnelle et familiale, déjà si difficile. Tapi dans l’ombre depuis le début du film, le drame va surgir. S’il peut décomplexer, l’alcool peut, aussi, détruire.

 

POINTS FORTS
Des jeunes qui courent en équipe comme des fous autour d’un lac en buvant comme des trous, avec pour seul objectif d’arriver le premier, en ayant surmonté les effets secondaires d’une trop grande ébriété… Dès les premiers plans, on est saisi : par la vitalité incroyable qui s’échappe de ces images de course d’une jeunesse presque en transes, par l’urgence de filmer cette course en apparence si allègre mais dont on devine, pourtant, qu’elle n’a d’autre objectif que de « distraire » ses participants du désespoir ; on est ébahi aussi  par la beauté de la lumière et l’audace des cadrages. On se dit que le Thomas Vinterberg de Festen est revenu.

Et puis, il y a la suite, du même « tonneau », qui dresse le portrait d’abord éclaté puis celui de ce groupe de quatre copains, profs dans un même lycée, qui pour échapper à la monotonie de leur existence, vont se jurer « un pour tous, tous pour un » de boire pour se libérer, peut-être, enfin. Séquences magnifiques et drôlissimes de leur exaltation joyeuse, lorsque l’alcool a encore l’effet libérateur d’une pilule du bonheur. A ce stade, Drunk peut encore se recevoir comme un hymne (magnifique) à l’ébriété.

Et puis et puis, il y a la bascule, ces hommes qui vont se perdre dans leur ivresse, jusqu’à oublier raison et sentiments. Trois seulement vont revenir de ce voyage au bout de l’enfer, montré ici sans aucune complaisance. Toucher le fond, pour retrouver le goût de l’innocence et la joie de communiquer. On comprend que Thomas Vinterberg a conçu ce film pour dénoncer, d’une façon à la fois émouvante spectaculaire et satirique, l’inanité de nos vies d’hommes d’aujourd’hui.

Pour interpréter son quatuor, le cinéaste est allé chercher parmi les meilleurs comédiens. Ils sont beaux, magnifiques, hilarants quand ils jouent les gamins farceurs, poignants quand ils sombrent dans leur mélancolie. Il faut les citer tous, Thomas Bo Larsen, Lars Ranthe, Magnus Millang et surtout le magnétique Mads Mikkelsen, qui parvient à donner à son corps si massif la légèreté et la souplesse d’un danseur. Le film s’arrête sur lui, dans l’élan d’un saut. On dirait que ce géant a des ailes. On ne sait pas si elles vont se briser. Suspens d’une beauté incroyable, qui clôt un film qui exalte et bouleverse, à propos duquel on peut sans doute prononcer le mot chef-d’œuvre.

 

POINTS FAIBLES
Je n’en vois aucun.

 

EN DEUX MOTS
Ce n’est pas qu’il avait complètement disparu des écrans -il signe un film environ tous les deux ans- mais depuis son éblouissant La Chasse, en 2012 qui avait valu à son interprète principal, Mads Mikkelsen (déjà lui), un prix d’interprétation à Cannes, Thomas Vinterberg semblait avoir renoncé à conserver son rang de cinéaste de premier plan, adulé pour l’audace provocatrice de ses sujets (familiaux ou sociétaux) et sa façon de filmer, dans une maîtrise frisant toujours le hors-contrôle. Avec Drunk, qui, dans une mise en scène naturaliste, éblouissante de beauté et d’énergie vitale, loue les vertus de l’alcool en même temps qu’il en dénonce les méfaits, le cinéaste retrouve sa place d’enfant prodige du cinéma.

 

UN EXTRAIT
« Traiter de l’alcoolisme (sujet grave et sérieux), avec parfois un peu d’humour, peut être choquant aux yeux de certains. Nous espérons que le film donnera matière à réflexion et à débat auprès d’un public qui vit dans un monde de plus en plus défini par une rhétorique puritaine, mais avec une consommation d’alcool assez élevée au niveau mondial, même à un très jeune âge » (Thomas Vinterberg, réalisateur).

 

LE REALISATEUR 
Né le 19 mai 1969 à Copenhague, Thomas Vinterberg est l’un des cinéastes les plus turbulents du cinéma nordique, qui depuis ses débuts, à travers des films tour à tour légers ou dramatiques, n’a eu de cesse de mettre les pieds dans le plat de la bienséance.

Après quelques années passées dans le court métrage et le téléfilm, il se lance en 1995 dans le long avec Les Héros, qui le fait entrer d’emblée dans la liste des réalisateurs danois qui comptent. En réaction contre les superproductions anglo-saxonnes qui utilisent abusivement artifices et effets spéciaux, et dans le but de revenir à une sobriété formelle plus apte à exprimer les préoccupations contemporaines, il fonde avec Lars Von Trier et deux autres amis, le mouvement intitulé Dogme95. C’est selon ses principes, provocateurs, qu’en 1998, il tourne Festen. Ce drame familial sur l’inceste au sein d’une famille bourgeoise le fait accéder à la notoriété internationale.

Il n’a pas trente ans. Hollywood lui fait les yeux doux. Il résiste, refusant d’aller se compromettre dans la capitale d'un cinéma qu’il dénonce. Depuis Festen -qui reste à ce jour son œuvre phare- Vinterberg enchaine les films avec une régularité d’horloge. Mais à ce jour, à l’exception de La Chasse (en 2012), aucun n’a connu de vrai retentissement international. A moins que le marché du cinéma ne s’embourbe pour cause de pandémie Drunk devrait changer la donne.

Et aussi
 

A DARK DARK MAN  de ADILKHAN YERZHANOV- Avec DANIAR ALSHINOV, DINARA BAKTYBAEVA, TEOMAN KHOS
Bekzat est un jeune policier, mais il connaît déjà toutes les ficelles de la corruption des steppes kazakhes. Aussi, lorsque son supérieur lui demande d’étouffer une nouvelle affaire de crime pédophile -la quatrième en cinq ans dans cette région- en transformant en coupable un « simple d’esprit » pauvre et privé de parole, il s’apprête à obéir, moyennant, évidemment, finances. Une journaliste venue « d’en haut » enquêter sur cette série de crimes va lui mettre les bâtons dans les roues, ce qui aura pour conséquence de l’obliger à une prise de conscience…

 Deux ans après La Tendre Indifférence du monde, une romance d’une flamboyante noirceur, Adilkhan Yerzhanov continue de dénoncer la corruption généralisée de son pays. Mais avec ce sublime polar mâtiné de western, peuplé de salauds ligotés par l’argent et la peur, il le fait de manière plus frontale. La sauvagerie -visible ou simplement menaçante- s’invite dans tous les plans, ou presque. Peu ou pas de mots : ils seraient superfétatoires tant le cinéaste kazakh sait donner sens à chacune de ses images. Sens, et aussi beauté et poésie, qui surgissent de manière inattendue, même au cœur des séquences les plus dramatiques ou les plus sanglantes. Dans ce film si sombre, d’une amplitude exceptionnelle, Yerzhanov n’oublie pas non plus de convoquer, tour à tour ou ensemble, burlesque, naïveté, cocasserie et absurde. Respirations opportunes qui permettent de regarder avec une vraie jubilation ce récit pourtant glaçant et désenchanté. 

 Recommandation : excellent.

 

CALAMITY de RÉMI CHAYÉ- FILM D’ANIMATION- Avec les voix de SALOMÉ BOULVEN, ALEXANDRA LAMY…
1863. Dans un convoi qui progresse vers l’Ouest américain, Martha Jane, 10 ans, orpheline de mère, doit remplacer son père, blessé, pour conduire le chariot familial. Parce que ses jupons l’entravent, Martha la téméraire enfile un pantalon et se coupe les cheveux. Mais son nouveau look de garçon manqué ne plaît pas. Chassée du convoi pour un vol qu’elle n’a pas commis, la jeune effrontée, qui manie le lasso avec une dextérité de cowboy aguerri, se voit obligée d’affronter un monde en pleine construction. Entre péripéties mouvementées et chevauchées intrépides, sa personnalité, unique, va s’affirmer.  Martha Jane va devenir une hors la loi de légende.

Calamity Jane, a inspiré à Rémi Chayé (Tout en haut du monde, 2015) un nouveau film d’animation. Etant donné la personnalité de son héroïne, ce film, tout en aplats de couleurs et d’un graphisme sublime a pris les allures d’un conte initiatique mâtiné de western. Un western féministe, où sont abordées, avec subtilité et à hauteur d’enfant, les questions du genre. Visible à partir de 8 ans, Calamity a remporté le Cristal du long métrage à la dernière édition du Festival d’Annecy. Récompense méritée pour un film qui conjugue beauté, émotion, divertissement et réflexion.

Recommandation : excellent.

 

LA PREMIÈRE MARCHE  de HAKIM ATOUI et BAPTISTE ETCHEGARAY-  Documentaire.
C’est à Saint-Denis qu'eut lieu le 9 juin 2019 la première Marche des Fiertés dans une ville de banlieue. Pour célébrer cette grande première, le producteur Hakim Atoui et le journaliste Baptiste Etchegaray ont décidé de se faire documentaristes. Pendant six mois, les deux primo cinéastes ont braqué leur caméra sur quatre des jeunes militants des droits LGBT banlieusards en charge de l’organisation de cette marche, inédite dans une ville qui traîne une réputation à des années-lumière du combat LGBT. Dégageant sympathie, émotion et énergie, leur film capte à merveille la combativité et la détermination audacieuse de ces jeunes, qu’on voit, ici, trouver des slogans, distribuer des tracts, coller des affiches, tenter de convaincre les médias d’annoncer leur évènement, etc… Parce qu’il est tout le temps sincère, par moments très drôle, et aussi signifiant sur notre époque, on peut pardonner à La première Marche ses quelques longueurs.

 Recommandation : bon.

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hoche38
- 15/10/2020 - 10:19
Un bon catalogue culturel du boboïstan médiatique!
Quand donc, le service public de la télévision, dans sa mission culturelle envers le peuple, le rendra-t-il accessible à "l'attardé global qu'est le prolaitaire hexagonal", comme le qualifiait une belle dame du monde médiatique il y a quelques années?