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Bonnes feuilles

Lutte contre le banditisme : retour sur les origines de la BRB

Publié le 10 octobre 2020
Frédéric Crotta et Eric Merlen publient "BRB" aux éditions du Cherche Midi. BRB : la fameuse brigade de répression du banditisme est née il y a quarante-cinq ans. Et pour la première fois, dans un document inédit, ces flics de choc se livrent et racontent, sans détour, les coulisses, leurs méthodes et leur quotidien. Extrait 1/2.
Frédéric Crotta
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Frédéric Crotta, ex-grand reporter à France Télévisions, travaille en indépendant pour la presse et des sites d’info. Il est également réalisateur et producteur de documentaires pour la télévision.
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Éric Merlen est journaliste depuis 1983. Auteur ou co-auteur de plus de 30 ouvrages, il est également auteur et coréalisateur de films documentaires.
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Frédéric Crotta et Eric Merlen publient "BRB" aux éditions du Cherche Midi. BRB : la fameuse brigade de répression du banditisme est née il y a quarante-cinq ans. Et pour la première fois, dans un document inédit, ces flics de choc se livrent et racontent, sans détour, les coulisses, leurs méthodes et leur quotidien. Extrait 1/2.

La Brigade de répression du banditisme désigne l’une des brigades centrales de la Direction régionale de la police judiciaire de la préfecture de police (DRPJ Paris) appartenant à la police nationale, dont le siège est désormais situé 36, rue du Bastion, à la porte de Clichy dans le 17e. Sa mission consiste à lutter contre la criminalité et la délinquance de voie publique organisées : vols à main armée et autres vols aggravés, vols à la fausse qualité (faux policiers, faux employés du gaz, faux postiers, faux uniformes en tous genres…), vols simples commis par des malfaiteurs internationaux spécialisés. Elle est compétente à Paris et dans les départements limitrophes (Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Hauts-de-Seine), qui relèvent des tribunaux de grande instance de Paris, Bobigny, Créteil et Nanterre.

Les membres de cette brigade se surnommèrent « les voyous du 36 », pour leur allure trop décontractée, ou trop banlieue comme les Stups habillés en dealers… Martine Monteil, qui l’a dirigée de 1994 à 1996, la surnommait affectueusement « la Brigade de la testostérone ».

45 ans de BRB après 81 ans de voie publique

Rattachée en 1894 au service de sûreté de la préfecture de police de Paris et nommée originellement BVP, Brigade de voie publique, la Brigade avait pour vocation première de lutter contre une délinquance qui se déroulait dans un milieu commun et pourtant très hostile, la rue. À  l’époque, pour jargonner, on appelait ses policiers les voie-publicards. Une « espèce » apparue à la fin du XIXe  siècle mais qui semble aujourd’hui en voie d’extinction.

En 1975, à l’issue d’une énième réforme de la police judiciaire, la BVP se mue en un sigle « moins mairie de Paris », avec trois lettres qui vont claquer comme des coups de feu pendant quarante-cinq ans  : BRB, la désormais célèbre Brigade de répression du banditisme. Un service prestigieux qui ne dépend pas directement du ministère de l’Intérieur mais de la préfecture de police de Paris.

Si l’intitulé change, la spécialité reste la même : rôder au hasard des rues à pied ou dans une voiture banalisée, repérer les individus au comportement suspect, les suivre discrètement, et les appréhender en flagrant délit autant que possible. Les voie-publicards devenus BRB sont des chasseurs : ils en ont l’instinct et les réflexes. Ils travaillent parfois à partir d’informations fournies par leurs indics. Mais, le plus souvent, ils fonctionnent « au flan », c’est-à-dire guidés par leur « pif », leur flair et leur expérience. Comment repère-t-on les malfrats ? Un grand patron, Jean-Pierre Birot, répond sans hésiter  : « À  leur façon de marcher. On décode les signes, les traces, et ça s’apprend si on a des dispositions et qu’on est intéressé. Faut aimer, c’est un genre de drogue. Encore aujourd’hui, à la retraite, je regarde les gens, c’est tout un spectacle. »

Comme les chasseurs en forêt, ces flics de la rue connaissent parfaitement l’environnement urbain, le sol et les sous-sols de la capitale, mais aussi des banlieues proches : les rues, les sens uniques, les magasins, les rades glauques n’ont aucun secret pour eux.

Si le coup d’œil est important quand on travaille au flan, il faut avoir tout de même rendez-vous avec la chance. À l’instar d’autres professions, en manquer peut être considéré comme une faute professionnelle pour la BRB! Et comme disait Pasteur, « le hasard ne favorise que les esprits préparés ».

Mais au fait! Comment savoir que l’individu que vous croisez dans la rue est en train de préparer un mauvais coup? Pour la plupart des gens, probablement rien dans son comportement n’attirera l’attention. Les voie-publicards, eux, seront immédiatement en alerte. Chasseurs, ils assimilent l’état d’esprit et intègrent la psychologie de ceux qu’ils traquent. Ils se glissent dans la peau des voyous afin d’anticiper leur comportement et leurs réactions. Ils remarquent les petits regards, les petits gestes, le moindre fait ou le moindre détail. Ils appellent cela : avoir la « tripe ». D’autres font leur une très jolie expression : ils goûtent au « sirop de la rue ».

« C’est un service à multiples facettes, continue Birot. Un service d’enquêtes bien sûr, mais qui n’exclut pas que l’on cherche aussi à faire des flags. »

Les affaires sont toutes différentes : du petit pickpocket à l’auteur d’un gros braquage. La Brigade sait s’adapter. En interne, on dit : « Il n’y a pas de petite affaire. » C’est très juste : on peut découvrir chez le premier la caverne d’Ali Baba, et en outre il peut se confier sur un « gros poisson » ou sur une grosse affaire dont il a entendu parler.

En février 1975, la BRB a été créée pour répondre à la montée d’un nouveau type de criminalité. L’année 1976 consacre les premières attaques de convoyeurs de fonds en Île-de-France. Elle ouvre surtout une décennie particulièrement sanglante. « Entre 1976 et 1985, quarante-trois personnes ont été abattues à Paris ou dans sa proche banlieue lors de braquages. Qu’il s’agisse de convoyeurs, de bijoutiers, de passants, de policiers, de gendarmes ou de malfaiteurs », raconte un patron de la BRB, le commissaire divisionnaire Jean-Jacques Herlem.

À la fin des années 1970, le service, épaulé par l’antigang, piste Jacques Mesrine, l’ennemi public numéro 1, et son complice François Besse, après leur évasion de la prison de la Santé. Mais son plus fidèle ennemi restera le « gang des Postiches », des bandits grimés qui dévalisent des centaines de coffres de banque de 1981 à 1986, en hurlant : « Contrôle fiscal! »

1986, justement! Le service connaît son année la plus noire. Une interpellation manquée dans le 16e   arrondissement de Paris se solde par la mort d’un policier et d’un voyou. En parallèle, plusieurs affaires de « ripoux » au sein de la BRB n’arrangent rien. Et pour couronner le tout, un attentat d’Action directe contre les locaux de la Brigade tue l’inspecteur Marcel Basdevant et blesse douze autres policiers.

Pour conjurer le sort et lutter contre les ripoux, la BRB doit remettre en question ses méthodes, notamment le traitement de ses informateurs et ses techniques d’intervention. Il lui faut surtout s’adapter à de nouvelles équipes de braqueurs très déterminés, qui se forment au coup par coup. Aujourd’hui, les attaques de fourgons, minutées comme des opérations militaires, font appel à des spécialistes de l’explosif ou du lance-roquettes. Pour les contrer, la police judiciaire mise sur la science autant que sur le renseignement et la téléphonie. À  la BRB, on a désormais plus souvent recours à l’ADN et aux écoutes qu’au 38  Spécial. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs si, comme le remarque son ancien patron Frédéric Péchenard, « la BRB a été le premier service à travailler sur les facturations détaillées des téléphones portables ».

Extrait du livre de Frédéric Crotta et Eric Merlen, "BRB", qui sera publié  aux éditions du Cherche Midi le 15 octobre.

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