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© OSCAR DEL POZO / AFP
POINT ÉPIDÉMIOLOGIQUE

Traçage et isolement des positifs au COVID-19 : radioscopie de ce qu’il faut savoir pour apprécier l’efficacité du gouvernement

Publié le 04 octobre 2020
Voici la deuxième partie de la radioscopie exhaustive de la situation actuelle en France de l'épidémie COVID-19 par le Dr. Jean-Yves Le Goff.
Jean-Yves Le Goff
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Le docteur Jean-Yves Le Goff est chirurgien digestif laparoscopique, pionnier mondial de la chirurgie laparoscopique et bariatrique, ancien chef de clinique-assistant et ancien interne des hôpitaux de Paris. Fondateur et Ancien Responsable de l’unité de...
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Voici la deuxième partie de la radioscopie exhaustive de la situation actuelle en France de l'épidémie COVID-19 par le Dr. Jean-Yves Le Goff.

Retrouvez la partie une de la radioscopie du Dr Le Goff en cliquant sur ce lien.

 

Isolement des cas positifs et des cas contacts

Dès l’obtention du test positif, idéalement et le plus rapidement possible pour les asymptomatiques, il faut pratiquer un isolement strict de ces personnes, et pour les cas symptomatiques l’isolement doit intervenir dès les premiers symptômes évocateurs de la covid +. 

Au domicile de la personne si c’est possible ou dans un autre lieu (internat, hôtel dédiés …) comme c’était prévu au début de la pandémie d’ailleurs, si la personne ne peut pas s’isoler strictement chez elle.

Et ce avec interdiction de sortir, de se rendre sur son lieu de travail bien sûr, pendant 7 jours en France, 10 jours en USA, GB, et avec test PCR négatif avant de reprendre son activité, car il existe des périodes infectieuses contaminantes +, plus rarement certes, mais qui peuvent aller au-delà de 21 jours, voire 31 jours selon la littérature scientifique.

Des amendes très lourdes devraient être prévues pour les contrevenants, voire plus lourdes encore pour les récidivistes, tant les conséquences peuvent être tragiques pour la population, les personnes fragiles, vulnérables (pour un âge statistiquement supérieur à 65 ans, obésité sévère avec pathologies associées, HTA, diabète, insuffisance coronarienne, insuffisance respiratoire…), l’économie qui peut être encore plus affaiblie. 

Signalons que pour éviter de perdre plus d'un tiers de leur salaire, des contrôleurs SNCF et des cheminots ont caché leur contamination au Covid-19, rapporte « Le Parisien ». Ils ont gardé le silence et ont continué à travailler après avoir été testés positifs au Covid-19. Impossible toutefois d'avoir un comptage officiel du nombre des salariés concernés. Des sanctions très lourdes devraient être prononcées pour les fautifs.

Le Vietnam a opté pour une politique beaucoup plus restrictive. La personne diagnostiquée positive au Covid-19 est placée en quarantaine dans des infrastructures mises en place par le gouvernement, tout comme les cas contacts, tandis que les contacts des cas contacts doivent se confiner chez eux.

Benoît de Tréglodé, de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire et spécialiste du Vietnam, précise que ce suivi « s’accompagne d’une politique de dénonciation publique des individus fautifs et, le cas échéant, d’un emprisonnement immédiat » 

En France, contrairement à d’autres pays comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni, l’isolement des malades et cas contacts est fortement recommandé mais ne fait pas l’objet de contrôles ni d’éventuelles sanctions. Alors que cette recommandation ne semble pas toujours respectée, certaines voix s’élèvent pour demander à ce que l’isolement devienne obligatoire.

Traçage des cas contacts

C’est à dire personnes à risque ayant été plus de 15 mn en contact, en échange avec un cas positif en face à face (moins d’un mètre selon Santé publique France), mais en fait cas beaucoup plus nombreux et complexes (voir tableau du BMJ, publié dans l’article Atlantico du 3 octobre que nous vous rappelons ci-après)

Contactés par quelques milliers de salariés des CPAM et des ARS :  1,1 millions de personnes contactées pour 390 000 cas positifs.

Ces services de l’État et les CPAM appellent chaque jour les cas positifs et les cas contacts qu’elles veulent bien signaler, pour détecter et briser les chaines de contamination le plus rapidement possible. Ils prescrivent des tests, déterminent si l’isolement, l’arrêt de travail sont nécessaires ...

L’Académie de Médecine soulignait le 28 septembre que la stratégie « tester, tracer et isoler » était devenue inefficiente de par l’engorgement des filières de diagnostic et de dépistage, entraînant des retards inacceptables dans le rendu des résultats.

Le délai de contagiosité est de 10 jours environ (voir article Atlantico du 3 octobre). Nous l’avons vu : les résultats des tests sont beaucoup trop tardifs, l’enquête des chaines de contamination possibles commence trop tard. Si l’on a 8 jours de retard, le tracing ne sert à rien !  Quand une personne est appelée tardivement pour donner ses contacts, ceux-ci sont déjà contagieux depuis plusieurs jours, souligne l’épidémiologiste Renaud Piarroux.

Pour plus d’efficacité, chaque CPAM utilise la base de données SI-DEP dans laquelle les labos remontent tous les résultats de tests en temps réel. 

Autre difficulté :  4 cas+ sur 5 sont inconnus comme cas contacts, il faut donc plus cibler les tests (cf. article Atlantico du 3 octobre sur les tests) et insister sur l’intérêt de l’application Tracing fondamentale que nous allons voir.

De plus, des brigades Covid signalent que principalement dans les grandes villes, il y a des personnes, plutôt jeunes pour la plupart d’entre elles, qui ne répondent pas aux appels au téléphone, de façon à ne pas subir de contrainte à l’isolement !

La DGS dans une récente enquête soulignait une augmentation des refus de suivi des cas+, et des personnes contacts, ainsi qu’une augmentation du nombre de personnes impossibles à joindre dans certaines régions. On notait aussi le refus de certaines personnes à transmettre les listes de personnes contacts à risque !!!

Ces manquements gravissimes au civisme, au contrôle de l’épidémie, aux risques qu’ils font peser sur des personnes fragiles, vulnérables, sur le système de santé en termes de saturation, de charge de travail pour les soignants doivent être le plus sévèrement sanctionnées par la police, la justice, de façon à totalement décourager ces pratiques inadmissibles, non républicaines, intolérables et responsabiliser en fait les personnes. 

Il faut aussi s’assurer du contrôle de l’isolement par les ARS et les CPAM par des envois de messages, ou des appels, y compris sur les lieux de travail.

L’objectif est d’obtenir l’adhésion des participants pour un court laps de temps d’isolement : 7 jours en France, par des mesures concrètes (hébergement, courses, gardes d’enfants, etc…)

Le seul moyen dont on dispose aujourd’hui pour rompre une chaîne de transmission est l’isolement+++. 

Car le traitement est discuté pour certains.

Les gens s’isolent peu ou pas bien, comme le confirme aussi l’infectiologue Renaud Piarroux qui pilote un dispositif de traçage nommé Covisan avec des équipes (trop peu nombreuses d’ailleurs) visitant les malades chez eux.

Isoler les formes symptomatiques et leurs contacts règlerait déjà une bonne part de l’endiguement de l’épidémie.

Signalons que par manque de personnel, à cause des vacances d’été, de la fin juillet à la fin aout beaucoup de personnes positives n’ont pas été rappelées, identifiées par les CPAM de grandes villes principalement et donc a fortiori, pas de cas contacts trouvés ! Ceci n’est pas bon pour freiner une pandémie galopante …

2 000 personnes devraient renforcer les effectifs dans les CPAM et les ARS selon les directives du Premier ministre Jean Castex pour pallier à partir de début septembre ces problèmes inadmissibles.

L’Espagne, devant le travail colossal que représente le suivi, a quant à elle décidé de faire appel à l’armée pour venir en aide aux services de santé locaux. Certains pays d’Asie et d’Afrique ont eu plus de succès dans la lutte contre le Covid-19 que les Etats-Unis ou l’Europe, car ils ont plus d’expérience dans la lutte contre d’autres épidémies, telles que le SRAS, le MERS, Ebola ou Zika.  

La Chine a également recours à une application qui utilise des QR codes de couleur. Elle catégorise les personnes en trois groupes : rouge pour les cas suspects et confirmés, jaune pour les cas contacts, et vert pour les personnes saines.

L’assignation à une catégorie change au fil du temps en fonction des personnes avec lesquelles on entre en contact, des lieux visités ou de la fin d’une période de quarantaine obligatoire. Les utilisateurs sont invités à renseigner leurs symptômes (toux, fièvre, courbatures, etc.) dans un référentiel central qui est utilisé pour suivre la propagation de la maladie dans la population. Des versions similaires ont également été déployées en Russie et en Corée du Sud.

La Suisse aussi fait appel à des QR codes et impose la collecte des données personnelles dans les bars, les restaurants, les discothèques et les manifestations privées. 

Dautres pays ou territoires ont décidé de tester massivement l’ensemble de leur population, cas contact ou non. C’est le cas de la ville de Wuhan, en Chine, épicentre de l’épidémie à l’hiver 2019 : 9,9 millions de ses 11 millions d’habitants ont dû se soumettre à un test. Pour y parvenir, la capacité quotidienne de tests a été augmentée de 300 000 à 1 million, en partie grâce à l’utilisation de tests par lots (ou « pooling ») : des échantillons provenant de plusieurs personnes étaient regroupés et testés ensemble dans un seul tube. Si l’un des échantillons s’avérait positif, il suffisait ensuite de tester les échantillons individuels des personnes du groupe concerné pour trouver celle qui était positive.

En septembre, Hongkong a également lancé une initiative de test universel gratuit d’une semaine, visant à tester au moins 5 millions de ses 7,5 millions d’habitants.

Si les cas contact ne respectent pas l’isolement strict, comme en Corée du Sud, ils risquent plusieurs milliers d’€ d’amende et voire l’expulsion pour les étrangers. 

En Espagne, il existe des infractions mineures, graves, très graves pour non-respect des recommandations édictées. 

Applications numériques pour le traçage 

Comme 4 cas sur 5 sont découverts de façon aléatoire sans cas contacts, cela souligne l’intérêt fondamental des applications de tracing. 

Stop Covid est un échec total : seuls 2,7 millions de Français l’ont téléchargée, pour différentes raisons. 1 650 cas positifs ont été rentrés fin août 2020, le programme n’avertit que 120 contacts potentiels, soit des chiffres dérisoires ; selon un rapport du Sénat, le coût de fonctionnement serait de 200 000 € par mois !

Stop Covid est imprécise si tout le monde ne l'ouvre pas sur son smartphone et inefficace si les ondes sont saturées dans un lieu précis. 

Il existe pourtant des alternatives. Si le gouvernement a raison de prêter attention à la souveraineté numérique, la crise du printemps dernier n'était peut-être pas le bon moment de repousser les solutions basées sur la technologie d'Apple et Google. L'Allemagne, qui a lancé la sienne en juin, a fait ce choix pour son application. Car la solution des deux géants américains, totalement décentralisée, offre plus de garanties en matière de respect de la vie privée que la technique française.

La Corona-Warn-App du gouvernement fédéral peut désormais être téléchargée dans les App Stores de tous les pays membres de l’Union européenne ainsi que de la Suisse, de la Norvège, du Royaume-Uni et de la Turquie. 

L'application allemande est traduite en plusieurs langues, outre l’allemand, en anglais, turc, roumain, bulgare, polonais, arabe. Le concept technique, basé sur des interfaces Bluetooth et un stockage décentralisé, a été développé en collaboration avec Apple et Google.

Il faut arrêter Stop Covid : Stop « Stop Covid » est de mise !  Admettre que c’est un échec à l’heure actuelle serait de bon aloi pour enfin choisir une application basée sur les technologies Apple et Google, et recourir à l’application allemande qui a fait ses preuves :  plus de 18,4 millions d’allemands l’ont déjà téléchargée : 9,8 millions Google sur Apple store et 8, 6 millions sur Apple store.

Elle aide ainsi aux dépistages des cas contacts (4 cas sur 5 étant aléatoires)

La Chancelière Angela Merkel, elle-même, appelle à de nombreuses reprises par des messages télévisés audios pour inciter les Allemands à télécharger l’application pour aider à freiner l’épidémie.  (Cf. les résultats de l’Allemagne sur le contrôle de l’épidémie dans la première partie de cet article, Atlantico du 3 octobre).

Importance des contrôles 

Enfin multiplier les contrôles (tests) aux aéroports, gares internationales, stations-services sur les autoroutes frontalières, ce que font très bien les Allemands où avec l’aide de la police ils ont installé des zones de tests pour contrôler l’entrée sur le territoire, en réalisant des test PCR nasopharyngés ou salivaires ou des tests antigéniques salivaires pour dépister les cas positifs avant de pénétrer sur le territoire.

On est souvent surpris à Roissy Charles de Gaulle par exemple de la perméabilité des passages et de l’absence de contrôle parfois, trop souvent pour des pays à risques, même si ceux-ci sont répertoriés. 

 

Liste des pays "verts" concernés 

L'arrêté du 10 juillet 2020 identifiant les zones de circulation de l'infection prévoit que l'ensemble des pays du monde sont considérés comme "zones de circulation", à l'exception des États membres de l'Union européenne et des États suivants :  Andorre, Australie, Canada, Corée du sud, Géorgie, Islande, Japon, Lichtenstein, Maroc, Monaco, Monténégro, Norvège, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Rwanda, Saint-Marin, Saint-Siège, Serbie, Suisse, Thaïlande, Tunisie, Uruguay.

 

Pays en provenance desquels un test de dépistage est obligatoire 

La réalisation d'un test de dépistage est obligatoire pour 33 pays, 72 heures avant le vol. Ces pays se répartissent en deux catégories :

  1. Catégorie 1 : tests obligatoires avant le départ

L'article 11 du décret du 10 juillet 2020 prévoit que les personnes de 11 ans ou plus se déplaçant par transport aérien à destination du territoire métropolitain depuis l'un des 4 pays de la liste ci-dessous présentent à l'embarquement le résultat d'un examen biologique de dépistage de moins de 72 heures avant le vol (annexe 2 bis du décret) : Bahreïn, Émirats arabes unis, États-Unis, Panama.

  1. Catégorie 2 : tests obligatoires avant le départ, mais pouvant être réalisés à l'aéroport en cas d'impossibilité de les réaliser dans le pays d'origine

L'article 11 du décret prévoit que les personnes arrivant des 29 pays ci-dessous qui ne peuvent pas présenter le résultat d'un test de dépistage de moins de 72 heures avant le vol sont dirigées à leur arrivée à l'aéroport vers un poste de contrôle sanitaire permettant de réaliser un tel examen : Afrique du Sud, Algérie, Argentine, Arménie, Bolivie, Bosnie-Herzégovine, Brésil, Chili, Colombie, Costa Rica, Guinée équatoriale, Inde, Israël, Kirghizstan, Kosovo, Koweït, Liban, Madagascar, Maldives, Mexique, Moldavie, Monténégro, Oman, Pérou, Qatar, République dominicaine, Serbie, Territoires palestiniens, Turquie.

Pour les personnes en provenance de tous les autres pays du monde, la réalisation d'un test de dépistage avant le départ n'est pas obligatoire mais est fortement recommandée.

Ces directives dans certains pays (Allemagne, Italie…) sont réactualisées très rapidement en fonction de l’évolution de l’épidémie et des zones à risque localement en France, y compris pour des pays de l’Union Européenne.

En conclusion toutes les actions recommandées dans cette analyse en deux parties ont pour seul but de vivre au mieux d’un point de vue sanitaire et économique avec ce virus, jusqu’à l’obtention d’un vaccin et ceci pour 1 an ou 2 maximum selon toutes probabilités, comme pour toutes les épidémies.  

Et tout ceci pour éviter ce que nous avons connu en mars, avril, mai et pour se rapprocher de l’Allemagne :  actuellement 12 065 cas positifs sur 7 jours contre environ 16 000 cas + certains jours en France pour 9 488 morts en Allemagne alors que nous déplorons 31 802 morts.

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Commentaires (2)
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Le gorille
- 04/10/2020 - 22:45
Haro sur les 72 heures
Voir le commentaire que j'ai inscrit ci-dessous.
Les media et les élus mettent la panique chez les passagers aériens.
Il faut impérativement rectifier le tir : lire 3 jours calendaires, et non pas 72 heures, avec la pensée qu'elles sont stricto sensu.
Le gorille
- 04/10/2020 - 22:42
Pas terrible l'article
Le tableau tricolore aurait pu être fait sans déranger une haute académie. C'est évident depuis le départ, que la densité et l'aération sont les facteurs principaux à prendre en compte pour la contamination. Puis parler, crier, ou chanter.... hé ! dites, c'est quoi une société pour vous ?
Les fameuses 72 heures sont "fausses". Il s'agit de 3 jours calendaires. Si on se limite stricto sensu aux 72 heures, en combinant les heures d'ouverture des laboratoires et les horaires d'avion, il arrive plusieurs cas où l'on est dans l'impossibilité technique d'embarquer. Heureusement que les compagnies aériennes sont plus intelligentes que l'article.
A titre d'exemple, votre avion est à 20 heures le dimanche, donc le soir, et c'est un cas réel pour la mi-octobre : trouvez-moi le créneau de 72 heures ?
Dans la pratique, le test, en raison des délais de 48 heures, aura lieu le jeudi matin, soit plus que 72 heures. Le faire le vendredi matin ne permet pas d'avoir les résultats à temps.
La compagnie a été jusqu'à envoyer un message personnalisé à ses clients pour confirmer la date du jeudi pour le test...