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COVID-19 : le top 5 des mesures qui ont permis à d’autres d’endiguer une deuxième vague

Publié le 11 septembre 2020
Alors que de nouvelles mesures seront annoncées par le gouvernement ce vendredi à l'issue du Conseil de défense, quelles sont les mesures qui ont montré leur efficacité à travers la planète pour endiguer la pandémie de Covid-19 ?
Stéphane Gayet
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Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier. 
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Alors que de nouvelles mesures seront annoncées par le gouvernement ce vendredi à l'issue du Conseil de défense, quelles sont les mesures qui ont montré leur efficacité à travers la planète pour endiguer la pandémie de Covid-19 ?

Atlantico.fr : La politique de test allemande est-elle un bon exemple ?

Stéphane Gayet : Pour apprécier une politique de tests viraux, il faut tenir compte du nombre de tests pratiqués, mais aussi de leur qualité et de la stratégie de leur réalisation.

C’est habituel, la France est en compétition avec l’Allemagne. Très tôt au début de l’épidémie, l’Allemagne a fondé sa stratégie de lutte contre la CoVid-19 sur une politique de réalisation intensive de tests. Cette politique a été mûrement réfléchie et mise au point, avec semble-t-il une efficacité à la clef.

Si l’on ne devait retenir qu’un seul indicateur épidémiologique, ce serait sans doute le taux de mortalité par CoVid-19 (mortalité rapportée à la population globale du pays), plus que le taux de létalité par CoVid-19 (mortalité rapportée au nombre total de malades de la CoVid-19).

La carte ci-dessous provient du site Euromomo. Elle indique l’excès de mortalité semaine par semaine pour la plupart des pays du continent européen lors de la semaine 15 (du lundi 6 avril au dimanche 12 avril 2020). Les pays où l’excès de mortalité a été le plus fort sont l’Espagne, l’Angleterre, la France et la Belgique. Étrangement, parmi les 16 länder composant l’Allemagne, seule la Hesse (länder de Francfort-sur-le-Main) fournit des données ; l’excès de mortalité est y faible, du niveau de celui du Danemark et de l’Autriche.

La France a voulu s’inspirer de la politique de tests allemande, mais bien plus tardivement et avec moins de stratégie de santé publique. La volonté du ministère de la Santé était de dépasser l’Allemagne en nombre quotidien de tests par 1000 habitants : elle vient d’y parvenir, nous sommes presque à 2 tests quotidiens pour 1000 habitants. Mais cette politique de tests viraux pratiquée en France au pas de charge, depuis des semaines, n’est pas une franche réussite :

1. Amalgame des vrais sujets symptomatiques avec les sujets asymptomatiques inquiets, les sujets faussement symptomatiques (rhinite d’une autre cause) et les sujets contacts d’un sujet infecté ; 2. Utilisation de tests d’origines et de qualités diverses ; 3. Excès de sensibilité des tests donnant lieu à de nombreux faux positifs (traces d’ARN viral détectées, mais ni contagiosité ni même souvent infection) ; 4. Communication inquiétante des résultats des tests, faisant croire à une reprise de l’épidémie plus importante qu’elle ne l’est.

En somme, il ne faut pas se contenter de regarder le nombre de tests quotidiens pratiqués, mais l’ensemble de la stratégie de santé publique s’appuyant sur une réalisation massive de tests. On peut dire en effet que la politique de tests de l’Allemagne a été efficace.

Il est difficile de parler de la mortalité sans parler de l’hydroxy chloroquine (HCQ). Les pays qui l’ont utilisée largement ont un taux de mortalité et de létalité par CoVid-19 nettement plus bas que les autres (liste non exhaustive) : Allemagne, Portugal, Suisse (prescription ; arrêt à la suite des fausses informations ; reprise de la prescription), Russie, Turquie, Israël, Floride (elle se distingue parmi les États-Unis d’Amérique), Inde, Corée du Sud.

Comment le Vietnam a réussi à stopper la propagation de l'épidémie ?

Le gouvernement vietnamien a géré la crise sanitaire avec lucidité, compétence, promptitude, engagement et fermeté. Il n'y a pas de secret : il faut agir vite et bien ; la comparaison avec la France est affligeante : nous avons accumulé les maladresses, les faux pas et les erreurs.

Le succès du Vietnam repose sur cinq piliers.

Premièrement, une prise au sérieux précoce du danger épidémique, conduisant à des actions énergiques et sans délai. On peut supposer que le gouvernement vietnamien a été conseillé par de vrais experts compétents et expérimentés. Le danger représenté par la CoVid-19 est devenu très rapidement la priorité des priorités. En France, on a beaucoup discuté, nuancé le risque, tergiversé et finalement, on a laissé passer les élections municipales qui étaient considérées comme prioritaires.

Deuxièmement, un investissement suffisant et rapide pour lutter efficacement contre l'épidémie menaçante. Il a consisté en l'achat de tests virologiques et de masques en nombre colossal.

Le Vietnam a même été le champion des tests virologiques (avec l'Islande) : le gouvernement a investi massivement dans la détection des sujets infectés. Au contraire, en France, ils ont dans un premier temps été réalisés de façon particulièrement réglementée et en pratique assez parcimonieuse.

Le Vietnam a commencé à développer des tests virologiques, presque immédiatement après que trois personnes revenant en janvier de Wuhan, en Chine - le point de départ de la maladie –, aient été diagnostiquées comme infectées. On a effectué des tests virologiques de façon croissante : on a commencé par tester les personnes dont on savait qu'elles avaient voyagé, puis on a testé les contacts proches de ces personnes, et enfin, on a testé toute personne présentant des symptômes et signes de type CoVid-19. Ensuite, on a pratiqué des tests à grande échelle, dans les principaux points chauds et les endroits à risque élevé, comme les marchés de la ville de Hanoï. En tout, cela représente de l'ordre de 300 000 personnes testées (soit environ la population de la ville de Nantes).

C'est donc un plan de détection ciblé et non pas un dépistage de masse : le fait de concentrer les ressources en tests virologiques sur les personnes proches des premiers malades et d'isoler celles qui présentent des symptômes et signes a permis de casser l'épidémie à sa source ; car les personnes infectées – où qu'elles soient dans le pays – étaient immédiatement placées en isolement pendant 14 jours et aux frais de l'état (l'auto-isolement à domicile n'est pas admis au Vietnam, car il est considéré comme non fiable). Cette politique de tests virologiques ciblés et d'isolements tout aussi ciblés a bel et bien porté ses fruits.

Troisièmement, la fermeté. Au Vietnam, le gouvernement gouverne sans louvoyer, sans se perdre dans des explications filandreuses et casuistiques. Les décisions sont prises, grâce au conseil avisé de vrais experts qui peuvent être étrangers, et grâce également aux recommandations internationales. Les décisions prises, elles sont appliquées et des sanctions parfois lourdes sont imposées et appliquées.

Quatrièmement, la communication. Cette communication a été honnête au Vietnam : on a largement expliqué la réalité du danger épidémique et les conséquences sanitaires et économiques d'une épidémie grave. Les messages d'incitation à la prévention et à la vigilance sont plutôt agréables et non infantilisants. Avec une communication cohérente et faite pour des adultes, ça passe nettement mieux. Encore faut-il que les messages soient clairs, nets et précis. Mais quand on commence comme en France par dire que le masque n'est pas vraiment nécessaire, qu'il faut se frictionner les mains avec un gel hydroalcoolique toutes les heures et que la distance de sécurité est d'un mètre, on est vraiment mal parti.

Cinquièmement, une relation de confiance réciproque entre le gouvernement et le peuple. Au Vietnam, le peuple a fait confiance au gouvernement quant aux règles édictées et de ce fait, l'observance a été bonne. Jusqu’à 62 % des personnes interrogées ayant répondu au sondage, disent que leur gouvernement a bien agi en réponse à la pandémie de CoVid-19, selon la plus grande enquête publique sur le sujet, menée par le Dalia Research basé à Berlin : la confiance des Vietnamiens en l'action du gouvernement pour lutter contre la pandémie est la plus élevée du Monde.

Longtemps considéré comme un pays pauvre, le Vietnam a été félicité par l’Organisation mondiale de la santé ou OMS, pour sa réaction face à l’épidémie de coronavirus. Pourtant, classé au 47e rang des puissances mondiales, ce pays n’a pas du tout les moyens de Singapour ou de la Corée du Sud.

Le Confinement est-il un outil efficace ?

Le confinement généralisé, obligatoire et surveillé par les forces de l’ordre s’est montré très efficace, en particulier en France. Aujourd’hui, tout est discuté et même contesté. On trouvera toujours des personnes pour contester l’efficacité d’un tel confinement. C’est pourtant une mesure efficace, qui est également utilisée dans les élevages d’animaux.

Le confinement a commencé en France mardi 17 mars. Les effets d’un confinement mettent 14 jours à apparaître sur les courbes de morbidité (5 à 6 jours d’incubation et 8 à 9 jours de délai de survenue des formes sévères justifiant une hospitalisation) : voici ces courbes actualisées (nombre quotidien de personnes nouvellement hospitalisées pour CoVid-19, nombre quotidien de malades nouvellement admis en réanimation pour CoVid-19 et nombre quotidien de personnes nouvellement décédées de la CoVid-19) pour la période du 19 mars au 10 septembre 2020.

Il n’est plus possible de contester l’efficacité du confinement généralisé, obligatoire et surveillé. Mais on peut discuter son rendement : son efficacité est très chère payée.

Il a été décidé et mis en œuvre tard, en France, essentiellement en raison du premier tour des élections municipales.

Il faut retenir que c’est une mesure efficace.

La stratégie de responsabilisation de la population suédoise a-t-elle porté ses fruits ?

Le mot « résilience » est devenu très en vogue depuis quelques années, notamment en écologie et en psychologie. Il est tellement à la mode qu’il est employé à contresens, à la place du mot résistance dont il est pratiquement le contraire.

La résistance signifie que l’on tient bon dans l’épreuve ; la résilience signifie que l’on se relève efficacement d’une épreuve qui nous a durement atteints : la résistance est préventive, la résilience réactive. C’est tout de même bien différent.

La Suède (10 millions d’habitants) est un petit pays imprégné de démocratie sociale. La santé publique et la prévention sanitaire y occupent une place importante et de longue date. Le civisme, le respect mutuel, le sens du bien commun et la discipline ne sont pas de vains mots dans ce pays scandinave. Les analystes qui connaissent bien la Suède insistent sur le fait qu’il y existe une relation de confiance entre la population et le gouvernement ; c’est déterminant. C’est l’un des rares pays à ne pas avoir imposé de confinement généralisé : on s’est limité à des recommandations et des incitations à limiter ses déplacements et respecter les mesures préventives (masque, distance, décontamination des mains). Cela a relativement bien fonctionné et l’économie a pu éviter le pire. La Suède a été résistante face à l’épidémie CoVid-19.

On a depuis la France l’impression d’une certaine cohésion sociale en Suède, connaissant la culture politique et sociétale de ce petit pays scandinave.

Face à ce fléau pandémique qui a frappé le monde dont l’Europe, la réponse suédoise est représentative d’un certain type de société : l’organisation, l’anticipation et la discipline.

Sur la carte figurant plus haut, on voit qu’en termes de mortalité, la Suède est au niveau de l’Italie. Dans l’absolu, ce n’est pas un excellent résultat ; mais si l’on tient compte du fait que l’économie n’a pas été paralysée par un confinement généralisé et obligatoire, c’est une bonne efficience.

L'hyperréactivité des pouvoirs politiques à Singapour est-elle une stratégie intéressante ?

L'état insulaire de Singapour exerce souvent une sorte de fascination sur les Occidentaux. L'Île principale de Singapour, où se situe la capitale Singapour, se trouve à l'extrémité méridionale de la péninsule malaise, au sud de la Thaïlande. Ce petit pays insulaire a une superficie totale un peu inférieure à celle de la petite couronne de l'Île-de-France (92, 93 & 94) et comporte cependant une population de plus de 5,4 millions d'habitants (la densité moyenne de la population y est l'une des plus fortes du monde). Cette ancienne colonie anglaise est indépendante depuis 1965. On aurait envie de se dire : encore une ancienne colonie anglaise qui a bien évolué…

Ce pays est aujourd'hui une république à régime semi-présidentiel qui a un niveau de vie élevé ; et c'est même le troisième pays le plus riche du monde (relativement à sa population). Le taux d'alphabétisation est proche de 95 %. L'économie y est prospère : elle repose sur l'agriculture (climat équatorial : chaud et humide), la pêche, l'industrie et surtout sur la finance (Singapour est en effet un grand centre d'affaires, de commerce et financier d'Asie du Sud-Est). Le secteur de la santé est largement financé par l'État. Singapour s'illustre par sa propreté impeccable, qui est impressionnante. La prévention des maladies est une forte préoccupation pour le pays (un exemple démonstratif de cet engagement est la suppression totale des moustiques, ce qui nécessite une discipline de haut niveau de la part de tous).

Comment l'État de Singapour a-t-il réagi face à la menace d'épidémie CoVid-19 ?

À Singapour, la santé publique n'est pas une vaine expression. Cela se traduit dans la façon dont l'épidémie CoVid-19 a été appréhendée et gérée.

Le premier cas a été détecté le 23 janvier (combien de pays ont-ils repéré leur premier cas parfois appelé patient zéro ?). La réaction a été prompte : les autorités singapouriennes ont alors immédiatement mis en place des mesures de détection, de traçage et d’isolement des groupes en contact avec des personnes contaminées. Il faut souligner que ce protocole avait été élaboré à Singapour à la suite de l’épidémie de SRAS de 2003 et a pu donc être activé sans aucun délai. Les médecins et les chercheurs français exerçant sur place ont été impressionnés par la remarquable efficacité des autorités singapouriennes pour contenir l’épidémie : depuis l'annonce des premiers cas, des mesures de distanciation physique ou encore sociale ont immédiatement été instaurées et elles ont très fortement limité le développement de foyers de diffusion de l'épidémie. On a disposé très rapidement de tests de qualité et en grand nombre. En outre, des mesures strictes de contrôle aux frontières ont été mises en place à Singapour et ont permis de limiter le nombre de cas importés.

Il y a en France au moins 100 fois plus de décès par CoVid-19 qu'à Singapour (nombres de décès rapportés aux nombres d'habitants).

Il n'y a pas de secret singapourien qui puisse expliquer cela, mais simplement quelques principes simples : prise en compte de l'expérience de 2003, compétence, réactivité, transparence, coordination, rigueur, discipline et investissement massif. C'est tout, c'est logique et efficace.

De notre côté : tergiversations, atermoiements, choix très politique et discutable des experts, défauts de coordination, de pédagogie et de communication, infantilisation de la population, retard pris pour donner la priorité aux élections municipales, manque patent de discipline des Français et investissements hésitants et parfois maladroits.

Par rapport à la France et à l'Europe plus généralement, Singapour a été touché par l'épidémie d'infections à SARS-CoV en 2003, en a tiré efficacement des enseignements et s'est rapidement senti menacé par l'épidémie de la région de Wuhan en Chine en décembre 2019, en raison de sa très relative proximité.

Au contraire, l'Europe a d'abord considéré cette épidémie chinoise avec intérêt ; la perception du danger n'a commencé en Europe que plus tard : on n'y croyait que modérément.

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Le gorille
- 12/09/2020 - 03:09
Question : et la différentielle ?
On a confiné, soit. Mais le nombre de morts, est-il vraiment différent du temps normal ? Et les causes des morts, compte-tenu des comorbidités évoquées à l'envi, se réduisent-elles au seul virus chinois ? Quel embrouillamini ne nous a-t-on pas servi ! Une vrais soupe de cochon.
Le gorille
- 11/09/2020 - 21:11
Les points de vue
Dans cette épidémie, ou pandémie ?, chacun y est allé de son point de vue. Et le "système" mondial s'est en partie écroulé.
Les comparaisons d'un pays à l'autre doivent être nuancées par la densité (sporadiquement évoquée), le climat, l'état de santé de la population, la discipline ou la confiance... Bref impossibles.
Des secteurs entiers de l'économie sont sinistrés, parfois vitaux pour un pays : tourisme, transports, qu'ils soient aériens ou non, mais pas seulement.
Cette catastrophe est imposée même à ceux qui choisissent des solutions pour l'éviter : restrictions dans les ouvertures de frontières, qui vont de la fermeture à la quatorzaine, peur des gens eux-mêmes alimentée par des successions de chiffres où il manque l'essentiel : le nombre de guéris et donc le nombre des cas actifs. Rares sont ceux qui ont eu une vision moins terre à terre (la mort, qui est souvent plus par "comorbidité" au vu des lectures disponibles, a obnubilé au delà du raisonnable), et ils sont contraints de subir celles des autres, plus puissants et plus riches surtout.
Le confinement ne doit pas être étudié uniquement sous le point de vue médical. Mais l'article demeure très instructif.
gerint
- 11/09/2020 - 15:09
Encore une remarque
J'ai le très fort sentiment (de plus en plus fort) qu'avoir entravé jusqu'aux menaces sérieuses la prescription libre des médecins a fait plus de mal que le confinement n'a empêché d'infections