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islamophobie
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Bonnes feuilles

Le procès en "islamophobie", un mal français ?

Publié le 05 septembre 2020
La France vit une grande illusion. Nous croyons être toujours le pays où l'on débat, où l'on échange des arguments, alors même que nous sombrons chaque jour un peu plus dans un climat intellectuel de guerre civile. L'adversaire de la République s'appelle le salafisme. Extrait 1/2.
Eric Delbecque
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Eric Delbecque est expert en sécurité intérieure, auteur des Ingouvernables (Grasset). Eric Delbecque est expert en sécurité intérieure et en intelligence économique et stratégique, Directeur du pôle intelligence économique de COMFLUENCE et Directeur...
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La France vit une grande illusion. Nous croyons être toujours le pays où l'on débat, où l'on échange des arguments, alors même que nous sombrons chaque jour un peu plus dans un climat intellectuel de guerre civile. L'adversaire de la République s'appelle le salafisme. Extrait 1/2.

On imagine donc facilement le courage intellectuel nécessaire pour braver le politiquement correct et la chape de plomb idéologique qui étouffe n’importe quelle discussion sur le sujet brûlant de l’évolution du fondamentalisme musulman en France. Quand un membre du personnel politique ou un écrivain tente de s’atteler à la clarification des termes du sujet – ou même écrit un simple roman, rappelons-nous Soumission de Michel Houellebecq –, il devient rapidement la cible d’un nombre impressionnant de batteries de défense de l’empire du bien déchiquetant l’« islamophobe »… Faisant fi des provocations et des attaques préventives des matamores, Philippe d’Iribarne a récemment défini le mot avec brio dans Islamophobie. Intoxication idéologique : « Islamophobie. Le terme revient sans cesse pour dénoncer l’accueil que les sociétés occidentales réservent à l’islam et aux musulmans. La thèse est radicale : ces sociétés ne voudraient connaître qu’un islam imaginaire, objet de peur, de mépris, de haine, un fantôme n’ayant rien à voir avec l’islam réel. La réalité riche et complexe du monde musulman, porteur d’une spiritualité profonde et d’une grande civilisation, serait niée au profit d’une essence fantasmée d’un islam monolithique et menaçant. L’individualité de chaque musulman disparaîtrait derrière l’image d’un musulman archétypique, identifié, dans un amalgame pervers, à des terroristes qui trahissent une religion d’amour et de paix. » À raison, le directeur de recherche au CNRS dénonce cette arme de guerre psychologique, idéologique et culturelle, au détriment des Occidentaux, diabolisés, et des musulmans, victimisés. Entre ce discours qui présente l’Occident comme un monstre d’hostilité envers l’islam et ce que révèlent les faits, il existe un gouffre d’une profondeur abyssale.

Les réactions sont en fait très nuancées, et font la différence entre tel ou tel aspect de l’islam, compatible ou non avec les valeurs occidentales. Les verbes des défenseurs de cette vision victimaire se conjuguent au pluriel : une sphère islamiste avec le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) et les États musulmans; un courant islamo-gauchiste uni par la haine d’un Occident dominateur et héritier d’une longue histoire, espérant que l’emprise de l’islam fera voler tout ça en éclats; un courant « gentil », promoteur d’une laïcité «ouverte» en faveur d’une société «inclusive», post-culturelle, post-religieuse, post-nationale; ou encore certains membres de l’Église de France pour laquelle les musulmans peuvent devenir des alliés de circonstances. Aucun de ces groupes ne pratique réellement l’analyse des mondes de l’islam : ils veulent seulement imposer dans les têtes l’idée que « le musulman» subit quotidiennement des avanies, des discriminations et des vexations. Ils taxent d’islamophobie toute tentative de porter un regard critique sur la religion du Prophète. Démarche toxique, car elle vise à répéter encore et encore à une catégorie confessionnelle de nos concitoyens – dont certains lui prêtent l’oreille – que « l’Occident » les déteste à cause de leur religion, qu’ils ne peuvent pas s’intégrer, et donc qu’ils doivent se replier à l’intérieur d’une contre-société islamiste. Ce discours de victimisation empêche les musulmans de devenir pleinement membres de leur pays d’accueil ou de naissance.

L’« islamophobie » est en réalité une arme destinée à neutraliser les ressources du débat public et à favoriser le recul de la doctrine républicaine. Le mot, apparu furtivement au début du xxe siècle, a ressuscité avec la révolution islamiste d’Iran (1979) et l’affaire Rushdie : ceux qui ont défendu l’écrivain victime d’une fatwa ont été accusés d’islamophobie. Tariq Ramadan s’en servit dans ses premières interventions, suivi par une grande partie de la gauche : critiquer le voile devient raciste, les musulmans sont tous dans le camp des opprimés et méritent d’être défendus inconditionnellement, même si les progressistes piétinent leurs propres principes. Le Collectif contre l’islamophobie en France, fondé en 2003 par Samy Debah (proche de Tariq Ramadan), a été installé dans le paysage médiatique par son directeur Marwan Muhammad, à base de « statistiques sur l’islamophobie en France », devenues quasi officielles. De manière intellectuellement malhonnête, ces statistiques intègrent certaines actions parfaitement légales (contrôles d’identité, expulsions d’imams appelant à la violence et fermetures de mosquées en infraction, mesures imposées aux fichés S) au tableau de l’islamophobie réelle. La France, par sa seule histoire, ses lois et ses mœurs, constituerait en fait une agression envers l’islam.

Cette imposture fonctionne grâce à un terrain longtemps préparé.

Pascal Bruckner synthétise cette matrice de pensée-procès maccarthyste dans un texte limpide : Un racisme imaginaire. Islamophobie et culpabilité. Après l’absurde procès qu’il avait subi, il a sans aucun doute éprouvé le besoin de passer au laser la novlangue qui a anesthésié le débat public sur la question de l’islamophobie. Que trouve-t-on au fond de la démonstration du prolifique essayiste ? Le paradoxe qui tue lentement la cohésion sociale européenne : nous faisons l’apologie chez les autres de ce que nous rejetons dans notre propre Histoire. Nombreux sont les intellectuels qui fustigent à tout-va les tenants des sociétés fermées au xxe siècle. Ils ne manquent jamais (à juste titre) de blâmer violemment les zélateurs des modèles fascisants et les théoriciens du nationalisme ethnique, enraciné dans l’apologie du « sang », de la « terre » et des «morts ». Ils dénoncent avec une même passion l’intégrisme catholique, qui a été le premier ennemi des Lumières, tout au long du xviiie et du xixe siècle. Mais, face au fondamentalisme musulman, à l’islam radical, ils changent soudain de style, baissent le ton et prononcent rarement des paroles définitives pétries d’arrogance. La haine de soi qui dévore l’Europe atteint de tels niveaux que l’on absout d’avance les hommes et les femmes issus des nations des anciens «damnés de la Terre » (le tiers-monde), qui visent à anéantir le modèle démocratique libéral. La « classe intellectuelle » s’acharne finalement à justifier sa soumission. La question que pose Bruckner est bien sûr cardinale : «Comment une société en vient-elle à célébrer ceux qui veulent la détruire ? Par la manipulation symbolique des hécatombes, par un syndrome de Stockholm reformulé en termes de subversion. » L’exemple qu’il donne à l’appui de ce jugement fait froid dans le dos : en mai 2016, un collectif d’artistes danois a tenté d’organiser une exposition intitulée «Martyrs », à Copenhague, pour y mettre à l’honneur les frères El Bakraoui, kamikazes des attentats de Bruxelles… Ce que Pascal Bruckner dénonce dans ses pages, c’est un islamo-gauchisme ravageur, intellectuellement incohérent, qui offre une légitimité à la barbarie par haine de l’Occident et du capitalisme. Les auteurs des attentats seraient en fait des victimes de l’impérialisme brutal des Américains et des Européens… Cette indigente culture de l’excuse ne révèle qu’une autre forme de mépris pour des individus que l’on refuse de considérer comme des consciences libres et responsables. Il souligne par ailleurs à quel point le véritable racisme se cache désormais sous les mots de l’antiracisme, à commencer par un antisémitisme violent.

Au bout du compte, Bruckner va chercher, derrière le djihadisme, la véritable intolérance qui se dissimule sous la dénonciation spécieuse d’une islamophobie minoritaire dans notre pays. «La guerre contre le terrorisme, écrit-il, est à la fois une nécessité absolue et un leurre. Tandis que nous affrontons les djihadistes, salafistes, wahhabites, Frères musulmans poussent leurs pions, imposent leurs vues et leurs coutumes vestimentaires, multiplient les provocations, désagrègent l’islam du milieu, écartent les imams modérés. Ils remportent la bataille sémantique et la guerre des esprits. » Il faut donc être plus circonspect vis-àvis de tout ce qui veut nous faire croire que l’identité de notre civilisation heurte l’Autre, y compris lorsqu’il prend la décision de vivre sur notre sol. De ce point de vue, l’une des conclusions de l’auteur du magistral essai intitulé Le Sanglot de l’homme blanc percute salutairement les esprits libres : «La France est aussi détestée par les intégristes non parce qu’elle opprime les musulmans mais parce qu’elle les libère. » Notre mémoire historique ne peut être sélective, et il paraît évident que nous portons en nous, comme nation, l’intégralité des épisodes qui nous ont précédés. Nous apprécions certaines périodes, et d’autres beaucoup moins. Chacun porte un regard spécifique sur ce passé, et l’évalue comme il l’entend. En tout état de cause, la culpabilisation permanente face au monde musulman est une impasse, et le multiculturalisme complaisant une imposture : «Le multiculturalisme, quand il est de pure provenance, n’est peutêtre rien d’autre que cela : un apartheid choisi où l’on retrouve les accents attendris des riches expliquant aux pauvres que l’argent ne fait pas le bonheur : à nous les fardeaux de la liberté, de l’invention de soi, de l’égalité entre les hommes et les femmes, à vous les joies de la coutume, des mariages forcés, du voile, du burkini, de la polygamie, de l’excision. »

En conséquence de quoi, Pascal Bruckner réfute les thèses d’Olivier Roy sur l’« islamisation de la radicalité ».

Gilles Kepel insiste légitimement de son côté sur le fait que la motivation religieuse ne doit pas être balayée dans l’analyse de la violence politique à laquelle nous faisons face. Ce qu’il faut impérativement comprendre, c’est qu’un bourreau de l’État islamique, tel «Djihadi John», ne se définit pas exclusivement comme une brute assoiffée de sang (ce qu’il est indiscutablement). Il incarne aussi une idéologie totalitaire qui a puisé sa matière première dans la version salafiste de l’islam. Cela ne veut absolument pas dire que l’on peut réduire cette religion à son interprétation intégriste, mais qu’il faut comprendre comment le salafisme a progressé et comment le contrer. Il s’avère que ce dernier s’est très largement nourri de la haine de soi et de l’autoculpabilisation maladive que la France développe depuis plusieurs décennies… Lesquelles paralysent nos élites, car elles craignent à tout instant de prendre la moindre mesure qui les ferait passer pour un ramassis de racistes autoritaires « islamophobes » !

Mais que trouve-t-on au bout de la vulgate des chasseurs, assoiffés de pénal, d’islamophobes imaginaires? Il faut en avoir le cœur net, car il n’existe pas de grand profit intellectuel à creuser sans cesse les origines du terme « islamophobie » sans en mesurer la véritable portée. Une telle entreprise se révèle nécessaire d’un point de vue académique, mais masque le plus souvent les significations idéologiques. Il importe aujourd’hui d’en comprendre d’abord les bases, sources de la mécanique manipulatoire, via la menace accusatoire…

La dénonciation de l’islamophobie fonctionne comme une arme d’intimidation massive, utilisant les recettes éprouvées de l’antiracisme. Celui qui prétend désormais ouvrir un espace de dialogue sur l’islam, c’est-à-dire exercer son esprit critique, prend le risque de se voir qualifié d’ennemi des musulmans, de raciste rejetant à la fois une religion et tous ses adeptes. Au-delà, la « lutte contre l’islamophobie », telle que la mène en particulier le CCIF, tend à diffuser dans les esprits l’idée que la France se transforme de plus en plus rapidement en ennemi résolu de l’islam et que l’on peut même suivre à la trace une islamophobie d’État, se manifestant à travers des lois comme celles de 2004 (interdisant le port du voile à l’école) et de 2010 (prohibant la dissimulation du visage dans l’espace public). Les servants de cette machine de propagande analysent par ailleurs l’appareil de sécurité comme l’instrument de harcèlement permanent des Français musulmans sur le sol national. Il ne s’agit pas de nier que des actes ou violences antimusulmans existent : les ministères de l’Intérieur et de la Justice documentent cette réalité avec régularité. En revanche, il s’avère malhonnête d’en déduire une imprégnation islamophobe de la population hexagonale.

Extrait du livre d’Eric Delbecque, "Les Silencieux", publié aux éditions Plon

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Commentaires (3)
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nobobo
- 05/09/2020 - 22:04
Non à l' obscurantisme
Il faut appeler un chat un chat. Une religion qui oppresse les femmes, montre tous les jours son intolérance est un danger pour les sociétés occidentales comme la société française qui vient juste de s'émanciper de l'emprise de l'église catholique (quelques décennies). Ne retournons pas au moyen-âge.
gerint
- 05/09/2020 - 21:30
Il faudrait que l’Islam se plie à la République
Mais je crois que c’est foutu. Ou alors dans la violence
clo-ette
- 05/09/2020 - 16:02
Le problème a commencé en 1989
avec les écolières voilées de Creil . Il y a trente ans donc . Mais il existait non visible, le germe était planté . Que s'est-il donc passé quelques années avant 1989, mettons une dizaine d'années . Etait- ce Mitterrand, ? Giscard ? Il y a certainement eu une cause chez nous, laquelle ?