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© LUDOVIC MARIN / AFP
Rôle des élus locaux

La sécurité, nouvelle inégalité territoriale

Publié le 29 juillet 2020
Le maire de Saint-Etienne, Gaël Perdriau, revient dans cette tribune sur le rôle des élus locaux face aux nombreux défis sur le plan sécuritaire à travers l'Hexagone et après la crise du Covid-19.
Gaël Perdriau
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Gaël Perdriau est maire de Saint-Etienne et vice-président du parti Les Républicains. 
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Le maire de Saint-Etienne, Gaël Perdriau, revient dans cette tribune sur le rôle des élus locaux face aux nombreux défis sur le plan sécuritaire à travers l'Hexagone et après la crise du Covid-19.

« Si la pandémie, dont nous subissons toujours les conséquences, a conduit à une prise de conscience salutaire sur la fragilité même de notre société, le déconfinement a démontré, en revanche, les limites de cet éveil. Les fractures profondes de notre société ont éclaté au grand jour de manière crue. Dans toutes les communes, les habitants sont confrontés à des violences que seule une fausse pudeur bienpensante qualifie encore de simples incivilités. Les maires eux, une fois de plus, doivent gérer les attentes légitimes de leurs concitoyens avec les outils dont ils disposent, ceux attribués par le législateur. 

Ce n’est que le énième opus de cette pièce tragique qui se joue depuis plus de 30 ans et qui voit l’Etat se retirer progressivement de l’espace public. Crise des services publics, crise de l’hôpital public, crise des transports et désormais crise de l’autorité même de l’Etat.

Comment agir ? Depuis le 11 mai, date du déconfinement, pas un jour sans que l’actualité ne vienne nous rappeler, avec son cortège de faits divers, parfois meurtriers, des criminels de plus en plus jeunes et violents qui contestent l’autorité de l’Etat. Ce dernier, toujours dépositaire, selon la formule lapidaire de Max Weber, du « monopole légitime de la violence » peine à rétablir une situation qui devient aussi explosive socialement que politiquement avec la montée des populismes.

Le premier Ministre, à Nice, a esquissé ce qui pourrait être, selon lui, la solution. L’Etat déléguerait, après une phase expérimentale, aux maires, un certain nombre de pouvoirs en matière de sécurité. Bien entendu, aussitôt prononcé son discours, des mains se lèvent pour être le premier maire à exprimer son soutien à cette proposition. Pas évident que ces maires comprennent la portée exacte de cet abandon déguisé de compétences par l’Etat, une véritable Délégation de Service Régalien !

Qui peut croire un seul instant que les maires, parce que proches du terrain, seront plus efficaces dans la mise en œuvre de pouvoirs dévolus par l’Etat et qu’il s’est révélé incapable de les assurer ? Le nouveau concept à la mode est « le couple maire-préfet », il pourrait n’être, en définitive, qu’un leurre intellectuel et institutionnel mis au point dans les officines de la communication de l’exécutif.

Le naufrage de l’Etat et de ses missions régaliennes pourrait se transformer en Titanic pour des collectivités locales prises en tenaille entre les attentes des citoyens et les impératifs d’une gestion rigoureuse des finances publiques. 

En entamant la déconstruction des pouvoirs régaliens en matière de sécurité, l’Etat renonce, de fait, à en assurer l’application homogène sur l’ensemble du territoire. La sécurité, bien public s’il en est, sera donc assurée aussi en fonction des capacités budgétaires des communes et de leur richesse. Verrons-nous les communes les plus aisées faire appel à des sociétés privées pour garantir la sécurité ? La sécurité en fonction de la fortune, et demain ? La justice aussi peut-être…

Une telle évolution ne fera que renforcer les inégalités sociales car, c’est une évidence, les communes les plus populaires ne pourront faire face à cette privatisation rampante de la sécurité et nos concitoyens les plus modestes seront mécaniquement les plus exposés.

Cette mission régalienne de l’Etat n’a pas cessé de reculer avec la catastrophique réduction des effectifs de police et gendarmerie voulue, en son temps, par Nicolas Sarkozy. Finalement, la nomination de Jean Castex pourrait être bien plus logique qu’on ne pense...

On peut même penser que le Monde d’après n’est, en fait, qu’une machine à remonter le temps ! 

Alors que faire ? Nous devons créer un vrai continuum de sécurité, voulu par le gouvernement, accepté par les maires mais qui sera plus complexe que ce qu’annonce l’exécutif, permettant aux maires, de coordonner tous les aspects relatifs à la sécurité et à la tranquillité. 

Ainsi, nous devons poser les bases d’une nouvelle politique de la prévention, premier pilier du continuum de sécurité, en nous appuyant sur des conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) réellement ambitieux et s’ouvrant aussi largement que possible sur les acteurs de l’éducation populaire et associatifs. Les maires devront disposer d’une palette aussi large que possible de moyens à mettre en œuvre. Rappelons que la stratégie nationale en la matière est annoncée depuis 2017 sans jamais arriver ...

Une politique de prévention n’a de sens que si la répression et la sanction, véritables piliers deux et trois sont dotés de moyens adéquats. Il faut maintenir la distinction entre sécurité, relevant de l’Etat et tranquillité de la compétence des maires. La gestion de l’espace public ne peut souffrir d’approximations : l’exemple de la police de sécurité du quotidien (PSQ) devrait inciter à plus de modestie. Annoncée avec force de communication, la PSQ, une fois déclinée sur le terrain, à Saint-Etienne, se limite à quelques agents qui ne compensent même pas les départs à la retraite.

Les maires attendent que les magistrats se montrent fermes dans l’application des peines. A ce stade, quelle cohérence de la part du gouvernement qui affiche des ambitions fortes en matière de respect de l’ordre si, par ailleurs, les peines inférieures à 6 mois ne sont plus exécutées parce que le gouvernement actuel a renoncé à construire de nouvelles prisons ? Nous le savons, des alternatives crédibles à l’emprisonnement existent, ce sont, par exemple, les TIG auxquels nous avons recours à Saint-Etienne depuis 2014 avec d’excellents résultats.

La réinsertion, dernier pilier du continuum, doit aussi être confortée afin de limiter, au maximum, le risque d’une récidive qui enfermerait dans une spirale de violence et viendrait, à terme, briser la gestion de la chaîne de la sécurité.

Au moment où nous avons le plus besoin que l’Etat affirme sa puissance, le premier Ministre vient annoncer, en dehors de toute concertation structurée avec les organisations représentatives des communes, un plan imprécis sans réel objectif politique, courant après des évènements sur tout le territoire, qu’il ne maîtrise pas, et qui exaspèrent les Français. Il est temps que le législateur s’interroge sérieusement sur les ressorts mêmes des évolutions de notre société et de leur traduction concrète dans les comportements de chacun. 

La République ne saurait, durablement, survivre avec de tels abandons récurrents qui ne feront que renforcer les mouvements populistes. Par sa méthode, le gouvernement prend ce risque alors que notre Pays a plus que jamais besoin de cohérence et de défense des valeurs de la République dans un long terme. Peut être encore une occasion de ratée qui pourrait coûter cher à la cohésion nationale ». 

Tribune libre de Gaël Perdriau

Maire de Saint-Etienne 

Président de Saint-Étienne Métropole

Vice-président Les Républicains

Coprésident de la commission sécurité de France urbaine 

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Commentaires (1)
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Ganesha
- 29/07/2020 - 17:32
Subliminal ?
Personnellement, le message véhiculé par ce texte me parait d'une clarté lumineuse : si vous voulez vraiment que cela change, vous devriez cesser de voter pour le parti de ''Sarko-le-Kärcher'', et avoir, enfin, le courage de voter pour le Rassemblement National.
Lors des récentes municipales, les maires de cette tendance ont été facilement réélus.