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© ALAIN JOCARD / AFP
© ALAIN JOCARD / AFP
Maintien de l'ordre

Désordres publics : la lourde facture des dérives de la lutte contre le racisme et les violences dans la police

Publié le 27 juin 2020
Après les émeutes suite à la mort de George Floyd et le "retrait" de la police qui a suivi, les Etats-Unis ont enregistré une explosion de la violence par armes à feu. Si la situation en France n’est pas aussi dramatique, le piratage de la lutte anti-raciste par l’extrême gauche produit aussi des effets désastreux sur l’ordre public.
Alain Bauer
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Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, New York et Shanghai. Dernier livre paru : Vivre au temps du coronavirus (Cerf) ...
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Philippe Bilger
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Philippe Bilger est président de l'Institut de la parole. Il a exercé pendant plus de vingt ans la fonction d'avocat général à la Cour d'assises de Paris, et est aujourd'hui magistrat honoraire. Il a été amené à requérir dans des grandes affaires qui...
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Après les émeutes suite à la mort de George Floyd et le "retrait" de la police qui a suivi, les Etats-Unis ont enregistré une explosion de la violence par armes à feu. Si la situation en France n’est pas aussi dramatique, le piratage de la lutte anti-raciste par l’extrême gauche produit aussi des effets désastreux sur l’ordre public.

Atlantico.fr : Cette semaine le New York Times pointe une hausse inédite des violences par armes à feu dans plusieurs grandes villes américaines, alors même que les mouvements sociaux actuels exigent un désarmement de la police et une réduction de son budget. Concernant la seule ville de New York, il faut remonter à 1996 pour trouver un mois de juin aussi meurtrier, avec 125 fusillades en à peine trois semaines. Cette situation inquiète les experts comme les élus. La question du désarmement de la police portée par les groupes de lutte contre le racisme apparaît comme un facteur capable d'amplifier le phénomène. Un désarmement de la police pourrait ouvrir la voie à une criminalité décomplexée. Ce débat nord-américain fait écho à la situation française. Il se télescope avec la révélation par le Parisien de la libération, par une magistrate du parquet de Créteil, d'un individu d'origine africaine transportant de la drogue, afin d'éviter les soupçons d'un contrôle au faciès et pour tenir compte "du contexte sur le racisme". L'occasion de réfléchir à la facture humaine et sociale qui pourrait se cacher derrière une contestation déraisonnée du rôle de la police.

Les réclamations motivées par la lutte légitime contre les dérives dans la police et le racisme ne risquent-elles pas de rendre le maintien de l'ordre public de plus en plus difficile alors même que les violences par arme à feu augmentent sensiblement aux Etats-Unis ?

Alain Bauer : S’il est sain et naturel d’enfin transformer les « cops » en véritables gardiens de la paix, il ne faut jamais oublier quelques règles criminologiques de base : la violence n’est pas limitée à la revendication sociale. Entre le besoin, l’envie et le plaisir, la pulsion criminelle reste un élément puissant. La police ne défend pas que les possédants, les puissants ou l’Etat. Pour réaliser une pacification des relations entre les citoyens et la police il faut être deux.

Philippe Bilger : C'est évident. Il est nécessaire de tenir les deux bouts de la chaîne : la police doit lutter le plus efficacement possible contre la délinquance et la criminalité, et pour cela il me semble qu'elle a les outils procéduraux qui conviennent ; mais il ne faut pas exclure non-plus que la police puisse faire l'objet de plaintes et de réclamations légitimes. Il faut en même temps défendre la police, l'aider dans sa mission de protection, la soutenir autant qu'on peut et poursuivre ceux qui l'attaquent et l'agressent, puis ceux aussi qui la traînent dans la boue à l'image de Camélia Jordana ; mais en revanche il faut être clair, chaque propos ou acte raciste, antisémite, doit être traité impitoyablement. Au fond, il n'y a rien à changer ici : l'application des dispositions légales doit avoir lieu avec le courage et la ludicité politique nécessaires. Il n'y aurait alors sans doute aucun problème.

Le problème des dénonciations radicales de la police par l'extrême gauche ne va-t-il pas poser en France un véritable problème pour arrêter les personnes qui ont outrepassé la loi ? Faut-il craindre comme dans le Val-De-Marne que des dealers pris sur le fait se trouvent libérés pour des raisons politiques ?

Alain Bauer : Il est certain que les dénonciations des exactions de certains représentants de l’Ordre ne sont pas uniquement le fait de l’extrême gauche. Ce devrait être une réaction naturelle de toute la société. Mais il faut aussi que les conditions d’intervention permettent l’action judiciaire nonobstant les préjugés ethno raciaux. Ce d’autant plus qu’on peut constater une forme de communautarisation de la violence et que les citoyens originaires de l’immigration ou des minorités dites visibles sont Les premières victimes des insécurités et des violences. Il n’y a pas d’excuse au racisme. Il n’y en a pas non pour l’aveuglement. 

Philippe Bilger : Dans ce cas-là, on est face au comble du grotesque : un policier noir contrôlant un dealer noir se voit reprocher un délit de faciès... C'est ridicule. On confond l'humanisme avec la faiblesse. Mais plus globalement, la grande erreur, c'est qu'on applique en France des règles spécifiques aux Etats-Unis, et qui relève d'une autre forme de police. Bien-sûr qu'en dénonçant abusivement des propos et des actes légitimes de la police, dans une mission difficile à assumer, alors qu'elle applique seulement le droit, on favorise les transgressions et on rend plus malaisé encore sa tâche. D'une certaine manière on affecte la démocratie : tout ce qui est de nature à offenser la police de manière mensongère et calomnieuse, est évidemment un outil dévastateur qui attaque directement le rôle de la police comme outil au service de l'ordre et de la tranquillité publique. Derrière les attaques incessantes contre la police, il y a l'aspiration à voir le pays sans arrêt dans le désordre et le trouble, la confusion et la violence. La police est attaquée d'ailleurs de manière presque systématique et des groupes politisés de gauche et d'extrême gauche parce qu'elle est justement censée lutter contre ces défis lancés à la république.

Est-ce que les personnes qui vivent dans les zones sensibles où les forces de politiques sont attaquées, ne sont-elles pas paradoxalement, les premières du retrait de la police ?

Philippe Bilger : Dans les banlieues sensibles, il n'y a qu'une minorité qui attaque physiquement les fonctionnaires de police qui osent s'y aventurer. Bien-sûr à chaque fois, il y a des risques pour les policiers car il est certain que face à cette violence, il y a des empoignades et des difficultés. Mais la majorité des honnêtes qui vivent dans ces cités n'ont qu'une envie c'est que la police puisse faire son travail. Mais elle ne le peut pas : ou bien elle ne peut pas y aller ou elle y va trop peu ; ou bien quand elle y va, cela créée des conflits qui aboutissent parfois à des catastrophes, d'autant plus graves que lorsque la police est mise en cause, elle est trop rarement défendue par le pouvoir politique.

Comment trouver un juste équilibre entre la lutte contre les comportements inadmissibles dans la police et le maintien de sa légitimité dans les interventions de protection de l'ordre public ?

Alain Bauer : En lui redonnant des principes d’intervention et des modalités de travail bien plus claires. En supprimant les contrôles d’identité sans cause. En luttant fermement contre les racismes, xénophobies, homophobies internes de certains agents qui, usant et abusant de l’esprit de corps, ont pris en otage leurs collègues. Enfin en garantissant une véritable légitimité de l’action des inspections en imposant, dès lors qu’un contentieux existe entre la force publique et un(e) citoyen(ne), la présence d’un œil extérieur.

A force d’ignorer les tensions, l’Etat fait aujourd’hui payer aux policiers et aux citoyens l’addition de ses atermoiements.  Chacun, chacune peut utiliser ce moment pour rétablir la confiance. Et justifier ainsi l’existence de cette force publique prévue par la Déclaration des Droits de l’Homme.

Philippe Bilger : Je reviens à ma première réponse : il n'y a pas besoin de miracle. Il suffit d'avoir un pouvoir politique dans les instances judiciaires et disciplinaires qui tout simplement, au regard de la réalité, soit capable de distinguer les situations. Il faut considérer, contrairement à ce que certains radicaux profèrent, que dans la plupart des cas la police doit non-seulement être présumée innocente, mais aussi voir qu'elle l'est effectivement. Il y a seulement des situations très rares, où alors que la police a le monopole de la force légitime, elle peut commettre des violences illégitimes. D'ailleurs j'attire votre attention sur le fait que depuis quelques jours on a vu des policiers condamnés. Il faut s'en féliciter, non pas parce que les policiers devraient subir un traitement particulier, mais bien parce que cela prouve qu'en cas d'actes illégitimes, il y a des suites ; les policiers ne sont pas à l'abri de toute représsion contrairement à ce qu'avancent des dénonciations absurdes. Il faut tout simplement appliquer ce qui existe, mais pour cela il faut du courage politique, par exemple du ministre de l'intérieur. Le pouvoir politique doit soutenir la police quand elle intervient et qu'elle subit des violences ; il doit pareillement pouvoir mettre en place un contrôle judiciaire quand elle outrepasse les règles.

On peut se demander si au fond, l'Etat ne cherche pas à échapper à sa responsabilité en avançant sans arrêt des nouveaux dispositifs plutôt que de garantir le bon fonctionnement de ce qui est déjà en place par la loi. Appliquer la loi avec discrimination et intelligence : c'est là l'enjeu. La majorité silencieuse des français reconnaît la légitimité de la police ; tout en condamnant les dérives. Il y a quelques policiers racistes, il y a quelques policiers violents ; mais l'immense majorité du corps de police est tout à fait digne de la démocratie et de la confiance des citoyens.

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marcol
- 28/06/2020 - 09:38
Clientélisme électoral
A propos de clientélisme électoral, on nous rabâche les oreilles sur une soit disant extrême minorité qui sévirait dans les quartiers dit sensibles. Or, s'ile ne s’agissait que q’une petite minorité, il ne pourrait y avoir un quelconque clientélisme.électoral. Le clientélisme électoral devrait logiquement se diriger vers la majorité des habitants de ces quartiers, qui n'aspirent que de vivre paix. Or que voit-on ? Les élus de ces quartiers se voient reprocher un clientélisme électoral précisément en faveur d'une petite minorité. Electoralement absurde ! Cet argument est donc totalement fallacieux.
marcol
- 28/06/2020 - 09:34
Clientélisme électoral
A propos de clientélisme électoral, on nous rabâche les oreilles sur une soit disant extrême minorité qui sévirait dans les quartier dit sensibles. Or, si’l ne ne s’agissait que q’une petite minorité, il ne pourrait y avoir un quelconque clientélisme.électoral. Le clientélisme électoral devrait logiquement se diriger vers la majorité des habitants de ces quartiers, qui n'aspirent que de vivre paix. Or que voit-on ? Les élus de ces quartiers se voient reprocher un clientélisme électoral précisément en faveur d'une petite minorité. Electoralement absurde ! Cet argument est donc totalement fallacieux.
marcol
- 28/06/2020 - 09:33
Clientélisme électoral
A propos de clientélisme électoral, on nous rabâche les oreilles sur une soit disant extrême minorité qui sévirait dans les quartier dit sensibles. Or, si’l ne ne s’agissait que q’une petite minorité, il ne pourrait y avoir un quelconque clientélisme.électoral. Le clientélisme électoral devrait logiquement se diriger vers la majorité des habitants de ces quartiers, qui n'aspirent que de vivre paix. Or que voit-on ? Les élus de ces quartiers se voient reprocher un clientélisme électoral précisément en faveur d'une petite minorité. Electoralement absurde ! Cet argument est donc totalement fallacieux.