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"La bonne épouse" de Martin Provost : "l'école des femmes" dans les années 60... jubilatoire et féministe !

Publié le 24 juin 2020
A l'occasion de la réouverture des cinémas après la phase de confinement, voici une sélection de films à découvrir dans les salles obscures dont "La bonne épouse" de Martin Provost ou "De Gaulle" de Gabriel Le Bomin.
Dominique Poncet
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Dominique Poncet est est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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A l'occasion de la réouverture des cinémas après la phase de confinement, voici une sélection de films à découvrir dans les salles obscures dont "La bonne épouse" de Martin Provost ou "De Gaulle" de Gabriel Le Bomin.

"La bonne épouse" de Martin Provost

Avec Juliette Binoche, Noémie Lvovsky, Yolande Moreau, Edouard Baer...

 

RECOMMANDATION
Excellent

 

THEME
Au début de l’année 68, alors qu’à Paris les prémices d’une révolution sociale et féministe sont déjà perceptibles, en province les écoles ménagères destinées à transformer les jeunes filles en épouses et mères de famille modèles, continuent à prospérer. Celle dirigée par la pimpante Paulette Van der Beck (Juliette Binoche) où se situe l’action du film, est un modèle du genre, d’autant plus que, dans son couple, Paulette applique à la lettre tout ce qu’elle enseigne dans son établissement. Secondée par la soeur de son mari, une vieille fille fantasque amoureuse d’Adamo (Yolande Moreau), et aussi par une religieuse championne du maniement de la cravache (Noémie Lvovsky), elle enseigne sans relâche, tandis que son mari (François Berléand) se la coule douce et joue les pachas comptables. Seulement, voilà, un jour ce dernier meurt. Et soudain, tout se lézarde. Paulette  fait le mur pour retrouver son amour de jeunesse, un banquier très fantasque (Edouard Baer), et ses pensionnaires commencent à se rebiffer. Un vent de liberté se met à souffler sur le vieil établissement… Paulette va abandonner ses jupes austères pour des pantalons sexy et « ses » filles, s’enivrer de yéyé tout en reluquant les garçons… Tout finira, comme dans un film de Jacques Demy, gaiement, en dansant  et  chantant… sous des couleurs éclatantes,

 

POINTS FORTS
– Le charme qui se dégage de ce film à la fois délibérément rétro, et résolument féministe. Avoir fait revivre ces écoles ménagères d’avant  68 pour évoquer l’émancipation féminine se révèle une idée délicieuse: elle  permet de montrer, avec gaieté et fantaisie, de quelle manière la France patriarcale maintenait les femmes sous une chape de  plomb.

– Le casting est un régal. En épouse raide et coincée dans de stricts tailleurs rose bonbon, Juliette Binoche est tellement irrésistible de drôlerie et d’autodérision qu’on se demande pourquoi le cinéma ne fait pas plus souvent appel à elle pour des rôles comiques. Yolande Moreau interprète avec la poésie qu’on lui connaît les vieilles filles lunaires et romantiques, et Noémie Lvovsky, dans son rôle de bonne soeur masculine et sadique, fait jubiler. Les comédiennes qui jouent les pensionnaires de l’institution sont toutes charmantes et singulières. Quant à François Berléand et Edouard Baer, leur amusement à jouer leur personnage, l’un égoïste et tyrannique, l’autre, amoureux et fleur bleue est contagieux.

– Du point de vue du style et de la lumière, l’oeil est comblé. Si le challenge visuel du film était de faire revivre cette France des années 60, à la fois vieillotte et coloré, alors il est gagné !

 

POINTS FAIBLES
Même si elle est inattendue, tonique, divertissante et filmée avec beaucoup d’inventivité, la séquence de fin en forme de comédie musicale aurait peut-être mérité un petit coup de ciseau.

 

EN DEUX MOTS
Grâce à cette Bonne épouse, un vent de liberté (retrouvée) souffle cette semaine sur le cinéma français. Et, après cette période de confinement, cela fait un bien fou. Le film, qui avait été arrêté dans le bel élan de sa sortie le 11 mars dernier, est, jusqu’au bout léger comme une brise de début d’été. A cause de son thème, cette Bonne épouse pourrait faire penser à Potiche. Mais la comparaison s’arrête là. La comédie de Martin Provost n’a ni la cruauté ni l’ironie mordante de celle de François Ozon. Elle est tendre, fraîche , acidulée, joyeusement subversive.

 

UN EXTRAIT
« Si mes films parlent de l’émancipation féminine, c’est sans doute parce que je me suis violemment opposé à mon père pour qui la domination masculine était légitime. C’est cette opposition qui m’a poussé à quitter ma famille très jeune et à faire les films que je fais. La Bonne épouse est certainement le film qui me ressemble le plus. C’est le plus libre, mais aussi peut-être, et contrairement aux apparences, le plus engagé» ( Martin Provost, réalisateur ).

 

LE REALISATEUR
Né à Brest le 13 mai 1957, Martin Provost développe, très jeune, l’idée de devenir cinéaste. Mais au vu de son niveau déplorable dans toutes les matières scientifiques, son père le décourage d’entrer à l’IDHEC. Il décide donc de devenir acteur. A 18 ans, il part à Paris, entre au Cours Simon et décroche très vite des rôles, au cinéma comme au théâtre.

En 1980, il écrit et monte sa première pièce au Studio d’Ivry, Le Voyage immobile.

Assez rapidement après, il entre comme pensionnaire à la Comédie Française où il restera un peu plus de cinq ans, avant de se décider à se consacrer exclusivement à l’écriture et au cinéma.

Depuis les années 90, il a écrit plusieurs romans  dont, en 1992, Aime moi vite, signé de nombreuses pièces radiophoniques et réalisé plusieurs longs métrages dont, en 1997, Tortilla y cinéma ; en 2008, Séraphine, avec Yolande Moreau (qui lui vaudra sept Césars), en 2013, Violette, une biographie de Violette Leduc avec Emmanuelle Devos et en 2017, Sage femme, avec les deux grandes Catherine du cinéma français, Catherine Deneuve et Catherine Frot.

La Bonne épouse est le septième long métrage de ce réalisateur qui n’a jamais cessé de mettre la femme au centre de son écriture.

 

ET AUSSI
 

– « L’Esprit de famille » d’Eric Besnard – Avec François Berléand, Guillaume de Tonquédec, Josiane Balasko, Jeremy Lopez…
Après la mort de son père (François Berléand), Alexandre, un écrivain mutique, perché et très égocentré (Guillaume de Tonquédec), voit réapparaître ce dernier à tout bout de champ, fantôme revenu lui donner des leçons de savoir « vivre ensemble » qu’il n’a pas su lui donner de son vivant… Grâce à ces conversations imaginaires avec celui qu’il avait tant admiré, Alexandre va non seulement réussir faire son deuil de fils orphelin, mais reprendre doucement pied dans la réalité. Cela, au milieu d’une famille formidable, unie autour de la mère (Josiane Balasko), où les coups de gueule ne sont  bien souvent que des cris d’amour…
Si son procédé n’est pas nouveau-  fantôme  traité visuellement comme s’il était un être encore vivant-, voilà un film sur le deuil qui  respire tellement le « vécu » qu’il est impossible  de ne pas s’identifier à au moins un de ses personnages.  Son autre atout, et qui n’est pas des moindres : il dégage un charme tendre et une poésie burlesque qu’on ne trouve pas souvent dans la vraie vie. Dialogues au cordeau, beauté des décors, réalisation à la fois simple et lumineuse, tout se combine  pour qu’on soit happé par cette chronique mélancolique et tendre, qui ne bascule jamais dans le mélo. Les acteurs sont sensationnels, de François Berléand (cynique et paternel), à Guillaume de Tonquédec (touchant de désarroi naïf) en passant par Josiane Balasko (bouleversante en mère écorchée vive). Mention spéciale pour Jérémy Lopez, Sociétaire de la Comédie Française trop rare sur le grand écran, qui compose un frère hyperactif d’une justesse incroyable.
Recommandation : excellent 

-« De Gaulle » de Gabriel Le Bomin- avec Lambert Wilson, Isabelle Carré, Olivier Gourmet…
Mai 1940. La guerre s’intensifie: l’armée française s’effondre et les allemands sont aux portes de Paris… À Colombey-les-Deux-Églises, un homme de cinquante ans, tout juste nommé général, se refuse à accepter la défaite. Il s’appelle Charles de Gaulle…Pour la première fois, un cinéaste ose faire sur grand écran le portrait de la personnalité française la plus célèbre du XX°siècle. Il concentre son biopic sur les trois mois cruciaux pendant lesquels celui qui n’est encore qu’un militaire presque anonyme acquiert à la fois un statut (celui de chef de la résistance) et une stature (celle d’un homme d’Etat). Ce parti pris laisse en même temps le loisir à Gabriel Le Bomin de lever le voile sur l’intimité de son héros dont on découvre le mari aimant et le père formidable qu’il fut, notamment avec sa petite fille trisomique. À projet ambitieux, distribution haut de gamme. Lambert Wilson et Isabelle Carré compose un couple magnifique.
Recommandation: excellent.

-« L’OMBRE DE STALINE »-d’AGNIESZKA HOLLAND- AVEC JAMES NORTON, VANESSA KIRBY, PETER SASGAARD…
En 1933, un jeune  journaliste politique anglais part à Moscou avec la ferme intention d’interviewer Staline. Son but: découvrir par quel tour de passe-passe le régime soviétique donne l’impression de baigner dans l’opulence. En arrivant, il déchante. Ses contacts occidentaux se défilent, il se retrouve  surveillé jour et nuit, et son principal intermédiaire disparaît. Une source le convainc alors de s’intéresser à l’Ukraine.  Le naïf Rouletabille ne sait pas qu’il va découvrir une vérité inimaginable: Staline affame l’Ukraine et commet ce qu’il faut bien appeler un génocide…
Réalisé par  la réalisatrice polonaise Agnieszka Holland ( Le Complot, Europa Europa) l’Ombre de Staline est une plongée terrifiante dans une partie méconnue de l’histoire de l’URSS sous l’ère du « Petit Père des peuples ». Tourné comme un thriller, il tient en haleine de bout en bout. Parfois réalistes, parfois oniriques, ses images sont splendides, spectaculaires. Il est en outre porté par James Norton, un acteur sensationnel, qui est d’ailleurs pressenti pour prendre la suite de Daniel Craig dans le rôle de James Bond.
Recommandation: excellent.

-« BENNI » DE NORA FINGSCHEIDT- AVEC HELENA ZENGEL, ALBRECHT SCHUCH, GABRIELA MARIA SCHMEIDE…
Benni (Helena Zegel) est une petite fille de 9 ans pas tout à fait comme les autres.  A cause d’un traumatisme survenu dans sa plus tendre enfance, elle est sujette à d’incontrôlables crises de panique qui la rendent d’une agressivité et d’une violence difficiles à supporter. Sa mère étant dans l’incapacité de s’en occuper, elle a été prise en charge par les services sociaux qui tentent de lui trouver un environnement qui pourrait lui convenir. Mais, indomptable et sauvage, Benni a découragé les foyers et  familles d’accueil qui essaient de s’en occuper. Le dernier espoir pour la « normaliser » réside en Micha (Albrecht Schuch), un éducateur spécialisé dans les cas à problèmes. Mais avec Benni, rien n’est jamais gagné…
Pour son premier long métrage, l’Allemande  Nora Fingscheidt n’y va pas de main morte. Avec ce film sous haute tension elle met les pieds dans le plat d’une société désemparée par ses membres en rupture de ban. C’est très fort! On sort de ce film très maîtrisé  -dont le rôle titre est tenu par une comédienne phénoménale de onze ans seulement- abasourdi  et bouleversé.
Recommandation: excellent

–« RADIOACTIVE » – DE MARJANE SATRAPI – AVEC ROSAMUND PIKE, SAM RILEY…
Dans le Paris scientifique et universitaire du XIX° siècle, la jeune Marie Sklodowska, une scientifique passionnée venue de Varsovie, cherche à faire entendre sa voix. Elle travaille sur la radioactivité. Sa rencontre avec le chercheur Pierre Curie (qui deviendra son époux) et l’alliance de leurs méthodes de travail vont conduire à la découverte du polonium et du radium, qui vaudra au couple un Prix Nobel. Après la mort de Pierre, Marie aimera un autre scientifique, Paul Langevin, ce qui ne l’empêchera pas de poursuivre ses travaux. Malgré une société alors dominée par les hommes, elle réussira à être couronnée d’un second Prix Nobel, cette fois de chimie…
Deux ans à peine après le précédent biopic signé Marie-Noëlle Sehr, c’est au tour de Marjane Satrapi de retracer la vie de la légendaire chercheuse. La cinéaste de Persepolis, admiratrice de la physicienne depuis son plus jeune âge, a choisi de le faire en s’inspirant du roman graphique de Lauren Redniss. L’intérêt majeur de son  film tient en ce qu’il s’empare à la fois de l’oeuvre et de la vie privée de la scientifique, ce qui le rend à la fois intéressant et émouvant. Dans le rôle de Marie Curie, l’anglaise Rosamund Pike irradie, et fait oublier le classicisme du film.
Recommandation : bon.

ET PUIS AUSSI CE NOUVEAU FILM, DESTINÉ AUX PETITS, A DECOUVRIR EN FAMILLE

-« NOUS, LES CHIENS » de Oh Sung-yoon et Lee Choon-baeck. Film d’animation
Abandonné au milieu d’une forêt par son maître, Moon-chi se retrouve obligé de vivre en meute avec des congénères ayant subi le même sort que lui. Ayant finalement pris goût à la liberté, la petite bande de vagabonds à quatre pattes va essayer d’échapper à la folie et à la cruauté des hommes.  Mais le voyage sera long, difficile et plein d’obstacles…
Cette fable attachante et charmante, qui s’adresse aux moins de dix ans et mêle deux types d’animation (la 3D pour les personnages et la 2D pour les décors ) est d’une beauté formelle assez éblouissante. Les enfants adoreront, les adultes lui reprocheront peut-être son  trop grand manichéisme.
Recommandation: bon

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