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Le remaniement : une équation impossible ?

Publié le 24 juin 2020
William Thay et Pierre Fontaine évoquent la question du remaniement gouvernemental et les perspectives pour la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron.
William Thay
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William Thay, est Président du Millénaire, think tank spécialisé en politiques publiques, travaillant à la refondation idéologique de la droite. 
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Pierre Fontaine
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William Thay et Pierre Fontaine évoquent la question du remaniement gouvernemental et les perspectives pour la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron.

La crise du coronavirus fait entrer le président de la République dans l’acte III de son quinquennat. Après une première rupture avec la crise des gilets jaunes, le confinement signe l’entrée dans une nouvelle ère, celle de la crise économique et de la route vers l’élection présidentielle de 2022. Menacé par la gronde sociale d’une part, par une majorité fragilisée, et enfin par des oppositions qui vont proposer une alternative lors des prochaines élections jusqu’à la présidentielle, Emmanuel Macron a besoin d’un acte fort pour reprendre la main.

Le remaniement est sa seule option viable

Une dissolution de l’Assemblée nationale semble risquée : si provoquer une alternance peut être une stratégie dans l’optique d’un second mandat (aucun Président n’a été réélu avec une majorité parlementaire depuis le Général de Gaulle en 1965), cela demeure un coup de poker (sans doute trop) audacieux. Une démission suivie d’une candidature apparaîtrait comme un coup d’état déguisé, tant la campagne serait impossible pour ses opposants. Tous les regards se tournent donc vers un remaniement ministériel. Tentons d’en dessiner les contours et d’en interroger les enjeux.

La première interrogation, est celle du maintien ou non d’Édouard Philippe au sein du gouvernement. À cet égard, le président de la République se trouve dans la même situation que Nicolas Sarkozy, 10 ans plus tôt, soit il préfère la stabilité en conservant son Premier ministre soit il tente d’instaurer une nouvelle dynamique en en choisissant un nouveau. En changeant de chef de gouvernement, Macron se mettrait des bâtons dans les roues en vue de la présidentielle à la fois en raison de la popularité grandissante d’Édouard Philippe mais également en raison de sa capacité à capter et parler à l’électorat de droite séduit par François Fillon en 2017 comme le démontre les différents scores de la République en Marche depuis sa nomination. De plus, la popularité importante et la gestion de la crise d’Édouard Philippe, saluée par l’opinion publique, en font un candidat crédible pour faire de l’ombre à Emmanuel Macron. Le Premier ministre actuel pourrait capter des voix chez l’électorat des Républicains, au sein duquel il jouit d’une popularité importante (61% d’opinion favorable, Elabe Juin 2020).

Enfin, il faut ajouter qu’il n’existe plus beaucoup d’options pour remplacer Edouard Philippe et conserver l’attrait des électeurs de droite, le poste est ainsi moins attractif qu’au début de quinquennat et les candidats crédibles de plus en plus rares. L’option Bruno Le Maire ne bouleverserait pas l’équation et n’offre pas d’avantage par rapport à l’actuel locataire, et les autres options seraient plutôt de choisir un fidèle du président (Alexis Kohler) ou quelqu’un de plus discret (Michel Barnier, Thierry Breton) pour mettre le chef de l’État en première ligne dans le dernier acte. Quant au maintien du Premier ministre, il ne serait pas non plus sans poser de difficultés. Il constitue la colonne vertébrale d’un gouvernement marquant son orientation plutôt à droite, conserver Édouard Philippe réduirait la marge de manœuvre d’Emmanuel Macron, d’étendre sa base électorale à gauche. Cependant, dans ce choix d’orientation, le président de la République se retrouverait dans une grande difficulté, quel Premier ministre pour parler à l’électorat de gauche qui a fui la République en Marche aux dernières élections européennes ?  

Quelle orientation pour le remaniement ?

La question de la stratégie de ce remaniement constitue la deuxième grande interrogation. Le président de la République dispose de 3 grandes catégories d’options : soit il continue à viser l’électorat de droite, soit il tente un virage vers les écologistes soit, enfin, il tente de renouer avec la recette qui a fait son succès, c’est-à-dire le « en-même temps », en parlant à la fois à l’électorat de centre-gauche et de centre-droit. Ces 3 options comportent des inconvénients, la première libérerait un espace politique à gauche, tandis que la seconde un espace à droite, et enfin la troisième pourrait rapidement transformer le « en-même temps » en « ni-ni », c’est-à-dire perdre des deux côtés du fameux cercle de la raison. Cette dernière contrainte se manifeste de plus en plus, avec une dissension claire qui s’institue entre la majorité parlementaire et le Gouvernement symbolisée par les orientations proposées par Gilles Le Gendre pour le remaniement.

En effet, le maintien du « en même temps », une forme de facilité intellectuelle, conduit le président de la République à voir émerger de chacun des côtés de sa majorité parlementaire des nouveaux groupes parlementaires pour influencer la politique du Gouvernement. Si cette stratégie est viable au début de quinquennat, l’apparition d’offre politique viable à gauche et à droite conduira inévitablement une partie des électeurs et des cadres à revenir dans leur famille politique d’origine, surtout avec l’enchainement politique des élections (mauvais résultat aux élections intermédiaires : municipales, départementales et régionales), pouvant mettre fin à l’expérience Macron. On a vu ainsi vu plusieurs tendances s’exprimer pendant la crise sanitaire, la tendance socialiste et écologiste d’abord prônant des solutions keynésiennes illustrées par les propositions de la convention climat et optant plutôt pour un modèle multiculturel anglo-saxon symbolisé par les positions de Christophe Castaner prêt à mettre un genou à terre, et celle d’une droite plus classique ensuite, souhaitant poursuivre la réforme des retraites, et tenant des positions plus républicaines que celles de l’aile gauche du parti. Alors que pendant plusieurs années, LREM était caractérisé comme un parti « godillot » avec un seul et unique penseur, le président de la République, les différentes crises et la peur d’un échec cuisant conduit à des initiatives des cadres, fragilisant l’unité et la cohérence idéologique du parti présidentiel, chacun jouant sa petite musique. Quoi qu’il en soit Emmanuel Macron va devoir faire un choix, il ne pourrait pas composer avec toutes ses aspirations au sein d’un même gouvernement.

Le troisième grand enjeu est celui des compétences des individus. À ce titre, le président de la République fait face à un dilemme entre rappeler des anciens ténors de la vie politique ou conserver l’ADN de son mouvement et « prendre son risque » en faisant émerger de nouvelles personnalités. Choisir la première option permettrait d’éviter les trop nombreuses erreurs politiques commises par certains de ses ministres (Sibeth N’Diaye, Christophe Castener, etc.), tout en offrant une meilleure crédibilité en termes de gestion, mais pourrait être vu comme une rupture avec sa promesse originelle du nouveau monde. Choisir la seconde option offre l’aspect positif de permettre à minima une rupture sur la forme avec de nouveaux visages, mais dans le même temps, cela pourrait inquiéter les Français sur leurs capacités à saisir l’enjeu de la crise. En effet, les échecs successifs de Nathalie Loiseau, Benjamin Griveaux, Agnès Buzyn, Christophe Castaner, Sibeth N’Diaye ne permettent pas de donner un gage de sérieux aux ressources humaines restantes de la République en Marche. Pour affronter le dernier acte de son quinquennat, Emmanuel Macron pourrait cependant opter pour un gouvernement de fidèles, au service de la Présidence. Cette équipe devrait ainsi intégrer des profils appartenant aussi bien de la première option que de la seconde, avec un mélange subtil entre les deux.

Plutôt que d’une arme permettant de relancer son quinquennat, le remaniement se trouve être une équation complexe pour le président de la République puisqu’il l’oblige à trancher dans un sens. L’actuel locataire se retrouve ainsi dans la même situation que Nicolas Sarkozy, il y a 10 ans, qui avait choisi la stabilité en conservant François Fillon. Le résultat de l’élection présidentielle 2012 étant connu, il n’est pas étonnant que l’ancien Président conseille à son successeur de choisir la disruption avec un changement complet, mais cette option ne lui offre pas non plus davantage de certitudes quant à une issue différente en 2022. 

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Bobby Watson
- 24/06/2020 - 21:12
Philippe populaire ?
Sa gestion catastrophique du confinement , son obligation de devoir " gérer son risque judiciaire", selon les propos de Macron lui-même ( cité par Philippe de Villiers) le rendent populaire ? Vraiment ? Disons plutôt que l'effondrement de Macron lui profite: au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.