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Impact du Covid-19

L’heure du libéral-souverainisme est-elle arrivée ?

Publié le 24 juin 2020
Jean-Pierre Marongiu revient dans cette tribune sur l'impact du coronavirus et plaide pour un modèle sociétal plus adapté à notre particularité française. Il revient également sur les notions de libéralisme et de souverainisme.
Jean-Pierre Marongiu
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Jean-Pierre Marongiu est écrivain, conférencier, ingénieur et expert en Management. Perpetuel voyageur professionnel, il a parcouru la planète avant de devenir entrepreneur au Qatar où il a été injustement emprisonné près de 6 ans, sans procès. Il a...
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Jean-Pierre Marongiu revient dans cette tribune sur l'impact du coronavirus et plaide pour un modèle sociétal plus adapté à notre particularité française. Il revient également sur les notions de libéralisme et de souverainisme.

Un virus asiatique est venu percuter notre modèle économique et c’est notre mode de vie qui s’est écroulé.

 Tous les systèmes économiques ont fait long feu, du libéralisme au socialisme puis à l’ultralibéralisme macronien. L’image, quelque peu avantageuse, de la France sur l’échiquier international, c’est au colbertisme et au bonapartisme qu’elle le doit.

En 2020, si la France occupe le 6e rang parmi les puissances économiques mondiales, derrière les États-Unis, la Chine, le Japon, l'Allemagne et l’Inde, elle le doit principalement à une économie de services et non plus à sa puissance industrielle. C’est sa place de membre permanent au sein du conseil de sécurité qui fait de la France une puissance militaire prépondérante. Il est notable que la France soit actuellement la seule armée européenne en activité, défendant hors de ses frontières celles des autres pays européens.  Une Europe aujourd’hui fédérale qui ne participe pourtant pas au budget militaire français. C’est à sa souveraineté militaire davantage qu’à sa productivité que la France peut prétendre à influer sur la stabilité de l’Europe.

Deux doctrines souverainisme et libéralisme ont des approches antagonistes de la participation de l’État dans la construction de la nation. La première approche est souveraine, participe, soutient et protège l’industrie et l’économie, la seconde expansionniste universaliste organise les structures et s’affranchit des frontières extérieures.

Puisque la sémantique oriente le débat politique, définissons-les :

Le libéralisme est un ensemble de courants de philosophie politique visant à établir la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelle sur l'autorité de l’état souverain.

Le souverainisme est, selon ses promoteurs initiaux, une doctrine politique soutenant la préservation de la souveraineté nationale d'un pays par rapport à des instances supranationales.

En France, le souverainisme est perçu comme une opposition à la fédéralisation de l'Union européenne alors que le libéralisme serait européiste, voire mondialiste.

Opposer le souverainisme et le libéralisme, deux mots piégés, chargés d’histoire et d’autant d’échecs, est une hérésie commune, tant il s’agit de systèmes économiques, sociétaux et culturels complémentaires. Doit-on choisir entre sécurité et emploi, entre santé et éducation, entre liberté et identité ?

Il est une évidence, sauf pour les tenants du jusqu’au-boutisme qu’aucun radicalisme ne peut constituer une gestion viable des enjeux sociétaux modernes.

Le souverainisme seul n’offre aucune solution rationnelle aux enjeux sociaux ou économiques. Il ne définit rien concernant les libertés individuelles, il peut être démocratique ou totalitaire. C’est la raison pour laquelle on trouve des souverainistes aussi bien à droite qu’à gauche de l’échiquier politique.

La contradiction des défenseurs radicaux du souverainisme étatique ne permet pas d’éclairer le débat sur les préoccupations quotidiennes des citoyens.

Le libéralisme quant à lui, donne la priorité aux libertés et aux droits de l’individu, ne définit pas le cadre sociétal. L’État idéal du libéralisme doit-il être mondial, régional, national ou bien doit-il se caractériser par une absence totale de l’état au profit des organisations fonctionnelles ? La question de l’identité culturelle est généralement absente des débats libéraux.

En résumé, si le souverainisme ne définit pas les limites des libertés individuelles, le libéralisme n’exprime pas le cadre sociétal.

Les questions communautaires, identitaires et sécuritaires ne trouvent pas de réponses si l’on met en opposition souverainisme et libéralisme.

Comme une porte, une société doit être ouverte ou fermée en fonction des circonstances. Faire le choix délibéré d’un modèle sociétal rigide c’est faire face à des soubresauts sociaux et économiques amenant tôt ou tard le déclin de tout système radical.

Une nation, aussi prospère soit-elle, s’inscrit dans un territoire bien plus vaste dont les règles sont imposées par les relations d’échanges avec les autres nations. Confondre la souveraineté de l’État et les politiques étatistes de celui-ci est la source du déséquilibre social et économique de la plupart des démocraties. De même que les régimes totalitaires s’écroulent par excès de dirigisme intérieur alors qu’ils développent un impérialisme nationaliste à extérieur.

Il est pourtant fondamental d’admettre que les marchés ne sont pas les ennemis d’une souveraineté nationale dès lors que des règles de concurrences équitables sont établies. Des alliances et des accords d'états à états peuvent être développés pour permettre l’exportation et l’échange de production entre nations.

La conjonction du souverainisme et du libéralisme a déjà donné des preuves de stabilité en France dans les années 60 à 85 sans que la prospérité nationale ait eu à souffrir de la libération des individus. Le modèle allemand, qui allie protectionnisme interne et expansionnisme extérieur fait aujourd’hui de l’Allemagne le leader économique européen.

En premier lieu, la transition de la monnaie unique vers la monnaie commune

Le mythe de l’euro fédérateur d’équité économique européenne.

Selon le Centre de politique européenne, l'Allemagne et la Hollande ont grandement bénéficié de l'introduction de l'euro. Avec l’adoption de l’euro comme monnaie unique, l’Allemagne a engrangé près de deux mille milliards d’euros supplémentaires sur son PIB, soit un gain de 23.116 euros par habitant. Dans la même période, chaque Français a perdu 56.000 euros.

En raison de la faible croissance aux États-Unis et de la multiplicité des crises politiques, le système de la monnaie unique ne répond plus, si tant est qu’il ne le fît jamais, aux besoins économiques actuels de l'Europe.

Compte tenu de l'aggravation des inégalités, de leurs conséquences sociales et politiques et du choc migratoire, la question d’une réforme monétaire européenne est devenue une urgence vitale pour les pays de l’Europe du Sud, France incluse.

La bonne santé économique de l’Allemagne s’appuie sur sa puissance industrielle traditionnelle qu’elle a su préserver et l'utilisation de bases arrière (l'élargissement de l'Union européenne aux pays de l’Est) où les coûts salariaux sont très bas. Un système politique en tout point conforme au Libéral Souverainisme qui prône à la fois une défense des intérêts nationaux et l’ouverture sur les pays en voie de développement afin de diminuer la facture salariale.

La valeur de l'euro étant le calcul moyen entre plusieurs monnaies est sous-évaluée pour l'Allemagne et surévaluée pour la plupart des autres pays. Par ailleurs, comme l'ont démontré de nombreux économistes, la disparition de la fluctuation des parités entraîne toujours une migration des capitaux vers les pays à forte tradition industrielle, à la main d'œuvre qualifiée et à la fiscalité attractive.

C’est un des axiomes du libéralisme, les parités monétaires étant fixes, c’est le facteur travail qui doit devenir flexible. Or l’opinion publique française ancrée à son modèle social ne peut accepter cet axiome. D’autre part, le souverainisme allemand ne semble pas prêt à accepter la redistribution de ses excédents afin de stabiliser l’économie européenne.

Le retour à une monnaie commune, telle qu’elle fut en vigueur de 1999 à 2002, permettrait de préserver l'euro tout en autorisant la flexibilité du système monétaire actuel. Les monnaies nationales continuaient à être utilisées à l'intérieur de chaque État et l'euro utilisés pour les transactions extérieures par les entreprises industrielles et les banques. La création d’une commission régulant les parités monétaires nationales à intervalles réguliers assurerait la stabilité du système économique européen.

L’Europe, quelle Europe ?

Deux visions de l’Europe se sont affrontées sous le prétexte d’une paix continentale.

Une Europe mondialiste, libérale et fédérale contre une Europe des nations, souverainiste et protectionniste.

La crise sanitaire du Covid a démontré que les pays européens qui ont su conserver leurs industries ont moins souffert de la crise et en sont sortis les premiers.

Avec le rétablissement des frontières nationales, la prise de conscience d’une souveraineté stratégique état par état doit être établie. Selon les secteurs, une relocalisation ou au contraire une mondialisation, ou plutôt une européanisation doit être envisagée.

L’Europe des nations doit avoir en commun, une monnaie tenant compte des parités, une stratégie militaire et sécuritaire et un développement sanitaire, scientifique et technologique.

La pandémie a mis en lumière une faillite structurelle : le retard dans les approvisionnements nécessaires en matériels médicaux montre l’absurdité d’avoir renoncé à défendre notre tissu industriel. Le choix d’un libre-échange excessif a rendu le pays vulnérable à toutes crises sécuritaires que celles-ci soient sociales, sanitaires ou économiques. La monnaie unique a été destructrice en matière de compétitivité accélérant le déclin de notre industrie créant des écarts concurrentiels croissants, notamment avec l’Allemagne.

La vassalisation politique aux instances européennes privilégiant l’immédiateté économique est génératrice d’affaiblissement des défenses nationales créant les conditions d’affaiblissement du pays.  L’obligation de l'Union européenne de réduire les dépenses publiques en imposant le contrôle communautaire des budgets nationaux a accéléré la fragilisation, entre autres pans de l'économie du système de santé français.

Il est notable que les systèmes de gouvernances bâtis sur des territoires artificiels aient tous échoué, la fédéralisation de l’Europe en niant les réalités nationales a montré récemment avoir atteint ses limites. D'autre part, c’est la mondialisation des échanges et la fluidité des facteurs productifs qui conduisent les États comme les entreprises à se restructurer et à se développer.

Les souverainistes préconisent de l’autorité de l’État.  L’excès de la présence étatique est cependant un frein aux initiatives économiques, l’omniprésence de l’état affaiblit la vitalité productrice et créative du tissu industriel.

Les libéraux ne jurent que par libertés individuelles. Pour autant, ces libertés ne peuvent s’épanouir que dans le cadre d’un État souverain qui assure l’équité démocratique.

L’indépendance de la nation se bâtit sur une prospérité économique, une croissance contrôlée et un équilibre maîtrisé des balances extérieures. Un État souverain prospère doit démocratiquement développer des politiques libérales et sociales.

Le libéral-souverainisme c’est faire le choix de l’autorité de l’État au service de l’initiative individuelle.

La souveraineté d’un état s’appuie sur des piliers politiques prioritaires (emploi, éducation, sécurité, fiscalité réduite, politique démographique. Dans ces secteurs, l’État doit financer les structures et non pas les individus. Comme c’est le cas actuellement en France ou l’aide sociale est distribuée aux familles plutôt qu’à l’équipement.

L'intérêt d'un modèle libéral-souverainiste serait d'assurer au pays à la fois un contrôle de ses intérêts stratégiques et un rayonnement international.

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