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Atlanti Culture

La Résistance dans le cinéma français : une vision particulière de Français "très ordinaires" aux prises avec les péripéties de la guerre

Publié le 17 juin 2020
Certains films de René Clément, de Jacques Audiard et de Jean-Paul Rappeneau ont abordé la question de la Résistance.
Françoise Thibaut pour Culture-Tops
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Françoise Thibaut est chroniqueuse pour le site Culture-Tops.   Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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Certains films de René Clément, de Jacques Audiard et de Jean-Paul Rappeneau ont abordé la question de la Résistance.

La Résistance dans le cinéma français dans les films de René Clément, Jacques Audiard et Jean-Paul Rappeneau

 

RECOMMANDATION
Bon

 

THEME
La terrifiante Seconde Guerre Mondiale occupe toujours nos esprits et nos mémoires. Le cinéma s’est emparé du sujet sans se lasser à tel point que pendant plusieurs décennies plus de la moitié des productions (surtout US) y étaient consacrées. Cela s’est ralenti avec l’irruption des films (donc des guerres) de science fiction.  Nous avons tous été abreuvés au « tous des héros », « les rois de l’évasion », « collabos et patriotes », « vive la résistance », « le fantastique D Day » ou « l’héroïsme du Pacifique ».

La production française se démarque nettement de ces morceaux de bravoure, en se faisant une jolie spécialité de comédies (parfois dramatiques) légères et subtiles narrant les aventures de Français « très ordinaires » coincés dans les hasards du déluge de feu. Laissons de côté les farces de « La grande vadrouille», « Papy fait de la résistance » ou » la Septième compagnie ». Réfugions nous dans le cocon douillet de vies paisibles, soudain déglinguées par l’irruption de réalités peu avenantes. C’est très français, traité sur le mode léger, même si le propos est grave. C’est donc unique au monde….

Quatre films épatants :

Le Père Tranquille”, scénario et dialogues  Noël Noël, réalisation René Clément  photo Claude Renoir. Noir et blanc. (1h35). Une petite ville du Sud-Ouest en pleine occupation, Monsieur Martin, paisible assureur, se contente de belotes au bistrot et d’une agréable vie de famille. En fait, chef de réseau de la Résistance, il traque et déjoue l’ennemi, guette les messages codés de Londres et les parachutages alliés.
Sorti en 1946, c’est un énorme succès. On est proche de la Libération, et le film (inspiré d’une histoire vraie du maquis du Limousin), séduit pas sa fraîcheur, la drôlerie de nombreuses situations familiales, contrepoids aux exécutions sommaires,  dangers imminents et drames. Irrésistible Noël Noël, Claire Olivier en épouse dorloteuse, Nadine Alari en fille futée, et...José Arthur, tout jeune (il détesta l’expérience) en fils de famille révolté.
Judicieusement restauré en 2004, le film peint une époque disparue à jamais, une France proche de retrouver sa liberté, aimant les confitures, la romance et les jardins.
Dans la collection Classiques du Studio Canal et sur les sites de location à la demande.

Un héros très discret” de Jacques Audiard (1995, 1h40) Prix du meilleur scénario à Cannes en 96). Mathieu Kassovitz, Anouk Grinberg, Sandrine Kimberlain. La voix du récitant, Jean-Louis Trintignant,  illumine le récit, deux épatantes apparitions d’Albert Dupontel. Et la surprenante musique d’Alexandre Desplat.
Albert est un rêveur solitaire, à la mémoire phénoménale, élevé par une mère casse pieds (Danièle Lebrun formidable) Marié à la va vite, il s’ennuie, file à Paris sans un sous, rencontre des concierges crédules,  un militaire compatissant, un collabo « monsieur Jo », apprend tout, retient tout, s’infiltre dans un prestigieux réseau de résistants, devient conseiller de l’Armée, colonel en Allemagne occupée, rencontre l’amour et la vie facile.
C’est une histoire vraie, narrée par Jean-François Deniau (chez Plon/ Presses Pocket). Farce déroutante, parfois tragique, narquoise, souvent poétique, insolente : “les plus belles vies sont celles qu’on invente”. Lorsque la supercherie est découverte, le tribunal militaire embarrassé, condamne ce «héros très discret » pour « bigamie », car il s’est remarié, mais ses 2 épouses seront amies et resteront avec lui...Comme quoi !!!

Et puis deux merveilleux Jean-Paul Rappeneau :

La Vie de Château”, son premier film en 1965, scénarisé par Alain Cavalier et Claude Sautet, dialogues de Daniel Boulanger : quelle équipe ! Musique enveloppante de Michel Legrand (noir et blanc, 1h30). Prix Louis Deluc en 1966.
Printemps 1944 : un château délabré en Normandie,  juste derrière les plages du débarquement. Marie (Catherine Deneuve) a épousé Jérôme (Phillipe Noiret) chatelain désargenté qu’elle traite de « planqué » et s’ennuie. L’occupant prend soudain possession du domaine, où est aussi caché un parachutiste de l’armée de libération. Tous deux tombent - bien sûr -  amoureux de Marie. Un rythme fou, des seconds rôles délirants, Pierre Brasseur, père tonitruant, Mary Marquet  belle mère décoiffante, des soupirants empotés. Jérôme devient un héros le 6 Juin. C’est drôle, plein de grâce et d’élégance, illuminé par une Deneuve au sommet de sa beauté. Le générique, avec ses portraits de Pierre Lhome vaut à lui seul le détour. « Ce film est un miracle » écrivit Louis Malle.

Bon voyage”  de 2003 (1h54) en couleurs, dialogues de Patrick Modiano, belle photo de Thierry Arbogast, subtile musique de Gabriel Yared.
L’histoire est complexe : Adjani superbe écervelée, petite actrice montante, fuit Paris dans le désordre de l’exode, après avoir tué un maître chanteur ; elle fait endosser ce forfait à son éternel amoureux transi, qui,  en prison, est tiré d’affaire par un génial voyou (Yvan Attal épatant). Dans le dernier train pour Bordeaux, ils rencontrent une  jeune fille sérieuse (Virginie Ledoyen) qui essaie de sauver son patron scientifique juif et des bonbonnes d’eau lourde. Tout ce joli monde se retrouve dans un hôtel bondé, à demi transformé en ministère provisoire, on dort dans des dortoirs de lycée, on fraye avec des trafiquants, des ministres (Depardieu génial), un indicateur nazi (Peter Coyote étonnant). Tout finit bien, avec une fuite éperdue vers les derniers bateaux anglais. Au passage, notre étourdie, croise dans un taxi, un général taciturne en route pour l’aéroport et Londres auquel elle souhaite “bon voyage !”.
Un rythme fou, des scènes très drôles, de la bagarre et du rêve, un régal. La fin est très amusante : une dernière surprise…

 

EN DEUX MOTS
Dans  ces films cités (il y en a bien d’autres) on voit un Paris vide ou presque : juste un chien qui passe (Bon Voyage), de rares voitures officielles, quelques vélos. Cela aide à comprendre que le « confinement » récent fut léger, car pour les Français de cette époque, il dura 4 ans… Bon courage, à défaut de Bon voyage…

N.B. Tous les films cités existent en DVD, ou autres supports, ainsi que sur les sites de films à la demande.

 

ET AUSSI 
On peut aussi aller vers le beau Dernier métro de Truffaut (1985), Deneuve et Depardieu magnifiques, Jean Poiret anachronique et drôlissime, ou encore Le Jour et l’heure de René Clément, dialogues de Roger Vaillant (1963, noir et blanc, 1h48). Simone Signoret en ménagère éblouissante, le beau Stuart Whitman pilote américain égaré dans Paris occupé, des seconds rôles épatants, une des premières apparitions de Michel Piccoli. Pas vraiment une comédie, mais assez comique par de savoureuses scènes sur les ambiguïtés de l’Occupation à Paris et en province (Pierre Dux en faux jeton qui change de camp est plus vrai que nature).

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