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Impact politique

Et si Black Lives Matter faisait réélire Trump ?

Publié le 12 juin 2020
Olivier Amiel revient sur le contexte social aux Etats-Unis suite aux nombreuses manifestations et à la vague de colère suite à la mort de George Floyd. Quel sera l'impact de cette crise et de l'influence du mouvement Black Lives Matter sur le plan politique pour Donald Trump et la course à la Maison Blanche ?
Olivier Amiel
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Olivier Amiel est docteur en droit de la faculté d’Aix-en-Provence, a enseigné à l’université internationale francophone Senghor d’Alexandrie et a exercé en tant qu’avocat au barreau des Pyrénées-Orientales. Il a été maire adjoint de Perpignan chargé du...
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Olivier Amiel revient sur le contexte social aux Etats-Unis suite aux nombreuses manifestations et à la vague de colère suite à la mort de George Floyd. Quel sera l'impact de cette crise et de l'influence du mouvement Black Lives Matter sur le plan politique pour Donald Trump et la course à la Maison Blanche ?

À première vue les conséquences de la bavure criminelle causant la mort de George Floyd (car il s’agit bien d’une bavure criminelle : les images montrant l’asphyxie par un policier devant la passivité de ses collègues ne permettent aucun doute) sont désastreuses pour la candidature de Donald Trump à sa réélection en novembre alors que son manque d’empathie tranche face à l’émoi dans la population et aux manifestations du mouvement Black Lives Matter.
 
Un indicateur important de l’ampleur de l’émotion dans ce pays est l’utilisation du slogan Black Lives Matter par des marques importantes (Nike, Netflix, Facebook, Twitter… et même Disney !) dans leur communication « grand public » sans crainte de perte de parts de marché…
 
Pourtant certains soutiens de Black Lives Matter sont les pires promoteurs de la cause défendue et pourraient même faire du mouvement un allié inattendu de Trump pour sa réélection.
 
J’ai qualifié dans une recension l’ouvrage White (2019) de Bret Easton Ellis de « plaidoyer pour l’altérité ». Le romancier y critique la défaite de la liberté d’expression face à une « épidémie de supériorité morale » d’une prétendue élite accordant brevets de bon goût et de bien penser au reste de la population. Et même s’il n’est pas un supporter du Président américain, l’auteur se moque de la folie collective des anti-Trump. 
 
Un passage du livre raconte un repas reflétant cette hystérie dans son pays : la scène se passe en mars 2017 à Los Angeles, l’auteur dîne avec deux new-yorkais un réalisateur de films et une autre amie qui « habitait dans un duplex avec une vue stupéfiante sur Central Park et avait probablement plus de dix millions de dollars » ayant voté tous les deux pour Hillary Clinton. Si le premier « avait accepté le résultat de l’élection et était passé à autre chose » son autre amie «n’avait fait ni l’un ni l’autre ». 
 
La discussion avec le réalisateur s’engage sur le choix de l’Académie des Oscars d’avoir récompensé le très victimaire Moonlight face à La La Land qui « pouvait être compris comme un vote de protestation, une réprimande adressée à Trump ». La conversation dérive sur la place trop importante donnée à l’idéologie par rapport à l’esthétique dans la culture et dans la société. Ils prennent comme exemple le mouvement Black Lives Matter trop gonflé par l’idéologie dominante et sans l’esthétique qui avait par exemple à l’époque transformé les Black Panthers en rock stars. Ils considèrent que peut-être si le mouvement Black Lives Matter avait été esthétique il « aurait pu toucher un plus vaste public, plutôt que de rebuter tant de gens » malgré le bienfondé du message originel contre le racisme : « Il faudrait être idiot moralement pour ne pas reconnaître l’importance du mouvement, mais il était frustrant de voir leur message éclipsé par une esthétique titubante et informe, et nous avions noté que cela aurait pu figurer sur la liste #pourquoiTrumpagagné »
 
L’autre convive exulte : « elle a brusquement explosé dans une sorte de rage spasmodique, nous disant qu’elle était dégoûtée d’entendre deux Blancs critiquer l’esthétique de Black Lives Matter (ce que nous avions fait pendant trente secondes environ) et que nous étions tous les deux coupables d’être des « mâles blancs privilégiés », et de quoi parlons-nous, bordel ? Trump n’avait pas gagné l’élection et elle ne pouvait pas supporter d’être attablée à écouter des membres du « patriarcat blanc » mettre en pièces l’esthétique d’un mouvement aussi essentiel ».
 
Pour Bret Easton Ellis : « ce que ses propos impliquaient, en fait, c’était ce récit sentimental qui voulait que des Blancs ne soient pas autorisés à critiquer en privé quoi que ce soit concernant Black Lives Matter (…) la frustration que je ressentais était familière : un prolongement du déchaînement instinctif, hyperémotif, qui était devenu endémique dans le monde de la culture, chaque fois qu’il était question de Trump, et qui devenait viral parmi les gens riches, moralement supérieurs, que je connaissais : les démocrates installés sur les côtes qui vivaient dans des bulles que l’élection avait fait éclater ».
 
On imagine aujourd’hui ce même type de réactions hystériques de privilégiés financiers et moraux vous accusant d’être un privilégié « genré et racial » (un mâle blanc en fait) ne pouvant pas donner un avis différent voire seulement nuancé face à ce qu’affirme l’idéologie dominante. 
 
Ce dîner californien en 2017 n’est-il pas une anecdote annonciatrice de la victoire médiatique, sociétale et même économique de l’idéologie dominante portée par une élite moralement supérieure ? Black Lives Matter marque-t-il donc par la même occasion la fin politique de Trump ? 
 
On pourrait répondre par l’affirmative quand on regarde certaines séquences ces derniers jours dans les villes américaines : on y apprend de la bouche d’une universitaire que l’utilisation du mot « pillage » doit être abandonné quand on évoque les dommages matériels lors des manifestations car cela renforce les stéréotypes racistes… On voit des personnes se faire insulter et traiter de racistes privilégiés pour oser effacer des tags de Black Lives Matter sur leur propre mur… Et vous êtes un ennemi de l’idéologie si vous émettez des doutes sur ces séances hallucinantes au cours desquelles on demande à des personnes blanches de s’agenouiller voire de baiser le pied de personnes noires pour expier son statut de privilégié par l’humiliation… Oui, on en est là. 
 
Malgré l’intention louable de la dénonciation des violences policières subies davantage en proportion par la population noire aux États-Unis au début du mouvement en 2013, la reprise de Black Lives Matter par les tenants de l’idéologie dominante de l’élite moralement supérieure a conduit à en faire un mouvement manichéen et incontestable conduisant à l’effet pervers du racisme de la part de ceux qui dénoncent le racisme (pas meilleur exemple – cocorico – que la scène en France lors d’une manifestation mimant celle des États-Unis d’un policier noir insulté et violemment traité de «vendu »).
 
Tout ceci marque l’inverse de l’altérité dont parle Bret Easton Ellis dans White : « Ne pas être capable ou ne pas vouloir se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre – afin de voir le monde d’une façon complètement différente de la vôtre – est le premier pas en direction de l’absence d’empathie, et c’est la raison pour laquelle tant de mouvements progressistes deviennent aussi rigides et autoritaires que les institutions qu’ils combattent ».
 
La victoire de l’idéologie dominante et en l’espèce de son corollaire Black Lives Matter comme message de tolérance peut finalement apparaître paradoxalement comme une nouvelle forme de rejet et d’exclusion. 
 
On sait qu’une partie de la population blanche américaine pas du tout « privilégiée » socialement et économiquement s’est découverte comme une force politique majeure dans le pays assurant la victoire de Trump en 2016 que tous les médias prétendus progressistes disaient impossible. 
 
Stigmatiser aujourd’hui encore ces américains blancs déclassés comme les méchants de l’affaire ne peut que remettre une pièce dans la machine pour Trump qui s’est proclamé leur héros en n’oubliant pas qu’ils étaient également des victimes et surtout des oubliés du rêve américain. 
 
La réélection de Trump est donc largement envisageable par les contradictions des soutiens du mouvement de Black Lives Matter qui ne peuvent que mobiliser encore plus la base électorale du Président sortant.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Commentaires (2)
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Hiris
- 13/06/2020 - 10:19
J ai pensé comme vous
A la vue du déferlement de haine anti-blanc aux USA. Il est évident que les démocrates sont à la manoeuvre ,n hésitant pas à se greffer sur n importe quelle branche pourrie leur donnant l élection présidentielle ! Mais ce que voit l électeur c est la haine ,la violence,la perte de liberté de parole,la volonté raciale de les assujettir ...Cela s appelle la dictature et les démocrates comme toutes les gauches du monde ont inventé le "concept " !
TADD
- 12/06/2020 - 17:12
Il sera réélu
Parce que les antiracistes deviennent complètement fous . C 'est impossible que le peuple Américain puissent voter pour des racistes à l'envers Non c'est pas possible .