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Récession post-Covid : l’économie française va payer son allergie au risque et son addiction à l’État

Publié le 11 juin 2020
Pour le gouverneur de la Banque de France, l'économie française devrait mettre deux ans pour se relever de la pandémie, avec une récession de 10% à la fin de l’année et un risque de chômage massif où on pourrait atteindre un pic à 11,8% en 2021. Bruno Le Maire, lui, est plus pessimiste encore, parce qu'il travaille sur une hypothèse de baisse du PIB de 11%.
Jean-Marc Sylvestre
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Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ. ...
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Pour le gouverneur de la Banque de France, l'économie française devrait mettre deux ans pour se relever de la pandémie, avec une récession de 10% à la fin de l’année et un risque de chômage massif où on pourrait atteindre un pic à 11,8% en 2021. Bruno Le Maire, lui, est plus pessimiste encore, parce qu'il travaille sur une hypothèse de baisse du PIB de 11%.

Si la France se compare à l’Allemagne, aux pays nordiques, aux Etats-Unis et même à la Russie, il y a de quoi se désoler. Si on se compare à l’Italie et à l‘Espagne, on se console un peu. L’Europe est coupée en deux avec le Nord qui va perdre 5 ou 6 points de PIB et le Sud qui va perdre plus du double, 10% en moyenne. Pourquoi cette différence ? Parce que le confinement y a été très sévère et très respecté.

Notre économie est une économie dominée par les services. Or, les services sont fondés sur les rapports humains et tout ça s’est arrêté. Les usines industrielles ont quand même continué de tourner. L’Allemagne a confiné tout en continuant de travailler, beaucoup plus que dans l’Europe du sud. L‘Allemagne avait des masques et des tests, nous n’en avions pas donc on s’est enfermés dans un climat d’angoisse terrible qui fait qu’on a hésité beaucoup à se déconfiner. Les syndicats ont participé à ce jeu-là quand ils recommandaient à leurs adhérents le droit de retrait.

La France a eu un problème au début de l’épidémie parce qu’elle n’était ni préparée ni équipée.

Et le problème se retrouve aujourd’hui dans le déconfinement.

D’où les prévisions assez alarmantes alors même que les plans d’aides et de soutien ont été très généreux. Nous sommes les champions du monde du chômage partiel (avec peut-être un peu d’abus), nous sommes les champions du monde des prêts garantis par l’Etat (déjà plus de 100 milliards d'euros, encore plus de 10 milliards pour Airbus et Air France). Mais, la vérité, c’est qu’on retrouve des difficultés qui existaient déjà avant.

Que ce soit pour Renault, qui va mal depuis ses soucis de gouvernance et d’alliance, donc bien avant le virus. Ou Air France et ça fait des années qu’Air France était malade et essaie de diminuer ses coûts en essuyant les colères de ses personnels. Il y a toute cette manne d’argent non consommé et épargné, presque 100 milliards d’euros sur des livrets d’épargne. De l’argent qui ne sert à rien ou presque. Cette épargne est une épargne de précaution, c’est un marqueur d’inquiétude chez des Français qui ont peur que le virus revienne ou qui ont peur de perdre leur job.

 Beaucoup de politiques espèrent que les Français dépensent cet argent. La consommation est un bon moteur de la reprise. Mais on ne peut pas obliger les gens à changer de voiture s’ils en ont pas envie.

La France rentre ordinairement toujours plus lentement que les autres dans une crise, elle plonge plus que les autres et donc elle a du mal à en sortir. Ce qui s’est révélé vrai pour la bulle Internet en l’an 2000, les subprimes de 2008-2009. C’est comme des grands coups d’accordéon.

Le premier facteur, c’est que depuis 20 ans, on a eu du mal à s’adapter à deux révolutions internationales : la mondialisation et le digital. Ça nous a fait peur. On est en retard sur l’Allemagne. La France a manqué de compétitivité pour affronter la concurrence internationale.

Le deuxième facteur, c’est que nous avons des frais généraux très lourds. L’État coute cher, l’administration coute cher, les services publics coutent chers, l’hôpital, l’Éducation nationale coutent cher et tout ça ne marche pas très bien. Donc nous sommes champions du monde de la dépense publique, des impôts et des charges pour un résultat qui n’est pas optimal.

Le troisième facteur, c’est que malgré ces coûts, le modèle social est exceptionnel mais exceptionnellement désincitatif. Il amortit les crises, il permet des perfusions, c’est ce qui permet de rentrer plus tard dans la crise. Mais ce modèle ne nous incite pas à en sortir.

L’Etat est centralisé, avec des frais et des process lourds, il est donc assez peu réactif.

Avec une administration très protectrice, c’est l’Etat providence. Nous n’avons pas la culture du risque. Or le progrès passe très souvent par le risque.

Tout cela fait que notre résilience, notre capacité à rebondir est faible. Alors la France a d’énormes qualités, il y fait bon vivre, elle a du potentiel, du génie même. A tel point que la France est un des trois pays au monde les plus attractifs pour les investisseurs. Donc il faudrait qu’on arrête de se plaindre. 

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