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Génération sacrifiée ?

Covid-19, le virus qui change le destin des enfants de la planète

Publié le 08 juin 2020
L’effet de l'interruption scolaire pourrait impacter durablement la vie et l'avenir des jeunes générations. Comment pouvons-nous atténuer le choc de la crise sur l’avenir de nos enfants ?
Marie Choquet
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Marie Choquet est épidémiologiste et directeur de recherche honoraire à l'Inserm.
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L’effet de l'interruption scolaire pourrait impacter durablement la vie et l'avenir des jeunes générations. Comment pouvons-nous atténuer le choc de la crise sur l’avenir de nos enfants ?

Atlantico.fr : Quel est l’impact de la fermeture des écoles sur l’apprentissage des enfants ? 

Marie Choquet : La décision de fermer non seulement les écoles mais aussi les activités de loisirs s’est fait dans l’urgence sanitaire, et ce dès le début du mois de mars. Ni les enfants, ni les adultes (enseignants, parents, éducateurs sportifs et autres) y étaient préparés.

Au début ce confinement pouvait ressembler à des vacances (avec le relâchement qui va de pair), mais ensuite il a fallu trouver une organisation du travail scolaire, des relations familiales et sociales, des loisirs. La longueur exceptionnelle de ce confinement  imposé (au moins 60 jours), avec son lot de messages de peur permanents et de restrictions de déplacement, a profondément bouleversé la quotidienneté des jeunes. Ils ont découvert qu’un autre mode de vie pouvait s’imposer.

Pour les enfants, ce confinement brutal et de longue durée intervient a un moment crucial de leur développement cognitif (apprentissages scolaires), social (intégration, apprentissage des codes sociaux), émotionnel (construction de sa personnalité, la confiance en soi, le bien être). D’où des effets à court et moyen terme. A court terme, du point de vue des apprentissages, le risque le plus important est l’oublie de ce qu’on a appris. A cela peuvent s’ajouter la perte de la motivation scolaire (qui est stimulé par la présence des pairs), l’angoisse de l’extérieur (potentiellement dangereux), les doutes sur ses capacités. A moyen terme, c’est l’implication scolaire et la réussite qui sont en cause, et par la même, l’avenir de chaque enfant.

Certes, les adultes « de proximité » sont là pour aider l’enfant/le jeune à surmonter ses peurs, le rassurer, l’occuper, le faire tenir. Mais selon leur propre niveau d’angoisse, ils ne sont pas toujours performants. Et globalement, on ne les a pas alertés sur les dangers possibles. Les enseignants n’ont pas été préparés à passer d’un travail de groupe à une relation exclusivement individuelle  (ce qui prend bien plus de temps), et tous n’ont pas la même aisance avec les outils informatiques. Quant aux parents, ils ont découvert qu’enseigner est un métier et que cumuler enseignement à domicile et télétravail était tout sauf du repos. D’ou d’énormes différences entre les enfants, selon le mode d’intervention des enseignants et la qualité éducative et relationnelle des parents.

J’espère que des études internationales vont être mis en place pour mesurer l’impact des mesures de confinement (différentes d’un pays à l’autre) sur le développement des enfants.  

Tous les enfants ont-ils été affectés de la même manière par cette absence d’école ? 

Non, tous les enfants ne sont pas affectés de la même façon.

Déjà selon l’âge des enfants, l’impact n’est pas le même. Les petits souffrent plus de l’absence d’école, qui ponctue autant leur vie scolaire que leur vie sociale, que les adolescents, plus autonomes, ont expérimentés d’autres stratégies d’apprentissage et de relations sociales.

Bien sûr, le niveau d’éducation des parents va jouer un rôle, car plus les parents ont un niveau élevé d’éducation, plus ils sont à même d’aider leurs enfants. Reste l’importance de la motivation des parents, leur disponibilité matérielle et psychologique ainsi leurs capacités éducatives, peu liées au niveau d’éducation.

Le niveau d’équipement informatique de la famille (surtout quand il y a plusieurs enfants et que les parents télétravaillent), la qualité du réseau informatique  (avec d’importantes différences entre ville/campagne), la taille du logement (avec une pièce où l’ont peut travailler tranquillement) sont autant de facteurs matériels importants..

D’autres facteurs socio-familiaux jouent un rôle. Comme la taille de la fratries (les enfants qui ont des frères et sœurs ont moins soufferts que les enfants uniques), le lieu d’habitat (appartement/maison), la pression économique/professionnelle subie par les parents, la monoparentalité … Sans oublier la violence intrafamiliale  ou des évènements traumatiques survenus durant le confinement comme une séparation parentale, une maladie grave d’un membre de la famille, un accident, un décès….

Reste  que les facteurs personnels de l’enfant jouent un très grand rôle. Son niveau de confiance en soi, sa capacité d’organisation, ses besoins en relations sociales et en activité physique et culturelle…Sans  oublier ses problèmes psychologiques éventuelles (addiction, dépression…) qui concernent environ 10% d’une population scolaire….

L’effet de cette interruption scolaire va se voir pendant de nombreuses années et selon une étude faite sur la génération d’élèves allemands et autrichiens durant la seconde guerre mondiale l’influence de l’arrêt scolaire s’est encore vu 40 ans après sur leurs salaires. Comment pouvons nous atténuer le choc de la crise sur l’avenir de nos enfants ?

Dans notre société, les jeunes qui quittent l’école sans avoir obtenu de diplôme sont toujours les plus à risque, non seulement du point de vue économique (chômage, travail précaire, faibles revenus), mais aussi du point de vue social et sanitaire (handicap, maladies, décès prématuré).  Les résultats que vous citez ne sont donc pas étonnants.

La tâche la plus importante va être de remettre au plus vite dans le circuit scolaire tous les enfants, quel que soit leur âge et leur niveau scolaire. Jusque là la scolarité était vécue comme obligatoire, imposée par la loi. Avec le confinement et le retour sélectif des élèves, certains auront perdu l’envie, la motivation, d’autres auront peur de quitter le milieu familial ou d’abandonner la liberté acquise. On peut s’attendre à une augmentation de la phobie scolaire. Des revendications pourront surgir sur la qualité et le mode d’enseignement proposé. il faudra donc persuader les élèves, surtout les plus grands, des bénéfices pour aller à l’école. Et les rassurer sur la vie scolaire. Impliquer les parents deviendra une priorité, surtout les plus réticents. Cela prendra du temps et demandera certainement des nouveaux aménagements scolaires et de nouvelles relations entre élèves, parents et école.

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