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Premières leçons d’un fiasco

Énième volte-face sur la chloroquine : cette crise de crédibilité des prestigieuses revues scientifiques internationales que révèle l’affaire Raoult

Publié le 06 juin 2020
En publiant dans The Lancet des données fausses et truquées sur l’effet de l’hydroxychloroquine dans le traitement du COVID 19, quatre chercheurs causé un dommage potentiellement mortel à l’une des revues scientifiques les plus célèbres au monde.
Edouard Husson
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Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
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En publiant dans The Lancet des données fausses et truquées sur l’effet de l’hydroxychloroquine dans le traitement du COVID 19, quatre chercheurs causé un dommage potentiellement mortel à l’une des revues scientifiques les plus célèbres au monde.

Un soir d’août 1820, Thomas Wakley, médecin londonien, fut attaqué et laissé pour mort à son domicile londonien. En fait il survécut à ses blessures et fonda, trois ans plus tard, la revue The Lancet. Ce qui vient d’arriver à la revue médicale, deux siècles plus tard, est comme une attaque sauvage contre un des piliers de la recherche médicale mondiale; et l’on peut se demander si la création du Dr. Wakley survivra aux blessures qui lui ont été infligées. Quatre individus ont, en publiant des données fausses et truquées sur l’effet de l’hydroxychloroquine dans le traitement du COVID 19, causé un dommage potentiellement mortel à l’une des revues scientifiques les plus célèbres au monde. Il aura fallu moins de deux semaines pour que les auteurs de l’article soient démasqués par la communauté scientifique internationale. Leur motivation profonde sera-t-elle plus élucidée que celle des hommes qui voulaient assassiner Thomas Wakley? 

Dans tous les cas, le contexte est clair. Face à la diffusion du coronavirus parti de Chine, dans sa version de 2019, une partie de la communauté médicale internationale, commençant par des médecins chinois et français, a mis au point un traitement permettant de réduire la charge virale dans les premiers temps de l’infection: une combinaison d’hydroxychloroquine, médicament antipaludéen, et d’un antibiotique, l’azithromycine. Lorsque l’on fera le bilan, on verra que ce traitement a sauvé des dizaines de milliers de vie dans le monde. Non seulement parce qu’il aura évité l’évolution de l’infection vers des stades plus graves; mais aussi parce que les séquelles du COVID 19 sont quelquefois importantes (lésions pulmonaires) chez des personnes qui n’ont reçu aucun traitement ou l’ont été trop tard. Pour quelles raisons une partie de la classe politique et la technocratie de la santé publique dans plusieurs pays ont-elles mis des obstacles à la généralisation du traitement? Pourquoi une revue comme The Lancet a-t-elle pris le risque de compromettre sa réputation voire d’être à jamais discréditée en laissant passer un article qui n’avait rien de scientifique et qui a tout l’air d’avoir été au service d’intérêts pharmaceutiques soucieux de discréditer un traitement à bases de médicaments génériques? Tous ceux qui ont souligné les intérêts en jeu (tentative de substitution de médicaments nouveaux développés par d’autres laboratoires, attente d’un vaccin) ont sans doute raison; mais il se joue quelque chose de plus profond, une véritable crise de la civilisation occidentale. 

On connaît la célèbre formule de René Girard: « Ce n’est pas parce qu’on a développé l’esprit scientifique que l’on a cessé de brûler les sorcières. C’est parce qu’on a cessé de brûler les sorcières que l’on a développé l’esprit scientifique ». Nous assistons actuellement à une régression de l’esprit scientifique consécutivement au retour de la chasse aux sorcières. La médecine vient de nous en donner un exemple. L’un des plus grands médecins français, scientifique et praticien, a été traité de chaman et de populiste, parce qu’il pratiquait son métier comme Louis Pasteur plutôt que comme un médecin de Molière. On a vu aux USA les adversaires politiques de Donald Trump, refuser un traitement efficace du COVID 19 parce que le président américain l’avait recommandé ! Mais la crise est beaucoup plus générale. Cela fait des années que les revues médicales sont en crise. Il y a quelques années The Lancet s’était disqualifié une première fois en publiant une pétition de médecins hostiles à Israël. Pour rester dans le strict domaine scientifique, l’universitaire genevois Jean-Dominique Michel estime à au moins 25% le nombre d’articles publiés dans des revues médicales qui ne sont pas fiables. La question de la non-réplicabilité des résultats d’un certain nombre d’articles publiés dans des revues de science expérimentale est un sujet tabou mais que nos sociétés auront à traiter dans les années qui viennent. On pourrait multiplier les exemples. La compréhension de l’évolution stagne sous l’effet d’un attachement irrationnel à la lettre du darwinisme. Les sciences de l’environnement sont encore plus menacées par les emballements hystériques des apocalypsologues du changement climatique que par des lobbies industriels. La science économique est largement dans une impasse de par la domination des théories néoclassiques et des modèles mathématiques. Les sciences humaines et sociales sont rongées par l’idéologie du « genre » ou les « études culturelles ». 

Il y a un signe qui ne trompe pas: la multiplication des interdictions de prise de parole sur les campus universitaires. Les exemples se multiplient aux Etats-Unis ou en Europe. Nous avions été frappés, il y a quelques mois, par les tentatives d’empêcher une conférence d’Alain Finkielkraut à Sciences Po et la passivité des autorités universitaires face à l’intimidation des gauchistes. Mais plus terrible encore est sans doute l’annulation récente par la direction de l’école de commerce nantaise Audencia d’une conférence de l’historien Thierry Lentz qu’une association étudiante avait invité à venir parler de...Napoléon, son sujet de recherche. La direction de l’école a juste indiqué que le thème était... inopportun ! C’est vrai que lorsqu’on fréquente mon collègue Thierry Lentz, on se dit immédiatement qu’il est capable de fomenter un coup d’Etat; et la dernière fois que j’ai ouvert un livre sur Napoléon, je me suis empressé de le refermer car j’imaginais un président de la République se rendre à l’Arc de Triomphe pour une cérémonie officielle - ce serait la fin de notre démocratie ! 

Le mal est très profond. La censure sur les campus est le symptôme d’une disparition de la liberté de penser donc, de plus en plus, de la démarche scientifique. L’université, comme son nom l’indique ou comme le symbolise le bâtiment de la vieille Sorbonne à Paris, est le lieu de tous les savoirs rassemblés dans un dialogue voire une confrontation permanente. Certains pouvaient se dire que la maladie actuelle des sciences sociales déconstructivistes et postcoloniales, ne concernait pas les sciences formalistes ou expérimentales. En fait, il y a une crise globale de la pensée scientifique. Les sciences expérimentales sont beaucoup plus dépendantes du facteur humain des chercheurs que ce que l’on croit habituellement; et les sciences humaines et sociales ne sont pas soumises à moins de rigueur intellectuelle et de respect des faits que les sciences dites dures. Nous sommes en plein milieu d’une crise profonde de l’institution académique. Elle est une partie de la crise plus générale du monde occidental causé par l’hyperindividualisme. Ce dernier a commencé par l’exaltation d’une libération individuelle absolue; il finit par la chasse aux sorcières et la défaite de la pensée. Rien ne l’aura plus grotesquement symbolisé que l’effondrement définitif de Daniel Cohn-Bendit, il y a quelques semaines, se mettant à hurler dans une émission de télévision à propos du professeur Didier Raoult: « Qu’il ferme sa gueule ! (...) Il y en a marre des gens comme lui ! Il y en a marre! ».  

Ne perdons pas espoir. De même que Thomas Wakley survécut à ses blessures et créa The Lancet trois ans plus tard, de même nous aurons un retour aux sources de l’institution académique et de l’intégrité qui fonde la démarche scientifique. Notre époque en crise cherche des sorcières à brûler. Il y aura un monde d’après si l’Occident réapprend le secret de sa grandeur: identifier les chasses au bouc émissaire pour ce qu’elles sont; et y renoncer pour redécouvrir le royaume de la raison.  

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Onc Donald
- 11/06/2020 - 20:24
les mensonges
Excellent article qui éclaire sur le peu de confiance que l'on peut accorder à certaines institutions scientifiques et revues spécialisées dans ce domaine ! Le rapprochement fait entre la gestion de la crise covid 19 et celle de la crise du réchauffement climatique soit-disant anthropique en est une parfaite illustration: rapports bidouillés, choix des paramètres dans les modélisations mathématiques afin de faire concorder les résultats avec les idées que l'on veut absolument faire passer et que l'on déclare indiscutables, cela au détriment de la vérité scientifique ! Merci pour cet article plein de bon sens qui redonne quelque espoir de voir renaître le vrai esprit scientifique.
hoche38
- 06/06/2020 - 17:19
Excellente analyse!
Une première mesure serait d'enseigner la philosophie des sciences; mais qui en nos temps déliquescents, serait capable d'assumer une telle responsabilité; et combien, parmi nos élèves "pédagosisés" d'aujourd'hui, seraient en état de comprendre?
Eface
- 06/06/2020 - 11:59
Dictature de la pensée
Voilà où nous en sommes ! Nous subissons tous les jours la dictature de la pensée de minorités agissantes ! (la loi Avia vient d’institutionnaliser cette dérive inquiétante) . Le débat n’est plus possible : on nous dit ce qu’il faut penser et si on résiste, on est immédiatement taxé de facho, de rétrograde ou autres noms d’oiseaux peu amènes. M.Onfray, E.Zemmour, M.Fikenkraut et autres qui ne sont pas du même bord mais qui savent discuter et argumenter en font les frais et le payent parfois très cher. Et pourtant, l’échange et le débat sont nécessaires en démocratie. N’ayons pas peur de résister et de continuer à discuter, ne dit-on pas que de la discussion jaillit la lumière ?