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Franc fort / euro : comment briser enfin le mauvais sort généré par le double choix qui a asphyxié l’intelligence française ?

Publié le 26 avril 2020
La France ne s’est jamais remise du double choix 1983 (François Mitterrand décide d’arrimer le pays au SME plutôt que d’en sortir comme le recommandait Jean-Pierre Chevènement) - 1992 (traité de Maastricht) : comment sortir de l’ornière intellectuelle qui a fait décliner le pays ?
Jean-Sébastien Ferjou
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Jean-Sébastien Ferjou est l'un des fondateurs d'Atlantico dont il est aussi le directeur de la publication. Il a notamment travaillé à LCI, pour TF1 et fait de la production télévisuelle.
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Edouard Husson
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La France ne s’est jamais remise du double choix 1983 (François Mitterrand décide d’arrimer le pays au SME plutôt que d’en sortir comme le recommandait Jean-Pierre Chevènement) - 1992 (traité de Maastricht) : comment sortir de l’ornière intellectuelle qui a fait décliner le pays ?

Jean-Sébastien Ferjou : La France ne s’est jamais remise du double choix 1983 (François Mitterrand décide d’arrimer le pays au SME plutôt que d’en sortir comme le recommandait Jean-Pierre Chevènement) - 1992 (traité de Maastricht) : comment sortir de l’ornière intellectuelle qui a fait décliner le pays ? 

Pas tant par le choix du franc fort ni de l’euro en soi.

Il y avait et pourrait encore y avoir une vraie rationalité à ces choix si la politique monétaire européenne était ajustée aux besoins de l’économie française et à notre mode de gestion des rapports sociaux (les Français ne sont pas des Allemands prompts à l’effort et au consensus social, ils ne sont pas pour autant des cigales incapables d’industrie ni de productivité, loin de là) et pas juste calquée sur les intérêts de celles de l’Europe du Nord.
Le drame de la double décision 1983-1992 s’est noué dans l’asphyxie intellectuelle générée par la décennie où la France a cru qu’elle pourrait se transformer en fourmi germanique si cela était le prix à payer pour, d’une part, contenir la puissance allemande et d’une autre, faire de l’UE un prolongement naturel de la puissance hexagonale.

Dans la mesure où la bataille politique menée par Jacques Delors (et ses jeunes lieutenants Hollande, Sapin ou soutiens à la Attali-Minc) à l’époque a été difficile à arracher, l’appareil d’Etat et les élites politiques qui venaient de faire le choix d’une Europe économique (quitte à prendre le risque d’affaiblir considérablement l’appareil productif du pays) ont été contraints d’éliminer à gauche comme à droite tous les Séguin et autres empêcheurs de penser l’euro-Europe en rond...

L’habitude a été prise dans les partis comme dans les écoles de formation de l’élite techno française de mettre sur la touche tous ceux qui alertaient sur le déclin français causé par cette politique économique non adaptée aux fondamentaux du pays.

Que nombre de ces lanceurs d’alertes ne l’aient fait que par romantisme souverainiste est éminemment respectable mais n’a pas facilité la bataille de ceux qui tentaient d’alerter sur les failles « techniques » de la monnaie unique et de la posture de naïveté européenne au cœur du grand bain de la mondialisation dans lequel l’Union a tant voulu incarner la raison et la vertu en oubliant que le cynisme ou le réalisme sont (aussi) nécessaires aux politiques de puissance.

Le retour des Chevenement ou Montebourg dans le contexte du débat sur le monde d’après le Coronavirus est révélateur. Mais leur bataille est une vieille bataille. les partisans du produire local et de la demondialisation ne viendront pas plus à bout du réel que les partisans du franc fort ou de l’euro ne sont venus à bout de la vérité des caractères européens ni du jeu cynique des autres puissances mondiales.

Aussi longtemps que la question sera réduite à l’affrontement pro/ anti européens, nous nous interdirons de porter un véritable diagnostic sur le réel. L’Europe n’est pas une idée, elle est une réalité. Tout comme l’euro. Gérons les comme telles.

Mais comment casser les mauvaises habitudes intellectuelles et politiques qui, en France comme dans le reste de l’UE, nous ont rendu incapables de mesurer véritablement ce qui nous est arrivé depuis 30 ans parallèlement à la montée de la mondialisation ?

Atlantico.fr : En 1983 François Mitterrand décide d’arrimer le pays au SME plutôt que d’en sortir comme le recommandait Jean-Pierre Chevènement. Puis, en 1992, s'impose la signature du traité de Maastricht, imposant des ornières intellectuelles à la société française.

Yves Bertoncini : La décision française de rester dans le système monétaire européen constitue un marqueur mythologique pour les tenants d’une « autre politique » européenne et nationale en matière économique, sociale et budgétaire. Le fait qu’elle ait été associée à la politique de « rigueur » incarnée par Jacques Delors explique en partie pourquoi cette décision est entourée d’un halo négatif pour nombre de Français - quand bien même cette rigueur et la « désinflation compétitive » qui l’a accompagné ont plutôt contribué à améliorer leur sort sur le moyen terme…

Cette décision mitterrandienne revêtait aussi une dimension européenne, visant à ancrer le destin français au sein de la Communauté, puis de l’Union, et qui a été confirmé lors du lancement de l’Union économique et monétaire à Maastricht. L’élaboration et la ratification du Traité de Maastricht traduisent même un choix géopolitique consistant à garantir l’ancrage de l’Allemagne dans la famille européen, après que la chute du mur ait conduit à une réunification potentiellement déstabilisatrice. Quitte à faire de la « politique fiction », il ne faut pas occulter la dimension géopolitique du choix de 1992, rendu possible par le maintien dans le SME acté en 1983 : que serait-il en effet advenue de la France face à une Allemagne réunifiée ayant conservé le Deutsche Mark comme monnaie européenne de référence ?

Il est cependant dommageable que François Mitterrand et son gouvernement aient promu le choix de 1983 en indiquant qu’il s’agissait d’une « parenthèse » sur le plan de la politique économique, sociale et budgétaire. Et plus encore qu’ils n’aient bien souvent défendu ce choix stratégique que sous couvert d’obtenir en compensation davantage d’Europe sociale ou de « gouvernement économique » européen, donnant ainsi le sentiment de « lâcher la proie pour l’ombre ».

Mais quelle proie la France a-t-elle donc lâchée en 1983, puis en 1992 ? Celle incarnée par l’enchaînement des dévaluations visant à restaurer sa compétitivité nominale en offrant un peu de morphine à nos entreprises tout en rognant le pouvoir d’achat des consommateurs et des épargnants ? Celle d’une souveraineté monétaire qui contraignait la Banque de France à s’aligner sur les décisions de la Bundesbank ? Et quelle ombre a-t-on ainsi jetée sur la France ? Celle incarnée par des règles européennes prescrivant de limiter les dettes et les déficits publics excessifs à 60% et 3% du PIB – alors même que la France n’a jamais cessé d’être très largement en déficit depuis lors, et à l’heure où sa dette va allégrement dépasser les 110% de sa richesse nationale ?

Comment en sommes-nous arrivés à cette asphyxie intellectuelle suite à notre appartenance à la zone euro ?  

Edouard Husson : Constatons d’abord que la France souffre de n’avoir pas mis au cœur de la formation de ses élites, de grandes universités de recherche, comme l’ont fait les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne ou les grandes démocraties asiatiques, à commencer par le Japon et Singapour. Dans tous ces pays, les allers-retours entre l’université et le gouvernement sont des choses banales, ce qui permet la circulation des idées, la confrontation permanente de la théorie à la pratique et empêche la formation d’une pensée unique.  

La Révolution française a, par antichristianisme, brisé les universités ; et lorsque Napoléon a recréé l’Université impériale, il la concevait comme soumise à son autorité et sommet d’une hiérarchie éducative. La Révolution et l’Empire ont aussi généralisé ce qui est en fait une invention de la monarchie, les grandes écoles, destinées à former les cadres dont avaient besoin l’industrie ou l’Etat. Dans le contexte des républiques et des empires, on a eu un double mouvement : si l’on met à part le droit et la médecine, dont les facultés sont restées, malgré la Révolution, des corporations sans le nom, l’université française aurait été incapable de générer de l’excellence sans l’émulation créée par l’injection régulière d’individus sélectionnés par les grandes écoles. L’égalitarisme républicain avait en permanence besoin d’être corrigé par la compétition du concours. Au cœur de l’université s’est installé le concours de recrutement des enseignants, l’agrégation du secondaire. Ce n’est qu’après l’agrégation que l’on se mettait enfin, pour un petit nombre, à la recherche. Cela donnait les extraordinaires thèses d’Etat, monuments à la puissance de l’esprit français et où la capacité d’analyse et de synthèse enracinées dans une très bonne formation générale de l’enseignement secondaire et des classes préparatoires s’alliant à la formalisation d’un travail de recherche mettaient la science française au niveau des meilleurs dans le monde. Les thèses d’Etat ont été supprimées dans les années 1980. Cela n’a pas empêché les sciences dures, soumises à la compétition internationales, de rester compétitives. Les systèmes de recrutement des professeurs sur agrégation du supérieur (modèle du droit) ont eu un bon résultat en économie et un résultat mitigé en sciences sociales (artificiellement séparées des sciences humaines). Quant aux facultés de sciences humaines elles se sont effondrées. Notre pays manque singulièrement d’une culture universitaire dans la haute fonction publique : cela fait des années qu’on parle, par exemple, d’instaurer un doctorat à l’ENA, sans passer à l’acte. 

Si l’on observe la formation des élites politiques et des cadres de l’Etat, on voit bien que, durant tout le XIXè siècle, deux séries de tendances se combattent. D’un côté, la mise en place d’une mentalité hiérarchique, qui surgit régulièrement quand les régimes issus de la Révolution ont peur de sombrer dans l’anarchie : les régimes napoléoniens et l’extraordinaire fonctionnement de l’armée française en sont l’expression. De l’autre, une aspiration à la liberté, ancrée dans la formation aux humanités et dans le culte de la recherche scientifique. Ainsi la France est-elle définitivement devenue une puissance industrielle entre 1850 et 1910, alors que se succédaient un Empire qui rêvait d’être libéral sans y arriver et une République beaucoup plus autoritaire que ce que prétendaient ses pères fondateurs. Au XXè siècle, la tendance autoritaire s’est renforcée, sous l’effet des deux guerres mondiales et de la montée en puissance de la technocratie moderne. La part prélevée par l’Etat dans le PIB passe de 10% en 1910 à 40% en 1980. C’est en fait pendant les Trente Glorieuses que se met en place le système d’asphyxie intellectuelle dont vous parlez. D’une part les écoles d’ingénieurs fournissent de plus en plus de cadres à la haute fonction publique ; d’autre part on crée l’Ecole Nationale d’Administration ; enfin, Georges Pompidou met sous le coude la grande réforme de l’université que le Général de Gaulle avait souhaitée dès 1963. De Gaulle voulait une sélection/orientation dès la fin du collège pour pouvoir orienter la majorité d’une classe d’âge vers les métiers dont aurait besoin l’industrie française et garder un flux maîtrisable en direction de l’université. Il redoutait la massification des facultés des Lettres – aujourd’hui on dirait de sciences humaines et sociales – où échoueraient (aux deux sens du mot) des milliers d’individus n’ayant pas choisi quelles études ils voulaient faire ; exactement ce qui a causé mai 1968 et la très difficile gestion de la massification de l’université française après cette date. Cette massification s’est accompagnée de la destruction des humanités classiques, avec tout ce qu’elles donnaient d’esprit de liberté à la classe politique française et, en général, à nos élites. Les marxistes, pour qui « une paire de botte vaut bien Shakespeare », et leurs compagnons de route égalitaristes, ont progressivement pris le contrôle de l’Education Nationale pour en éradiquer progressivement la culture classique. Là encore, Georges Pompidou s’est fait – selon un schéma de haine de soi des élites françaises fréquent depuis la Révolution – leur complice inattendu, par exemple quand il expliquait, au milieu des années 1960, avec un humour faussement profond, qu’il fallait maintenir le grec au lycée pour que « les jeunes filles puissent l’apprendre ». 

Le résultat de toute cette évolution, c’est que l’on a vu surgir aucun contrepoids à la technocratie triomphante dans les années 1970/1980. Ou plutôt, on a eu, face au triomphe des experts technocrates, un président de la République, François Mitterrand, survivant de la « République des avocats », trop désireux de jouir du pouvoir pour faire autre chose qu’accompagner une évolution qu’au fond de lui il désapprouvait (ainsi lorsqu’il déclara, lors de l’indépendance donnée à la Banque de France en 1994, « je crois que nous prenons un grand risque ») ; et un autre produit, fantasque, des facultés de droit, Jean-Marie Le Pen, orateur prodigieux, mais à qui « l’Etat profond » et ses chiens de garde intellectuels et médiatiques, réservèrent un rôle de tribun du peuple, rôle dans lequel il accepta de s’enfermer, en rognant régulièrement les griffes de sa lucidité politique par des déclarations qui confirmaient le statut de marginal de la politique dans lequel on lui avait demandé de s’enfermer. 

Au fond, la politique du « franc fort » de 1983 n’était pas une mauvaise chose en soi. Elle mettait fin à la gestion quelque peu hasardeuse des deniers de l’Etat qui avait caractérisé les deux premières années de la présidence de François Mitterrand. Jusqu’à la fin des années 1980, la France s’en est mieux portée. Au début des années 1990, nous étions à la veille d’un nouveau miracle économique français. Et ceci au moment où l’Allemagne, de manière très imprudente, se mettait sur les bras, la réunification de la RDA à la RFA à un taux de change irréaliste (un pour un entre les monnaies des deux pays). Il n’y avait qu’une seule chose à faire : laisser l’Allemagne digérer l’absorption de l’ancien Etat communiste, suspendre le Système Monétaire Européen, continuer à bien gérer notre monnaie comme nous avions appris à le faire et en récolter les dividendes. Eh bien non ! Tout le système politico-technocratique vint alimenter les peurs de François Mitterrand quant à la puissance allemande irrésistible. La croyance l’emporta sur l’observation réaliste. Le gouvernement français décida non seulement de garder le Système Monétaire Européen mais de le rigidifier encore en créant l’euro. Et il n’y eut aucun contrepoids à la croyance folle en une supériorité intrinsèque de l’Allemagne, prétendument bonne gestionnaire. On avait sous les yeux la catastrophe de la gestion de la réunification avec un taux de change destructeur pour ce qui restait d’industrie est-allemande – sorte d’anticipation sur l’effet désindustrialisant qu’allait avoir l’euro pour nombre de pays d’Europe, dont la France – mais nos dirigeants s’obstinèrent dans l’erreur, alors même qu’il y eut un délai de huit ans entre la signature du traité de Maastricht et le passage à la monnaie unique. Il y eut bien quelques professeurs d’université de grande pointure (pensons à Jean-Jacques Rosa) pour s’opposer. Mais nos hauts fonctionnaires (en politique) ne sont pas habitués au débat contradictoire. Pensez à la manière dont les avertissements de Maurice Allais, prix Nobel d’Economie, sur la désindustrialisation totale qui attendait la France, furent ignorés. Le silence est quelquefois l’arme la plus efficace. Il faut dire qu’une partie des intellectuels et universitaires qui s’opposaient à l’euro ne voulaient pas s’allier à Maurice Allais, jugé trop libéral, trop à droite même. Malheur au pays dont les clercs trahissent à ce point !           

Yves Bertoncini : Il est loisible de rappeler que l’appartenance à la zone euro repose sur des engagements juridiques et diplomatiques, qui ont notamment conduit à mettre en commun les outils de politique monétaire et à encadrer les politiques budgétaires nationales. Ces engagements ont été librement consentis par la France, et ratifiés par référendum s’agissant du Traité de Maastricht et de l’UEM. En déduire qu’ils ont débouché sur  une forme d’« asphyxie intellectuelle » me semble très excessif, pour ne pas dire fantasmatique… 

De fait, le débat sur « l’autre politique » n’a jamais cessé en France – il est même systématiquement relancé lorsque notre pays est confronté à une crise d’ampleur, comme celle du coronavirus. Ce débat a été successivement porté par des figures partisanes aussi diverses que Jean-Pierre Chevènement, Philippe Séguin, Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen, ainsi que par des acteurs intellectuels ou associatifs… A ce stade, les porteurs de cette « autre politique » n’ont jamais convaincu une majorité de Français d’adhérer à leur alternative supposée providentielle : peut-être serait-il salutaire de reconnaître cette défaite démocratique plutôt que de la considérer comme une « défaite de la pensée » ?

Le débat sur le « franc fort » puis « l’euro fort » n’a lui aussi jamais vraiment cessé, y compris lorsque le taux de change euro/dollar est particulièrement bas... Si le cours d’introduction de l’euro s’est établi à 1 euro pour 1,1680 dollar en janvier 1999, son taux de change a ensuite évolué du simple (1 euro pour 0,8252 dollar en 2000) au double (1,6038 en 2008) – il s’établit à un peu moins de 1,10 dollar en avril 2020… Dire que l’euro est trop fort est dès lors aussi justifié en 2008 qu’erroné en 2000 et en 2020… Remarquer que l’euro fort est pénalisant pour les pays dont les exportations sont basées sur une compétitivité prix est tout aussi justifié : encore faut-il préciser que l’euro fort a cependant le mérite de renforcer le pouvoir d’achat des Français, puisqu’il diminue le prix des importations, y compris énergétiques…
Au total, pointer l’impossibilité d’un taux de change pleinement adaptée aux 19 pays de la zone euro est le seul constat toujours valide, dès lors que le taux de change constaté peut convenir plus ou moins bien à tel ou tel de ces pays. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquels le Conseil des ministres n’a jamais réellement débattu de la politique de change, alors que les Traités européens prévoient qu’il pourrait le faire.

Comment sortir de l’asphyxie intellectuelle liée à notre appartenance à la zone euro sans reproduire les mêmes erreurs à l’inverse ?

Edouard Husson : Il y a eu, dans les vingt ans qui viennent de s’écouler, un début de réponse appropriée à la situation créée par l’euro, c’est le programme de Nicolas Sarkozy en 2007. Le candidat à la présidentielle partait du constat que l’euro existait. Et il en tirait les conséquences : la France n’était pas condamnée à laisser filer ses finances publiques ; il fallait commencer par limiter les dépenses engendrées par une immigration mal contrôlée ; le gaspillage d’argent public causé par les coûts de l’insécurité et l’échec scolaire. Il fallait encourager les Français à retrouver un goût du travail cassé par les 35h. Les dépenses de l’Etat devaient être réduites. Il fallait, enfin donner à l’Etat les moyens de devenir une puissance de la Troisième Révolution industrielle, grâce à des investissements de longue durée dans l’université, la recherche et l’innovation. Nicolas Sarkozy était, comme François Mitterrand et Jean-Marie Le Pen, un produit de la Faculté de droit, un avocat en politique. Et il est intéressant de remarquer qu’il est le seul, depuis 1945, à avoir véritablement transformé l’université française. Sans son engagement énergique, des structures de recherche à la fois suffisamment grosses et suffisamment souples pour peser dans la recherche internationales comme les IHU n’auraient pas vu le jour. Didier Raoult a eu la chance, comme un certain nombre d’autres chercheurs lucides, d’être écouté par le président de la République et son gouvernement. 

Cependant, ce qui caractérise le quinquennat de Nicolas Sarkozy, c’est la demi-mesure et le décalage flagrant dans certains domaines entre les mots et les actions. L’immigration n’a pas ralenti, derrière les discours ; les caïds de banlieue n’ont pas été mis au pas ; défiscaliser les heures supplémentaires, ce n’est pas mettre fin au système des 35h et donc émousser sérieusement le « travailler plus pour gagner plus ». N’allant pas au bout de ce qu’il avait annoncé, Nicolas Sarkozy n’a pas pu échapper aux contraintes du système de l’euro : il a dû faire quelques réductions absurdes dans la dépense publique, du point de vue de la politique qu’il avait annoncée : en diminuant le nombre de policiers ; en n’augmentant que modiquement le salaire des professeurs dans l’Education Nationale. Etre dans l’euro demandait de jouer à fond sur toutes les autres variables possibles. Et cela demandait une politique résolument de droite. Comme le président des années 2007-2012 n’est pas allé au bout de son programme, il n’a pas été réélu en 2012 car les voix du Front National qui s’étaient portées vers lui cinq ans plus tôt ne sont pas revenues vers lui. 

Huit ans plus tard, la situation s’est énormément aggravée. L’enchaînement des trois crises du quinquennat d’Emmanuel Macron est révélateur : la crise des Gilets Jaunes a montré la perte de pouvoir d’achat d’une France en grande partie désindustrialisée dans la zone euro ; la désastreuse réforme des retraites, heureusement ajournée, a montré l’inconséquence d’une haute fonction publique prête à remettre en cause la solidarité entre les générations sur laquelle s’était fondé le redressement français d’après la Seconde Guerre mondiale. La crise engendrée par le texte sur les retraites a surtout révélé au grand jour la terrifiante incompétence des produits du système actuel de formation des dirigeants ; et la crise du COVID 19 ne fait que renforcer le constat. On a un gouvernement qui est arrivé à la négociation avec les syndicats sur les retraites non préparé, malgré deux ans de dialogue antérieur. Et qui était prêt, finalement, à défendre un système de retraites qui coûterait plus cher que celui que l’on disait vouloir remplacer pour raisons financières. On met ainsi le doigt sur notre principal problème, bien identifié par Emmanuel Todd : l’incompétence des très diplômés. C’était déjà apparu pendant le conflit des Gilets Jaunes, lorsque des énarques bon teint avaient été incapables de tenir le choc, sur les plateaux de télévisions face aux porte-paroles du mouvement. Nous arrivons à un moment où il va falloir miser sur le bon sens et la compréhension du réel au sein de la population, indépendamment du niveau de diplôme. Ce qui va compter c’est l’expérience réelle. Le prochain gouvernement qui voudra réussir, qu’il soit de droite ou de gauche, devra réunir les personnes ayant une véritable expérience de l’agriculture, de l’industrie, du management entrepreneurial, qui ont réussi à piloter avec succès un secteur de l’Etat. Il reste suffisamment de gens bien formés – malgré le système – dans nos élites pour qu’ils arrivent à rassembler, dans un grand mouvement conservateur ou dans un nouveau parti républicain, tous ceux qui aideront à remettre la France d’aplomb. Il nous faudra des connaisseurs lucides des institutions européennes, des officiers généraux, des préfets expérimentés, de grands capitaines d’industries, de vrais entrepreneurs (pas des gens ayant passé six mois en incubateur à se gargariser d’un projet entrepreneurial), des spécialistes des données massives, des architectes système, des codeurs géniaux, des personnes issues du mouvement des Gilets Jaunes, des maires expérimentés, des chercheurs atypiques etc…Nous sommes désormais depuis un demi-siècle dans la Troisième Révolution industrielle et il serait temps de s’en servir comme il faut pour le renforcement de la démocratie. Il s’agit de faire confiance, de considérer que les individus sur le terrain disposant de masses d’informations immédiatement disponibles sont plus à mêmes de les traiter qu’un gouvernement national et, a fortiori la Commission européenne. Il est temps de mettre en place une subsidiarité ascendante. Evidemment, il va falloir faire des coupes dans la technostructure et l’on aura affaire à une véritable nuée de personnes très difficiles à recaser. Evidemment aussi, il sera nécessaire de se garder dès le départ de la propension française à déterminer a priori ce qu’on va faire.    

Yves Bertoncini : Relancer plus encore le débat politique et intellectuel sur la zone euro sera utile si cela ne conduit pas à se focaliser sur l’hypothétique retour à une monnaie nationale. Une sortie de la zone euro est en effet exclue par une large majorité de Français, qui l’ont notamment rappelé à Marine Le Pen en 2017 lors du 2ème tour de l’élection présidentielle. Sans doute ont-ils en mémoire que le nationalisme monétaire conduit à des guerres monétaires en Europe, au prix de « dévaluations compétitives » qui ne sont pas l’apanage de la France mais sont aussi pratiquées par ses voisins et concurrents du Sud ? Sans doute les Français ne sont-ils pas non plus si nostalgiques de l’époque précédant l’euro, qui voyait la valeur de leur monnaie livrer aux calculs erratiques des spéculateurs internationaux ?

Sortir des garde-fous budgétaires liés à l’appartenance à la zone euro pourrait avantageusement mobiliser « moins de temps de cerveau disponible ». D’une part parce que les limites de 3% du PIB de déficit public et de 60% du PIB de dette publique ne se sont avérées que très peu contraignantes : il n’y a ni « dogme » européen en matière budgétaire, ni excommunication de la France par ses partenaires et, jusqu’à lors et fort heureusement, ni sanction par les marchés financiers. D’autre part parce qu’il serait salutaire de méditer sur l’utilité de ces gardes fous, à l’heure où tous les pays européens qui les ont respecté disposent de finances publiques beaucoup plus abondantes afin de relever les énormes défis économiques et budgétaires liés à la crise du coronavirus…

Mieux vaut dès lors participer pleinement aux débats européens portant sur le renforcement de la zone euro, par la coordination des politiques économiques, budgétaires et fiscales, la pleine réalisation de l’union bancaire et d’une garantie européenne des dépôts, la montée en puissance des capacités budgétaires, y compris via l’émission de dettes communes, etc. 

Mieux vaut aussi et surtout souligner que l’appartenance à la zone euro n’a pas rogné autant qu’on le dit les marges de manœuvre politiques de ces Etats-membres. 

Elle n’empêche en rien la France d’avoir porté son niveau de dépenses publiques à plus de 55% du PIB en 2019, contre 47% en moyenne dans les 19 pays de la zone euro, et moins de 40% dans sept d’entre eux : nos engagements européens portent en effet sur les déficits liés aux décalage dépenses/recettes, pas sur le niveau global de ces dépenses et recettes.

De même, s’il est juste de déplorer l’absence de coordination fiscale entre pays de la zone euro, cela doit aussi inciter à souligner la très large autonomie des Etats-membres en la matière : instituer un impôt sur la fortune était par exemple un choix français datant de la 1ère élection de François Mitterrand, qui a pleinement survécu au maintien dans le SME et à l’entrée dans la zone euro, et qui n’a été modifié qu’à l’issue de l’élection présidentielle de 2017…

Autre exemple, la gestion des administrations nationales et des services publics est sous le contrôle direct des gouvernements des Etats-membres. C’est à eux qu’il appartient de garantir leur qualité, à la fois en leur affectant les moyens budgétaires nécessaires et en modernisant ce qui doit l’être. A cet égard, il sera utile d’identifier les raisons pour lesquelles la France et l’Allemagne, qui affectent la même proportion de leur richesse nationale à la santé (environ 11,5% de leur PIB) ont semblé disposer de capacités de réponse sensiblement différentes face au coronavirus…

Ces débats-là ont une dimension proprement nationale, donc franco-française, et ils méritent de se voir consacrer toute l’énergie intellectuelle et politique requises. Leur issue sera sans doute beaucoup stimulante pour l’avenir de notre pays que le mythe nostalgique de ce « monde d’avant l’euro », qui s’apparente au mieux à un paradis perdu, au pis à un miroir aux alouettes.

La France est suffisamment forte pour réussir sur le plan économique et social tout en faisant parti de la zone euro – comme nombre de ses voisins. C’est aussi autour de cette conviction de base que se noue le débat sur les choix stratégiques opérés en 1983 et en 1992 – à rebours du « franco-scepticisme » qui s’échine depuis lors à les remettre en cause. 

 

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zelectron
- 26/04/2020 - 23:34
Les auteurs de cet article sont-ils achetés ou vendus ?
Comment peut-on écrire de pareilles sornettes, alors que le poids budgétaire méphitique des fonctionnaires s'est même fait sentir lors de la pandémie du virus chinois (parce que Xi n'aime pas qu'on utilise cette expression).
zelectron
- 26/04/2020 - 23:29
C'est toujours de la faute des autres
Ce n'est pas l'€uro qui est mauvais ce sont les gouvernement successifs qui l'ont été ! Si nous en étions resté au franc avec les 3 ou 4 dévaluations, la moitié de nos territoires auraient changé de mains, nos châteaux, nos hôtels particuliers et autres usines d'automobiles rachetées pour une poignée de figues
Olivier62
- 26/04/2020 - 23:10
Quelles solutions ?
Il y a beaucoup de lucidité dans le diagnostic que porte cet article, mais il montre les difficultés à aller au-delà puisque même l'idée de sortir de l'Euro suffit à effrayer les auteurs ! C'est pourtant l'un des principaux problèmes du pays (mais pas le seul, loin de là). Ils ont raison malgré tout de porter l'accent sur la culture des élites, qui ont gobé le discours mondialiste et multiculturel pour aboutir au désastre actuel d'une société soumise au communautarisme, au terrorisme, à la délinquance et la liquidation de son économie. Des solutions radicales sont devenues nécessaires, mais manifestement les esprits doivent encore évoluer. En attendant le bateau coule normalement...