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© GONZALO FUENTES / POOL / AFP
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Contagion

Abjurez le libéralisme et vous serez sauvé !

Publié le 03 avril 2020
Julie Graziani revient sur la crise du coronavirus, son impact sur la société, le message de la classe politique et sur le modèle libéral.
Julie Graziani
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Julie Graziani est éditorialiste et chroniqueuse. Julie Graziani conseille aussi des entreprises en difficultés depuis dix-sept ans. Elle a par ailleurs collaboré à « 28 minutes  », sur Arte, à LCI et à BFM TV.
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Julie Graziani revient sur la crise du coronavirus, son impact sur la société, le message de la classe politique et sur le modèle libéral.

Aux temps anciens, les épidémies trainaient dans leur sillage une cohorte de prophètes qui, de processions en pénitences, clamaient qu’elles trouvaient leur origine dans les péchés de la multitude. Il fallait les prendre comme un signe du courroux divin, avertissement délivré par le ciel en vue de notre conversion, une perche à saisir en quelque sorte pour éviter de plus grandes catastrophes. Vous trouvez cela stupide et arriéré et vous avez raison. 

L’épidémie contre laquelle l’humanité se bat depuis plusieurs mois fait pourtant ressurgir ce vieux canevas narratif. Dans son discours inaugural de la période de confinement le Président de la République avait donné le ton : « le jour d’après ne sera pas comme le jour d’avant ». Sans surprise, c’est du côté des écologistes que ses bénéfices secondaires sont les plus appréciés : confinement oblige, l’empreinte de l’homme sur la planète se fait moins visible et la nature reprend ses droits, de la qualité de l’air au retour d’espèces sauvages dans des zones rendues au silence et à la solitude. Un mal pour un bien en quelque sorte ou, comme le dit Nicolas Hulot avec un brin de superstition, « un ultimatum que la nature nous adresse ». Dans le même esprit, le député Matthieu Orphelin (ex-LREM), en plein débats sur la loi d’urgence sanitaire, se prenait à rêver d’un « grand plan de transformation de notre société en faveur du climat, de la biodiversité, de la solidarité et de la justice sociale ». Visionnaires de l’après-crise, Philippe Martinez (CGT), Aurélie Trouvé (Attac), Jean-François Julliard (Greenpeace) et Cécile Duflot (Oxfam) lui emboitent le pas, dans une tribune commune publiée, vendredi 27 mars, sur France Info, faisant de la crise du coronavirus un révélateur des « profondes carences des politiques néolibérales » et lançant un appel "à toutes les forces progressistes et humanistes (...) pour reconstruire ensemble un futur, écologique, féministe et social, en rupture avec (…) le désordre néolibéral". Convertissez-vous ou vous resterez vulnérables et démunis lorsque frappera le prochain virus.

Le cerveau humain est configuré pour produire du signifiant, même à partir d’éléments disparates. Il déteste le hasard, la contingence, l’absurde. Il est insoutenable que des gens meurent par milliers et que cela n’ait aucun sens. Cela s’appelle un biais cognitif et c’est cette caractéristique de notre intelligence qui permet à l’humanité d’élaborer des récits. Sauf que cette disposition de l’esprit est aussi le terreau de toutes les crédulités. Les oracles des militants de la justice sociale ne sont que la version sécularisée de la théorie du châtiment divin : la crise sanitaire y devient le produit de notre faute collective et l’occasion d’une rédemption si nous acceptons de les écouter et de changer notre modèle de société. Il faut pourtant, quand la mort rode, avoir la décence de ne pas nourrir ses obsessions habituelles, ne serait-ce que par respect pour les victimes qu’il est douteux d’instrumentaliser au service d’un agenda politique. Il faut aussi, quand la maladie vient bouleverser tous nos repères, avoir l’humilité d’avouer qu’aucun modèle de société n’est spontanément configuré pour affronter, sans tanguer, une catastrophe de cette ampleur. Il faut enfin ne pas faire d’un cas de force majeure, par hypothèse imprévisible et dramatique, le fondement d’une nouvelle norme. 

La seule chose que révèle cette crise est que notre modèle libéral se fait spontanément solidaire quand les circonstances l’exigent, et c’est tant mieux. Les banques prêtent à taux zéro, des entreprises participent à l’effort national en produisant qui du gel, qui des masques, la grande distribution écarte le spectre de la pénurie sans considération de rentabilité et l’Etat suspend certains prélèvements obligatoires. Aussi nécessaires soient-ils aujourd’hui ces comportements désintéressés n’ont pas vocation à perdurer, une fois la crise passée. Le jour d’après, nous reprendrons le cours de vos vies : les entreprises chercheront à réaliser des bénéfices, les prêts produiront intérêts et l’Etat lèvera l’impôt tandis que nous nous inquiéterons de notre pouvoir d’achat. Aujourd’hui comme hier, les agents pathogènes ne sont porteurs d’aucun message.

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tatouzou
- 04/04/2020 - 22:05
La mondialisation n'est pas responsable du manque de masques - s
L'exemple des stocks stratégiques de pétrole montre qu'il est tout à fait possible dans une economi mondialisée de sécuriser l'approvisionnement d'une ressource essentielle qui n'est pas disponible sur le territoire national.

Et ces stocks ne sont pas financés par l'Etat, c'est une obligation réglementaire imposée au niveau européen et international à tous les distributeurs. L'exigence actuelle en France est de 80 jours de consommation, c'est à dire que chaque distributeur doit stocker en France plus de 29,5% de ce qu'il a vendu l'année précédente. Ce sont donc les clients qui financent ces stockss.

A noter que la plupart des distributeurs sont des grands groupes multinationaux qui font de jolis profits et distribuent de confortables dividendes, ces mêmes multinationales si souvent accusés d'être la cause de bien des malheurs.
Preuve que la mondialisation n'est pas antinomique de la sécurité des peuples.
Encore faut-il une volonté politique des régulateurs.
tatouzou
- 04/04/2020 - 21:43
L'imprévoyance n'a pas d'idéologie
Nous manquons de masques parce que le stock de précaution constitué il y a douze ans a été progressivement réduit à presque rien pour économiser quelques petits millions sur un budget santé qui se compte en centaine de milliards.
Cette décision n'a rien à voir avec la mondialisation ou le libéralisme, ni avec la localisation des usines. C'est une erreur de jugement des experts et des politiques face à une situation totalement inattendue.
Même si toutes les usines étaient en France elles n'auraient pas été dimensionnées pour produire un milliard de masques en quelques jours.
Si nous ne voulons pas que ça se reproduise lors de la prochaine pandémie, il faudra reconstituer des stocks de précaution, suffisants pour satisfaire les besoins urgents en attendant la montée des cadences de production.
Et avoir la ferme volonté de conserver ce niveau de stocks même s'il ne se passe rien pendant trente ans. Idem pour d'autres fournitures essentielles.
C'est une décision politique, nous le faisons depuis 70 ans pour le pétrole, avec des stocks couvrant en permanence 90 jours de consommation. Et ça marche. Pourtant nous n'avons pas de gisements de pétrole.
Nargath
- 04/04/2020 - 10:46
libéralisme
"les agents pathogènes ne sont porteurs d’aucun message"
Eux non, et certainement pas d'une vengeance de la nature comme le disent certains khmers verts. Par contre, la rapidité de diffusion de ces agents est facilitée par la société ouverte, laquelle est largement encouragée par le libéralisme.
Cette doctrine devenue bancale car trop jusqu'au boutiste devra donc rendre des comptes.