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Atout majeur

Crise du coronavirus : Nicolas Sarkozy, le recours silencieux ?

Publié le 02 avril 2020
Silencieux depuis le début de la crise, l’ex-président pourrait avoir un rôle à jouer important au lendemain de la crise sanitaire. Au regard de son action lors de la crise de 2008 et de l’état de la droite actuellement, il est possible que cela soit le moment opportun pour Nicolas Sarkozy de faire son grand retour.
Maxime Tandonnet est historien, auteur de nombreux ouvrages dont Histoire des présidents de la République (2013) et André Tardieu, l'incompris (2019) aux éditions Perrin.
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Maxime Tandonnet
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Silencieux depuis le début de la crise, l’ex-président pourrait avoir un rôle à jouer important au lendemain de la crise sanitaire. Au regard de son action lors de la crise de 2008 et de l’état de la droite actuellement, il est possible que cela soit le moment opportun pour Nicolas Sarkozy de faire son grand retour.

Le retour de Nicolas Sarkozy au premier plan du jeu politique est un sujet qui revient souvent dans les conversations politiques. Il serait impossible pour lui de revenir dans un contexte normal mais est-ce que le chamboulement économique, politique et social pourrait fournir un terreau favorable à son retour ? Ce scénario paraît-il probable ?  

Maxime Tandonnet : Oui, cette question revient souvent dans les conversations… Elle recouvre deux scénarios possibles. Le premier est celui du retour comme Premier ministre avec les pleins pouvoirs, le chef de l’Etat M. Macron s’effaçant comme en cohabitation. On y pense car il y a eu deux précédents historiques de président de la République revenant comme Premier ministre (président du Conseil) dans des circonstances dramatiques : Raymond Poincaré en juillet 1924 pour sauver le franc et éviter une faillite financière, Gaston Doumergue, pour préserver la paix civile après la tragédie du 6 février 1934, les émeutes parisiennes qui ont fait 16 morts et des centaines de blessés. 

Un tel scénario peut-il se reproduire ? Certes, rien n’est impossible et nous voyons en ce moment à quel point l’histoire est imprévisible. Cependant, il est improbable pour deux raisons. D’abord, il faudrait des élections législatives, gagnées par la droite pour qu’il ait une majorité, à l’issue d’une dissolution de l’Assemblée nationale par M. Macron. Or, rien n’indique que telle soit l’intention du président. Ensuite, Nicolas Sarkozy a une vision présidentialiste des institutions, il voit dans le Premier ministre non pas un chef de gouvernement comme le définit la Constitution, mais un collaborateur du chef de l’Etat et nul n’imagine un seul instant qu’il accepterait de devenir le collaborateur de M. Macron. 

L’autre scénario c’est celui de Sarkozy se présentant aux présidentielles de 2022 et les remportant. Là aussi, on peut tout imaginer dans le chaos que nous vivons. Mais un recours à Sarkozy comme sauveur providentiel, dix ans après, cela paraît un peu surréaliste. Une (courte) majorité des Français lui a tourné le dos en 2012. En 2017, les électeurs de droite aux primaires lui ont préféré Fillon et Juppé. Pourquoi serait-il tenté de revenir dans ces conditions ? Sauf vaste élan national et consensuel en sa faveur que rien ne laisse prévoir pour l’instant, on ne voit pas du tout pourquoi il aurait à l’esprit de convoiter un retour à l’Elysée.   

Paul-François Paoli : Nicolas Sarkozy est un homme de désir et qui fonctione on l'a assez dit à "l'envie". Il s'agit donc de savoir s'il désire revenir sur la scène politique. Il est évidemment impossible de répondre à sa place. Mais nous savons tous aussi que le désir des hommes politiques est lié au désir qu'ils suscitent dans l'opinion. C'est une relation de séduction où entre une bonne part d'imaginaire et d'irrationnel. De ce point de vue et au vu du vide politique actuel il n'est pas impensable que celui qui fut la seule véritable "bête politique" de la droite des années 2000 revienne tenter sa chance au plus haut niveau. 

Le principal handicap à son retour, c’est ses affaires judiciaires mais aujourd’hui cela paraît plutôt dérisoire. Au contraire, l’homme politique a un atout majeur dans sa manche : sa gestion de la crise financière en 2008 qui a permis à la France d’éviter la catastrophe. Demain arriverait-il à faire plier Merkel à nouveau pour relancer l’Europe et la France économiquement après le confinement ? Quels seraient ses armes pour faire re-partir la locomotive industrielle française ? 

Maxime Tandonnet : Sa réussite en 2008 n’était pas liée à des armes secrètes ou une recette économique magique. Il y avait chez lui en 2008 une autorité, un charisme, une image de dynamisme et d’énergie qui ont inspiré la confiance à l’intérieur, par-delà les critiques virulentes, et un prestige à l’international face à M. Bush, puis M Obama, face à Mme Merkel en Europe.  Ce modèle suffirait-il aujourd’hui ? Les circonstances paraissent beaucoup plus terribles car le monde occidental est fragmenté. La solidarité qui a pu jouer en 2008 entre la France, les Etats-Unis l’Allemagne avec le concours des institutions européennes notamment de la banque centrale semble absente aujourd’hui. Le monde occidental semble en traîné dans une course aux solutions individuelles sans tenir compte des autres. Les détournements de stocks de masques de protection sont symptomatiques de cet état d’esprit ! Nous sommes bien plus proche de la crise de 1929 marquée par des replis nationaux que de celle de 2008 où la coopération internationale a joué pour prévenir la vague de faillites bancaires. L’idée que l’on puisse refaire Sarkozy en 2008 dans un tel contexte paraît utopique. 

Paul-François Paoli : Je ne connais pas assez sa situation judiciaire pour en parler. Mais je me rappelle que sa performance lors de la crise financière de 2008 avait été saluée y compris par des gens qui n'étaient pas de son bord et je crois qu'elle continue de l'être aujourd'hui à la quasi unanimité. Nicolas Sarkozy est un capitaine pour les situations de crise. On peut tout lui contester sauf son tempérament d'homme d'action et de décision. On peut très bien ne pas être sarkozyste, ce qui est mon cas et lui reconnaître des qualités. Du reste la qualité d'homme d'Etat n'a pas grand chose à voir avec l'idéologie c'est une aptitude que l'on a ou que l'on a pas. Cette aptitude des hommes comme Clémenceau ou De Gaulle en étaient fortement pourvus. Or par définition ce sont les crises qui révèlent ces qualités.

Dans le jeu politique actuel, la présidente du Rassemblement National réussit sa communication mais manque cruellement de compétences aux yeux de tous et chez les Républicains depuis le départ de Sarkozy aucun chef ne s’est révélé. Christian Jacob ne pourra jamais prendre la place laissée par l’ancien président. Sarkozy ne serait-il pas la seule personne sérieuse à la droite de l’échiquier politique aujourd’hui ? 

Maxime Tandonnet : Le fond du problème, c’est que la droite a tué le père, Sarkozy, lors des primaires de 2016, mais ne l’a pas remplacé. Elle est toujours orpheline et au fond ne parvient pas à faire son deuil de ce qu’il représentait… Pour piloter le navire France dans la tourmente qui vient, il faut accepter une remise en question profonde et penser autrement l’avenir qu’en termes de sauveur providentiel qui n’existe probablement plus. La politique est à repenser comme un ensemble. 

Le pays a besoin d’un président de la République sage et visionnaire, homme d’Etat expérimenté, au-dessus de la mêlée, puisant son autorité dans le sérieux et la discrétion, rassembleur, inspirant la confiance à une vaste majorité de Français par son engagement au service de France. Le pays a besoin, aux côtés de ce président, d’un Premier ministre autonome, puissant et énergique, capable de prendre les décisions que la situation imposera, de gouverner le pays, d’effectuer les choix nécessaires. Le pays a tout autant besoin d’un authentique Parlement, indépendant de l’exécutif, capable de contrôler le gouvernement et de le sanctionner sans faiblesse en cas d’errements ou de défaillance. 

Le pays a besoin de sentir qu’il a à sa tête des dirigeants travaillant dans l’intérêt collectif et non pas à satisfaire leurs obsessions narcissiques et à préparer leur réélection. Il a besoin d’un peuple qui reprenne confiance en ses dirigeants et qu’il faudra régulièrement interroger dans le cadre de referendums sur les questions essentielles. Voilà : la question n’est pas de se donner un nouvel homme providentiel, un dieu de l’olympe qui promettra un « nouveau monde » avant de faire naufrage à son tour, mais de mobiliser tout un peuple autour d’une équipe de dirigeants responsables dans l’épreuve qui nous attend.  

Paul-François Paoli : De fait entre Marine Le Pen et Macron l'espace politique est vacant. La droite LR  semble incapable, depuis le désastre de l'affaire Fillon, de générer une personnalité suffisamment forte qui soit capable d'offrir une alternative à ce face à face stérile entre Macron et Le Pen. La tentative de retour de Sarkozy pourrait offrir cette possibilité mais elle pourrait aussi s'avérer illusoire. Ce qui manque à droite c'est un projet sociétal global qui soit en mesure de faire le lien entre la sensibilité populiste qu'a su capter Marine Le Pen et que Sarkozy avait captée lui même en 2007 et une sensibilité libérale-conservatrice plus séduisante pour certaines élites. L'affrontement peuple élites tel qu'il est thématisé par Marine Le Pen est stérile. Les élites elles mêmes sont divisées idéologiquement on le voit bien avec l'effondrement du "progressime culturel" dans le monde intellectuel. Des gens comme Michel Onfray ou Pascal Bruckner ne peuvent plus aujourd'hui être classés à gauche. Ce qu'il faut combattre ce ne sont pas les "élites" dont tout pays a besoin mais les oligarchies, que celles ci soient privées ou étatiques. Il existe aujourd'hui une idéologie d'Etat anti raciste, féministe, LGBT qui est en complète rupture avec la sensibilité des classes populaires mais aussi avec moults intellectuels. La droite ne pourra affronter Macron et le vaincre que si elle est capable de faire le lien entre la sensibilité populiste qui fut au coeur du mouvement des Gilets jaunes à leur début et la sensibilité conservatrice qui habite le refus du mariage pour tous et du PMA. La droite doit rompre avec le milieu progressiste sociétal. Sarkozy peut il être l'homme de cette rupture? Rien n'est moins sûr. Mais s'il revient en politique c'est à mon avis la seule stratégie gagnante.

Paul-François Paoli a publié en janvier dernier, "Aux sources du malaise identitaire français : Valeurs, identité et instinct de collaboration", aux éditions de L'Artilleur

Maxime Tandonnet a notamment publié "André Tardieu, l'incompris" et "Les parias de la République", deux ouvrages aux éditions Perrin

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gerint
- 03/04/2020 - 21:55
Non, pas de Sarkozy
Il est trop macroniste entre autres
Le gorille
- 03/04/2020 - 21:40
Pas de Sarkozy
Il a déçu. L'affaire Libyenne est une honte, nous remettre dans l'Otan est une erreur : nous sommes devenus des petits toutous à sa mémère. La liste serait bien longue. Mais je découvre une nouveauté : il serait "névrosé" (et ses 2 prédécesseurs plus son successeur), "avec absence de père". Diable, si Atlantico héberge aussi des pontes "psy", ça va devenir sportif ! Le problème, c'est qu'il faudrait une analyse "psy" au moment des élections ! Oups, vivement mon régime de bananes !
Frangipanier123Tours
- 03/04/2020 - 18:13
Au secours ! "Y'en a" qui délirent sur Sarko
J'ai fait la campagne présidentielle de M. Sarkozy en 2006/2007 ... Avec ardeur !
Et je me suis donc réjoui de sa victoire.
Je me suis moins réjoui quelques mois plus tard, constatant que NS nous avait bien "bassiné" sur son souhait intransigeant de passer le Kärcher dans les ZND et que, ayant gagné, il s'était empressé d' égarer VOLONTAIREMENT les clés du Kärcher.
Je n'ai jamais méprisé autant un homme politique que Macrouille, un voyou dont TOUT me sépare. Mais je préfèrerais encore le garder plutôt que Sarko car lui, malgré son arrogance, ses idées mondialistes et sa stupide volonté de financiariser encore plus l'économie, au moins a un cerveau et des neurones.