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Conseils

Covid- 19 : comment s’occuper de ses enfants si on est soi-même contaminé et malade

Publié le 25 mars 2020
Alors que les Français sont confinés pour faire face et lutter contre la propagation de coronavirus, une question se pose : comment s'occuper de ses enfants si l'on a nous-même contracté le coronavirus ?
Edwige Antier
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Pédiatre et mère de famille, ancienne interne des Hôpitaux de Paris, diplômée en psychopathologie, Edwige Antier exerce la pédiatrie depuis trente ans. Connue pour son travail de députée à l'Assemblé nationale pour la protection des enfants, elle a...
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Pascal Neveu
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Pascal Neveu est directeur de l'Institut Français de la Psychanalyse Active (IFPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur de la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre...
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Alors que les Français sont confinés pour faire face et lutter contre la propagation de coronavirus, une question se pose : comment s'occuper de ses enfants si l'on a nous-même contracté le coronavirus ?

Atlantico.fr : Pour être à même de prendre soin de ses enfants, même si l'on est nous-même malade, il est important d'anticiper cette éventualité. Mais comment s'y préparer ? 

Edwige Antier : Même si les enfants n’ont pas pour l’instant présenté de formes graves, d’après les statistiques, il faut être prudent. L’idéal est que vous ayez prévu une solution de secours, familiale ou mode de garde, pour confier votre enfant. L’idéal est que votre conjoint ou un proche héberge votre enfant pendant deux semaines. C’est ce que l’on a mis en place le plus possible pour les personnels soignants.

Pascal Neveu : Les directives sanitaires actuelles sont celles d’un confinement. Comment le vivre si le père ou la mère, voire les deux, doivent se rendre sur leur lieu de travail, et risquent une contamination, s’ils l’ont contracté en voyage ou autre et si depuis les mesures prises s’ils n’ont pas respecté les gestes simples de lavage des mains et de distanciation ? Car tous ces gestes ne sont pas dans nos habitudes, et il ne s’agit pas de stigmatiser des comportements. Preuve en est que des ministres, même encore le célèbre chanteur lyrique Placido Domingo ou des acteurs connus annonçaient leur contamination.

Alors qu'on se touche le visage 20 fois par heure, zone du corps la plus vulnérable, il ne faut pas oublier qu’1/3 des français ne se lavent pas les mains après être passés aux toilettes, 50% avant de manger...

Aussi, parents et enfants sont angoissés, car tous les jours nous sommes « addicts » à l’information et l’évolution de cette pandémie dramatique.

Avant d’aborder les conseils, je tiens absolument à ce que les parents observent, en fonction de l’âge, certains comportements qui vont permettre d’adapter leur vie systémique familiale s’il arrivait une contamination.

Il est important d’identifier les modifications d’attitude et de comportements et surveiller :

- Des pleurs ou une irritabilité excessifs chez les jeunes enfants

- Le retour du « pipi au lit »

- Une inquiétude excessive ou de la tristesse

- De l’irritabilité et de l’impulsivité chez les adolescents

- Des difficultés d’attention et de concentration

- Un évitement des activités qui jusque-là leur faisaient plaisir

- Des maux de tête ou des douleurs corporelles inexpliqués

- Un usage d’alcool, de tabac ou d’autres drogues

Il est donc nécessaire de prendre du temps pour parler de l’épidémie de Covid-19 avec eux :

- Répondre à leurs questions de manière factuelle et compréhensible

- Les rassurer sur le fait qu’ils sont en sécurité 

- Limiter l’exposition aux médias

-Maintenir des routines, notamment des horaires pour les activités scolaires à la maison et pour les loisirs

- Maintenir les contacts avec les amis via Skype ou autre

 En dehors ce préambule indispensable, il est important de rappeler le fort taux de guérison (98% selon les études à ce jour) et des symptômes totalement singuliers. L’expression symptomatique et évolutive de cette pandémie est variable d’une personne à l’autre.

Il faut donc se rassurer soi-même et les enfants, en étant pédagogues.

En fonction de l’âge leur dire qu’il s’agit d’une très grosse grippe qui malheureusement est plus violente chez certaines personnes provoquant leur hospitalisation.

Tout est question d’âge de l’enfant et de sa capacité de compréhension de la maladie et de la mort. En fonction de l’âge on peut expliquer ce qu’est la particularité de ce « super » virus évolutif, mais surtout rappeler que tous les médecins et chercheurs travaillent afin trouver un médicament. Il faut tenir un discours positif, malgré les chiffres qu’ils vont découvrir et peuvent les angoisser.

D’autant plus si un des parents est contaminé, j’y reviendrai.

Les Américains, de leur côté, préparent déjà un plan de crise:

- Qui va s'occuper des enfants ?
- Identifier les amis ou les membres de la famille à proximité qui peuvent aider et ne font pas partie d'une population à haut risque.
- Si vos soignants désignés ont des enfants, ce n'est pas grave, car ils se réfèrent aux études montrant que les enfants, même porteurs, pour des raisons qui échappent aux virologues, ne développent pas la maladie.

Sauf que toutes les études psy issues de la seconde guerre mondiale montrent bien que l’éloignement du parent a des conséquences comportementales et affectives importantes.

En France, nos réflexions portent sur le fait de rassurer au maximum la population, sans oublier des cas inquiétants, et comment gérer des familles chez elles, possiblement contaminées.

- Si les mesures restrictives de confinements réduisent les possibilités, comment occuper ses enfants lorsque l'on est malade et tenus de rester chez nous ? 

La vie doit reprendre ses droits avec des précautions.

Il est évident qu’en dehors des cours à distance et des jeux de famille, la rupture d’une vie habituelle va avoir des incidences.

Sans compter le lieu de confinement… Confiné à la ville dans un appartement plus ou moins grand, à la campagne… avec une sensation de « vacances »… la psychologie sera différente, sa gestion et ses répercussions pouvant compliquer les choses.

On le sait,  les ruptures de rythme ou d’environnement occasionnent des difficultés. D’ailleurs, la plupart du temps des angoisses ou craintes s’expriment plus tard: 3 jours ou même parfois 2 semaines après. Certains les manifestent même 2 mois après, au moment du retour à la vie normale. Et pas tous! Il n’est pas nécessaire de les chercher si elles ne s’expriment pas.

L’ennui, des troubles de l’alimentation et des difficultés à s’endormir peuvent s’exprimer.

Que faire ?

Des gestes et attitudes simples :

- une présence physique et tendre lors du réveil pendant 5 ou 10 ou 20 minutes au lit selon les enfants

- le maintien de rythmes avec construction avec eux d’un calendrier ludique affiché dans la cuisine.

- ne pas avoir peur des moments « collés », au contraire. Mais avoir ensemble des temps d’activités séparés plutôt dans la même pièce qu’à part, chacun, adultes et enfants restant concentrés sur la sienne au calme. Surtout avant le repas du soir et pas forcément longtemps. Ce n’est pas le temps qui compte mais que cela existe chaque jour.

- avant de passer à table, passer moment sympathique, un peu rituélique ensemble

- le travail scolaire à la maison: il faut maintenir la curiosité, l’envie mais surtout pas la rentabilité. C’est le moment de découvrir des points de curiosité qu’on ne leur connait pas.

- concernant les écrans: il est impossible de les interdire mais demander à ce qu’on laisse l’écran lors d’autres activités.

- dormir à côté de ses parents n’est pas un drame dans ces conditions, et peut être un réel besoin pour les petits. Le seul souci est pour la vie de couple et pour après... il faudra accompagner le retour à une vie « normale ».

- s’appliquer aussi des règles. On ne peut pas demander à des enfants des règles qu’on ne s’applique pas: aussi des informations deux fois par jour, des moments pour la culture et la détente... afin que le plaisir et non pas seulement l’angoisse l’emporte, loin des liens sociaux à distance… et du calme en soirée…

- et puis surtout: se faire confiance. Nul autre que ses propres parents ne connaissent leur enfant. Ces « recettes » ne valent que si elles confirment vos intuitions et compréhensions de vos enfants. En tout cas la gestion du stress chez les enfants n’appelle rien d’autre que... des formes d’attention et d’affection courantes et habituelles.

Le mensonge par omission ne sert à rien car les enfants vont suivre l’actualité des parents. Et tout simplement car les interactions physiques et de tendresse seront bien évidemment affectées.

Dire la vérité est essentielle, en tenant un discours rassurant.

C’est également un moyen d’apprendre à l’enfant des gestes sanitaires fondamentaux : nettoyage des mains, propreté de la salle de bain et des toilettes…

Un apprentissage sans anxiété, mais qui rappelle les cours d’hygiène enseignés il y a quelques dizaines d’années.

Toute la famille y gagne, rendant d’une part le sujet au registre de l’éducation et de l’enseignement personnel et collectif, d’autre part préparant une sensibilité et des réflexes futurs face à une autre pandémie future.

Tout en délivrant un message de solidarité universelle

Si les mesures restrictives de confinements réduisent les possibilités, comment s'occuper de ses enfants lorsque l'on est malade et tenus de rester chez nous ? De même comment faire en sorte qu'on ne transmette pas le virus à ses enfants ? 

Edwige Antier : Il est recommandé que les adultes malades s’isolent dans une pièce, un autre adulte peut prenant soin des enfants de la maison. Idéalement, vous ne devrez pas partager la même salle de bain que le reste de la famille.

Si vous êtes parent solo dans un deux pièces, et personne pour s’occuper de votre enfant, vous devez être d’autant plus rigoureux pour les gestes barrière:

- lavage des mains dès que vous touchez votre visage en les savonnant pendant au moins 20 secondes à l’eau tiède et en les séchant avec un torchon en papier jetable
- mouchage dans mouchoirs à usage unique jetés dans sac poubelle fermé
- nettoyage avec produit désinfectant des surfaces que vous touchez, poignées de porte, robinets, claviers, tablette, souris, téléphone, table, livres…
- Vaisselle séparée lavée à 60° à la machine
- Lavez vos vêtements chaque jour
- ne serrez pas votre enfant contre vous, ne le prenez pas sur vos genoux
- demandez au médecin qui assure votre suivi une prescription de masques adaptés à votre dépistage.

Comme vous voyez, si vous êtes seul avec l’enfant dans un petit appartement, c’est très difficile. Les occupations sont plus faciles avec des chambres, outils informatiques, linges, vaisselle et salle de bains pour chacun. Sinon, respectez ces conseils mais n’oubliez pas que c’est peut-être déjà votre enfant qui vous a transmis le virus: les enfants ont peu de symptômes et sont vecteurs. Tant que la politique de santé n’a pas opté pour un dépistage généralisé, avec exclusions des positifs, il est sûr que le virus circule et que vous ne pouvez pas priver facilement les enfants de leurs parents!

Pascal Neveu : Face à toutes ces réponses, c’est la question centrale.

Toutes les études démontrent l’impact négatif de l’absence d’interactions relationnelles, qui vont au-delà de l’appel téléphonique : le présentiel, une bise, un regard, un toucher…

Or, il est évident que la peur de la transmission l’emporte.

Pas plus tard qu’avant hier soir, fermant les volets, une scène m’a interpelé. Je voyais dans un appartement des parents portant des masques, mais pas leur enfant (je ne sais s’il y en a d’autres… je ferme et cela ne me regarde pas).

Je ne sais si l’un des parents est contaminé ou non, je ne sais leurs motivations. Mais cette observation de 5 secondes m’a questionné jusque vos questions du jour.

Sauf que personne ne peut l’assurer.

Les enfants porteurs sains sont nombreux mais semblent porter une immunologie qui échappe aux chercheurs. Et c’est tant mieux s’ils vont bien.

Pour autant, comment leur expliquer la distance affective ? Le port d’un masque qui peut les effrayer en fonction de l’âge, tout comme le port d’un plâtre pourrait les angoisser, car hors de leur quotidien ?

En leur expliquant avec leur mots les choses, en répondant à leurs questions qui viendront ou pas, en ouvrant le dialogue.

Je pense qu’il est important que les parents n’adoptent pas des mesures d’hyper hygiène qui peuvent, face à ce contexte particulier, créer des états phobiques.

Selon moi, tout il faut rester dans les principes de précautions que toute famille connaît si un enfant lui même est malade et peut contaminer sa fratrie et ses parents… et adopter et rappeler les règles d’hygiène ordinaires.

Même si mes propos heurtent… partir de l’idée que dès le début des symptômes il faut compter 14j de confinement… et  ajouter ce chiffre à un éventuel dernier contaminé.

Ces mesures sont exceptionnelles, sont compliquées au quotidien avec des enfants et pas uniquement, sont difficiles, peuvent apparaître violentes, mais elles sont efficaces.

Mais il faut conserver à l’esprit ces 98% de guéris sans céder à un relâchement du confinement. Et surtout pas en se disant « j’ai peu de risques de mourir »… loin de là.

Cela nous libèrera  tous dès que possible.

Par un effort collectif.

Beaucoup d'entre nous s'adaptent à de nouvelles routines et à de nouvelles réalités, travaillant à domicile ainsi que de se vivre tels des soignants à temps plein à la maison.

En pensant au personnel de santé qui risquent leur vie et s’auto-confinent chez eux, sans voir leur famille.

Entourage, échanges et affect un peu différents avec ses enfants… en leur disant des mots justes et positifs…

Même si ça va être compliqué.

Que les parents aient confiance en eux et la façon dont ils vont rassurer leurs enfants.

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Papy Geon
- 26/03/2020 - 08:48
La solidarité des enseignants…
Les cours d’éducation civique, chargés d’activer un certain sens moral, sont perdus de vue depuis des lustres par le monde des chefs des enseignants. La leçon que vient d’asséner le ministre est caractéristique du délabrement moral de l’énarchie qui gouverne le « mammouth ». Il vient de préciser que les vacances de Pâques seront effectivement prises par les enseignants. Lorsqu’on met cette affirmation en perspective avec l’engagement actuel des soignants, cela donne envie de vomir. Le ministre conseille aux enseignants de « prendre leurs vacances », alors que les enfants sont cloitrés, et leurs parents au travail avec leurs difficultés. J’ai honte, notre pays pourrit lentement.