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© NOEL CELIS / AFP
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COVID-19

Taux plus bas, déficits budgétaires plus hauts : contre le COVID-19 ou la pandémie du chômage ?

Publié le 09 mars 2020
Le COVID-19 va faire plus de chômeurs que de morts. La combinaison paranoïa sanitaire + crise économique est très dangereuse. C’est bien pourquoi il faut tout faire pour freiner ce que l’on peut : la propagation du chômage, pour ne pas arriver à une récession mondiale.
Jean-Paul Betbeze
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Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ;...
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Le COVID-19 va faire plus de chômeurs que de morts. La combinaison paranoïa sanitaire + crise économique est très dangereuse. C’est bien pourquoi il faut tout faire pour freiner ce que l’on peut : la propagation du chômage, pour ne pas arriver à une récession mondiale.

 Nous n’en sommes pas si loin, le « dernier scénario pessimiste » de l’OCDE annonçant pour 2021 une croissance à 1,5%, contre  3,3% « normalement ». Donc il faut recourir à la médecine économique traditionnelle : la politique monétaire et la politique budgétaire, le temps que le pic de cas atteints soit dépassé, que l’on calme les esprits et trouve un vaccin. Mais on ne peut arrêter les craintes : on parle déjà d’une deuxième vague de cas, l’hiver qui vient !

Première médecine : la baisse des taux. C’est plus curatif contre les effets secondaires du virus que préventif, pas palliatif bien sûr ! La Fed a commencé à baisser ses taux de 0,5% le 3 mars, et ce n’est pas fini. On place de l’argent aux États-Unis à 1,25% au jour le jour et à 0,83% à 10 ans ! Les taux à court terme vont bientôt aller à 0,25% ! On peut toujours dire que Donald Trump est derrière la décision, en plus des marchés financiers, mais c’est fait et surtout ne peut pas s’arrêter. « L’inversion de la courbe des taux » : -0,42% = 0,83 – 1,25, annonce une série de baisses. A 0% les taux courts ? Au-dessous de 0% ? Tout est possible. En effet, il y a quelques jours encore, le Conseiller économique du Président (Larry Kudlow) notait que le virus avait été « très bien contenu aux US ». Il ajoutait qu’avec la baisse des cours, c’était le bon moment pour revenir en bourse et surtout qu’il ne s’attendait pas à « un mouvement de panique » de la Fed ! Maintenant, personne ne veut plus être en retard aux États-Unis : le virus, les marchés et Donald Trump sont là !

La Banque centrale européenne sera bien obligée de suivre. Déjà, le 2 mars, soit un jour avant la baisse surprise des taux de la Fed, Christine Lagarde, Présidente de la BCE, annonçait : « Le contexte très évolutif de l’épidémie de coronavirus crée des risques pour les perspectives économiques et pour le fonctionnement des marchés financiers… Nous nous tenons prêts, le cas échéant, à prendre des mesures appropriées et ciblées, qui soient proportionnées aux risques sous-jacents. » A l’époque, elle ne pouvait en dire plus, dans une BCE bien moins réactive que la Fed. Il  lui faudra convaincre en effet Jess Weidman, le Président de la BUBA qui déclarait, en substance, dans une récente interview : l’épidémie a des effets sur l’offre, qu’elle fait baisser, et sur la demande, qui baisse aussi, sous l’effet de l’inquiétude. C’est un V : une forte baisse, puis rapidement un rebond. Donc ce n’est pas un problème pour une politique monétaire, qui agit en fonction du moyen terme, mais pour une politique budgétaire ciblée.

Plus dur à faire mouvoir sera Klaas Knot, Président de la Banque centrale néerlandaise, un des plus faucons de la BCE. « Il est trop tôt pour mesurer avec précision les effets de cette pandémie, même si l’effet sur l’économie mondiale sera plus sévère ». Surtout, ajoutait-t-il : « le SRAS (l’épidémie de Syndrome Respiratoire Aigu Sévère, partie de Chine fin 2002) avait partout affecté l’économie. Mais, depuis l’émergence du SRAS, la Chine est passée de la sixième économie du monde à la deuxième » ! Plus prudent, François Villeroy de Galhau de la Banque de France déclarait sur  BFM : « il n’y a pas d’effet généralisé sur la demande des consommateurs ».

Au vu de la violence des contractions de la demande et de l’offre, on pense, au minimum, que la BCE prépare des conditions de refinancement spéciales pour les PME, utiles certes, mais pas faciles à délimiter ! Et il n’y aura pas que des PME touchées : que deviendront les entreprises d’aviation, de tourisme, les chaînes hôtelières ? Ces baisses de taux vont aider à amortir le choc, mais elles devront être annoncées comme très durables et surtout avec des refinancements massifs pour avoir un effet sensible. L’opposition à Christine Lagarde va monter à la BCE, pas contre Jay Powell à la Fed. Mais ici, il faudra agir.

Deuxième médecine : les déficits budgétaires, automatiques et discrétionnaires. Ils sont en partie automatiques, avec les baisses de TVA qui viennent des ralentissements du commerce et de l’activité, puis des impôts sur les entreprises et les ménages. Mais, comme pour la politique monétaire, ceci ne suffira pas. Il faudra longtemps soutenir les hôpitaux, les secteurs domestiques les plus exposés à la crise de la demande, les investissements de soutien à la recherche médicale, à la télémédecine, au télétravail… Sans doute faudra-t-il soutenir aussi des politiques industrielles massives de rapatriement d’activité vers les États-Unis et la zone euro, défaisant et simplifiant les longues et complexes chaines de production venant de Chine. Plus grave, il faudra savoir que faire avec la dette italienne.

Pas de V donc, on peut toujours rêver que certains intervenants financiers se disent : « c’est fini », reviennent en bourse et que les cours remontent. Que les 50 milliards de dollars du FMI et de la Banque mondiale évitent le plongeon dans les pays émergents. Le V serait une entaille dans la croissance, forte en Chine, moyenne en Corée du Sud, grave en Italie car son économie est fragile, gérable ailleurs. Mais de moins en moins de personnes, entrepreneurs ou consommateurs, et aussi de banquiers centraux se placent dans ce camp du V.

Le L avance : une baisse brutale suivie d’une longue phase de faiblesse. Ce serait l’idée que l’effet de l’épidémie sera durable, pèsera sur les investissements des entreprises et des ménages. Dans ce cas, encore faut-il savoir quand et de combien les entrepreneurs et même les consommateurs vont revoir leurs programmes. Moins d’investissements d’extension en Chine et des rapatriements massifs d’activités ? Beaucoup moins d’achats venant de Chine et une « renationalisation » de la consommation ? Pas si mal pour les Etats-Unis et la zone euro. Alors des baisses de taux sont envisageables, plus encore des achats massifs d’obligations publiques et privées, voire d’actions, par les banques centrales, plus encore l’acceptation de creusements massifs des déficits budgétaires.

En attendant le passage en stade 3 contre l’épidémie en France, il faut cesser de rêver au V et passer au L et aux mesures qu’il implique. Le risque majeur du COVID-19, c’est la peur qui freine l’action.

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