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Guerre de l’information : de l’urgence de développer les partenariats publics privés

Publié le 15 janvier 2020
Une tribune de Matthieu Creux et Antoine Violet-Surcouf.
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Antoine Violet-Surcouf est directeur du cabinet Avisa Partners. Il est le co-auteur, avec Matthieu Creux, de Cyberdjihadisme, Quand Internet repousse les frontières du champ de bataille (VA Editions, octobre 2019).
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Une tribune de Matthieu Creux et Antoine Violet-Surcouf.

Affaiblies, nos institutions démocratiques sont les cibles d'attaques terroristes, informatiques et informationnelles commises par une multitude de groupes décentralisés, pour lesquels Internet fait figure de théâtre d'opération favori. Largement démunis face à ces menaces complexes et transverses, l'Etat et ses diverses composantes – armées, police, etc. – doivent passer outre certains préjugés et faire confiance au secteur privé pour les seconder dans leurs missions de contre-influence.

« Rien n'est possible sans les hommes, rien n'est durable sans les institutions » : jamais la célèbre phrase de Jean Monnet n'a-t-elle semblé si caduque qu'aujourd'hui. De l'Etat à l'Europe – cette Europe si ardemment souhaitée par son « père », Jean Monnet, et désormais rejetée par ses propres citoyens –, des forces de l'ordre aux forces armées, de l'école à l'entreprise, des corps intermédiaires à la presse... : partout au sein des pays occidentaux, nous assistons à un affaiblissement des institutions, à un délitement de leur autorité. La faute en revient, en premier lieu, à ces mêmes institutions : pendant trop longtemps, elles ont refusé de se remettre en cause face aux évolutions sociétales et aux nouvelles aspirations des citoyens, face aux innovations technologiques « libérant » l'information ou encore face aux bouleversements des rapports de force internationaux induits par la mondialisation.

Les nouveaux enjeux de l'information

Affaiblies par leur propre incurie, les institutions et organisations détentrices d'autorité font également les frais de la sur-représentation de groupes, parfois très minoritaires, tentant d'imposer leur propre agenda politique, économique ou social. Dans le règne des fake news, la parole publique, ou celle des experts, est remise en question au profit d'émetteurs de plus en plus nombreux et décentralisés, aux objectifs souvent condamnables. Les enjeux, actuels et futurs, liés à l'information, prennent de ce fait une importance nouvelle, et ce alors que de toute part proviennent des attaques visant à manipuler, désinformer, ou encore voler et révéler des informations, parfois sensibles, dans le but de saper nos institutions et de fragiliser nos démocraties.

Ces menaces sont plurielles. La plus visible, parce que la plus violente, est sans doute celle posée par le terrorisme et le djihadisme international et, plus généralement, par toute forme de prosélytisme intellectuel visant à affaiblir nos valeurs et compromettre notre sécurité. Particulièrement exposée, la France reste une cible de choix pour les organisations islamistes et leurs sympathisants, comme le démontrent la récurrence des attaques terroristes perpétrées sur notre territoire, ou encore le grand nombre de nos jeunes ressortissants séduits par les sirènes du djihad. Un djihad sans frontières, dont le terrain de prédilection reste, comme nous le démontrons dans notre dernier ouvrage consacré au cyberdjihadisme, Internet, avec ses forums, ses réseaux sociaux et ses services de messagerie cryptés permettant de diffuser la propagande salafiste et de recruter de nouveaux candidats au martyr.

Plus diffuse, et donc plus difficile à contrer, la menace posée par les ingérences étrangères dans nos processus démocratiques n'en demeure pas moins dangereuse. On aurait tort de la croire circonscrite à la seule Russie, dont il a été démontré qu'elle a tenté de peser sur le résultat de la dernière élection présidentielle américaine. D'autres Etats – la Chine contre Taïwan ou le Royaume-Uni, l'Iran contre l'Irak, les Etats-Unis à Cuba et en Iran, etc. ; sans parler de l'autoproclamé « Etat islamique » – se dotent des moyens, souvent technologiques, d'influer sur leurs adversaires, en manipulant le débat public et retournant leurs opinions. La France n'est pas épargnée par ces tentatives d'ingérence étrangères : elle doit renoncer à une certaine forme de naïveté, voire de complaisance sur ces sujets, si elle entend préserver l'intégrité de ses institutions et la vitalité de sa démocratie. Plus divisée que jamais et incertaine quant à son avenir, l'Europe est elle aussi la cible privilégiée de tous ceux qui ont intérêt à ce que le Vieux continent demeure faible.

Enfin, cette guerre mondiale de l'information – et donc de l'influence – se manifeste par la multiplication des attaques informatiques. Également plurielles et évolutives, elles comprennent les tentatives d'espionnage et de parasitage, les destructions de systèmes et de contenus, mais aussi l'intrusion et le vol d'informations, parfois suivis de leaks destinés à affaiblir ou déstabiliser leurs cibles. Systématiques entre Etats, plus courantes qu'on ne le croit dans les milieux d'affaires, ces pratiques n'épargnent pas la classe politique : des centaines de personnalités politiques allemandes, au premier rang desquelles Angela Merkel, ont ainsi vu certaines de leurs données sensibles révélées en janvier dernier sur Twitter ; et la vie sexuelle de l'ambassadeur émirati à Washington a été, dans un contexte de crise diplomatique au Moyen-Orient, déversée en 2017 sur le Web.

Développer l'interopérabilité public-privé

Quel est le point commun entre des organisations terroristes, des groupes de pirates informatiques à la solde d'Etats autoritaires ou encore certaines mouvances plus ou moins radicales et violentes, telles que le mouvement écologiste Extinction Rebellion ou celui des « gilets jaunes » ? Si leurs objectifs finaux diffèrent évidemment, ces groupuscules décentralisés partagent le fait d'opérer de manière autonome, tout en poursuivant des buts communs à leurs membres et en ayant, enfin, massivement recours à Internet comme vecteur d'information, d'organisation et de recrutement, mais aussi de mobilisation et de financement. Globales, complexes et transverses, ces problématiques appellent des réponses adaptées en termes de contre-influence. Des réponses que la puissance publique, seule, n'est pas, ou plus, à même d'apporter.

Faire appel au privé pour répondre à des questions relevant traditionnellement de l'aspect régalien des missions de l'Etat est, en France, longtemps apparu comme une hérésie. Mais dans le monde d'aujourd'hui, camper sur de tels préjugés est une faute. Les plus grandes armées du monde, Etats-Unis en tête, délèguent depuis longtemps certaines de leurs missions non-létales à des contractants privés, et ce afin que leurs hommes se concentrent sur leur cœur de mission. Quand il s'agit d'influence et de contre-influence, la question n'est donc plus de savoir s'il convient de faire appel ou non à des universitaires, des agences spécialisées dans les nouvelles technologies ou des cabinets d'intelligence économique maîtrisant les arcanes du Web, mais comment.

Comment concilier des cultures a priori aussi opposées que celles du public et du privé ? Comment rendre les opérateurs publics plus agiles afin d'intégrer des équipes venues de sociétés privées ? Comment développer l'interopérabilité entre ces deux mondes pour défendre, ensemble, la puissance et l'influence de notre Nation ? Face à des menaces de plus en plus sophistiquées, il est urgent de rattraper le retard pris par la France en matière de partenariat public-privé, de briser certains tabous et d'établir un cadre clair et cohérent permettant aux acteurs concernés de collaborer ensemble pour défendre notre pays, ses institutions et ses valeurs. Sur Internet, la guerre de l'influence fait rage ; dotons-nous rapidement des armes pour y participer.

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hoche38
- 15/01/2020 - 17:53
Billevesées!
En interne, la presse et les media en général ne sont plus que des instruments du pouvoir politique ou du lobbying des groupes d'intérêts qui les ont achetés. En dehors de quelques apparatchiks du système, la grande majorité des journalistes est réduite à une forme de prolétariat qu'on maintient juste au dessus du niveau de la famine dans un partenariat public privé bien rodé et depuis longtemps.

Quand aux dangers extérieurs, il faudrait qu'il s'exprime quelque part au moins une volonté politique de ne pas s'y soumettre et on ne voit pas d'où elle viendrait dans un Macronistan ouvert à tous les vents de la mondialisation heureuse.