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Retraites : Jusqu'où le gouvernement pourra-t-il rester sourd à la grogne dans les rues ?

Publié le 10 janvier 2020
Dans la contestation qui persiste sur le dossier des retraites, le gouvernement joue un jeu dangereux : passer en force, sans répondre clairement aux opposants qui se radicalisent. Cette technique qui s'assied allègrement sur la logique de dialogue expose le pays à un risque d'implosion.
Éric Verhaeghe
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Éric Verhaeghe est l'ancien Président de l'APEC (l'Association pour l'emploi des cadres) et auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr ...
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Dans la contestation qui persiste sur le dossier des retraites, le gouvernement joue un jeu dangereux : passer en force, sans répondre clairement aux opposants qui se radicalisent. Cette technique qui s'assied allègrement sur la logique de dialogue expose le pays à un risque d'implosion.

La réforme des retraites voulue par Emmanuel Macron vire à l’affaire des Gilets Jaunes. D’un côté, une contestation rampante dans les rues, persistante, entêtante, tourne progressivement à la radicalisation. Les images que nous affichons ici le montrent. La manifestation parisienne de ce jour a donné lieu à des scènes violentes et les confrontations entre protestataires et forces de l’ordre tournent peu à peu au vinaigre. D’un autre côté, le gouvernement droit dans ses bottes tourne le dos à la contestation et impose une politique envers et contre tout. 

Les retraites et l’étrange entêtement d’Édouard Philippe sur l’âge-pivot

Un jour, au calme, il faudra chercher à comprendre l’étrange scénario psycho-rigide qui a mis des centaines de milliers, probablement des millions de Français dans la rue pour la défense d’un âge-pivot qui n’a guère de sens. Bien entendu qu’il est important de défendre les comptes publics et leur équilibre. Mais la meilleure défense de ceux-ci passait par une négociation pacifique avec la CFDT pour faire passer la réforme avec un minimum de concessions à lâcher. Loin de cette solution de bon sens, Édouard Philippe a choisi l’inverse : cliver, affronter, et en bout de course payer plus cher l’adoption d’une mesure qui bénéficiait d’un soutien syndical initial utile.

Pour gagner quoi? Édouard Philippe souhaite un âge-pivot à 64 ans et les Français partent effectivement à la retraite aujourd’hui après 63 ans. Autrement dit, le coût politique de son entêtement sera très élevé (probablement plusieurs milliards par an pendant plusieurs décennies) pour un bénéfice financier quasi-nul. C’est absurde. C’est incompréhensible. 

Les élites parisiennes n’aiment pas le dialogue social

En termes de gouvernance, le spectacle donné par Édouard Philippe procède au mieux d’un populisme poujadiste. Au lieu d’une réforme négociée à l’allemande, avec bon sens et mesure, le Premier Ministre choisit la voie d’un affrontement sans compromis apparemment possible. Cette attitude disqualifie par principe la notion de dialogue social. On retrouve la préférence de la bourgeoisie parisienne pour l’ordre imposé à la réforme négociée. 

On comprend que cette stratégie flatte l’électorat de droite à l’approche d’élections municipales où En Marche n’a plus guère d’espace que sur les terres des Républicains. La fermeté est sans doute perçue comme payante électoralement. Le calcul du Premier Ministre, et peut-être d’Emmanuel Macron, ne doit pas aller au-delà. Pendant ce temps, c’est une sorte d’équilibre sous-optimal qui se met en place et se généralise : la dispute vaudrait mieux que la concorde. 

Jusqu’où la surdité sociale peut-elle mener ?

Toute la question est de savoir à quel risque le Premier Ministre expose le pays en menant cette stratégie de l’extrême. En regardant les images tournées dans le cortège qui a défilé à Paris, la montée de la violence et des tensions est flagrante. C’est le prix à payer pour cette rigidité où le pouvoir exécutif assume de passer en force malgré les blocages. Progressivement, comme l’an dernier avec les Gilets Jaunes, la rue se durcit, et les opposants qui n’abandonnent pas le combat se montrent de plus en plus agressifs. 

On a tous bien compris que le gouvernement ne peut pas abandonner la partie sans dommage politique majeur après plus d’un mois passé dans cette seringue du conflit social qu’il a absurdement choisi. Il n’en reste pas moins que le compromis rapide souhaité par le Président n’est pas prêt d’arriver, et que le projet de loi sera déposé sans compromis préalable. 

C’est le genre de stratégie qui passe ou qui casse. Peut-être le gouvernement fera-t-il passer sa réforme sans avoir convaincu de son bien-fondé. Peut-être, à force de tirer sur la corde sociale, finira-t-elle (ce que nous croyons inévitable dans les six mois à venir sans pouvoir le prouver) par casser. Il faut que nous ayons bien conscience que cette rupture (pour, au fond, pas grand chose) risque d’avoir des conséquences désastreuses, voire cataclysmiques. 

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Commentaires (14)
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spiritucorsu
- 11/01/2020 - 00:29
Péremption!
Annoncée en fanfare par le monarque président,sa cour et le 1er sinistre comme un modèle de concertation et vantée comme étant l'apothéose du règne en faisant le bonheur de son bon peuple,la pseudo réforme des retraites à finalement sous l'effet des bons génies de la macronie dont le vertueux mr retraite au 14 mandats non déclarés(dont certains très juteux) et sans doute sous l'influence de la bonne fée Black Rock,a finalement accouché d'un monstre.A tel point que lorsque le divine enfant est apparu,même les rois mages bienveillants des syndicats collabos ont refusé catégoriquement d'en endosser le parrainage.Malgré ce fâcheux événement, un certain 1er sinistre aiguillonner en cela par son maître élyséen s'échine à vendre à la sauvette à une clientèle hostile un produit périmé.Périmé comme la macronie son progressisme pour les riches son nouveau monde enchanté et sa république exemplaire.
gerint
- 11/01/2020 - 00:16
Il n’y pas que les retraites qui se dégradent
Mais les services publics et encore plus la Santé avec hôpitaux et médecine libérale en crise au détriment au premier plan des séniors qui plus que d’autres ont besoin de ces services. Là aussi la servitude vis-à-vis de l’UE contribue puissamment à cette calamité. En plus de problèmes qu’il faut résoudre obligatoirement liés à la mondialisation d’abord numérique qui va de plus en plus et très vite conditionner le reste et exige de se remuer les fesses et de travailler d’arrache-pied
gerint
- 11/01/2020 - 00:02
Cette réforme est un poison
Avec l’assassinat de Cédric Chiva, un autre manifestant tiré à bout portant au LBD, des avocats très bien autogérés qu’on spolie avec doublement des cotisations et réduction des pensions d’un tiers, ainsi que les autres professions libérales autonomes, un appauvrissement inévitable par le biais de la valeur du point de l’ensemble des retraités comme en Suède que Macron a copié avec une grande incompétence et une méthode d’éléphant dans un magasin de porcelaine. Cette réforme non urgente est finalement injuste, liberticide, commandée par l’UE comme la plupart des régressions de notre pays et non par notre intérêt propre de peuple Français dans le respect de notre souveraineté.