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Real / PSG : comment Karim Benzema s’est imposé comme le meilleur joueur madrilène

Publié le 27 novembre 2019
Revenus de nulle part, les Parisiens ont arraché un match nul (2/2) inespéré.
Olivier Rodriguez
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Olivier Rodriguez est entraîneur de tennis... et préparateur physique. Il a coaché des sportifs de haut niveau en tennis.  
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Revenus de nulle part, les Parisiens ont arraché un match nul (2/2) inespéré.

Menés 2/0 à dix minutes de la fin, grâce à un grand Navas et deux buts signés Mbappé et Sarrabia, le PSG ramène de Bernabeu un nul auquel plus personne ne croyait. Grâce à ce petit miracle, les Parisiens sont assurés de finir à la première place du groupe A.
   
Ils sont peu nombreux les stades qui convoquent autant l'histoire et le prestige. Santiago Bernabeu, somptueux vase clos ouvert sur le monde, est de ceux-là. Hier soir, l'affiche était à la démesure d'une enceinte qui nourrit sa propre légende: le Real Madrid de Zidane recevait le PSG pour un match de gala aux enjeux presque autant symboliques que sportifs. Face à des Madrilènes en net regain de forme qui devaient redorer leur blason (après la claque reçue au match aller) et assurer leur qualification pour les huitièmes de finale, le management de Tuchel passait au révélateur. Son équipe, déjà qualifiée, jouait pour frapper un grand coup sur la pelouse de la référence des références, tout en cherchant à conserver la première place du groupe. Pour contrer ce Real emmené par un Karim Benzema au sommet de son art, l'entraîneur Parisien pouvait, pour la première fois de la saison, compter sur une ligne d'attaque au grand complet. Mais il était bien difficile de savoir si une telle abondance était un remède ou un poison... Entre la délicate gestion des égos et la réalité sportive, Tuchel n'avait que l'embarras du choix... des pièges à éviter. 

La chose est peu fréquente, mais le premier temps fort d'une soirée qui n'allait pas en manquer fut antérieur au match. En ne titularisant pas Neymar, Tuchel envoyait un signal fort en direction de sa star. Les motifs ? Officiellement un manque de rythme (logique après six semaines d'arrêt)... Officieusement, la volonté de la direction sportive de ne plus tolérer les caprices et les écarts de comportement. Mais même avec des arguments, une telle décision est un séisme dont les répliques peuvent être plus violentes que les premières secousses. Autrement dit, l'entraîneur Allemand ne s'était pas tellement donné le droit à l'erreur. Le choix était courageux... car le risque était grand. 

Le foot est une chose vraiment bizarre... Les entraîneurs peuvent bien essayer de réduire l'aléatoire, parfois, l'irrationnel inféode tout. Car il y a tout eu dans ce match... tout et son contraire. Pendant quasiment l'intégralité de la rencontre, le PSG a été battu dans tous les domaines. Découpé, débité en tranches et mené 2/0 par des Madrilènes brillants et emmenés par un Benzema des grands soirs. Pour les Parisiens, acculés, dominés dans l'intensité et dans l'animation collective, les choses prenaient mauvaise tournure... l'affaire tournait au caillé. Et à part une invraisemblable intervention du VAR (invalidant un pénalty assorti d'un carton rouge pour Courtois) attestant qu'une recherche obstinée de justice accouche souvent d'un défaut de justesse, le PSG n'avait pas grand-chose à regretter. Théorie parfaitement valable jusqu'à la 81ème minute... parce qu'après avoir été à deux doigts de sortir les parapluies noirs, l'équipe allait enfin entrer dans la lumière. En trois minutes, le match devenait fou, et grâce à deux buts signés Mbappé (81è) et Sarrabia (83è), complètement contre le cours du jeu, la défaite promise était conjurée. Un tel renversement de situation, d'ordinaire, on ne trouve cela que dans les meilleurs romans. Ce PSG, invraisemblable d'opportunisme et de réalisme, l'a fait. Quelle lecture faire d'un match pareil ? Garder le manque d'intensité, l'inefficacité du milieu de terrain, le bloc trop bas, les méformes de Neymar et Mbappé, les insuffisances de Kimpembe ? En ce cas, on ne sait plus où donner de la peine. Ou, hypothèse plus riante, penser que cette équipe a su renverser un match dans lequel le pire était promis... que son gardien est un crack... qu'elle a pris quatre points sur six possibles contre le grand Real et qu'elle reste en tête de sa poule ? Si vous concluez quelque chose d'un imbroglio pareil, vous avez bien de la chance... Même l'analyse du coaching de Tuchel laisse une interprétation à plusieurs niveaux de lecture: dans ce match, le coach Allemand aura changé de système (passant stérilement d'un 4-3-3 à un 4-2-3-1)...  laissé ses quatre fantastiques déséquilibrer l'effectif par leur absence de repli défensif... mais lancé Sarrabia qui, d'une frappe splendide, a offert l'égalisation. Là encore, que conclure ? Peut-être que le propre de cette équipe est d'être illisible (y compris pour elle-même) et qu'encore une fois, si rien ne lui est facile, elle s'en sort toujours. Cette équipe n'a peut-être pas beaucoup de certitudes, mais elle avance quand même...

Seule chose certaine, hier soir, les meilleurs joueurs étaient madrilènes. Le collectif, dans son ensemble, est à saluer, comme la classe de Kroos, l'activité de Carvajal, les promesses de Valverde...et quand on laisse sa chance au Hazard... il fait souvent bien les choses. Mais comme bien souvent cette saison, le meilleur joueur du Real était bel et bien Karim Benzema. Nous conclurons sur lui. S'il est aisé de présenter le joueur, différencier le personnage de la personne est en revanche plus périlleux.  Benzema est bien évidemment un attaquant de très haut niveau, un ouvrier d'élite... mais un ouvrier d'un profil particulier, un cas. Car l'attaquant moderne, ce n'est pas vraiment lui. La différence, il ne la fait pas allant plus vite ou en dribblant mieux que la concurrence... non... son truc à lui, c'est la connexion... son truc à lui, c'est les autres. Doté d'un QI football supérieur à la moyenne, Benzema a sur un terrain mille idées... en plus des siennes. Et il a le bon goût de toutes les mettre au service du collectif. Ce vrai joueur d'équipe ne se contente pas de jouer avec ses partenaires, Il les fait briller, il les augmente. Si on ajoute à ces qualités une belle capacité de sanction, un très bon jeu de tête et une longévité exemplaire, on obtient un palmarès invraisemblable. Car Karim Benzema pèse lourd, très lourd:  62 buts et 4 titres en Ligues des Champions... 3 titres de champions de France, 2 titres de champion d' Espagne... 233 buts, 129 passes décisives en 11 saisons pour le Real Madrid (!)... auxquels s'ajoutent 27 buts en Bleu pour 81 sélections... Et encore, quand on vous a dit ça, on ne vous a pas tout dit. Ce n'est peut-être pas galactique, mais c'est déjà stratosphérique.

Avec de tels états de service, il est évidemment à classer parmi les cadors, les shérifs...on peut ne pas l'apprécier, il est impossible de ne pas l'estimer. Mais chaque rose a ses épines... et si le joueur reste constamment sous le feu des projecteurs, le personnage possède sa part d'ombre, affichant un curieux mélange de culpabilité et de responsabilité, dans des proportions restant à déterminer. Excommunié de l'équipe de France pour incompatibilité d'humeur avec un sélectionneur qui aura conquis le Graal sans lui, on peut dire sans trop s'avancer qu'il aura été sacrifié pour ce qu'il aurait pu faire mais certainement pas pour ce qu'il a commis. En d'autres termes, nous sommes peut-être en présence du premier bannissement par application du principe de précaution de l'histoire de l'équipe de France. II y a désormais, une jurisprudence Benzema. Son cas était déjà rare, ceci le rend unique. Mais Karim Benzema est aussi le produit d'une époque qui fait payer cher la notoriété... une époque qui veut qu'à partir d'un certain degré de consécration, une star devient également prisonnière de la chose publique, particulièrement lorsqu'elle maîtrise mal sa communication. Traqué, scruté, rien n'est jamais pardonné à celui dont le sourire face-caméra est trop rare et dont le regard exprime trop souvent les écorchures, les fêlures. Que voulez-vous, n'est pas Zinédine Zidane qui veut. Faut-il aussi souligner que l'homme a aussi joué contre lui-même en pâtissant de certaines amitiés encombrantes ? Qu'il n'a pas su s'épargner "l'affaire Valbuena" ni patauger dans des marécages aux relents racistes nauséeux ? Vous me direz, pas grand-chose au final, rien qui ne saurait être surmonté par une bonne dose de Valium... mais tout de même de quoi alimenter un tropisme général déjà négatif et une défiance publique qui n'avait pas besoin qu'on lui en rajoute... Le tableau compose au final un être inclassable, clivant... Si le joueur est capable d'additionner les trophées et les distinctions, le personnage, lui, divisera toujours... Karim Benzema est en passe de réussir la prouesse de s'imposer dans le plus grand club du monde, d'avoir su trouver la terre promise, sans jamais être prophète en son pays...

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