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© Gunther KERN / AFP
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Mémoire

30 ans après la chute du mur, ces reliques du totalitarisme qui subsistent en Allemagne de l'est

Publié le 08 novembre 2019
La demande de liberté était forte en RDA, l’adhésion à la démocratie de l’ouest n’a donc pas été difficile. Les désillusions se sont plutôt produites au niveau économique de par le chômage de masse. Si 25 ans après l’essentiel semble avoir été fait, les séquelles demeurent et il est difficile de parler de symbiose entre l’ouest et l’est.
Jérôme Vaillant est professeur émérite de civilisation allemande à l'Université de Lille et directeur de la revue Allemagne d'aujourdhui. Il a récemment publié avec Hans Stark "Les relations franco-allemandes: vers un nouveau traité de l'Elysée" dans le...
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Yvonne Bollmann est ancien maître de conférences à l'université Paris XII, auteur de La Bataille des langues en Europe et de Ce que veut l'Allemagne, publiés tous deux chez Bartillat
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La demande de liberté était forte en RDA, l’adhésion à la démocratie de l’ouest n’a donc pas été difficile. Les désillusions se sont plutôt produites au niveau économique de par le chômage de masse. Si 25 ans après l’essentiel semble avoir été fait, les séquelles demeurent et il est difficile de parler de symbiose entre l’ouest et l’est.

Atlantico : L’Allemagne s’apprête à célébrer les 30 ans de la chute du mur de Berlin, qui s’est produite le 9 novembre 1989. Le démantèlement de l’appareil de surveillance de l’État-policier qu’était la RDA a-t-il posé problème ? Comment la moitié du pays, qui était soumise à des logiques de contrôle totalitaires, a-t-elle effectué sa transition vers un Etat de droit ?

Jérôme Vaillant : Depuis 2015, l’Allemagne dans son ensemble et les Länder de l’Est en particulier connaissent une augmentation sensible de la criminalité d’extrême droite. le préfet de Kassel, Walter Lübke, favorable à l’accueil des migrants, a été assassiné le 2 juin 2019 par un extrémiste de droite. Dans les Länder de l’Est , il apparaît que les gouvernements ont longtemps minimiser le danger de l’extrême droite et de ce fait baisser sa garde. C’est particulièrement le cas du Land de Saxe.

L’autre changement intervenu depuis 2014 est une transformation de la législation sur l’usage des Archives de la Stasi. En 2016, le Bundestag a garanti l’accès durable de celles-ci qui seront d’ici 2021 complètement intégrées dans les Archives fédérales tout en conservant une direction autonome. Ce changement a nourri, surtout en Allemagne de l’Est,  un débat au cours duquel des craintes ont été formulées qu’il soit à l’avenir plus difficile pour les citoyens d’accéder aux archives en raison d’une réduction du nombre de sites et du personnel chargée de les administrer et que les nouveaux règlements favorisent un contrôle politique par les administrations. Ces craintes sont plutôt la preuve que les Allemands de l’Est ne veulent pas tirer un trait sur le passé alors qu’en même temps leur adhésion aux principes de la démocratie libérale tend à diminuer. 36% seulement des Allemands de l’Est sont satisfaits du fonctionnement de la démocratie contre 49% à l’Ouest. Les électeurs du parti d’extrême droite, l’Alternative pour l’Allemagne, ne sont même satisfaits qu’à 7% de même qu’ils ne font pas confiance à la presse et estiment être limités dans leur liberté d’expression.

Depuis l’unification, les effectifs policiers ont diminué, dans la mesure où beaucoup d’entre euxont préféré s’effacer d’eux-mêmes plutôt que d’être licenciés. Aujourd’hui beaucoup d’ancien policiers, militaires et membres de la Stasi se retrouvent à des postes ayant trait à la sécurité. Certains ont créé des sociétés de sécurité privées, avec un certain succès d’ailleurs au vu de leur expérience dans ce domaine. Le démantèlement de toutes ces administration s’est fait sans trop de difficultés, tout simplement parce que la population y aspirait. La diminution des effectifs est aujourd’hui critiquée vu la poussée de l’extrême droite mais également la formation démocratique des policiers ou encore l’engagement des services de protection de la constitution, chargés de surveiller les mouvements extrémistes de droite et de gauche.

A lire également : qui a payé la réunification allemande 

Début 1990, les locaux de la Stasi ont été vandalisés, car les Allemands de l’Est ne voulaient pas subir une quelconque influence dans le cadre de la transition. Passées les élections démocratiques du mois de mars, les institutions de surveillance ont disparu. L’Allemagne, forte de son passé de dénazification, a tenu à procéder à ce qu’on pourrait appeler une « déstasification ». A la demande des mouvements pour les droits civiques, les documents de la Stasi ont été confiés à une institution dont la fonction est de permettre à toute victime du service de surveillance d’avoir accès aux informations. Cela a conduit à la déstabilisation d’un certain nombre de personnes.

Aujourd’hui, grâce à cette confrontation au passé, l’Allemagne de l’est se porte plutôt bien, malgré les souffrances personnelles. Imaginez : des personnes se sont rendu compte que la personne chargée de les espionner au plus près était leur mari, leur femme, leur ami…

Le démantèlement de la Stasi a-t-il donné lieu à une chasse aux sorcières ?

Jérôme Vaillant : L’une des tâches de l’Office chargé des archives de la Stasi est de vérifier si les fonctionnaires ou les élus ont été d’une manière ou d’une autre compromis avec les agents de la Stasi. Les mouchards officieux de la Stasi sont ceux qui ont été le plus montrés du doigt. On en a trouvé dans tous les camps politiques. On peut parler d’épuration, qui a touché les anciens de la Stasi, les officiels comme les officieux. Aujourd’hui encore  mais nettement moins qu’avant, le reproche d’avoir collaboré avec la Stasi peut mettre fin à une carrière politique, mais l’essentiel du travail a été fait. des articles de presse apportent des éléments contre des personnalités politiques de haut rang. Dans l’affaire, ce sontplus les mouchards qui ont trinqué que les cadres, qui eux étaient responsables de tout.

Cette vindicte à l’égard des mouchards, dénommés en jargon officiel « collaborateurs inofficiels » de la Stasi  tient au fait que leur nombre était considérable : 200 000 environ pour une population de 16 millions d’habitants et que  officiels  de la Stasi,  à peu près aussi nombreux, pouvaient compter sur environ un million de personnes prêtes à leur fournir des renseignements. Ces personnes n’avaient pas l’impression d’être des dénonciateurs, la Stasi venait simplement « discuter » avec elles. Le  débatsur la  propension des Allemands de l’Est, dans les conditions d’une dictature, à fournir les renseignements souhaités par l’Etat, s’est étendu aux intellectuels est-allemands qui, à un moment ou l’autre de leur vie, ont collaboré avec la Stasi. On peut sans doute expliquer ce jeu trouble dans le cas par exemple de Christa Wolf ou de Heiner Müller par leur adhésion à une certaine vision du socialisme allemand et une certaine fidélité à la RDA – même s’ils la critiquaient par ailleurs.

Comment le pays réunifié a-t-il procédé pour assurer la transition démocratique de la partie Est ? Quelles ont été les étapes ?

Jérôme Vaillant : Il y a eu le problème de l’ « unification intérieur », c’est-à-dire la cohésion à créer entre deux Allemagnes qui avaient vécu séparées selon des régimes tout à fait différents pendant 40 ans. Il y a eu des difficultés au niveau de l’intégration économique. Et enfin il y eu l’enjeu de l’intégration d’une Allemagne plus grande et unifiée et dans le monde.

Pour ce qui est de la transition démocratique, au moment de l’adhésion de la RDA au régime politique de la RFA, ce sont évidemment les institutions de l’Allemagne de l’ouest qui ont été adoptées par l’Allemagne de l’est. Pour ce faire les fonctionnaires ouest-allemands, tant au niveau de la fédération que des différents länder, ont apporté un concours en compétences humaines et techniques aux « nouveaux Länder » de l’Est qui ont eu tout à apprendre en matière de gestion administrative sur le mode occidental. Au-delà des personnes, une aide financière considérable a été dégagée, pour permettre en particulier à la sécurité sociale de prendre en charge les Allemands de l’est, qui n’avaient jusqu’ici jamais cotisé au système occidental.

Au niveau purement économique la transition a été brutale et difficile, car il fallait passer d’une économie planifiée et autoritaire à une économie libérale de marché. Elle a été brutale :  en seulement quatre années il a été possible de régler les principaux problèmes de propriété, faisant ainsi passer ces länder d’une structure étatisée à une structure de capitalisme privé, avec restitution des entreprises à leurs anciens propriétaires. Cela s’est fait rapidement, mais s’est accompagné d’une perte d’emplois faramineuse. De 1990 à 2017, 1,6 billion  d’euros ont été ainsi transférés d’Ouest en Est pour créer de nouvelles infrastructures, aider à l’assainissement les entreprises jugées viables, financer le système de protection sociale, etc.

Les Allemands de l’Est ne connaissaient pas lechômage qui n’existait dans l’économie socialiste que sous des formes déguisées (doublons inutiles pour créer artificiellement de l’emploi, repos forcés par l’absence de produits à transformer, retards dans les réparations des machines en panne, etc).  Cela a été d’autant plus mal vécu que le chancelier Helmut Kohl avait  promis qu’avec l’unification « les paysages seraient florissants », or cela n’a pas été le cas dans une première période. Les investissements sont allés vers les villes et moins vers les campagnes. L’évolution démographique a accentué cet écart entre les villes et les campagnes.  Depuis l’unification, 3, 7 millions d’Allemands de l’Est sont allés s’installés à l’Ouest. Dans le même temps, 2,45 millions d’Allemands de l’Ouest s’installaient dans les nouveaux Länder. Le solde démographique était donc négatif : -1,2 million. Les territoires les plus abandonnés longent la frontière orientale de l’Allemagne et sont des régions essentiellement rurales.

Aujourd’hui, on estime que 30 ans plus tard l’essentiel a été fait. Mais on ne peut pas parler encore de symbiose entre l’ouest et l’est, et peut-être est-ce même une vision de l’esprit que d’attendre une telle chose, alors qu’il n’y a pas obligatoirement de symbiose entre le nord et le sud, et que l’Allemagne est par nature traversée par une vaste diversité. Ce sont des différences de mentalité, mais aussi politiques, notamment dans la façon d’aborder les problèmes de la guerre et de la paix.

Comment le peuple de l’Est a-t-il vécu ce changement brutal ?

Jérôme Vaillant : Ce n’est pas la RDA qui a adhéré en bloc au système politique de la RFA, ce sont les 5 nouveaux länder. Avant même que la réunification se fasse, après la chute du mur ces 5 länder se sont redonnés une constitution propre à chacun. C’est un modèle qui avait existé en RDA jusqu’en 1952 avant que celle-ci adopte une structure administrative pyramidale pour mieux faire passer la construction du socialisme Mais dès les années 1980 on observait un regain d’intérêt pour les régions, la Saxe cherchant tout particulièrement à se démarquer de tour progressif vers la prussienne Berlin. Chaque Land a gardé une identité forte. 

Même si ces länder n’était pas coutumiers des principes démocratiques, de par les contacts familiaux la population parvenait tout de même à se représenter les choses, et c’est cette dernière qui a finalement rejeté le modèle est-allemand lors de la révolution pacifique de l’automne 89.La demande de liberté étant forte, l’adhésion à la démocratie occidentale pendant la période de la division l’était également. C’est avec la politique migratoire du gouvernement fédéral à partir de 2015 que les choses sont devenues plus difficiles - même si, en l’occurrence, comme la RDA en son temps, les nouveaux Länder n’accueillaient guère d’étrangers. Les désillusions avaient commencé au niveau économique suite au chômage de masse provoqué par le taux de conversion de 1 à 1 entre le mark de l’Ouest et celui de l’Est. Le taux de chômage moyen a alors avoisiné les 20%. Aujourd’hui  le chômage a nettement reculé dans l’ensemble de l’Allemagne et tout particulièrement en Allemagne de l’Est où il est 6,9% contre 4,8% à l’Ouest, pour un chômage global de 5,2%. L’Allemagne de l’Est continue cependant  d’enregistrer un net différentiel par rapport à l’Ouest en termes de salaires et en termes de compétitivité/productivité respectivement de 15 à 20%

Comment cette période a-t-elle marqué les institutions contemporaines ?

Jérôme Vaillant : Le recours au référendum d’initiative populaire est ancré dans les constitutions des länder de l’est plus que dans celles de länder de l’ouest. Ces derniers se font petit à petit à l’idée d’évoluer dans ce sens. De la même façon, le droit au logement et le droit au travail ont été inscrits dans la constitution, sans pour autant que l’on puisse les invoquer devant les tribunaux.

Sur le plan des traditions, beaucoup ont subsisté. Des émissions de radio subsistent en raison de l’attachement des Allemands de l’Estcomme, par exemple, le petit homme de sable qui vient endormir les enfants (Sandmännchen). On assiste aujourd’hui à une véritable nostalgie pour les objets provenant de l’époque de la RDA. Par contre, là où c’est plus compliqué, c’est quand il s’agit pour un Allemand de l’Est de faire reconnaître par un Allemand de l’Ouest son parcours de vie comme étant digne et légitime. C’est bien parce qu’il n’en est pas ainsi que dans son discours pour célébrer à Kiel le 29e anniversaire de l’unité allemande, le 3 octobre 2019, la chancelière, elle-même originaire de RDA, a appelé les Allemands à mieux comprendre les Allemands de l’Est. Pour elle, il y a 29 ans, l’unité étatique a bien été réalisée, mais l’ « unité intérieure » reste à parachever. Ce ne peut être d’ailleurs qu’un devenir.

30 ans plus tard, que nous disent les récentes élections en Thuringe, qui a, depuis 2014 un ministre-président appartenant au parti Die Linke, à la tête d’une coalition avec le SPD et les Verts. 

Les résultats des élections régionales en Thuringe le 27 octobre 2019 sont à plus d’un aspect intéressants. Pour la première fois, avec 30% des voix, Die Linke est devenu le premier parti dans un Land d’Allemagne. L’AfD est pour la troisième fois consécutive le 2e parti d’un Land est-allemand (après la Saxe et le Brandebourg), peut-être son succès a-t-il été limité par le positionnement ouvertement raciste et xénophobe de son spitzenkandidat, Björn Höcke, plaidant pour l’homogénéisation ethnique de l’Allemagne et de l’Europe.  Les deux partis CDU et SPD ont tous les deux atteints des niveaux historiquement bas. Enfin la coalition sortante du ministre-président Bodo Ramelown’a plus de majorité et aucune majorité ne semble être apriori possible vu les engagements pré-électoraux des partis CDU et FDP d’exclure toute coalition avec Die Line ou avec l’AfD. On devrait donc logiquement s’orienter en Thuringe vers un gouvernement minoritaire présidé par Bodo Ramelow.

La société est-elle encore hantée par certains démons ?

Jérôme Vaillant : Les Allemands de l’Ouest sont vaccinés contre le IIIe Reich, quand ceux de l’Est le sont doublement : contre la dictature nazie et contre la dictature communiste. Dans l’Est la tendance est à la transparence et au refis de se confier à des organismes d’Etat qui le demanderaient. L’effet est inverse, donc. A l’est comme à l’ouest, beaucoup d’Allemands sont même réfractaires aux enquêtes d’opinion. La société rejette aujourd’hui son contrôle par l’Etat.

Yvonne Bollmann : Elias Canetti écrit dans Masse et puissancequ’ « aucun pays moderne du monde n’a gardé aussi vivace que l’Allemagne le sentiment de la forêt ». Le 31 octobre, Angela Merkel a planté un chêne à Bonn, une action parrainée par elle, proposée par un intervenant lors d’une vaste consultation citoyenne en 2012, mise en œuvre par l’association de protection “Forêt allemande” (Schutzgemeinschaft Deutscher Wald). Il s’agit de créer dans toutes les communes allemandes un « monument vivant » formé de trois arbres – un hêtre symbolisant les länder de l’Ouest, un pin pour ceux de l’Est, et un chêne pour l’Allemagne réunifiée – plantés aux sommets d’un triangle équilatéral de 10 m de côté.

Ce seraient des lieux de rencontre pour les citoyens. Comme l’a dit la chancelière, « les enfants ici présents les verront grandir en même temps qu’eux ». Pour Elias Canetti, « le symbole de masse des Allemands était l’armée. Mais l’armée était plus que l’armée : c’était la forêt en marche (…) Le garçonnet que l’étroitesse de la maison chassait dans la forêt pour y rêver solitairement, croyait-il, vivait d’avance son incorporation (…) Il ne faudrait pas sous-estimer l’influence de ce précoce romantisme de la forêt sur l’Allemand. Il l’a célébré dans des centaines de chansons et de poèmes, et la forêt qu’ils chantent y était souvent dite « allemande » (…). » Hêtres, pins et chênes d’aujourd’hui : symboles édulcorés de démons anciens, qui revivraient sous l’aspect éthique d’engagements pris au nom de la « responsabilité » (Verantwortung) ?

Il y a comme une trace de la réunification allemande dans le processus de révision du traité de l’Élysée. L’« engagement pour une réaffirmation et un approfondissement de ce Traité d’amitié » s’était manifesté le 22 janvier 2018, dans une résolution commune de l’Assemblée nationale et du Bundestag allemand

À l’Assemblée nationale, la présidente de la commission des Affaires étrangères avait remercié « Wolfgang Schäuble et François de Rugy pour avoir pris l’initiative de cette résolution ». Le matin du même jour, au Bundestag, le député allemand Achim Post, du SPD, avait quant à lui « [mis] en avant, car les choses ne se seraient pas faites sans lui, Andreas Jung, notre collègue du Bade-Wurtemberg, qui a été le moteur de cette initiative ».

Dans son rôle « moteur », ce député CDU semble s’être inspiré du phénomène de la réunification allemande, comme le montre un article publié en mai 2018 par le quotidien badois Badische Zeitung. Andreas Jung y avait situé le « nouveau traité de l’Élysée » par rapport au cadre national de l’histoire récente de son pays. Il a évoqué le moment de la « Wende », ce « tournant » survenu en Allemagne après la réunification : « Nous avons eu l’Aufbau Ost » - c’est l’expression ouest-allemande pour désigner la politique de « construction » dans les nouveaux Länder, à l’Est - avant d’ajouter que « ce qu’il nous faut à présent, c’est le projet Abbau Grenze » : la suppression de la frontière, son démantèlement, comme suite logique de l’événement qui avait tout déclenché. Le slogan « Aufbau Ost, Abbau Grenze » suscite l’image d’une Allemagne ordonnée, construisant d’un côté, déconstruisant de l’autre, au service de ses intérêts. Mais seule la deuxième moitié de ce programme a été relayée jusqu’en France, sans la comparaison implicite avec la RDA. Cela a peut-être empêché les Français de percevoir que leur pays est lui aussi menacé d’une forme d’Anschluss, de rattachement, de raccordement.

Le danger principal est en l’occurrence l’ethnicisation, dont tout d’abord celle de la « minorité allemande de France » que seraient, pour l’Allemagne, les Alsaciens et les Mosellans. Une preuve indirecte en est l’exposition itinérante « In Zwei Welten – 25 deutsche Geschichten – Deutsche Minderheiten stellen sich vor » (Dans deux mondes – 25 histoires allemandes – Des minorités allemandes se présentent), qui a fait étape à Munich du 8 au 24 mai 2019, au siège du parlement de Bavière (Bayerischer Landtag). Dans le texte invitant à l’inauguration de l’exposition, il était question de « deutschstämmige Volksgruppen » (groupes ethniques de souche allemande). Consacrée aux minorités allemandes de 25 pays, elle a été réalisée par l’AGDM/Arbeitsgemeinschaft Deutscher Minderheiten. Ce « groupe de travail de minorités allemandes » fut créé à Budapest en 1991 à l’initiative du ministère fédéral allemand de l’Intérieur, devenu en 2018 ministère fédéral de l'Intérieur, des Travaux publics et de la Patrie, qui le soutient politiquement et financièrement.

L’AGDM est l’un des cinq « groupes de travail » œuvrant sous l’égide de la FUEN, la Föderalistische Union Europäischer Nationalitäten (Union fédéraliste des nationalités européennes), qui prétend représenter les « près de 340 minorités régionales et peuples autochtones totalisant plus de 100 millions d’habitants » des 47 États d’Europe. Il s’agit de l’ex-FUEV (Föderalistische Union Europäischer Volksgruppen), dont les nouveaux statuts ont été adoptés en 2011, 2013 et 2016. « Nationalitäten » y a remplacé « Volksgruppen » (groupes ethniques), terme néanmoins maintenu dans leur version allemande (et en traduction dans le nom français, « Union fédéraliste des communautés ethniques européennes »).

La prétendue minorité allemande de France n’est pas montrée dans cette exposition, et pour cause, mais la France figure parmi les pays membres de l’AGDM. Elle est mentionnée par exemple dans la brochure « Deutsche Minderheiten stellen sich vor » (Des minorités allemandes se présentent), dont le ministère fédéral de l'Intérieur, des Travaux publics et de la Patrie a publié la troisième édition en août 2018. Paris a-t-il jamais demandé à Berlin de renoncer à ces agissements ?

Le 22 janvier 2019, la France et l’Allemagne ont signé le traité de coopération et d'intégration franco-allemand d’Aix-la-Chapelle. Ce traité, dont le chapitre 4 est consacré à la coopération régionale et transfrontalière, va permettre à l’Allemagne de poursuivre ouvertement son travail d’ethnicisation, de l’étendre, même, à la France entière. Article 17 : « Les deux États encouragent la coopération décentralisée entre les collectivités des territoires non frontaliers. Ils s’engagent à soutenir les initiatives lancées par ces collectivités qui sont mises en œuvre dans ces territoires. »

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