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J’aime ma boite : 64 % des salariés aiment leur entreprise, mais l’inverse est-il vrai ?

Publié le 17 octobre 2019
La majorité des salariés sont invités aujourd’hui à fêter leur entreprise. L’idée est assez surprenante, mais elle a du succès et en dit plus sur les rapports que les Français entretiennent avec leur job que beaucoup de discours politiques.
Jean-Marc Sylvestre
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La majorité des salariés sont invités aujourd’hui à fêter leur entreprise. L’idée est assez surprenante, mais elle a du succès et en dit plus sur les rapports que les Français entretiennent avec leur job que beaucoup de discours politiques.

Les Français aiment leur entreprise. Pourquoi ? Parce qu’ils s’y plaisent, parce qu‘ils s’y sentent libres et surtout utiles. On croit rêver ? Et pourtant, c’est que révèle le sondage réalisé par Opinion Way à l’occasion de la fête des entreprises. 

L'initiative lancée il y a une dizaine d’année par Sophie de Menthon, présidente d’Ethic, d’organiser la fête de l’entreprise avait suscité au départ quelques sarcasmes ou ironies. Mais à l’arrivée, on s’aperçoit que cette idée répond à une demande solidement enracinée dans le corps social. Demande de lien social d’abord. 

Ça marche tellement bien qu‘au moment où le gouvernement anglais négocie les modalités de son divorce avec l'Union européenne, les entreprises britanniques reprennent l’idée de restaurer la cohésion sociale autour de leur entreprise. Le jour où les Français sont invités à dire s’ils aiment ou pas leur boite, les Anglais, eux, vont essayer de se retrouver autour d’un slogan qui est très proche du nôtre. La Franco-British Chamber of Commerce & Industry - la plus ancienne chambre de commerce en Europe - et le mouvement ETHIC – Entreprise de Taille Humaine Indépendante et de Croissance – lancent donc l’initiative « My company is great », version anglaise du programme français « J’aime ma boite ». A l’heure du Brexit, les entreprises des deux côtés de la Manche s’inscrivent dans la poursuite et le dynamisme des affaires s’appuyant sur des valeurs humanistes. Cette initiative fait suite à la signature le 8 octobre du partenariat entre ETHIC et la Franco-British Chamber et la rencontre entre leurs Présidents, Sophie de Menthon et Thierry Drilhon, en vue d’associer les forces des deux organisations pour soutenir les entreprises de taille moyenne face aux enjeux techniques et humains posés par la sortie du Royaume-Uni de l’UE.

 

 

En France, le sondage réalisé par Opinion Way pour mesurer l’effet de cette opération de convivialité autour de l'entreprise montre qu’une écrasante majorité des Français déclarent qu’« ils aiment leur boite ». 

J‘aime ma boite, c’est vrai pour 64% des salariés, c’est mieux que l’année dernière (62%), mais c’est moins bien qu‘en 2008 (79% juste avant la crise des subprimes) ou en 2013 ( 73% au point haut de la reprise de l’économie). 

Le sentiment qu’on éprouve à l'égard de son entreprise et de son travail n‘est pas indiffèrent au climat général. Cela dit, il est quand même étonnement stable. La proportion de salariés satisfaits de leur entreprise oscille entre 63 et 75 %. Il n’y a d’ailleurs pas beaucoup de différence d’appréciations entre les hommes et les femmes, selon des tranches d’âge et même selon les zones géographiques ou les affinités politiques. A droite comme à gauche,  on aime l’entreprise. Alors on n'aime pas forcément les mêmes, on n‘aime pas toujours l’avouer, mais personne ne rejette le statut et la fonction sociale qui est, avant tout, de créer de la richesse. Il y n’a pas de catégories qui rejettent l’entreprise, hormis les militants antisystèmes.

C’est assez remarquable comparé aux discours tenus à droite comme à gauche et qui ont tendance à cibler l’entreprise et le chef d’entreprise comme des bouc-émissaires faciles de tous les ennuis de la terre. 

En fait, les Français placent l’entreprise comme l’institution sociale dans laquelle ils font désormais le plus confiance. 

Le quart des salariés font confiance dans l’entreprise en tant qu’acteur de la société, alors que les syndicats ne sont plus crédibles que pour 10%, l’État encore moins (8 % seulement). Quant au personnel politique du gouvernement, ils réussissent à inspirer confiance qu’à 3% seulement des salariés. Moralité : dans ce monde moderne, l’entreprise est la dernière organisation qui tienne debout. Créatrice de richesse et porteuse de progrès.

Ce qui est intéressant, c’est d’analyser les raisons pour lesquelles autant de Français (qui ont quand même la réputation d’être les plus grands râleurs de la terre) déclarent ainsi leur attachement à leur entreprise au point que plus de 60% disent « s’éclater au travail ». En fait, on aime son travail parce qu’il nous fait vivre décemment (c’est un facteur important mais pas primordial). On aime sa boite parce qu’il y a un bon climat, une bonne entente, une vision, une stratégie mais aussi et surtout parce qu’on s’y sent libre et utile, parce que l’entreprise est utile à la société. D’où l’importance donnée aux entreprises qui prennent en compte les questions environnementales, les questions de santé, les questions de projets. 

D’autres enquêtes ont montré que les entreprises qui donnaient un sens à leur développement étaient capables de fidéliser leurs salariés, leurs actionnaires et leurs clients au-delà des objectifs purement financiers. 

Cet état d’esprit n’est pas propre à la France et aux Français. On note des réserves de plus en plus précises à l’encontre du fonctionnement du capitalisme financier ou de la financiarisation extrême des rapports économiques. 

La fête de l’entreprise est importante parce qu’elle célèbre le lien social qui se tisse à l’intérieur de l’entreprise, un objet social trop souvent décrié, mais elle est importante aussi pour les chefs d’entreprises eux-mêmes qui doivent savoir se rendre « désirables ». La satisfaction de leur client en dépend, la qualité de leur recrutement et la fidélité de leur personnel en dépendent, tout comme la loyauté de leurs actionnaires. 

 

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