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© Lemoniteur.fr // Capture d'écran
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Atlantico-Business

Comment St Gobain est devenu le Google français de la transition énergétique

Publié le 17 août 2019
Cet été sur Atlantico, Jean-Marc Sylvestre retrace la saga des grandes marques françaises. De leur naissance à leurs mutations forcées, ce sont des histoires d’hommes et de femmes, de rencontres, de trahisons mais surtout de succès. Aujourd’hui, Saint Gobain, l’entreprise française la plus ancienne devenue le premier acteur de la transition écologique.
Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ. ...
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Cet été sur Atlantico, Jean-Marc Sylvestre retrace la saga des grandes marques françaises. De leur naissance à leurs mutations forcées, ce sont des histoires d’hommes et de femmes, de rencontres, de trahisons mais surtout de succès. Aujourd’hui, Saint Gobain, l’entreprise française la plus ancienne devenue le premier acteur de la transition écologique.

La transition écologique et la révolution énergétique, qui sont devenues la priorité de tous les peuples de la planète,  ont sans doute offert à Saint-Gobain l’opportunité de devenir l’acteur majeur du marché mondial. St Gobain est aujourd’hui le champion du monde des matériaux de construction mais pas seulement. Le bâtiment vert, isolant et zéro émission de co2, sera une étape, mais le bâtiment connecté sera lui aussi dans quelques temps généralisé. Ce sera l’ère du smartbuilding. Saint Gobain, comme acteur majeur de l’habitat, saura bien relever ces défis, elle qui traverse les siècles depuis longtemps déjà.

Saint Gobain est une des plus puissantes entreprises sur le marché mondial de la construction. Si l’entreprise est surnommée par les financiers le Google français de l’habitat et de la transition énergétique, ce n’est pas pour rien. Aujourd’hui, le vert est partout et surtout dans l’habitat. Emmanuel Macron a promis, comme grand chantier à venir, la rénovation des bâtiments pour faire des économies d’énergie, dans le public comme dans le privé. L’opportunité est là. 

Pour illustrer l’histoire de St Gobain, deux images, deux bâtiments qui ont la même griffe. La première est celle de la fondation Vuitton, ce nuage de verre et d’acier que Frank Gehry, la star mondiale de l’architecture, a suspendu au-dessus du bois de Boulogne. Ce symbole de la modernité voulu par le roi de l’industrie du luxe, Bernard Arnault, le PDG de LVMH.

La seconde image est celle d’un édifice qui fait depuis 3 siècles et demi l’admiration du monde entier, le château de Versailles avec la galerie des Glaces, construite par Mansart, voulue par Louis XIV, qui en avait fait le cœur du pouvoir. Louis XIV, le Roi soleil qui voulait briller sur l’Europe entière.

Ces deux images ont la même griffe, celle de St Gobain, mais 350 ans les séparent. 

Les professionnels du bâtiment connaissent bien St Gobain. Mais pour le grand public, c’est abstrait. St Gobain est partout : les vitres et les glaces bien sûr, sur les immeubles comme sur les voitures, mais aussi tous les matériaux de construction, à commencer par le placoplatre, la laine de verre et tous ces produits isolants ou d’équipement qu’on trouvera chez Lapeyre ou dans les Point P, qui sont les filiales de distribution. 

Les chiffres que tricotent les analystes financiers sont donc d’une stabilité étonnante sur longue période. Aujourd’hui, St Gobain, le leader mondial des matériaux à haute performance et de l’isolation, c’est un chiffre d’affaires de 39 milliards d’euros, une présence dans 67 pays du monde avec au total, 170 000 collaborateurs. 

Quand le bâtiment va, tout va. Le marché, c’est celui du logement, de l’habitat. Une activité de première nécessité depuis la nuit des temps. C’est ça qui rend St Gobain immortel, comme se plaisent à le répéter les anciens. 

Roger Fauroux a été président de St Gobain entre 1980 et 1986. Jean-Louis Beffa lui a succédé aux manettes jusqu’en 2010, il est toujours là, en tant que président d’honneur. Les présidents se passent le flambeau et le groupe tient. 

Le capitalisme du Roi soleil au service de son pouvoir politique 

St Gobain va naitre dans les salons de Louis XIV, au château de Versailles. La rumeur nous dit qu'un jour, Louis XIV, dans la galerie des Glaces remercie son ministre Colbert d’avoir créé la manufacture royale des Glaces et surtout d’avoir su produire ces miroirs qui renvoient la lumière du soleil couchant. Ces miroirs, ces glaces dont les vénitiens gardaient le secret depuis si longtemps.

Colbert jubile, la cour se presse pour écouter ce qui dit le Roi. 

-Mais, Sir, dit Colbert pourquoi cette galerie ?

- Pour relier l’appartement du roi à celui de la reine, comme cela, toute la cour saura quand je rends visite à la reine.

-Mais, sa majesté, pourquoi ces glaces ? 

-Enfin, Colbert c’est simple …  Ces glaces sont là pour que la cour puisse se regarder de pied en cape… Et tant qu’elle se regardera, elle ne fera pas de politique. Plus tard, Colbert, les ministres qui vous succèderont inventeront la télévision qui aura la même fonction… » Alors ça on n’est pas sûr que le roi l’ait dit… Mais il aurait pu ! 

Le monopole des vénitiens dans la fabrication des glaces était devenu insupportable.  La fortune de St Gobain, qui s’appelle à l’époque la manufacture royale, va donc venir de sa capacité à produire ces fameuses glaces. Mais pour ça, Colbert va essayer de se procurer, les secrets de fabrication qui ont fait la richesse de Venise, sur l'ile de Murano là où l'on fabrique les fameux miroirs. Alors, ce n’est pas le casse du siècle, mais c’est l’un des premiers cas d’espionnage industriel commis par l’Etat Français et réussi. Parce que le roi a forcément couvert cette opération. Alors plutôt que de voler les process, ce qui était compliqué, on va soudoyer et attirer en France des ouvriers de Murano. 

Le génie de Colbert, c’est aussi d’avoir inventé ce qui est devenu le colbertisme. St Gobain va servir d’expérimentation.  Colbert crée une manufacture royale, mais s’arrange pour qu’elle n’appartienne ni au roi, ni à l’Etat. La propriété est proposée à des actionnaires privés. Des amis du pouvoir de préférence. Des grands bourgeois. 

Colbert va donc trouver ce qu’on n’appelle pas encore des investisseurs mais c’est tout comme. Ce sont des capitalistes. Il les invente parce qu’il n’y en pas beaucoup à l’époque. Il y a surtout des préteurs sur gage. Colbert va aussi mettre en place un management. Il y a beaucoup de courtisans, mais il y a peu d’experts. 

La Manufacture royale des glaces de miroirs, c’est son nom, société privée, crée en octobre 1665 et gérée selon les principes élabores par Colbert, va donc devenir une des premières industries du royaume. 

Le premier atelier s’installe à Paris, dans le faubourg St Antoine. Puis plus tard, quand on découvrira le procédé révolutionnaire qui consiste à fabriquer des glaces en les coulant sur une table métallique et non plus en les soufflant, la manufacture royale déménagera dans le petit village de Picardie, à Saint-Gobain, exactement. Au XVIIIe siècle, les miroirs vont devenir à la mode, leur prix a baissé et tout le monde en veut. Le peuple lui-même achète des miroirs.

L’organisation de Colbert va lui survivre. C’est tellement moderne que dans les années 1750, St Gobain sera dirigée par une femme. Mme Geoffrin. Cette petite courtisane sortie du peuple de Paris épouse à 16 ans un des cadres de la société qui va acquérir assez de capital pour diriger l’entreprise et mourir en 1749.

Madame Geoffrin va donc hériter de l’empire industriel et devenir la première femme chef d’entreprise de l’Histoire de France. C’est elle qui gère.  Elle va surtout devenir une des femmes les plus influentes du siècle. St Gobain va donc rester au cœur des jeux de pouvoir. 

En 1789, la révolution abat la monarchie et en abattant la monarchie, elle supprime tous les privilèges, y compris ceux dont bénéficient les entreprises royales. La Manufacture royale des glaces ne sera pas détruite, il faut préserver les emplois, mais elle change de nom. Elle devient la Manufacture de St Gobain. 

L’évolution est brutale et la manufacture va difficilement traverser cette période trouble. Le marché du luxe a perdu de son lustre, les riches et les nobles ont émigré. La concurrence européenne est très dure, les italiens, les allemands, les anglais sont hyper actifs sur ce marché. Et la manufacture n’a plus la protection de l’Etat. Les ventes s’effondrent.

Alors pour s’en sortir, à l’aube de ce XIXe siècle qui sera effervescent, St Gobain va opérer sa première grande mutation. Puisque la France se convertit au développement économique, St Gobain en sera l’un des promoteurs les plus actifs. Pour fabriquer les glaces et les miroirs, il faut de la soude, puis du sable. On va donc commencer à commercialiser des produits chimiques, puis des matériaux de constructions. Des colles, des ciments. Peu à peu, l’ADN de l’entreprise se dessine. 

Et puis, il y a dans cette France, qui sort du Second Empire, un sorcier de l’architecture qui va booster tout le secteur. Gustave Eiffel va marier les charpentes métalliques qu’il fabrique, avec le verre que St Gobain produit dans ses usines. Le résultat dessine le Paris moderne qu’on connait :  le Grand Palais, la gare d’Orsay, la gare d’Austerlitz, la gare du Nord, de Lyon, St Lazare.... St Gobain devient incontournable. 

Autre invention qui chamboulera le cours de l’entreprise au XXème siècle : la laine de verre. Les écologistes n’existent pas, mais le besoin de solutions isolantes obsède déjà les constructeurs. On introduit dans l’habitat la notion de confort. 

En 1940, la direction de St Gobain va quitter Paris et se réfugier au château de Ménard, dans le Loir et Cher, dans une ancienne propriété qui avait été construite par Colbert. C’est magnifique. Pour St Gobain, comme pour la plupart des entreprises, ces années d’occupation seront douloureuses. 

Contrairement à d'autres fleurons industriels de l'époque, Saint-Gobain va traverser cette période sans se compromettre. Elle va, par exemple, répondre aux ordres de réquisitions avec beaucoup d’habileté. Mais elle ne fournit pas les commandes. Il manque toujours quelque chose. 

A partir de 1958, quand le Général de Gaulle revient au pouvoir pour enterrer la IVe République et mettre de l’ordre dans ce pays, Georges Pompidou va lancer d’immenses travaux dans Paris, le front de Seine, le quartier de la Défense, partout on aura besoin de modernité, de vitrages isolants et de glaces mais St Gobain n’est pas là. 

Les nouvelles technologies de fabrication du verre plat, celles qui vont tout révolutionner, les quantités et les prix, sont mises au point mais par le grand rival Wilmington. Et c’est Wilmington qui va rafler les marchés. 

Alors, il y a un homme qui va tenter un jour un coup de poker. Il s’agit d’Antoine Riboud, président de BSN. Sans beaucoup d’argent, ce parpaillot de province va lancer la première OPA de l’histoire à la bourse de Paris. Au terme d’une bataille homérique, on est limite en guerre de religion. Antoine Riboud échoue bien sûr. 

Pour Saint-Gobain, c’est la crise de trop. Les actionnaires vont se ruiner en faisant appel à Marcel Bleustein-Blanchet. En 1970, la presse annoncera la plus grosse fusion de l’époque entre St Gobain et Pont-à-Mousson.  La France des affaires bouge enfin. Le président Pompidou bénira ce mariage qui est un mariage de raison. Ce n’est pas St Gobain, le parisien qui rachète Pont-à-Mousson, c’est l’inverse. Le management de Pont-à-Mousson va donc prendre les commandes et reconstruire un groupe dont la stratégie est simple : tout recentrer sur les matériaux de construction, de la production à la distribution. Et cela dans un maximum de pays. Il va donc se désengager de la chimie, du pétrole, de la sidérurgie, du papier-bois, et du nucléaire. Il maigrit… oui mais il se muscle. 

Cette stratégie parait logique aujourd’hui. A l’époque, la mode est plutôt aux conglomérats, aux diversifications, le modèle c’est General Electric, St Gobain est complètement à contrecourant. 

Et puis vient Roger Martin. Il a l’intelligence de s’entourer des plus grosses pointures sorties de l’X, des Mines et même d’HEC ou de l’ENA. Ce vivier scrupuleusement entretenu par chaque président est l’une des sources de la longévité. Chaque président y forme et puise son successeur. 

En 1980, St Gobain prend le contrôle de Bull, puis une participation dans Olivetti, la société de Carlo de Benedetti en Italie. Avec le soutien de l’Etat giscardien. L’année suivante, Giscard perd les élections présidentielles et l’union de la gauche socialo-communiste emmenée par François Mitterrand arrive au pouvoir                          

François Mitterrand arrive et l’une de ses premières décisions annonce qu’il va nationaliser St Gobain. C’est un coup de tonnerre. 

Avec la nationalisation, la gauche accueille un St Gobain en pleine forme. Mais pour Roger Fauroux, cette nationalisation n’avait aucun sens économique, aucun intérêt mais il respecte la ligne du parti. Mitterrand la voulait. Donc il l’a eue, les rencontres avec le gouvernement donnent lieu à des situations cocasses

La parenthèse publique va donc se refermer assez vite. Elle aura duré 4 ans. 4 ans inutiles dit-on, mais sur plus de 3 siècles d’existence. C’est un détail. 

Roger Fauroux, qui pressent le changement politique, va installer Jean-Louis Beffa comme successeur très rapidement. En 1986, Edouard Balladur commence son programme de privatisations par St Gobain. Sans drame, ni débat, la gauche ne bougera pas une oreille. Les épargnants sont bien traités et, fait nouveau, les salariés entrent en masse au capital de l’entreprise au point d’en devenir les premiers actionnaires. 

C’est Jean-Louis Beffa qui a donc pris en charge ce retour au marché privé. Beffa est un pur produit Pont-à-Mousson, disciple de Roger Martin. 

Jean- Louis Beffa va multiplier les acquisitions dans les pays de l’est, en Russie, en Chine, dans toute l’Asie. Il acquiert Norton, une entreprise américaine d’abrasifs, de céramique et de plastique. St Gobain est devenu le leader mondial des matériaux de construction et des produits d’isolation. Et puis en 1996, le groupe entre dans la distribution avec le rachat du groupe Poliet, les réseaux Point P et Lapeyre. 

St Gobain est en ordre de marche pour entrer sur des marchés gigantesques qui relèvent encore de la science-fiction mais ils vont très vite exploser. Beffa s’est installé aux Miroirs, c’est une tour de la Défense qui abrite le siège du groupe. Mais du haut de cette tour, s’il domine tout Paris, il ne sait pas que dans un hôtel particulier du Marais, un petit virtuose de la finance que personne ne connait va lui déclarer la guerre. 

Un petit virtuose de la finance qui habite la maison de Wendel va déclarer la guerre à St Gobain. Jean-Bernard Laffont. Personne ne le connait. Et pourtant, lui aussi a fait Polytechnique, puis les Mines, puis du cabinet ministériel sous la gauche, puis de la banque, Lazard, BNP avec Michel Pébereau. Il est armé jusqu’aux dents quand il est recruté pour diriger Wendel. 

Wendel c’est la société familiale, héritière de la sidérurgie, présidée par Ernest Antoine Seillière, le baron Seillière, qui s’est mis en tête de dépoussiérer cette affaire qui fait vivre près de 250 membres d’une famille un peu turbulente. Pour dynamiser Wendel, Jean-Bernard Laffont a une idée qu’il trouve géniale : comme Riboud autrefois, il veut prendre St Gobain de manière peu amicale. 

Au siège, on encaisse mal mais on résiste. Et on a raison de résister : Laffont a tout prévu sauf la faillite de Lehman Brothers, en septembre 2008. Il va donc se planter.  Les cours de bourse chutent de 50%, puis de 75%. Dans la famille Wendel, c’est la panique et la fronde. L’AMF s’en mêle. Ernest Antoine Seillière se défend mal. Il a perdu beaucoup, beaucoup d’argent.

Pour Pierre-André de Chalendar, nouveau PDG, Wendel n’est plus un sujet. Le sujet, c’est de permettre à St Gobain de conserver sa place de champion du monde de l’habitat et de l’isolation. Le marché est contrôlé par quelques très grandes entreprises. Pas facile de progresser. D’autant que la conjoncture lui a joué un sale tour depuis la crise, en étouffant le marché immobilier en Europe. 

Pierre-André de Chalendar a cependant converti, dès son arrivée, l'entreprise aux défis du XXIe siècle, le digital dans le fonctionnement pour faire de la compétitivité et l'habitat durable et confortable, comme objectif. Pour lui, l'entreprise a toutes les cartes pour réussir cette transition. C’est dans l’habitat que se cachent les plus grosses réserves d’énergie. On appelle ça le smartbuilding. En plus, cette stratégie habitat durable, ça plait au personnel, ça plait au marché, ça plait à la presse, ça plait aux réseaux sociaux, ça plait aux hommes politiques.  

L’objectif numéro 1, c’est d’être leader de l’habitat durable dans le monde entier à un prix accessible au plus grand nombre, de quoi assurer encore plus d’un siècle de développement. 

Voilà donc le parcours de la seule entreprise, qui partit de Versailles à traverser 3 siècles et demi d’histoire, trois guerres trois révolutions, 5 républiques. La seule entreprise dont on pourrait croire qu’elle a peut-être découvert le secret de l’immortalité. 

Cette histoire a été écrite et racontée par Jean-Marc Sylvestre. Elle a fait l’objet d’une adaptation pour la télévision avec la participation de tous les acteurs et témoins de cette aventure. Ce film produit et diffusé par BFM peut être visionné sur Youtube

 
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Paulquiroulenamassepasmousse
- 17/08/2019 - 13:21
"la transition écologique et
"la transition écologique et la révolution énergétique, qui sont devenues la priorité de tous les peuples de la planète.."
Il commence sacrément mal pépère, car la majorité des peuples de la planète a pour première préoccupation de se trouver à bouffer. La transition écolo n'intéresse vraiment que les" bobos "...