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Publié le 12 août 2019
Les échecs ou les succès de Matteo Salvini et de Boris Johnson vont impacter lourdement l'avenir de l'Europe.
Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.
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Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.
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Les échecs ou les succès de Matteo Salvini et de Boris Johnson vont impacter lourdement l'avenir de l'Europe.

Atlantico : Au Royaume-Uni une alliance multipartite a été formée par plusieurs députés britanniques avec pour but de faire barrage à Boris Johnson et sa volonté de sortir coûte que coûte de l'Union Européenne le 31 octobre prochain. Quel impact pourrait avoir cette alliance ? Alors que le parti Conservateur n'a qu'une toute petite majorité, quel pourra être la marche de manœuvre de Johnson ? 

Christophe Bouillaud : La situation est totalement inédite du point de vue des normes et pratiques constitutionnelles britanniques. Il est du coup très difficile de savoir comment les choses peuvent tourner. Toutefois, avant la chute de Theresa May, les députés britanniques ont voté une motion répudiant toute sortie de l’Union européenne sans accord négocié avec cette dernière. L’alliance multipartite auquel vous faites allusion constitue l’une des expressions de ce refus majoritaire au Parlement britannique d’une sortie sans accord.  Boris Johnson ne renie d’ailleurs pas clairement ce vote majoritaire, puisqu’il prétend, au moins officiellement, forcer ainsi l’UE à signer un accord de sortie d’ici le 31 octobre. 

Or, prenant en compte les contraintes des partenaires européens, ses adversaires le soupçonnent en fait d’aller ainsi directement vers la sortie de l’UE sans accord, afin de sauver l’unité du Parti conservateur et de se débarrasser de la menace existentielle que porte pour ce dernier l’émergence du « Brexit Party » de Nigel Farage en cas d’élections générales sans que la sortie de l’UE soit enfin effective. Le référendum a tout de même eu lieu en juin 2016, et nous sommes en août 2019. Il est du coup possible qu’une majorité parlementaire se forme pour le renverser. Avec une voix de majorité, la défaite est probable, car il suffit qu’un député conservateur europhile ou qu’un membre du DUP nord-irlandais, inquiet pour l’avenir de son île, fasse défection. A ce stade, que se passe-t-il?

En temps normal, un Premier Ministre défait peut tenter de se refaire en en appelant au peuple, c’est-à-dire en convoquant une élection générale ? Mais, vu les délais en pareil cas, on dépasserait sans doute la date du 31 octobre. Or, en tant que Premier Ministre toujours aux affaires courantes, c’est toujours B. Johnson qui pourrait demander un délai aux Européens. Ces derniers ne peuvent en effet pas l’accorder si le Royaume-Uni ne le demande pas. Est-ce que le Parlement britannique pourrait l’obliger à demander ce délai, sachant qu’accepter ce délai, c’est acter la mort du Parti conservateur ? Ou est-ce qu’il y aurait un moyen de lui faire quitter physiquement son poste pour le remplacer par un autre Premier Ministre ?  Cette dernière hypothèse supposerait qu’une majorité anti-Johnson puisse se former. En fait, la situation est tellement confuse que certains en viennent à évoquer les prérogatives royales pour faire déguerpir un Premier Ministre indésirable. Quoiqu’il en soit, B. Johnson, maintenant qu’il est en poste, va sans aucun doute user de toutes les ficelles possibles pour rester Premier Ministre jusqu’au 31 octobre, sans hésiter à provoquer une crise institutionnelle au Royaume-Uni si nécessaire.

En Italie, Matteo Salvini et la Ligue ont rompu leur coalition avec le Mouvement 5 étoiles et ont déposé une motion de défiance à l'encontre du gouvernement ce vendredi 9 août. Prochaine étape : l'organisation d'élection probablement en octobre prochain. Si Salvini semble très sûr de lui, est-il assuré d'emporter ces élections ? Si tel est le cas, quelles seraient les conséquences de sa victoire sur la politique italienne ? S'attend-on à une certaine "radicalisation" de la politique italienne ?

Au vu des sondages actuellement disponibles, la dynamique de la « Ligue » de Matteo Salvini parait difficile à enrayer. La « Ligue » serait à plus de 35% des suffrages. Matteo Salvini se montre tellement sûr de lui qu’il se propose même de mener la « Ligue » à l’élection sans aucun allié. Il ne se coaliserait même pas avec le parti « Frères d’Italie » (FdI), et encore moins avec « Forza Italia » (FI), le parti de Berlusconi. C’est là un jeu risqué : je ne suis pas sûr que la Ligue atteigne seule les 40% des voix théoriquement nécessaires avec l’actuel mode de scrutin pour être majoritaire en nombre de députés et sénateurs. La droite ainsi divisée n’aurait pas de certitude de gagner. C’est à mon avis plutôt une rodomontade de début de campagne, pour négocier au plus bas prix possible les ralliements nécessaires. 

S’il veut gagner, Matteo Salvini devra donc plutôt rechercher à former une alliance autour de son parti et de sa personne. La situation au sein de FI lui ouvre d’ailleurs des perspectives, puisque Silvio Berlusconi, après la défaite aux Européennes, ne tient plus ses troupes. De toute façon, même en allant au plus rapide, les élections politiques pour renouveler le Parlement ne peuvent avoir lieu avant début octobre. Comme dans toute démocratie réelle, il y aura obligatoirement une campagne électorale, et il n’est pas sûr que Matteo Salvini soit au final si victorieux en octobre qu’il ne le croit en août. En effet, à force de poser au futur « dictateur », au moins au sens antique du terme, il peut aussi effrayer une part de l’électorat et mobiliser contre lui. Il faut ajouter que les liens avec la Russie de V. Poutine peuvent faire désordre. Je ne suis pas sûr que tous les Italiens veuillent basculer à l’est…

Pour devenir Premier Ministre comme il le souhaite, et exercer les « pleins pouvoirs » pour reprendre sa propre expression, Matteo Salvini  doit donc gagner les élections, ce qui n’est pas certain, et surtout atteindre une majorité dans les deux Chambres, puisque l’Italie reste un régime de bicamérisme parfait. Il faut ensuite que l’actuel Président de la République, Sergio Mattarella, accepte de le nommer à ce poste. Avec une majorité dans les deux Chambres, cela serait inévitable, sauf si le vieux démocrate-chrétien Mattarella décidait de déclencher une crise de régime au nom de la défense des « libertés républicaines ». Evidemment à force de poser  volens nolens au futur nouveau « Duce », Matteo Salvini peut provoquer quelques réticences.

En cas de victoire, si Matteo Salvini devenait donc Premier Ministre, il aurait sans doute à cœur de continuer la politique qu’il a engagée depuis son arrivée au pouvoir en juin 2018, tout en en expurgeant tout ce qui correspond au programme du M5S. Un virage vers une vision plus néo-libérale de l’économie est probable, puisque Matteo Salvini réclame l’instauration d’une « flat tax » (impôt proportionnel) en Italie. C’est surtout en matière de lutte contre l’immigration illégale qu’on pourrait observer une radicalisation encore plus grande. L’un des cœurs de métier de la Ligue, c’est tout de même la xénophobie, pour ne pas dire le racisme décomplexé. Il y a lieu de parier que le principal opposant à cette politique habiterait au Vatican et aurait pour prénom François.

La situation britannique comme la crise politique italienne promettent d'impacter lourdement l'Union Européenne. Alors que la sortie du Royaume Uni de l'Europe est sans cesse repoussée, quels pourraient être les conséquences de ce nouveau bras de fer entre le premier Ministre et les députés ? 

Comme je l’ai dit, la situation britannique est des plus incertaines : personne ne sait très bien ce qui se passe si la majorité du Parlement et le Premier Ministre sont en désaccord sur une décision essentielle à prendre dans l’instant.

En ce qui concerne la crise italienne, Salvini n'a jamais caché son désamour profond pour l'Europe. S'il sortait gagnant du scrutin, quelles en seraient les conséquences potentielles pour l'Europe ? Salvini risquerait-il d'aller plus dans sa confrontation avec l'UE ? 

En premier lieu, s’il devient Premier Ministre de la République italienne, il siégerait au Conseil européen, à la présidence collégiale de l’Union européenne. Cela veut dire en particulier que lui et Emmanuel Macron seront alors dans le même cercle et qu’ils devront se parler directement. Les réunions du Conseil européen pourraient devenir houleuses, si Matteo Salvini gardait son style actuel de confrontation, presque à la Trump. Je doute qu’Emmanuel Macron se laisse faire. En tout cas, cela serait la première fois dans l’histoire européenne qu’un des grands pays fondateurs de l’Union serait représenté à ce niveau suprême de responsabilité politique par une personnalité aussi controversée. De fait, pour qui roule Matteo Salvini ? Trump & Cie, Poutine, ou simplement lui-même ?

En second lieu, si Salvini gagnait, il disposerait donc d’un soutien populaire qu’il pourrait évoquer lors de chaque confrontation avec la Commission européenne ou les autres Etats européens. Cela pourrait devenir rapidement sportif. Mais il faut aussi rappeler que l’électorat italien ne veut pas prendre le risque d’une sortie de la zone Euro – donc au final, les choses devraient rentrer dans l’ordre européen habituel, du moins du point de vue économique. 

Comment à la fois la crise britannique et la crise italienne peuvent changer en termes de rapports de force au sein de l'UE?   

De fait, si d’un côté Boris Johnson réussit sa mission impossible de sortir le 31 octobre 2019 le Royaume-Uni de l’Union européenne – avec ou sans accord d’ailleurs - et si dans le même temps Matteo Salvini obtient les « pleins pouvoirs » en Italie lors d’élections politiques, cela peut affaiblir le camp européiste. En effet, si le Royaume-Uni sort, cela prouvera qu’un pays peut vraiment sortir de l’UE, et cela permettra à Salvini et autres dirigeants les moins intégrationnistes de menacer de sortir, ou, plus simplement, de souligner que l’UE peut énerver un peuple au point qu’il demande avec insistance à sortir. Inversement, si au final B. Johnson échoue et que le Brexit est remis aux calendes grecques, ou que Salvini finisse confiné dans l’opposition, cela aidera les dirigeants les plus européistes à prendre la main sur l’avenir de l’Union.  

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evgueniesokolof
- 16/08/2019 - 21:04
ahahah
Le dernier paragraphe, c'est l'apothéose: si on voulait parler pour ne rien dire, on ne ferait pas mieux !
Deneziere
- 13/08/2019 - 08:42
Je ne suis pas fier de Macron, loin de là...
... mais quand on a BoJo le clown comme leader, il y a de quoi avoir carrément honte. Et je ne parle pas de Farrage, Et Salvini, ne vaut guère mieux : mis à part le dossier immigration, il n’a strictement rien à son actif. Et pourtant, en Italie, il y a du lourd à traiter quand on est à ce poste.
C’est là, où les souverainistes qui commentent Atlantico me sidèrent : avez-vous conscience de la médiocrité des personnages que vous idolâtrez ? La prestation de Mareine Lapine dans la présidentielle ne vous a-t-elle rien appris ?
Benvoyons
- 13/08/2019 - 08:23
Liberte5 - 12/08/2019 - 22:45 Mais voter RN ex FN c'est voter
Socialiste car le programme est économiquement & entièrement Socialiste & que le nombre des votants pour le RN sont à 70% des gens de Gauche Socialiste Communiste.
Donc jamais ça !