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Le dernier résistant raconte sa libération de Paris

Publié le 09 août 2019
La maison d'édition "Mareuil" publie Moi, Oscar Ziegler, dernier compagnon de la Libération, d'Henri Weill. Extrait 2/2
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La maison d'édition "Mareuil" publie Moi, Oscar Ziegler, dernier compagnon de la Libération, d'Henri Weill. Extrait 2/2

Je fus évacué en fin de journée vers Franconville. Un couple de septuagénaires m’hébergea. Selon une hypothèse précédente formulée par un donneur d’ordre de la Résistance, leur cave devait servir à enfermer Henriot après son enlèvement.

Je fus traité comme leur fils qui était prisonnier depuis quatre ans en Allemagne. J’avais embrassé une dernière fois Margot, et il me tardait fiévreusement de la revoir. Elle assurerait consciencieusement son travail et continuerait à renseigner son réseau. J’étais très fier d’elle. Je la désirais. J’étais amoureux.

Je fus informé que Londres voulait que je reste à Paris, car tout indiquait que l’heure de la libération de la capitale allait sonner. J’appris que nos têtes étaient mises à prix. Vingt millions de francs. Un membre de l’équipe avait été très vite abattu lors d’une opération menée par des miliciens. Trop bavard, il avait été livré par une femme d’affaires que la récompense extasiait. Morlot était recherché. Il n’était plus, pour l’instant, à Paris. J’appris en lisant un journal que les miliciens venaient de rebaptiser l’avenue du président Wilson, « avenue Philippe Henriot, mort pour la France ».

Si beaucoup de policiers n’obéissaient plus vraiment ou faisaient preuve de laxisme dans l’exécution des ordres reçus, quelques nervis, sentant la fin venir, multipliaient les actes de cruauté, notamment lors d’arrestation de personnes suspectées de lutter contre le futur ex-pouvoir.

Le BCRA me demanda ensuite d’épauler une équipe chargée de mener un coup de main en plein jour à Neuilly. Il s’agissait de récupérer des armes destinées à des partis collabos.

Leur chef était un policier révoqué et recherché par les brigades spéciales des Renseignements généraux. Depuis 1941, le brigadier Filoche désobéissait à Vichy et ses représentants etétait engagé dans la « contre-Révolution nationale » au sein de la préfecture de police. Avec huit gars, des policiers comme lui, nous pénétrâmes dans les caves d’un immeuble cossu. Dans la rue, deux « paniers à salade » nous attendaient pour embarquer le matériel, si nous arrivions à nous en emparer.

Ce fut un jeu d’enfant. Pas de gardes. Juste des portes à crocheter. Ce qui fut fait à midi. À 14  heures, nous avions chargé plus d’une tonne de fusils, révolvers et pistolets avec leurs munitions. Cadeau précieux pour la suite des événements. Filoche avait parfaitement organisé l’opération. La rue concernée, à l’écart des avenues passagères, était barrée à chaque bout par d’autres policiers complices.

Je retournai à Franconville. Un agent de liaison avait déposé un message codé. Je devais me rendre le lendemain à la basilique Saint-Denys d’Argenteuil afin de rencontrer Paulet, qui était à l’état-major FFI. Celui-ci était réapparu de l’enfer deux mois auparavant. Chef régional de la Résistance à Montpellier, il avait été arrêté par les sentimentaux miliciens qui l’avaient conduit à la « villa des Rosiers ». J’avais entendu parler de lui au Bureau. Mais je ne savais pas que je le rencontrerais un jour. Il y avait été affreusement torturé. Les locataires du lieu étaient appelés « la Brigade sanglante ». D’autres sanguinaires prirent la suite. Ceux de la Geheime Staatspolizei, c’est-à-dire la Gestapo. Qui n’obtinrent rien, mais qui ne comptèrent par les coups donnés et se firent plaisir dans la torture qu’ils avaient depuis longtemps érigée en art. Le cas Paulet se traiterait ensuite à Paris. Où il fut condamné à mort. Les Allemands, qui aimaient faire voyager leurs prisonniers, avaient décidé qu’il serait fusillé à Montpellier. Voyage retour. Embarquement à Austerlitz. En ce début de février 1944, il faisait froid, à 23 heures, dans une gare ouverte aux quatre vents. Paulet savait qu’il devait tenter le tout pour le tout, sinon sa vie s’arrêterait à trente-trois ans. Comme celle du Christ.

« Mais l’analogie ne me faisait pas rire alors », me raconterat-il après-guerre. Paulet était menotté et chevillé. Pourtant, à l’entrée du tunnel de Bourg-lès-Valence, il parvint à sauter du train. Les gardes tirèrent et le blessèrent à la jambe gauche. Le contact avec le sol fut extrêmement violent, si bien que ses menottes se cassèrent. C’est étonnant ce qu’un homme mu par le désir de survivre peut réaliser. Il avança au rythme d’un type secoué et trouva son salut dans la rencontre avec un braconnier qui le conduisit dans une ferme à proximité. Là, un couple de paysans le cacha, une infirmière le remit sur pieds jusqu’à qu’il puisse, après plusieurs semaines passées dans la Drôme, revenir par étapes dans la capitale. Son travail n’était pas fini, il reprit des contacts et fut affecté auprès des hommes et des femmes qui préparaient l’attaque qu’ils espéraient finale dans la capitale.

Paulet me conduisit auprès des chefs de la future insurrection parisienne. Londres voulait que je les assiste et les conseille. Scott, un radio parachuté dans l’Yonne, me rejoignit. Je pouvais ainsi sans trop de difficultés envoyer des messages.

Je vécus la libération de Paris rue de Rivoli, à la préfecture de police, boulevard Duquesne, dans un bâtiment des pompes funèbres municipales et dans un vestiaire de la Cipale. Mais également aux « Pyramides », lupanar de luxe parfaitement tenu par monsieur Marcel dont les affaires furent florissantes avant et après-guerre, mais surtout pendant. Monsieur Marcel finançait la Résistance et mettait à notre disposition deux pièces inoccupées de son quatrième étage, celui de la direction. Toutefois, jamais je ne vis les jeunes femmes qui travaillaient chez lui. Mon camarade arcachonnais serait bien déçu si je lui racontais l’épisode.

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