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Inculture économique ? Voilà ce que presque personne ne comprend en Europe sur l’avalanche actuelle de taux d’intérêt négatifs (et la japonisation qui nous menace)

Publié le 09 août 2019
Dans un article écrit pour le journal économique Bloomberg, l'économiste américain Tyler Cowen analyse la politique monétaire de la BCE et pèse le pour et le contre des taux d'intérêt négatifs perçus exclusivement comme outil politique.
Ancien dirigeant de start-up et de PME, François-Xavier Oliveau accompagne des dirigeants d'entreprises européennes dans leur stratégie et leur transformation. Il s'intéresse aux impacts de la révolution technologique sur l'économie, la société et les...
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Dans un article écrit pour le journal économique Bloomberg, l'économiste américain Tyler Cowen analyse la politique monétaire de la BCE et pèse le pour et le contre des taux d'intérêt négatifs perçus exclusivement comme outil politique.

Atlantico : Les taux d'intérêt notamment lorsqu'ils sont bas, voire négatifs sont généralement envisagés comme étant des leviers de manœuvre principale d'une banque centrale. Ils sont également souvent utilisés comme outil politique. En quoi cette conception des taux d'intérêt est-elle erronée ?

François-Xavier Oliveau : A force de parler de politique monétaire, on finit par oublier le rôle réel des taux d’intérêts : financer au juste prix le risque prix par les investisseurs et les prêteurs. C’est leur fonction historique, et elle est absolument essentielle pour l’économie.

Or la banque centrale utilise les taux d’intérêts pour un tout autre objectif : réguler la quantité d’argent dans l’économie. L’objectif principal des banques centrales, l’objectif unique même dans le cas de la BCE, est de stabiliser le niveau des prix. La cible est d’obtenir une inflation légèrement inférieure à 2%. La baisse des taux permet de réduire le prix de l’argent, ce qui pousse à l'émission de plus de prêts. Un prêt est de la monnaie créée par les banques. Plus de prêts permettent d’augmenter la quantité de monnaie dans l’économie, ce qui fait monter les prix.

Le problème, c’est qu’on ne peut pas utiliser un même instrument pour deux objectifs contradictoires. En dédiant les taux d’intérêts au contrôle de l’inflation, qui n’est absolument pas leur rôle initial, on pervertit largement leur véritable fonction de financement de l’économie. Le marché de la dette est profondément déstabilisé par les taux bas, et la perspective de taux négatifs, c’est-à-dire en pratique la rémunération de l’emprunteur, est une absurdité économique sans précédent, qui fragilise en outre grandement le système bancaire.

Dans la théorie économique et monétaire, quel est le rôle et l'impact de la variation des taux d'intérêt par la banque centrale ? Quelle conception de la politique monétaire domine aujourd'hui ?

Le véritable problème, c’est que les banques centrales ne parviennent pas à identifier les causes de la faible inflation. Faute d’un diagnostic clair, la BCE n’a pas atteint son objectif de 2% depuis 2009, si on exclut les variations liées au pétrole. Elles devraient s’inspirer des travaux de Schumpeter et Fourastié, qui montrent que l’économie est fondamentalement déflationniste en temps de paix. La technologie, notamment, permet de baisser les prix de tous les biens et services. Les pressions déflationnistes actuelles sont largement liées à la révolution technologique et elles ne vont pas ralentir, tout au contraire.

On comprend alors immédiatement le problème structurel des politiques monétaires des banques centrales : elles essaient de compenser un phénomène permanent de déflation par une création monétaire qui n’est que temporaire, puisque l’argent créé par la dette a vocation à être remboursé un jour. Cette politique est une fuite en avant qui ne peut qu’aboutir à une croissance de la dette à l’infini, ce qui est exactement ce que nous constatons.

Selon l'économiste américain Tyler Cowen,  l'une des difficultés rencontrée aujourd'hui par la BCE est de réussir à sortir de taux d'intérêt négatifs. Taux qui sont d'autant plus trop négatifs pour servir d'outil. Comment la BCE pourrait-elle sortir de cette impasse ? Les méthodes employées jusque-là ont-elles suffisamment fait leurs preuves ?

Tyler Cowen souligne l’impact négatif des politiques monétaires, qui sanctionnent les épargnants et favorisent les emprunteurs. C’est parfaitement exact, et c’est d'ailleurs déjà largement le cas depuis plusieurs années, notamment depuis que les taux sont inférieurs à l’inflation. En France, paradoxalement, les épargnants sont essentiellement les ménages modestes, entre le 2e et le 5edécile de revenus selon l’INSEE : ils ont un peu d’épargne et peu ou pas d’emprunts. Les ménages plus aisés sont en général endettés pour un achat immobilier, et les 10% les plus riches possèdent en outre des actions d’entreprises elles-mêmes endettées. La politique monétaire de taux bas favorise largement les emprunteurs, donc les personnes plutôt aisées, notamment en faisant monter la valeur de leurs actifs, immobiliers ou actions. Les dindons de la farce sont les ménages modestes, dont l’épargne s’érode. La politique monétaire est un jeu à somme nulle qui effectue une redistribution à l’envers, et elle contribue largement à la stagnation du pouvoir d’achat des classes moyennes que l’INSEE a constaté depuis dix ans.

Les taux négatifs ne vont qu’accentuer ce phénomène. Comme dit le proverbe, on ne prête qu’aux riches, car ils ont un bien à mettre en garantie. Les taux d’intérêts négatifs peuvent aboutir à terme à rémunérer des riches emprunteurs quand ils empruntent pour acheter un bien. On marche totalement sur la tête.

La BCE ne pourra pas sortir de l’impasse avec sa boîte à outils actuelle. Forward guidance, QE, LTRO ou TLTRO ne sont que des variantes qui visent à inciter à l’emprunt. Mais on ne peut plus utiliser un même instrument - l'emprunt - pour deux missions différentes. Il faut, comme l’explique une règle connue de l’économiste Jan Tinbergen, un outil par objectif - donc les banques centrales doivent absolument créer un nouvel outil, qui crée de la monnaie sans passer par la dette.

Je préconise la création d’un dividende monétaire, c’est-à-dire une distribution directe et non remboursable d’argent aux ménages. Cela peut paraître très surprenant, mais c’est en réalité parfaitement logique. L’argent créé serait définitif et non provisoire, il serait injecté directement près du marché de la consommation dont on veut réguler le niveau des prix, et serait donc bien plus efficace que l’injection indirecte actuelle via les mécanismes de la dette. Les taux d’intérêts pourraient être progressivement remontés vers un niveau soutenable, autour de 2 ou 3%, permettant d’assainir le marché de la dette et de renforcer le système bancaire, aujourd’hui en grand péril. Le montant du dividende injecté serait recalculé chaque mois afin de maintenir l’inflation à la cible. En France, il évoluerait probablement entre 50 et 100 € par personne et par mois à terme.

Le mécanisme peut paraître très surprenant, mais il a été théorisé par Milton Friedman et proposé par Ben Bernanke. Il est connu de tous les économistes, qui le considèrent comme un outil de dernier ressort. En réalité, à cause de cette pression permanente baissière sur les prix, il doit être mis en œuvre comme un outil de régulation normale de la quantité de monnaie dans l’économie. Il est urgent que la BCE se penche avec attention sur la mise en place d’un tel dispositif.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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evgueniesokolof
- 09/08/2019 - 19:25
AJM
Tout à fait d'accord. D'ailleurs , les émissions monétaires faites par Draghi sont restées dans les banques , faute d'emprunteurs et l'inflation qui aurait du en résulter s'est transformée en gonflement de la bulle financière. Il n'y a pas eu transmission à l'économie réelle , simplement pour des raisons tenant à la mondialisation (mieux vaut investir ailleurs) mais aussi aux difficultés d'investir (pression écologiste), . c'est la raison pour laquelle on peut s'interroger sur la pertinence de l'instrument monétaire or celui qui consisterait à éliminer la dette.
ajm
- 09/08/2019 - 15:46
Les solutions miracles.
C'est ce qu'on nomme "helicopter money" : c 'est comme les aides sociales versées par l'état sauf que cela ne passe pas par la case trésor public
budget, déficit, critères de Maastricht etc...puisque c'est versé directement par une banque centrale aux individus. Cependant, l'effet sur l'économie réelle sera le même, c'est à dire très relatif: poussée des importations ,notamment pour un pays comme la France, fuite de la consommation vers des produits en provenance des pays " mercantilistes" et structurés en machines à exporter nationalistes ( Chine, Corée Allemagne) , croissance de l'épargne liquide ...ou alors il faudrait cantonner et affecter réglementairement cet argent hélicoptère aux travaux de construction, rénovation ( économie énergie) et à des dépenses d'investissement dont la part d'intrants importés est la plus faible possible, au moins ce qui est hors zone euro ou connexe. En réalité , on voit déjà l'état Chinois et les provinces et communes de ce pays investir massivement dans les aéroports, les TGV, les villes nouvelles pour booster fortement la croissance et il arrive un moment où on a plein de villes nouvelles vides , de TGV sans voyageur
etc..
jerome69
- 09/08/2019 - 12:48
et pourquoi pas pour rembourser "les dettes"
ce nest pas la première fois que j entends cette proposition de faire de la blanche a billet ( ce qu el abanque E fait depuis 3 ou 4 ans) et donner l'argent directement aux ménages, avec les avantages énoncés ici.
mais , en France tout du moins et ailleurs aussi, cela relancerait peut-être de la consommation , mais comme on ne produit plus rien en France, cela relancerait surtout l'économie chinoise. Alors que si on donnait ces milliard fabriqués chaque mois pour rembourser les dettes accumulées, et exclusivement pour ça, cela permettrait de dégager le budget réservé au remboursement à des taches plus utiles et libérer de la pression fiscale ce qui in fine donnerait aussi du pouvoir d'achat. le remboursement de la dette est le 2eme budget de l 'état en France.