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Avenir de l'humanité

Pourquoi les prévisions sur la démographie de la planète sont fragiles

Publié le 11 juillet 2019
Les Nations Unies viennent de revoir leurs prévisions de croissance démographique à l’horizon 2050 et 2100.
Gérard-François Dumont est géographe, économiste et démographe, professeur à l'université à Paris IV-Sorbonne, président de la revue Population & Avenir, auteur notamment de Populations et Territoires de France en 2030 (L’Harmattan), et de...
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Gérard-François Dumont
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Gérard-François Dumont est géographe, économiste et démographe, professeur à l'université à Paris IV-Sorbonne, président de la revue Population & Avenir, auteur notamment de Populations et Territoires de France en 2030 (L’Harmattan), et de...
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Les Nations Unies viennent de revoir leurs prévisions de croissance démographique à l’horizon 2050 et 2100.

Atlantico.fr : Où se situent les variables qui ont amené les à revoir à la baisse leurs prévisions démographiques ?

Gérard-François Dumont : En réalité, à l’échelle mondiale, la révision 2019 des projections démographiques moyennes des Nations Unies, publiée en juin, n’apporte pas de changementsstructurels par rapport à la précédente livraison de 2017. Il faut rappeler que ces projectionsne sont pas des prévisions, mais ce que j’appelle des« perspectives conditionnelles », c’est-à-dire que leur résultat est conditionné aux hypothèses retenues. La plupart des médias ont essentiellement résumé lesprojections moyennes alors que l’Onu présente d’autresjeux d’hypothèses qui conduisent à des écarts significatifs. En effet, la projection moyenne conduit à 9,7 milliards d’habitants dans le monde en 2050, mais une projection basse annonce 9,3 milliards et une projection haute 10,1 milliards. L’écart entre cette projection haute etcette projection basse est donc de 800 millions d’habitants, ce qui n’est pas négligeable.À l’horizon 2100, la projection moyenne annonce 10,9 milliards, là où une projection basse annonce 9,4 et une projection haute 12,6 milliards.

Par rapport aux projections réalisées en 2017, l’Onu a essentiellement modifié deux éléments dans les hypothèses de fécondité. D’unepart, il est envisagé une baisse de la fécondité moyenne un peu plus sensible dans lespays du Sud. D’autre part, l’hypothèse de fécondité retenue pour lespays du Nord est une moindre remontée.

Mais en réalité, ce chiffre indiquant la population sur l’ensemble de la planète n’a pas grande signification. Dans un article de 1949, Alfred Sauvy appelait cela le « faux problème de la population mondiale ». Effectivement, la réalité démogra-phique estlocale. En France, cela n’a guère de sens de considérer dela même façon le peuplement de Paris et celui de la Lozère. Dans le monde, le fait que deux pays comptent un mêmenombre d’habitants et pèsent de façon égale dans le calcul de la population mondiale n’a guère de signification. Par exemple, la Belgique et leBénin comptent un nombre semblable d’habitants, soit 11,4 millions. Mais leur système démographique est presque totalement différent, que l’on considère la densité de population, le taux d’urbanisation, les taux de natalité et de mortalité, la fécondité, l’espérance de vie, les flux migratoires, la composition par âge… (Sardon, Jean-Paul, « La population des continents et des pays », Population Avenir, n° 740, novembre-décembre 2018).

Car la géographie des populations le monde est de plus en plus fragmentée. Considérons seulement les évolutions du nombre d’habitants selon les pays : elles présentent une typologie fort différenciée à cette échelle et, plus encore, si nous nous placionsà l’échelle infranationale.

Ainsi, certains pays, comme leGabon, l’Afrique du Sud, l’Arabie saoudite ou la Guyane française, enregistrent une croissance démographique qui additionne un taux d’accroissement naturel élevé, avec donc un excédent significatif des naissances sur lesdécès, et un taux d’accroissement migratoire nettement positif.

Un deuxième type de pays connaît une nette croissance démographiqueunique-ment grâce à un taux d’accroissement naturel élevé alors que leur taux d’accroissement migratoire est négatif ; c’est le cas de l’Algérie, de l’Égypte, de la Guinée, de l’Érythrée, du Zimbabwe, du Congo Brazzaville, du Pakistan… Lespro-jections démographiques moyennes de ces pays, dont la transition démographique n’estpas terminée, escomptent une forte croissance deleur population.

Un troisième type de pays continue de connaître une croissance démographique par effet d’inertie. Leur faible fécondité se traduit néanmoins par un excédent desnaissances sur les décès car les générations en âge de fécondité y sont encore relativement nombreuses et car ces pays bénéficient d’une amélioration del’espérance de vie qui comprime les taux demortalité. Toutefois, une fois les effets d’inertie terminés, ces pays pourraient enregistrer une diminution de leur population sauf apports migratoires massifs ; c’est le cas de la Chine, de la Corée du Sud ou de Taïwan.

Ces dernières années, d’autres pays ont enregistré une augmentation deleur po-pulation exclusivement grâce à des apportsmigratoires, car leur nombre de décès est supérieur à celui des naissances ; c’est par exemple le cas de l’Allemagne, de l’Espagneou de la Finlande en 2017. Leur possibilité éventuelle de croissance démographique dépend essentiellement deleurs flux migratoires futurs.

Enfin, depuis 2010, 27 ont enregistré une baisse deleur population. Pour unepartie d’entre eux, c’est exclusivement la conséquence d’une forte émigration en Syrie, à Puerto Rico ou en Martinique. Pour d’autres, la raison unique tient à l’excédent des décès sur les naissances, commeau Japon. Parfois s’additionnent un taux d’accroissement naturel et un taux d’accroissement migratoire négatifs : Lituanie, Bosnie-Herzégovine, Lettonie, Bulgarie, Roumanie,Ukraine…
Lesprojections moyennes, choisissant des hypothèses propres à chaque pays et prenant en compte les effets d’inerte si essentiels en démographie, projettent unedi-minution de population à l’horizon 2050 pour le quart des pays, précisément 55. Toutefois, l’avenir n’est totalement pas écrit, car il dépend évidemment des réelles évolutions démographiques futures.

Quels facteurs pourraient influencer à la hausse ou à la baisse la natalité sur le continent Africain ou le sous-continent subsaharien ?

Sur le continent africain, lesprojections moyennes 2019 de l’Onufont l’hypothèse d’unepoursuite de la baisse de fécondité. Cette der-nière,à 6,57 enfantspar femme en 1950,est évaluée à 4,72 pour la période 2015-2020. La projection moyenne table sur 2,92 enfants par femme pour la période 2050-2055. Cettehypothèse, combinéeavec les hypothèses de hausse de l’espérance de vie et d’un certain niveau demigrations, conduit à projeter, selon le scénario moyen, le nombre d’habitants de l’Afrique à près de 2,5 milliards en 2050 contre 1,34 milliard en 2020. Pour l’Afrique subsaharienne, les chiffres respectifs sont de 2,1 milliards et 1,1 milliard.

Mais de nombreux éléments pourraientmodifier cette projection ou les projec-tions propres à chaque pays (Dumont, Gérard-François, Géographie des populations. Concepts, dynamiques, prospectives, Paris, Armand Colin, 2018). Quatre facteurs peuvent limiter l’augmentation de la population. Le premier tient aux risques de sous-alimentation sous l’effet de causes diverses : conflits civils ou guerres qui désorganisent les économies ; aléas climatiques ; mauvaise gouvernance des politiques agricoles…

Un deuxièmeélément tient au risque d’insuffisance sanitaire et hygiéniquelimi-tant les taux de survie, sans oublier celui d’épidémies aujourd’hui inconnues qui ne seraient pas jugulées.La surpollution se présente comme un troisième grand risque, en casdefaible respect de l’environnement déclenchant de fortes pollutions morti-fères.Un quatrième risque conduisant à un nombre d’habitants inférieur à celui an-noncé par le scénario moyen pourrait provenir de conflits meurtriers.
Chacun des quatre types de risques présentés ci-dessus,ou la combinaison de plusieurs d’entre eux, peut constituer une rupture négative qui ferait diverger le scé-nario moyen, avec des taux de mortalité supérieurs à ceux envisagés selon ce scénario ou des fécondités moindres dans la mesure où ces risques peuvent être de nature à abaisser la fertilité des populations.

À l’opposé, l’Afrique pourrait connaître d’ici 2050 des ruptures engendrant une croissance démographique supérieure au scénario moyen. L’espérance de vie pourrait s’élever jusqu’à des ordres de grandeur nettement supérieurs à ceux du scénario moyen, en raison des ruptures suivantes par rapport à ce dernier.

Une première rupture en matière de mortalité pourrait provenir de politiques permettant partout une nutrition suffisante et diversifiée avec une éducation à la santé assurant une alimentation équilibrée, couplée avec des modes de vie adaptés.À cela pourraient s’ajouter de nouveaux progrès médicaux permettant par exemple d’enrayer la malaria.

Une amélioration significative de l’environnement pourrait s’avérer une autre rupture pour augmenter grandement l’espérance de vie. La mise en place de réseaux d’eau potable et d’assainissement, leur amélioration et leur bon entretien sont des éléments favorables à la durée de la vie. Cette dernière pourrait aussi être allongée de façon significative par l’invention et la mise en œuvre de nouvelles techniques favo-rables au développement durable.

Enfin, il va de soi que l’action politique est essentielle pour promouvoir des re-lations géopolitiques, internes et externes, écartant aussi bien les conflits civils que les guerres internationales, grâce à la généralisation de constitutions équilibrées, res-pectueuses de la diversité des groupes humains, à la signature de nouveaux traités internationaux et à une application de ces derniers comme des anciens pour faciliter la paix.

Si une ou plusieurs ces ruptures se produisaient, le taux de mortalité serait plus faible en Afrique que ce que projette le scénario moyen, ce qui accentuerait la crois-sance démographique.

En Europe, comment se comporte la démographie ? Quels facteurs continuent d’influencer la natalité sur le Vieux Continent ?

J’ai proposé le concept « d’hivers démographique » désignantune situationoù la fécondité est durablement en dessous de seuil de simple remplacement des générations. En Europe, ce phénomène d’hiver démographique semble appelé à perdurer en limitant le nombre de naissances. Aussi laprojection moyenne del’Onu envisage, en dépit d’apports migratoires, 710 millions d’habitants enEurope (Russie comprise) en 2050 contre 747 en 2020. Toutefois, l’intensité et les variations d’intensité del’hiver démographique sont fort diversifiées selon lespays européens, notamment en raison des différences depolitique familiale selon les États, et il en est demême des flux migratoires selon que les pays connaissant une immigration nette ou, à l’inverse, une émigration nette. En conséquence, la situation démographique de l’Europe est également fragmentée. Des payssont en croissance démographique sous le double effet d’un taux d’accroissement naturel positif, avec plus de naissances que dedécès, et d’un taux d’accroissement migratoire nettement positif. D’autres ne doivent leur croissance démographique qu’à l’apport d’immigrants. On retrouve ainsi en Europe une typologie différenciée comme précisée ci-dessus pour tous lespays du monde.

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Paulquiroulenamassepasmousse
- 12/07/2019 - 23:10
Il ne faut jamais se perdre
Il ne faut jamais se perdre dans les détails, on en oublie l'essentiel ! Une seule chose est
vraie..... 2.5 Milliards en 1950, 7.5 Milliards en 2020,.... donc 22,5 Milliards en 2090bet toujours 500 millions d'europèens dans 70 ans.
Ite missa est !