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© PHILIPPE LOPEZ / AFP
© PHILIPPE LOPEZ / AFP
Union européenne

Nominations européennes : le bras de fer entamé par Emmanuel Macron avec l’Allemagne peut-il aboutir ?

Publié le 26 juin 2019
D'après le journaliste de L'Opinion Luc de Barochez, Daniel Caspary chef du groupe CDU / CSU au Parlement européen, accuse Emmanuel Macron d'être "antiallemand" et de vouloir "détruire la démocratie européenne".
Christophe Bouillaud
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Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.
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D'après le journaliste de L'Opinion Luc de Barochez, Daniel Caspary chef du groupe CDU / CSU au Parlement européen, accuse Emmanuel Macron d'être "antiallemand" et de vouloir "détruire la démocratie européenne".

Atlantico :  Le Président français s'est donc mis à dos une bonne partie des responsables politiques allemands, mais le bras de fer qu'il a entamé avec l’Allemagne peut-il aboutir ? Le terrain et la méthode choisis par Emmanuel Macron sont-ils les bons ?

Christophe Bouillaud : Emmanuel Macron et surtout son parti avaient déjà dit avant l’élection européenne qu’ils considéraient que les conservateurs allemands de la CdU-CSU n’avaient pas toujours eu les meilleures idées en matière de gestion de l’Union européenne. Par ailleurs, Emmanuel Macron a confirmé à plusieurs reprises qu’il s’opposait à l’application en 2019 du système dit du « Spitzcandidaten », dans le cadre duquel le parti européen arrivé en tête des sièges à l’élection européenne verrait automatiquement son candidat à la tête de la Commission être choisi par les chefs d’Etat et de gouvernement et soutenu par les autres grands partis européens. Le choix d’Emmanuel Macron est d’autant plus affirmé qu’une majorité de pays a refusé d’adopter son idée de listes transnationales aux élections européennes, où là un candidat tête de liste aurait pu se faire connaître de tous les électeurs européens. Le choix n’est donc pas tant antiallemand que cohérent avec la volonté d’Emmanuel Macron de compter plus dans les équilibres européens de la prochaine mandature.

Emmanuel Macron devrait pouvoir aboutir. En effet, en dehors d’être allemand, ce qui pose un problème d’équilibre entre grands pays au sein de l’Union, Manfred Weber n’a jamais occupé de poste exécutif, ni en Europe, ni au niveau de son pays. Sa campagne électorale paneuropéenne a été de fait inexistante – très en retrait par rapport à ce qu’avait fait Juncker en 2019, ou même Barroso en 2009, qui fut en fait le premier à expérimenter la formule du « Spitzcandidaten ». Il serait en fait le candidat le moins expérimenté et le moins connu du grand public européen à ce poste depuis les lointaines années 1980. Or, sauf à se complaire dans la médiocrité,  l’Europe de 2019 ne peut que se doter d’un Président de la Commission ayant un vrai poids politique. Donc, normalement, se débarrasser de Manfred Weber devrait être possible. En dehors des intérêts qui lui sont propres, Emmanuel Macron joue ici le rôle de « gardien du temple » européen. Sa défaite voudrait dire que les conservateurs allemands en sont vraiment venus à considérer l’Union européenne comme une dépendance de la Chancellerie berlinoise. Je ne crois pas que grand monde en Europe soit prêt à accepter ce genre d’évolution.

L’objectif de rééquilibrage de nos relations économiques avec l’Allemagne et de la modification de la gouvernance de la zone euro paraissent être de bons objectifs, mais la manière dont la France s’y prend à l’heure actuelle est-elle la bonne, vis-à-vis de l’Allemagne en tant que telle, d’une part ? Vis-à-vis des autres Européens qui pourraient être nos alliés d’autre part ?

Il est vrai qu’Emmanuel Macron peut chercher à se refaire à cette occasion. En effet, toute la discussion sur un budget spécifique de la zone Euro, contrôlé démocratiquement, a fini par aboutir à une solution minimaliste. Le front commun entre l’Allemagne et les pays dit « hanséatiques » a vaincu. Il n’est pas question d’augmenter la réelle solidarité financière entre Etats membres. Le statu quo prévaut. La France n’a pas eu beaucoup d’appui des autres Etats intéressés, comme l’Italie, en raison du conflit avec le gouvernement de ce pays depuis le printemps 2018. Mais, de toute façon, aucune stratégie ne peut convaincre les « pays créditeurs » de se prêter au jeu d’une plus grande solidarité. Ils considèrent tous qu’ils n’en auront jamais besoin eux-mêmes, qu’ils seront donc toujours les payeurs. Par aiilleurs la crise de l’Euro semble finie pour l’instant. Comme l’intégrité de la zone Euro n’est pas en cause, et que bien sûr Emmanuel Macron est moins que tout autre dirigeant français capable de menacer l’Allemagne et ses alliés de sortir la France de la zone Euro, il ne peut en fait rien obtenir. A mon sens, ce n’est qu’au bord du précipice que l’Allemagne et ses alliés austéritaires céderaient, et encore… ils céderaient le minimum comme en 2010-2013.

Quelles conséquences politiques, en Europe, pourraient avoir ce bras de fer du président avec le partenaire allemand ? Quelles conséquences politiques en France ?

Il faut voir jusqu’où ira la dissolution du duopole franco-allemand. En cas de blocage réel et persistant, il n’est pas sûr que cela ne renforce pas finalement l’Union européenne en obligeant les autres pays à s’impliquer plus dans le jeu européen. A ce compte-là, on se rendra peut-être compte que les dirigeants critiques de l’Union européenne (hongrois, polonais, italiens par exemple) y tiennent en fait bien plus qu’ils ne le disent. En fait, tout le monde a besoin de l’Europe sous ses aspects économiques, mais personne ne tient vraiment à ce condominium franco-allemand. Sa gestion de l’UE par les duos franco-allemands successifs  n’a pas été de fait des plus heureuses depuis 2008-2010.

Pour ce qui est de la situation politique française, qu’Emmanuel Macron se mette à tonner contre les dirigeants conservateurs allemands ne peut que lui profiter dans une part de l’opinion publique, tout au moins à court terme. Par contre, à plus long terme, Emmanuel Macron, à l’image de toutes les élites françaises qui se sont échinées à copier ce qu’ils croient être l’Allemagne depuis au moins deux décennies, risque d’être pris dans une contradiction majeure : pourquoi se fâcher avec des dirigeants allemands dont on copie servilement la politique économique et sociale ? Et, puis après tout, la stratégie allemande de maîtrise radicale des coûts salariaux des années 2000, est-ce finalement autre chose que la réponse à la « désinflation compétitive » française des années 1980-90 ?

La vraie avancée entre France et Allemagne se serait de se mettre d’accord sur un modèle économique qui profite aux deux pays « en même temps »… est-ce même possible ?

 

 

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Benvoyons
- 26/06/2019 - 13:21
BCE =19 pays donc 18 qui ne sont pas Allemands
:)::) Le Président de la BCE n'est pas tout seul pour décider :):)
ajm
- 26/06/2019 - 11:03
Attention aux contreparties.
Si pour éviter Weber à la tête de la commission on se retrouve avec le patron de la Bundesbank à la tête de la BCE on aura gagné !