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Bonnes feuilles

Ce que la France a raté dans les 15 dernières années de mondialisation

Publié le 23 juin 2019
Thomas Gomart publie "L'affolement du monde : 10 enjeux géopolitiques" aux éditions Tallandier. Plus rien ne semble réguler la bonne marche de la planète. Thomas Gomart éclaire la transformation inédite des rapports de force internationaux et des sujets transversaux. Cet essai vise à abandonner nos illusions et à gagner en lucidité. Extrait 2/2.
Thomas Gomart est historien et directeur de l'Institut français des relations internationales (Ifri) depuis 2015. Il est membre des comités de rédaction de Politique étrangère, de la Revue des deux mondes et d'Etudes dont il assure la chronique...
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Thomas Gomart est historien et directeur de l'Institut français des relations internationales (Ifri) depuis 2015. Il est membre des comités de rédaction de Politique étrangère, de la Revue des deux mondes et d'Etudes dont il assure la chronique...
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Thomas Gomart publie "L'affolement du monde : 10 enjeux géopolitiques" aux éditions Tallandier. Plus rien ne semble réguler la bonne marche de la planète. Thomas Gomart éclaire la transformation inédite des rapports de force internationaux et des sujets transversaux. Cet essai vise à abandonner nos illusions et à gagner en lucidité. Extrait 2/2.

Il ne fait guère de doute, à mes yeux, que nous sommes confrontés à une dégradation rapide de notre environnement stratégique et à une crise sociale aiguë. Nous ne sommes préparés ni à la première, ni à la seconde, et encore moins à la simultanéité des deux. Si le parallèle avec l’entre-deux-guerres est discutable, dans la mesure où aucun des pays membres de l’UE n’envisage de recourir à la force contre l’un de ses partenaires, il n’en demeure pas moins que la montée du protectionnisme et du nationalisme résulte, comme en 1929, d’une profonde crise du capitalisme. Même si ses conséquences économiques et sociales n’ont pas eu la même ampleur, en raison notamment des mécanismes de redistribution propres aux pays européens, la crise de 2009 n’explique pas tout, mais elle a marqué une profonde rupture dont les effets ne sont toujours pas maîtrisés. 

Quelles en sont les conséquences pour la France où le mot « crise » revient en boucle pour évoquer tout aussi bien les difficultés économiques et sociales traversées par le pays que les menaces sécuritaires qu’il subit ? Les unes et les autres nourrissent un désarroi identitaire, qui ravive des ferments de division interne, tout en faisant rejouer le rapport entretenu par les Français à la mondialisation, à la construction européenne et à leur voisinage méditerranéen. Pour dire les choses rapidement, l’argument fréquemment utilisé par les gagnants de la mondialisation, argument selon lequel elle aurait sorti de la pauvreté une partie de l’humanité et permis l’émergence d’une classe moyenne indienne ou chinoise, suscite une vive opposition dans de larges franges de la population française, qui souffrent d’un déclassement symbolique, économique et social, alors même que le système français avec une dépense publique représentant 57 % du PIB (contre 44 % en 1978) est un des plus redistributifs au monde. Au-delà des radicaux, le mouvement des « gilets jaunes » conteste et défend à la fois le fameux modèle social français. À cela s’ajoutent deux inquiétudes fondamentales. La première porte sur le cadre de vie et le coût d’une transition énergétique, et plus largement écologique, embryonnaire mais déjà douloureuse. La seconde concerne l’avenir du salariat face aux technologies de l’information et de la communication. Inquiétudes légitimes en France, mais qui surprennent souvent à l’étranger où l’on considère que notre pays n’est pas à plaindre. En réalité, notre rapport politique au monde donne souvent l’impression de ne pas avoir intégré les conséquences de la diminution de notre poids économique, notamment par rapport à l’Allemagne, notre principal partenaire. Cela nous rappelle que la politique internationale commence chez soi et nous invite à procéder à plusieurs opérations successives pour interpréter les changements en cours en privilégiant la dimension stratégique sur la dimension sociale même si les deux sont liées. 

Commençons, en premier lieu, par accepter les réalités d’une mondialisation qui se caractérise par des logiques complexes de transaction et de cogestion, une nouvelle répartition de la puissance et la diffusion des technologies de l’information et de la communication. Trois traits principaux la dessinent aujourd’hui : une accentuation des inégalités, une dégradation de l’environnement et une capacité illimitée de mise en réseau des individus comme des groupes, qui relient et segmentent à la fois. Ces tensions peuvent tout aussi bien favoriser une prise de conscience des enjeux communs de l’humanité, susciter des approches coopératives que de violents replis identitaires ou sociaux et alimenter des conflits. En termes géopolitiques, le lien entre coopération et confrontation favorise une vision simplificatrice reposant sur des séparations territoriales. En termes de politique internationale, ce lien correspond moins à une alternative morale qu’à une alternance de situations enchevêtrées, qui nécessitent un constant effort de discernement. 

En deuxième lieu, refusons toute géopolitique, étroitement hexagonale, qui ignore la politique internationale en considérant la France comme un isolat qui pourrait se soustraire au monde, et ce faisant rompre avec son histoire séculaire et ses engagements internationaux. Dangereuse illusion, qui doit être dissipée par une explication du fonctionnement du système international, et de ses interdépendances stratégiques, politiques, économiques et culturelles dont la France est à la fois objet et sujet. Un pays comme le nôtre semble à la recherche d’une grandeur passée et de plus en plus tributaire de contraintes extérieures. Il oscille entre déni de la réalité et dénigrement de lui-même, au moment où il est confronté à un effet ciseaux entre son « rang » diplomatique qui produit un rendement décroissant et les besoins de sa sécurité extérieure et de sa stabilité intérieure qui engendrent des coûts croissants. Pour autant, il conserve une liberté d’action supérieure aux pays de taille et de potentiel comparables, et dispose encore de la capacité de faire un certain nombre de choix. 

Élargissons, en troisième lieu, le « débat » sur l’identité nationale qui se concentre principalement sur le rapport à l’islam, « aussi extérieur à l’histoire de France que le catholicisme lui était intérieur », en produisant une impression de progression du premier face au reflux historique du second. L’assignation d’une identité à partir de la religion résulte d’idéologies de séparation, qui nous replongent dans « l’énigme du théologico-politique ». Les préférences des sociétés dépendent de ce qu’elles pensent être et de l’image qu’elles se font d’elles-mêmes. C’est pourquoi il importe de toujours rappeler qu’une identité nationale est évolutive et de rompre avec une vision essentialiste véhiculée par de nombreux discours géopolitiques. En matière de politique internationale, il convient de poser les logiques d’interdépendance mondiale comme cadre d’analyse et, par conséquent, de ne pas cantonner le débat sur l’identité nationale au théologico-politique, mais de l’élargir au politico-économique. En effet, ce débat a de profondes conséquences sur l’organisation de l’activité économique du pays, ses relations avec ses différents partenaires et donc sur les questions sociales et environnementales. Il faut donc articuler ces deux composantes et les replacer dans une analyse du contexte stratégique pour les apprécier au plus juste. 

En dernier lieu, il est nécessaire d’anticiper les probables évolutions du système international et ses conséquences pour l’Europe et la France. Si la politique étrangère de cette dernière doit continuer à être l’objet d’un suivi et de recommandations réguliers, il importe aussi de mobiliser des ressources politiques et intellectuelles pour concevoir des projets d’architecture internationale crédibles afin de ne pas s’en remettre aux seuls tracés chinois ou américains. Plus largement, nous devrions susciter chez nos partenaires, pas seulement européens, des desseins de cette nature. Avec un peu moins d’inconstance, nous aurions parfaitement les moyens de leur faire comprendre que l’analyse sereine et la prévision raisonnable seraient les meilleurs antidotes à l’affolement.

Extrait du livre de Thomas Gomart, "L'affolement du monde : 10 enjeux géopolitiques", publié aux éditions Tallandier.

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democit
- 24/06/2019 - 05:05
VERBIAGE
Cet extrait n'est qu'une somme de généralités absconses. J'espère que tout le livre n'est pas du meme tonneau