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Comment la Russie et la Chine sont parvenues à briser l'inébranlable confiance de l’Occident en son avenir

Publié le 22 juin 2019
Thomas Gomart publie "L'affolement du monde : 10 enjeux géopolitiques" aux éditions Tallandier. Plus rien ne semble réguler la bonne marche de la planète. Thomas Gomart éclaire la transformation inédite des rapports de force internationaux et des sujets transversaux. Cet essai vise à abandonner nos illusions et à gagner en lucidité. Extrait 1/2.
Thomas Gomart est historien et directeur de l'Institut français des relations internationales (Ifri) depuis 2015. Il est membre des comités de rédaction de Politique étrangère, de la Revue des deux mondes et d'Etudes dont il assure la chronique...
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Thomas Gomart publie "L'affolement du monde : 10 enjeux géopolitiques" aux éditions Tallandier. Plus rien ne semble réguler la bonne marche de la planète. Thomas Gomart éclaire la transformation inédite des rapports de force internationaux et des sujets transversaux. Cet essai vise à abandonner nos illusions et à gagner en lucidité. Extrait 1/2.

Au lendemain de la chute de l’URSS en 1991, la mondialisation a principalement été présentée comme un mouvement d’ouverture des marchés, de rapprochement des sociétés et de convergence des systèmes politiques selon les critères des démocraties libérales. Elle traduisait alors une dynamique irréversible d’intensification des échanges commerciaux, financiers et de données, d’intégration régionale et d’organisation transnationale des chaînes de valeur. Ce modèle dominant a longtemps produit un effet d’éviction idéologique des logiques de puissance et de minoration du rôle des États. Aujourd’hui, la mondialisation est davantage décrite à travers des mesures protectionnistes et des revendications nationalistes selon les critères des régimes autoritaires et ceux de l’administration Trump. Elle a fondamentalement changé de nature en raison de la modification du rapport de force entre les pays occidentaux et le reste du monde d’une part, et du changement de partage des États-Unis de l’autre. 

Trois périodes doivent être distinguées. La première (1991-2001) correspond à l’apothéose de l’hyperpuissance américaine, qui impose ses vues sans opposition stratégique et encourage l’ouverture des marchés par le biais des organisations internationales qu’elle contrôle. Le 11 Septembre interrompt brutalement cette séquence : les symboles de la puissance américaine sont directement attaqués rappelant les sous-jacents identitaires de la mondialisation. La deuxième période (2001-2008) s’ouvre par l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et s’achève par la constitution du G20 pour contrecarrer la crise financière mondiale. Entretemps, les États-Unis et leurs alliés sont intervenus en Afghanistan, puis en Irak, modifiant, par la force, les équilibres régionaux. La dernière période (2008 jusqu’à aujourd’hui) correspond à la contestation ouverte de l’ordre libéral international, construit par les États-Unis après 1945, par des pays comme l’Iran, la Corée du Nord et la Russie, mais surtout par la Chine. Celle-ci ne cache plus ses ambitions de devenir la première puissance mondiale à l’horizon 2049, date du centenaire de la fondation de la République populaire de Chine (RPC) et de bâtir un nouveau système international. Le vote en faveur du Brexit (juin 2016) et l’élection de Donald Trump (novembre 2016) marquent une double rupture, dans la mesure où l’ordre libéral international semble, depuis lors, miné de l’intérieur. 

Au cours de la dernière décennie s’est opéré un retournement du risque géopolitique, dans la mesure où les États-Unis et l’Union européenne (UE) apparaissent désormais comme les principales sources d’incertitude, alors que, par un effet de contraste sans doute trompeur, des régimes autoritaires comme la Chine et la Russie représentent la stabilité et la cohérence. La modification du rapport de force entre régimes démocratiques et autoritaires au profit de ces derniers ouvre un débat sur le lien entre la nature des régimes, leur légitimité et leur efficacité. Se sont également multipliées les situations dans lesquelles « la politique prend le pas sur l’économie9 », ou plutôt reprend le pas, serait-on tenté de dire, tant la séquence 1991-2001 apparaît, rétrospectivement, comme une parenthèse enchantée pour les gagnants de la mondialisation, c’est-à-dire pour les élites économiques globalisées.

L’affolement actuel s’explique par trois causes principales. Tout d’abord, il correspond à la fin du mythe de la convergence, c’est-à-dire de cette idée selon laquelle la Chine et la Russie (qui a rejoint l’OMC en 2012) joueraient le jeu de la mondialisation en suivant les règles occidentales. En réalité, ces deux pays n’entendent nullement s’y soumettre mais, au contraire, imposer les leurs, même s’ils sont dans des situations fort dissemblables. La Russie dispose d’un pouvoir de nuisance, mais d’une capacité de leadership très limitée en raison de la faiblesse de son potentiel économique. La Chine, en revanche, n’entend pas renoncer à la mondialisation économique, condition sine qua non de sa montée en puissance, et travaille donc à un système parallèle à celui contrôlé par les États-Unis. Ensuite, l’affolement actuel s’observe en particulier au sein des élites occidentales, encore stupéfaites par le Brexit et l’élection de Donald Trump. Le terme « populisme » traduit, différemment aux États-Unis et en Europe, la fracture entre les classes moyennes souffrant de la mondialisation économique et les élites en bénéficiant. Il évoque non seulement une réalité sociale mais aussi une technique de conquête du pouvoir par des membres de l’élite prétendant parler au nom du peuple, ce qui explique les difficultés d’analyse du phénomène. À cela s’ajoute une double cassure – entre les États-Unis et l’Europe d’une part, entre les Européens de l’autre – qui aggrave l’affolement dans la mesure où elle alimente directement un climat d’insécurité stratégique. Enfin, les dégradations de l’environnement font désormais directement ressentir leurs effets aux États-Unis comme en Europe, moins touchés que les autres continents par le réchauffement climatique, la diminution de la biodiversité et les pollutions. Parallèlement, le discours  d’innovation technologique suscite espoir chez les personnes formées et inquiétude chez celles qui ne maîtrisent pas les nouveaux outils, mais comprennent les menaces qu’ils font peser sur l’emploi salarié.

Extrait du livre de Thomas Gomart, "L'affolement du monde : 10 enjeux géopolitiques", publié aux éditions Tallandier.

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Guy Bernard
- 23/06/2019 - 08:44
ce n'est pas de la confiance, c'est de l'inconscience
Lorsque les Chinois et les Russes listent nos facteurs clés de succès ils arrivent à la conclusion de Peter Drucker (sur les multinationales, 2003 si ma mémoire est bonne) : "elles disparaîtront parce qu'elles ne savent plus ce qu'elles produisent".
on peut décliner cette phrase en terme de recherche, d'investissements, de production, de réactivité, etc.
L'URSS, solvable, a explosé en républiques insolvables et endettées, dont les dettes ont aussitôt été recyclées par l’Europe après annexion, alors qu'ils étaient scotchés par l'incapacité à se financer.
si depuis mon fauteuil je fais l'analyse, je suppose qu'ils sont encore plus évolués.
dans nos pays, ce n'est pas de la confiance, c'est de l’inconscience.
ou une conscience de marchands de tapis : ce qui est pris n'est plus à prendre.