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"Le jeune Ahmed" des frères Dardenne :Islamisme: cartes sur table. Remarquable et édifiant.

Publié le 22 mai 2019
Le cinéma n'hésite plus à aborder le sujet brûlant de l'islamisme. Le film des frères Dardenne est exceptionnel d'intelligence et, à la fois, de réalisme et de finesse.
Dominique Poncet est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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Le cinéma n'hésite plus à aborder le sujet brûlant de l'islamisme. Le film des frères Dardenne est exceptionnel d'intelligence et, à la fois, de réalisme et de finesse.

VU PAR DOMINIQUE PONCET

 

CINEMA

 Le jeune Ahmed 

 de Jean-Pierre et Luc Dardenne

 avec Idir Ben Addi, Victoria Bluck, Olivier Bonnaud…

 

RECOMMANDATION

 EN PRIORITE

 

THEME

En Belgique, aujourd’hui. Ahmed, 13 ans, élevé dans une famille musulmane modérée, déclare un jour ne plus vouloir serrer la main de son institutrice, une femme patiente et bienveillante qui l’a connu tout petit et qui lui a appris à lire. Sa mère ne comprend pas ce revirement. C’est qu’en douce,  l’adolescent a été radicalisé par son iman. Cet embrigadement s’est fait très progressivement, sans signe de violence extérieure, à peine un imperceptible changement de comportement. 

L’enfermement d’Ahmed dans sa croyance va le pousser à vouloir tuer son enseignante à l’arme blanche. Après son geste, parce qu’il est mineur, il est envoyé dans un centre de rééducation. Mais Ahmed va rester imperméable à tout, aux supplications de sa mère, aux efforts de ses éducateurs, à la main tendue d’une jeune fille, à sa nouvelle vie à la campagne. Enfermé dans son fanatisme, il finira par s’échapper pour essayer de réitérer son geste. Un geste que, pourtant, un mauvais coup du destin ne lui permettra pas d’accomplir.

 

POINTS FORTS

- Comme d’habitude avec les  frères Dardenne, le scénario semble avoir obéi à une urgence. Le jeune Ahmed débute d’ailleurs par une cavalcade. On entre dans une spirale et on n’en sort plus. Tout s’enchaîne avec une fluidité, une logique et une simplicité de narration qui laissent pantois.

- Ce sont les mécanismes du jusqu’au-boutisme religieux qui ont  intéressé les cinéastes. Ces derniers ne les expliquent pas, mais montrent l’impossibilité de les démonter. Parce qu’il s’enracine et finit par faire bloc dans le cerveau humain, rien ne semble pouvoir éradiquer le mal islamiste, même chez un embrigadé de fraîche date. Rien, sauf, disent les Dardenne, l’approche de la mort. Chez Ahmed, blessé accidentellement, sans espoir de survie, un voile se déchire, il entrevoit la rédemption et implore le pardon pour ses actes.

- C’est  à travers cette séquence finale, que vient se confirmer l’humanisme des Dardenne. Cet humanisme qui fait que quoi qu’ils racontent, on est toujours bouleversé par leurs histoires. Celle-ci est sans doute la plus terrible de leur filmographie. Pourtant, ils réussissent à la raconter sans qu’à aucun moment ils ne s’érigent en juges.

- Les derniers films des Dardenne étaient portés par des visages de comédiennes connues (Cécile de France, Marion Cotillard et Adèle Haenel). Celui-ci s’appuie sur un jeune inconnu qui fait ses premiers pas au cinéma. Dire, parce que c’est vrai, que l’espèce de détachement obstiné avec lequel Idir Ben Addi porte son Ahmed, est bluffant. De vérité et de sincérité.

 

POINTS FAIBLES

Je n'en vois aucun.

 

EN DEUX MOTS

 Depuis leurs débuts, les frères Dardenne ne cessent de mettre en scène des laissés pour compte. Evidemment, Le jeune Ahmed ne déroge pas à la règle. Ce qui est nouveau dans ce film, c’est que pour la première fois, les cinéastes dressent le portrait d’un être qui s’est dé-socialisé lui-même, par endoctrinement religieux. En ce sens, c’est sans doute le premier film vraiment politique de ces cinéastes. Des cinéastes qui n’oublient jamais qu’ils sont, aussi, des citoyens, et qui, trois ans après les attentats de Bruxelles, ont voulu témoigner du mal islamiste. Mais à leur manière, avec grâce, simplicité, réalisme, et sans porter de jugement. L’humanisme, chez eux, n’est jamais une question de morale, il est ontologique. C’est ce qui rend leurs films si nécessaires, si bouleversants.  

 

UN EXTRAIT

« En commençant l’écriture, nous n’imaginions pas que nous étions en train de donner naissance à un personnage si fermé, capable de nous échapper à ce point, de nous laisser sans possibilité de construction dramatique pour le faire sortir de sa folie meurtrière. Et pourtant, pouvait-il en être autrement puisque le fanatisé est si jeune, presque un enfant, et si, de plus, son maitre séducteur l’encourage à vénérer un cousin martyr, un mort ? » (Jean-Pierre et Luc Dardenne, réalisateurs).

 

 

LES REALISATEURS

Même s’ils ne sont pas jumeaux (Jean-Pierre est né le 21 avril 1951 à Engis en Belgique; Luc, le 10 mars 1954 à Awirs, dans cette même Belgique), les frères Dardenne sont, en matière de cinéma, indissociables. Scénarios, réalisation, production… ils font tout en tandem depuis 1975, année où, pour financer des documentaires, ils fondent leur première maison de production,  « Dérives ». En 1994, ils en créent parallèlement une seconde, « Les Films du fleuve », qui, depuis, s’occupe de leurs fictions. Des fictions qui depuis La Promesse, en 1996, ne cessent d’influencer le cinéma d’auteur du monde entier. 

C’est devenu comme un rite : à chaque fois que « Les Frères » (comme on les appelle en Belgique) sortent un film, ce dernier est sélectionné pour la Compétition officielle de Cannes, et, souvent, il s’y retrouve primé . On citera Rosetta, qui, en 1999, réalisa un beau doublé en raflant deux récompenses, la Palme d’Or et le Prix d’interprétation féminine pour Emilie Dequenne; ou l’Enfant, qui en 2005, obtint aussi une Palme d’or; ou encore Le Gamin au vélo, qui, en 2011, emporta le Grand Prix.

Retenu cette année pour cette même compétition, le Jeune Ahmed qui sort cette semaine sur les écrans repartira-il de la Croisette avec un nouveau prix ? Réponse, le 25 mai.

 

 

ET AUSSI

**********

**********

 

- « Une part d’ombre » de Samuel Tilman avec Fabrizio Rongione, Natacha Régnier, Christophe Paou…

En apparence, David est un homme heureux. Il a une femme qu’il aime et qui l’aime, deux enfants qu’il adore, un boulot de prof qui l’épanouit et une bande de potes avec lesquels il s’éclate. Un jour qu’il effectue son jogging, il indique son chemin à une femme retrouvée assassinée quelques heures après. Pour David, tout va basculer. De simple témoin, il va se transformer en suspect,  puis en coupable idéal, d’autant que l’enquête va prouver qu’il n’est pas irréprochable et qu’il a eu une double vie. Il sera soutenu par son meilleur ami et son avocat, mais cela ne suffira pas : le doute va s’insinuer parmi ses proches. L’affaire va s’emballer, la bande de copains, s’effriter…

Pour son premier film, Samuel Tilman a placé haut la barre en s’attaquant au suspense psychologique. C’est un genre difficile car il faut tenir le spectateur en haleine sans le recours à des rebondissements spectaculaires. Le cinéaste débutant a gagné son pari. En concentrant son scénario exclusivement sur David et ses proches, il arrive à faire monter la tension et le doute. Coupable ou  non, David ? Fréquentable, ou pas ? Les questions restent ouvertes jusqu’à la dernière séquence du film. Tant pis pour les maladresses (notamment une plaidoirie inutilement longue), Une part d’ombre,porté par un scénario solide, une réalisation soignée et une distribution impeccable, est hautement recommandable. Il a d’ailleurs obtenu 7 nominations aux derniers Magritte (l’équivalent belge des Césars), dont celle du Meilleur premier film.

 

Recommandation : bon

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