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L’histoire fascinante du commando Kieffer

Publié le 18 mai 2019
Stéphane Simonnet publie "Nous, les hommes du commando Kieffer" (éditions Tallandier). 6 juin 1944. 176 jeunes volontaires, avec à leur tête le commandant Kieffer, sont les premiers et les seuls Français à fouler les plages de Normandie. Au crépuscule de leur vie, les vétérans du commando Kieffer livrent leurs souvenirs. Extrait 1/2.
Docteur en Histoire, chercheur à l’Université de Caen et ancien directeur scientifique du Mémorial de Caen, Stéphane Simonnet a consacré sa thèse au Commando Kieffer. Auteur de plusieurs ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale, il a notamment publié...
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Docteur en Histoire, chercheur à l’Université de Caen et ancien directeur scientifique du Mémorial de Caen, Stéphane Simonnet a consacré sa thèse au Commando Kieffer. Auteur de plusieurs ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale, il a notamment publié...
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Stéphane Simonnet publie "Nous, les hommes du commando Kieffer" (éditions Tallandier). 6 juin 1944. 176 jeunes volontaires, avec à leur tête le commandant Kieffer, sont les premiers et les seuls Français à fouler les plages de Normandie. Au crépuscule de leur vie, les vétérans du commando Kieffer livrent leurs souvenirs. Extrait 1/2.

Lorsqu’elle débarque en Normandie, cette unité des FFL1 est composée de volontaires ayant pour la plupart rejoint la France libre dès 1940. À leur tête, un homme de 40 ans, Philippe Kieffer, sous-lieutenant interprète de réserve, engagé volontaire en 1939 dans l’armée de terre puis dans la marine où, affecté dans un état-major à Dunkerque, il a assisté au désastre des armées françaises en mai 1940. Il est parvenu à quitter la France le 18 juin 1940 à bord d’un chalutier belge, pour rejoindre l’équipage du cuirassé Courbet réfugié en rade de Portsmouth en Angleterre. Kieffer entend y rejoindre les rangs des FFL que de Gaulle organise à Londres et qui se battent alors en Afrique. Mais c’est le succès d’un raid anglais mené le 4 mars 1941 sur les îles Lofoten au large de la Norvège qui retient toute son attention. Pourquoi une telle action engagée par des commandos britanniques ne pourrait-elle pas être lancée de la même manière par des commandos français, et sur les côtes françaises ? 

Kieffer entretient l’amiral Muselier, le commandant des FNFL, de son projet de création d’une unité  composée de commandos français. Le patron des FNFL se laisse plus facilement séduire que les Britanniques, peu disposés à ouvrir leurs prestigieuses unités à des soldats étrangers. Affirmant qu’il pourra recruter des marins français « connaissant chaque caillou de la côte », Kieffer obtient finalement, en décembre 1941, l’autorisation pour le recrutement des premiers volontaires. Celui-ci  commence rapidement parmi les unités FNFL basées autour de Portsmouth. Les premiers entraînements débutent au camp des FFL à Camberley. Marins, légionnaires et fusiliers marins constituent le noyau des commandos, complété par quelques punis à qui l’on propose d’effacer leur peine. L’entraînement est calqué sur le modèle britannique : marches forcées, séances de tir, maniement d’explosifs, combat à mains nues ou au couteau. La cadence imposée par Kieffer aboutit à une sélection très sévère. Vingt-neuf hommes sont retenus pour former, à la fin du mois de mars 1942, la 1re compagnie de fusiliers marins. 

Les entraînements suivants s’effectuent avec les unités des Royal Marines à Skegness, au nord de Londres. Encadrés par des instructeurs britanniques, les futurs commandos français s’aguerrissent un peu plus sous les ordres de Kieffer et de son adjoint Jean Pinelli, tandis qu’au camp de Camberley, d’autres volontaires s’entraînent sous la conduite du capitaine Charles Trépel. À la fin de ces stages, les hommes de Kieffer sont admis à suivre la formation des commandos au camp  d’Achnacarry, au nord de l’Écosse, en avril 1942. Ils sont les premiers étrangers à être ainsi admis dans cette école de commando. La deuxième équipe de volontaires constituée par Trépel est admise à son tour à Skegness à partir du 11 juin 1942. En juillet, les hommes de Kieffer, brevetés commandos, intègrent le Commando n° 2 stationné au camp de Ayr, en Écosse. Le 14 juillet 1942, ils sont à Londres pour le défilé voulu par le général de Gaulle. Les hommes de Kieffer intègrent au mois d’août le Commando interallié n° 10, installé à Criccieth, au pays de Galles, où ils poursuivent leur entraînement. 

Quinze hommes sont alors choisis pour participer au raid sur Dieppe. Sous la conduite de l’officier Francis Vourc’h, les commandos français rejoignent leurs trois unités, dont les Commandos n° 3 et n° 4. L’objectif : la batterie allemande de Varengeville. Le 19 août, ils font partie des 6 000 hommes de l’opération « Jubilee » qui se ruent vers les différentes plages de Dieppe. Les commandos parviennent à s’infiltrer dans les réseaux de défense ennemis. Mais très vite, les Allemands reprennent le dessus, le débarquement tournant à la déroute, surtout pour les Canadiens à Dieppe, même si les hommes du Commando n° 4 débarqués à Vasterival ont rempli leur mission. Parmi les quinze Français, tous ne rentrent pas : l’un a perdu la vie, un autre a été capturé. 

Au cours de ce même mois d’août 1942, de nouveaux contingents portent l’effectif de la troupe de Kieffer à 81 hommes. Rassemblée dans le sud de l’Angleterre à Eastbourne en mai 1943, l’unité française adopte définitivement le béret vert des commandos britanniques. 

À l’heure où des commandos français s’installent à Eastbourne, d’autres Français volontaires pour la France libre et les commandos, des fusiliers marins du 2e bataillon de retour du Liban, y sont rassemblés sous la conduite d’Alexandre Lofi. Pris en charge en Angleterre par Trépel, quarante-cinq marins, rejoints par des évadés de France ou d’Afrique du Nord, gagnent Achnacarry à la fin du mois de juin 1943, pour y subir pendant un mois le même entraînement que leurs prédécesseurs. Brevetés commandos le 29 juillet 1943, ils forment une nouvelle troupe, la troop n° 8. Le bataillon n’a cependant toujours pas fini de s’étoffer. En septembre 1943, le lieutenant Pierre Amaury constitue un groupe qu’il forme et entraîne en novembre au camp de Bir-Hakeim à Portsmouth, puis au centre d’entraînement commando de Wrexham. La moitié des nouveaux brevetés est alors répartie entre les troops n° 1 et 8, l’autre moitié devant former une section de mitrailleuses lourdes, la K Gun. En octobre 1943, les troops n° 1 et 8 sont pour la première fois rassemblées à Eastbourne. À partir de cet instant, les bérets verts français sont considérés comme opérationnels.

Les raids de sondage sur les côtes occupées

C’est durant l’hiver 1943-1944 que les Opérations combi nées les désignent pour mener des raids sur les côtes françaises, les Pays-Bas et les îles Anglo-Normandes. Près de quatre-vingts commandos français sont choisis pour douze opérations programmées sous le nom de code « Hardtack » et prévues entre le 25 et le 27 décembre 1943. Plusieurs raids se succèdent alors avec le même objectif : tenter de ramener un prisonnier et le maximum de renseignements sur les systèmes de défense allemands. 

Si les opérations sur Varreville-la-Madeleine, Quinéville ou Middelkerke se déroulent sans réelle difficulté et sans pertes, il n’en va pas de même pour certains raids qui sont catastrophiques et meurtriers, comme sur les îles de Jersey ou Sark. Ou encore à Gravelines, où l’équipe débarquée au cours de la nuit de Noël 1943 se retrouve piégée sur la grève au moment de réembarquer. Elle perd son chef, Pierre Wallerand, et un sergent anglais qui se noient tandis que les sept hommes restés sur la plage sont livrés à eux-mêmes, devant se constituer prisonniers ou prendre la fuite. Enfin, du raid mené à Scheveningen, sur les côtes néerlandaises, dans la nuit du 27 au 28 février 1944, l’équipe de l’adjoint de Kieffer, Charles Trépel, ne revient pas. La perte de Wallerand puis de Trépel et de ses hommes constitue un sérieux coup pour les commandos français. L’opération de Scheveningen est la dernière qui soit confiée aux hommes de Kieffer avant le 6 juin 1944. 

En avril 1944, le bataillon français, riche de cent quatre-vingts hommes, devient le 1er BFMC. Il est rattaché au Commando n° 4 du colonel Dawson, lui-même intégré à la 1re brigade spéciale de Lord Lovat. Le 25 mai 1944, le Commando Kieffer rejoint le camp de Titchfield. C’est là, consignés entre Portsmouth et Southampton, que les Français découvrent leur mission : la prise des points forts de Riva-Bella et du casino de Ouistreham – du moins ce qu’il en reste après sa destruction par les Allemands –, la jonction au pont de Bénouville avec la 6e division aéroportée britannique, enfin, le maintien de la tête de pont ainsi créée à partir d’Amfreville, au nord-est de Caen.

Le débarquement en Normandie

Rassemblés le 5 juin, les hommes embarquent à bord de deux LCI, les plus petits bateaux capables de traverser la Manche. Sur le LCI n° 527 prennent place Kieffer et son PC, la troop n° 1 et une moitié de la section K Gun. Sur le LCI n° 523 s’installent la troop n° 8, la seconde moitié de la section d’Amaury et une autre des radios du Commando n° 4. 

À l’aube du 6 juin, les hommes de Kieffer ont le privilège de débarquer les premiers sur le secteur britannique de Sword. À 7 h 30, les deux barges s’échouent sur la plage à La Brèche, lieu-dit de Colleville. Malgré l’importante préparation d’artillerie des Alliés, les Allemands sont parvenus à déclencher un véritable tir de barrage qui, de Merville à Lion-sur-Mer, balaie toutes les zones du Débarquement. Aucune des deux embarcations n’est cependant touchée, même si les passerelles de la barge n° 527 sont emportées par un tir d’obus. Les hommes du LCI n° 523 atteignent rapidement le haut de la plage, alors que ceux de la troop n° 1 ont plus de difficultés à s’extraire de leur bateau. Les premiers hommes sont touchés, à commencer par Kieffer. 

Sitôt les barbelés coupés, les commandos se rassemblent dans les ruines d’une ancienne colonie de vacances.

Kieffer dresse un premier bilan : pour la seule troop n° 1, 5 morts, 28 blessés et 115 valides. 

La troop n° 8 doit réduire les points d’appui allemands sur la plage en direction de Ouistreham. La troop n° 1 se dirige directement vers son objectif, le casino. La section K Gun, très vite assaillie par des tirs de mitrailleuse, accumule les pertes. La troop n° 1 est parvenue à son objectif, mais reste bloquée par un fossé et un mur antichar. Malgré plusieurs salves contre le bunker, Kieffer doit constater que ses armes antichars ne suffiront pas. Autour de lui, ses hommes continuent de tomber. Il n’a d’autre solution que de s’emparer d’un char du 18e hussars qui vient d’arriver à Ouistreham. Ses tirs d’obus, combinés à une double attaque des Français sur les flancs, réduisent au silence les tireurs du casino. Il est midi lorsque l’ensemble des combattants français se rassemble là où ils avaient laissé leurs sacs. Les pertes sont de 66 hommes, dont 10 tués.

Extrait du livre de Stéphane Simonnet, "Nous, Les hommes du commando Kieffer", publié aux éditions Tallandier

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