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"Séduis-moi si tu peux !" de Jonathan Levine : Cannes offrira difficilement mieux dans le genre

Publié le 15 mai 2019
Si vous aimez les comédies romantiques, surtout lorsqu'elles sont bien ancrées dans la réalité d'aujourd'hui, alors ne manquez pas "Séduis-moi si tu peux!". Fond, forme, interprétation: tout est au TOP.
Dominique Poncet pour Culture-Tops
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Dominique Poncet est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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CINEMA
Séduis-moi si tu peux ! 

de Jonathan Levine 

Avec Charlize Theron, Seth Rogen, June Diane Raphael…

 

RECOMMANDATION

         EN PRIORITE

 

THEME

D’un côté, Charlotte Fields, une secrétaire d’Etat candidate à l’élection présidentielle américaine, riche, chic, glamour, formatée, sophistiquée et ambitieuse (Charlize Theron). De l’autre, Fred Flarsky, un journaliste  grande gueule, colérique, provocateur, fumeur de pétards et… attifé comme l’as de pique (Seth Rogen). En apparence, entre les deux, un gouffre infranchissable.

Mais, voilà que par le plus grand des hasards, ces deux là que tout oppose, vont être mis en présence et qu’ils vont se souvenir que dans une vie antérieure, elle, a été sa baby-sitter. Pendant ces quelques années de « garde », lui, déjà, la trouvait « à tomber » ; elle, déjà,  aimait son humour et sa tchatche ! Ces retrouvailles tombent à pic. Lui cherche un boulot, elle, quelqu’un pour booster ses discours. Bien sûr, ils vont « faire affaire ». On  devine la suite...

 

POINTS FORTS

  • Vous pensez que cette comédie romantique a un air de déjà vu ? Erreur ! Si Séduis moi si tu peux ! démarre un peu comme Pretty Woman (deux êtres dissemblables qui vont avoir besoin l’un de l’autre), tout se déroule ensuite dans un contexte beaucoup plus explosif et « sociétal ». Car bien qu’étant le sujet central du film, l’histoire d’amour entre ses deux héros est le prétexte à une exploration d’une multitude de thèmes très actuels, comme les rapports hommes-femmes, la crise de la presse, les mensonges d’Etat, les ravages de la politique spectacle, etc.
  • Sous le romantisme surgit une satire sans concession de l’Amérique d’aujourd’hui. Le Président américain est un politicard cynique et dégoûtant  qui espère bien profiter de sa fonction pour retourner à son ancien métier d’acteur ( Ça ne vous rappelle personne ?). Inutile d’en rajouter : D’une  remarquable finesse d’écriture, le scénario de Séduis moi si tu peux ! est l’un des plus malins et des plus séduisants qu’on ait vus depuis longtemps sur un grand écran.
  • Il est d’autant plus irrésistible qu’il est porté par deux comédiens qui, visiblement, s’en donnent à cœur joie. Impériale, rayonnante de beauté, Charlize Theron subjugue. Souvent louée pour ses rôles dramatiques (notamment dans Monster pour lequel elle fut Oscarisée en 2003), l’actrice d’origine sud-africaine montre ici - surprise !- qu’elle a aussi un énorme  potentiel comique. 
  • Face à elle, dans le rôle de son improbable fiancé, Seth Rogen, un interprète canadien de 37 ans, promu depuis quelques années pape de la comédie hollywoodienne grâce à ses rôles dans des films comme En Cloque mode d’emploi. Ici, dans son personnage d’intello balourd mais au cœur gros comme ça, il est impayable. Il pourrait jouer les éléphants lâchés dans un magasin de  porcelaine, il ne serait jamais caricatural. Entre Charlize et lui, dont la finesse de jeu est exceptionnelle,  l’alchimie est incontestable.
  • Evidemment, la réalisation de Jonathan Levine exacerbe la perfection du  duo.

 

POINTS FAIBLES

Je n'en vois aucun.

 

EN DEUX MOTS

Fond, forme, interprétation, il y a longtemps qu’on n’avait pas vu une comédie romantique d’un tel niveau sur les écrans. Il n’y manque rien, ni le rythme, ni le charme, ni les grands sentiments, ni l’humour, ni la satire, ni les rebondissements. Rien, vous dit-on. La preuve ? Séduis moi si tu peux !dure deux heures et on ne les voit pas passer. Elles sont jubilatoires.

 

UN EXTRAIT

« Ma relation avec Seth Rogen avait quelque chose de totalement authentique et c’est exactement ce qu’il fallait pour que le film soit non seulement drôle, mais aussi qu’il raconte avec sincérité l’histoire d’un couple moderne… Je crois qu’on a envie que ces deux personnages tombent amoureux et finissent ensemble. Ils sont comme le yin et le yang, mais chacun permet à l’autre de se souvenir de la vraie nature de ses idéaux »

(Charlize Theron, comédienne).

 

LE REALISATEUR

Réalisateur, scénariste et producteur américain,  Jonathan Levine, né le 18 juin 1976 à New York, est aujourd’hui l’un des hommes de cinéma les plus éclectiques d’Hollywood. Diplômé de Brown University, il a signé  (ou produit) des films  tour à tour drôles, émouvants, audacieux, réalistes, fantaisistes ou… effrayants.

 Après avoir réalisé deux courts métrages et avoir été assistant sur Auto focus de Paul Schrader, il se fait remarquer dès son premier long métrage, All the boys Love Mandy Lane. En 2008, deux ans après ce film qui lui avait valu un succès d’estime, il écrit The Wackness, avec lequel il rafle le Prix du public au festival de Sundance et au L.A. Film Festival. Sa carrière est lancée.

En 2011, c’est 50/50 (cité au Golden Globe); en 2013, Warm Bodies (une adaptation d’un roman qui génère plus de 115 millions de dollars de recettes); en 2015, The Night before  et en 2017, Snatched ( avec Goldie Hawn). Parallèlement, il a notamment produit Hors Contrôle, de Jake Szymanski.

Pour Séduis moi si tu peux !, qui est  son septième long métrage, le cinéaste retrouve Seth Rogen  qui avait produit 50/50 et joué dans The Night Before.

 

 

ET AUSSI

**********

**********

 

- «Passion » de Ryusuke Hamaguchi- Avec Ryuta Okamoto, Aoba Kawai, Nao Okabe…

C’est fou comme certains réalisateurs font feu de tout bois. Une annonce banale et hop ! C’est l’occasion pour eux d’entrainer le spectateur dans de passionnantes explorations existentielles. C’est le cas de Ryusuke Hamaguchi pour Passion…

Un jeune couple annonce son mariage au cours d’un diner entre amis. Ce moment devrait être plutôt festif et joyeux, mais la caméra du cinéaste va en profiter pour s’engouffrer dans les failles sentimentales que certains des convives n’avaient jamais dévoilées. Aiment-ils leurs compagnes ? Sont-ils prêts à s’engager ? Qu’est-ce que, pour eux le sentiment amoureux ? Une mise en scène implacable va les sommer de répondre...

On regarde ce film à la fois brillant, ludique, vertigineux et même violent (par la seule force de son propos) et on ne peut s’empêcher de penser à  Eric Rohmer et à John Cassavetes. C’est tellement prenant, et pour ainsi dire parfait tant sur le fond que sur la forme, qu’on se demande pourquoi ce petit bijou cinématographique et scénaristique tourné en 2008 a mis dix ans avant d’arriver en France ! Son réalisateur, le japonais Ryusuke Hamaguchi (40 ans tout rond cette année) est celui de Senses  et de Asako 1&2, qui avait été présenté en compétition à Cannes l’année dernière.

Recommandation : excellent.

 

- «  Hard Paint » de Marcio Reolon et Filipe Matzembacher - Avec  Shico Menegat, Bruno Fernandes, Guega Peixoto…

Depuis son exclusion de l’université pour violences, Pedro, jeune homosexuel mal dans sa peau, vit cloitré chez lui. Pour survivre, il se livre  à des shows  érotiques devant sa webcam : il se barbouille de peintures fluo et, moyennant finances, s’exhibe sous le nom de Neon Boy devant des  internautes avertis. Un jour, il s’aperçoit qu’un autre garçon imite son style de performances. Il décide de le rencontrer. Son triste quotidien de prostitué solitaire va se transformer…

Pour son second long métrage, après Beira-Mar, le duo brésilien Marcio Reolon et Filipe Matzembacher explore une fois encore la difficulté d’être un adolescent mal dans sa peau. Il le fait ici en proposant le portrait d’un jeune prostitué masculin. Comme le titre de leur film l’indique, ce portrait est assez « hard », triste et sombre aussi. Il n’y aurait « no futur » pour les prostitués gays au Brésil.

La désespérance que trimballe le scénario de Hard paint aurait pu être atténuée par une réalisation formellement belle. Mais les deux réalisateurs en ont décidé autrement. Dommage. Pour le film, et aussi pour la cause gay. Ce bémol n’a pourtant pas empêché ce long métrage brésilien de repartir du dernier festival de Berlin avec le Teddy Award, qui récompense le meilleur film LGBTI.

Recommandation : bon

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