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Finale de la Coupe de France: le sacre des Rennais plonge les Parisiens dans la crise

Publié le 28 avril 2019
A l'issue d'une finale totalement renversante, le Stade Rennais, 48 ans après son dernier titre, s'impose aux tirs aux buts (6/5) et remporte la Coupe de France.
Olivier Rodriguez
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Olivier Rodriguez est entraîneur de tennis et préparateur physique. Il a coaché des sportifs de haut niveau en tennis.   
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A l'issue d'une finale totalement renversante, le Stade Rennais, 48 ans après son dernier titre, s'impose aux tirs aux buts (6/5) et remporte la Coupe de France.

Après le cataclysme européen et la perte de la Coupe de Ligue dans des conditions peu glorieuses, le PSG n'avait pas vraiment le choix: pour sauver sa saison, il lui fallait remporter la Coupe de France. Mais en cédant leur trophée à des Rennais revenus de tout, les Parisiens ont encore laissé échapper une victoire qui leur tendait les bras et s'assurent désormais d'une crise qui secouera l'organigramme à tous les étages. 

L'histoire a déjà sa morale: on a beau disposer de moyens uniques et jouir d'une domination sans précédent dans l'histoire du football national, on peut tout de même être contesté par plus petit que soi. Le constat est terrible, malgré une moisson biblique, ce PSG porte sa croix. Rendez-vous compte, 21 trophées nationaux remportés depuis 2013 ! Ce n'est plus une souveraineté, c'est une dictature ! Mais une dictature n'est pas un empire et il est également paradoxal de constater que ce PSG version QSI n'a pour l'instant pas fait aussi bien, à l'échelle européenne, que le PSG dit "historique", celui des années 90. Au delà de l'empilement des titres et des moyens démesurés, l'équipe a su pourtant produire, parfois, cette année, un football de grande qualité. Mais les échecs cuisants commencent désormais à s'additionner et le club va devoir faire face à cette grande question: comment trouver sa place entre trois néants ? 

Revenons au match. Un match qui illustre parfaitement la saison de Parisiens qui menèrent logiquement 2 à 0, (deux bijoux signés Alves et Neymar aux 13ème et 21ème minutes) avant de tomber dans leurs facilités et de laisser peu à peu les Rennais croire en leurs chances. Si le but contre son camp de Kimpembe (40ème) avait permis aux Bretons de recoller miraculeusement au score, la tête de Mexer (66ème), elle, ne devait rien à personne. Rattrapés par leurs doutes autant que par les limites du moment, les Parisiens semblaient se dissoudre au fur et à mesure que le match s'étirait. C'est ce qui arrive lorsque l'on aligne autant de joueurs revenant de blessures. C'est ce qui arrive lorsqu'une équipe est démobilisée depuis trop longtemps. C'est ce qui arrive également lorsque un groupe replonge dans les problèmes dont il voulait s'extraire. Dans la peur du pire et les sueurs froides, l'affaire se prolongea péniblement jusqu'aux tirs aux buts. Au terme d'une séance aussi interminable que crispante, les espoirs du PSG s'envolèrent en même temps que le tir de Nkunku partait dans les tribunes. Le pire, c'est que Rennes n'avait pas eu besoin d'un grand Ben Arfa pour l'emporter. Si les héros Bretons se nomment Bourigeaud, André, Koubek et... Stephan, c'est tout un groupe qui peut célébrer un trophée qui marque le couronnement d'une saison riche en émotions.

Inutile de vous dire à quel point le contraste était saisissant du côté des Parisiens... Si les joueurs du PSG étaient jusque-là des perdants qui s'ignoraient, ils sont désormais des loosers qui le savent et on ne voit pas comment leur entraîneur pourrait ne pas être emporté par la tempête. Ses joueurs ont encore affichés leurs insuffisances et leur défaite est d'autant plus odieuse que leurs adversaires sont sympathiques.

Puisque le club est marqué par les échecs qui s'enchaînent, puisque les sommes dépensées sont folles, les choses ne peuvent rester en l'état. Pour l'état-major, le coach et les joueurs, le jeu des chaises musicales va donc débuter. Mais à quoi tiennent une politique sportive ou un mercato réussis ? Principalement aux plus-values apportées à l'effectif. En ce sens, l'échec avéré convoque de nombreux questionnements : A-t-il été bénéfique d'offrir des retraites dorées à Buffon et Alves ? Les départs de Matuidi et Lo Celso ont-ils été compensés ? Kherer, Paredes et Draxler ont-ils tirés le groupe vers le haut ? Dans quel autre club de Ligue 1 Choupo-Moting serait-il titulaire ? La direction sportive, laxiste par le passé, (l'affaire Aurier, les passe-droits de Neymar etc...) ne s'est-elle pas montrée caractérielle au sujet de Rabiot quand faire preuve de caractère aurait certainement pu suffire ? Quel autre club affichant les mêmes prétentions serait resté autant de temps dans l'attente vaine d'un numéro 6 de métier ? 

Dans certains cas, avec un peu d'irrévérence, on pourrait invoquer une déchéance de rationalité... mais rien que le fait que toutes ces interrogations se posent est déjà significatif. D'une façon plus générale, c'est le profil global de l'équipe qui est à reconsidérer. Le constat est patent: dans les soirées de gala, les "beaux" joueurs ne se sont pas imposés, loin s'en faut, et la comparaison avec les "galactiques" de Florentino Perez s'impose d'elle-même. Dans ces soirées sous haute tension, les stars du PSG ont surtout brillé par leurs absences ou ont trop souvent montré qu'avoir faim comme quatre est toujours insuffisant quand on joue à onze... De la combativité, de l'âme, voilà ce qui a manqué. Mais si toutes ces métastases sont révélatrices d'un mauvais casting et d'incohérences, elles sont aussi les témoins d'un cancer un peu plus généralisé: la définition même du projet. Les coachs ou les joueurs ont beau changer, on a l'impression que les problèmes de ce PSG version QSI sont aussi vieux que lui. Le club brûle les étapes et oublie que se forger un destin européen prend certainement plus de temps que de se forger une image. Et cette équipe reste mal perçue, comme disqualifiée par les moyens qui lui sont donnés. Par ailleurs, si le club néglige ses anciennes gloires, il néglige aussi ses vrais supporters, c'est-à-dire les vrais passionnés, ceux pour lesquels l'image compte certainement moins que l'imaginaire. Pour eux, l'histoire du club, l'institution et ses valeurs devraient tout inféoder. Mais comment pourraient-ils rêver quand le passé est un passif ? Comment pourraient-ils construire, à coups de transferts mirobolants et sans résultats continentaux, une légende moderne ? Le football ressemble finalement beaucoup au cinéma… dans les deux cas, la force de l'histoire réside surtout dans la capacité qu'a un public à y adhérer. Ce Paris Saint Germain est désormais clairement à un tournant de son histoire et son évolution est nécessaire car le projet initial patine. Parce qu'il s'est montré trop superficiel, on attend de lui, désormais, une certaine profondeur. Son salut viendra seulement de sa capacité à faire changer les regards qui se posent sur lui. Des regards qui, pour l'instant, se désespèrent de ce dont ils ont l'habitude.

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