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Cinéma : "Stan & Ollie" Un petit miracle cinématographique !

Publié le 06 mars 2019
Laurel et Hardy, toujours en vie? Allez voir le très bon film de Jon S. Baird et vous aurez envie de pouvoir vous poser la question. Un film original, une réalisation pleine de délicatesse, et une interprétation époustouflante. Le grand oublié des Oscars.
Dominique Poncet pour Culture-Tops
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Dominique Poncet est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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Laurel et Hardy, toujours en vie? Allez voir le très bon film de Jon S. Baird et vous aurez envie de pouvoir vous poser la question. Un film original, une réalisation pleine de délicatesse, et une interprétation époustouflante. Le grand oublié des Oscars.

CINEMA

« Stan & Ollie » 

de Jon S. Baird 

 avec Steve Coogan, John C. Reilly, Nina Arianda…

 

RECOMMANDATION : EXCELLENT

THEME

1953. Laurel (Steve Coogan) et Hardy (John C. Reilly), le plus grand duo  comique de tous les temps, se lancent dans une tournée à travers l’Angleterre, en attendant un hypothétique engagement dans un film qui… ne verra jamais le jour. Dépensiers tous les deux, entièrement soumis aux diktats financiers des grands studios américains qui les boudent depuis presque dix ans, ils tirent le diable par la queue.

Au début de leur périple, désormais vieillissants et méconnus des plus jeunes, ils peinent à faire salle comble et se produisent dans des établissements de seconde zone. Mais leurs capacités à se réinventer et à se faire rire mutuellement, vont leur permettre, petit à petit,  de renouer avec la gloire et le succès.

Malgré les épreuves personnelles, physiques et psychologiques, qui vont  les ébranler, ces inséparables duettistes réaliseront, au cours de cette tournée qui sera leur dernière, à quel point ils comptent l’un pour l’autre.

 

POINTS FORTS

- Quelle belle idée cet hommage au duo comique le plus célèbre de l’Histoire ! A ceux qui l’ont oublié, il faut rappeler que Laurel et Hardy, ce furent plus d’une centaine de films en 25 ans de carrière (quatre par an, ce n’est pas rien !) et des millions d’admirateurs de tous âges. Aujourd’hui, ce sont  d’ailleurs encore des centaines de fans-clubs à travers le monde.

- Quelle jolie trouvaille scénaristique que d’avoir rendu cet hommage en le centrant sur les années de la fin du tandem, quand, ruiné ou presque, passé de mode aux yeux des requins d’Hollywood, il prend  le temps, entre deux numéros éblouissants de drôlerie, de se pencher sur son passé, de réfléchir sur ce qui les a liés à jamais, et sur tout ce qui leur a fallu  parfois d’abnégation pour ne pas céder aux sirènes d’une carrière solo.

-Prises de vue, dialogues et scénario, tout ici respire l’admiration et le respect pour les deux héros. Le réalisateur Jon S. Baird les a filmés avec une tendresse et une délicatesse rares pour un biopic. Le résultat est qu’on perçoit les humains si fragiles, si naïfs et si enfantins qu’ils étaient sous leurs postures d’artistes. Leurs doutes, leurs joies, leurs peines, leur générosité, leur peur déchirante de vieillir et aussi leur plaisir jamais assouvi  (malgré la fatigue) à trouver et exécuter ces gags qui faisaient se plier en deux de rire leurs admirateurs… tout affleure sous le regard  pourtant si discret et si  délicat de la caméra. Ce traitement rend le film, conçu d’abord pour faire rire, bouleversant.

- Dans les habits du duo, deux acteurs au sommet de leur art, Steve Coogan et John C. Reilly. Tous les deux sont parfaits. Le premier restitue à merveille la candeur maladroite du frêle Laurel, le second, la balourdise si élégante et si bonhomme du monumental  Hardy.

POINTS FAIBLES

D’aucuns trouveront que Stan &Ollie pâtit un peu de son rythme, assez lent, et  de  son académisme formel.

EN DEUX MOTS

Comment ne pas succomber à ce film qui ressuscite le duo de comiques le plus mythique et le plus indémodable du cinéma mondial ? Il cumule d’être à la fois, très bien écrit, d’une tendresse infinie, d’une mélancolie déchirante et d’une drôlerie communicative. Il est en outre porté par deux acteurs époustouflants de brio, de vérité, de sincérité et… de respect pour leur personnage respectif. C’est dire si ces deux interprètes là, Steve Coogan et John C. Reilly, émeuvent autant qu’ils font rire.

Qu’on soit fan ou non, de Laurel et Hardy, qu’on les connaisse ou non, ce Stan & Ollie est l’exemple d’un biopic réussi, tellement d’ailleurs, qu’on se demande pourquoi il n’a pas obtenu une seule nomination aux Oscars.  

 UN EXTRAIT

« Stan & Ollie est avant tout une histoire d’amitié. Le film parle de ces deux amis qui sont arrivés au soir de leur vie, mais qui n’en ont pas conscience. Mais il évoque aussi leur génie artistique et la manière dont la magie se produit sur scène » (Faye Ward, productrice).

LE REALISATEUR

 Avant de devenir l’un des cinéastes anglais les plus captivants de sa génération, Jon S. Baird, né en novembre 1972 à Aberdeenshire en Ecosse, fourbit ses armes à la BBC. Il fait ses premiers pas de réalisateur en 2003 dans l’émission comique The State We’re In. Un an plus tard, il écrit, réalise et produit son premier court-métrage, It’s a casual life, qui lui permet de devenir producteur associé sur le film Hooligans.

 C’est en 2008 qu’il passe au long métrage avec Cass, qu’il écrit et produit également, l’histoire vraie d’un orphelin jamaïcain qui devint un auteur à succès après avoir été l’un des hooligans anglais les plus craints de l’histoire… En 2013, il tourne Ordure !, une comédie dramatique qu’il  a adapté lui même d’un roman d’Irvine Welsh et qui comptera parmi les plus gros succès du box office anglais.

Avant de revenir au cinéma avec ce Stan & Ollie, Jon S. Baird était retourné à la télévision pour réaliser notamment plusieurs épisodes de la série Vinyl  (produite par Martin Scorcese et Mick Jagger) et, en 2016, deux numéros de I’m dying up here, créé par Jim Carrey.

-ET AUSSI

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- « Damien veut changer le monde » - de Xavier de Choudens - Avec Franck Gastambide, Gringe, Melisa Sözen…

Elevé dans le culte du militantisme à tout va par des parents sur-engagés dans toutes sortes de causes, Damien, la trentaine, coule désormais une vie insouciante entre son boulot de pion dans une école primaire de banlieue  et sa bande de copains. Mais un jour, sans crier gare, son passé le rattrape. Apitoyé par le sort d’un petit syrien mis dans l’obligation de quitter le territoire français, il se met en tête de le sauver. Seule solution : reconnaître  l’enfant comme son fils, afin de lui obtenir, à lui et à sa mère, des papiers. Son acte va faire boule de neige. De fil en aiguille, il va se retrouver père d’une dizaine de gamins. De quoi perdre la tête et se fourrer dans les beaux draps de l’illégalité…

Comment, au ciné, parler de solidarité et d’intégration sans plomber l’ambiance par un discours moralisateur ? Pour son premier long métrage, Xavier de Choudens a trouvé la solution : une comédie sans pathos, naviguant entre loufoquerie et réalisme, rire et émotion, réflexion et divertissement. La générosité de son projet a séduit une belle brochette d’acteurs, parmi lesquels Camille Lellouche, Liliane Rovère, Patrick Chesnais et surtout Franck Gastambide épatant, inénarrable d’énergie, de drôlerie et de naïveté compassionnelle dans le rôle de Damien.  

Recommandation : excellent

- « Nos vies formidables » de Fabienne Godet - Avec Julie Moulier, Zoé Héran, Bruno Lochet…

Cisaillée par une enfance et une adolescence douloureuses qui l’ont conduite à l’alcoolisme et aux drogues dures, Margot débarque dans un centre de désintoxication. Qu’ils aient 18 ou 50 ans, qu’ils soient filles ou garçons, grands bourgeois friqués ou chômeurs, tous les pensionnaires de cette institution « ouverte » sont  là pour se reconstruire…

De son passé de psychosociologue, la réalisatrice Fabienne Godet a gardé le goût des films à veine sociétale. Aujourd’hui, elle  a choisi d’explorer le quotidien d’un centre thérapeutique pour « addicts ». Elle le fait à travers cette chronique, tendue, passionnante, bouleversante, bâtie sur des témoignages d’anciens pensionnaires de ce type d’établissement. On se croit dans un documentaire, mais c’est une fiction, magnifiquement portée par ses acteurs, dont la très sensible Julie Moulier (Margot) qui co-signe aussi le scénario. Quand la solidarité et la compassion sont au centre d’un film qui ne verse à aucun moment dans le mélo ou les bons sentiments, on en redemande.

Recommandation : excellent

 - « Exfiltrés » d’Emmanuel Hamon - Avec Swann Arlaud, Finnegan Oldfield, Jisca Kalvanda…

C’est un film sur l’attente d’un homme, Sylvain, mari et père, dont la femme, prétextant un séjour humanitaire, est partie un jour avec leur jeune fils rejoindre les rangs de Daech en Syrie. Parallèlement, c’est aussi un film sur l’enfer d’une femme, Faustine, qui va s’apercevoir du désastre de sa décision. Et pour lier les deux faces de cette même histoire, c’est également  le récit d’une exfiltration à haut risque montée par deux jeunes activistes émus par la détresse de Sylvain…

Inspiré d’une histoire vraie, voici un premier long métrage de fiction, qui nous immerge  avec un réalisme bluffant, dans les mondes de la radicalisation et aussi ceux de la géopolitique. Passionnant de bout en bout, d’une maitrise formelle assez estomaquante, bénéficiant d’une distribution de haut vol, il est dû à Emmanuel Hamon, qui fut l’assistant de Patrice Chéreau et de Maurice Pialat, avant de se consacrer pendant plus de quinze ans au documentaire. Dans le rôle du mari, Swann Arlaud qui confirme encore, si besoin en était, qu’il est un très grand comédien.

Recommandation : excellent

- « Le Mystère Henri Pick » de Rémi Bezançon - Avec Fabrice Luchini, Camille Cottin, Alice Isaaz…

Est-ce parce que ses histoires sont très réalistes et donc facilement adaptables? En tous cas, Le Mystère Henri Pick est le quatrième roman de David Foenkinos à être transposé au ciné. Il s’agit d’un polar littéraire…

Dans une bibliothèque de manuscrits refusés sise au fin fond d’un village breton, une jeune éditrice (Alice Isaaz) dégote un jour un texte merveilleux. A en croire l’inscription  portée sur la première page du manuscrit, son auteur  serait  Henri Pick, le patron d’une pizzeria locale. Seul hic, cet homme est connu pour n’avoir jamais rien écrit d’autre que ses plats du jour sur ses cartes de menus.  L’éditrice décide pourtant de profiter de l’aubaine : un pizzaïolo, écrivain méconnu ? Le buz fonctionne comme prévu, le livre  devient un best-seller. Mais un critique littéraire en disgrâce (Fabrice Lucchini) flaire une supercherie et décide d’essayer de la révéler… Va s’en suivre une enquête, mi littéraire mi policière, qu’il va mener, bon gré mal gré, avec la fille du prétendu auteur (Camille Cottin).

 Visiblement le cinéaste Rémi Bezançon s’est régalé à mettre ce triller littéraire en images. Porté par une Camille Cottin et un Fabrice Lucchini en pleine forme, son film se regarde avec gourmandise.

Recommandation : bon

- « Maguy Marin : l’urgence d’agir » de David Mambouch - documentaire.

Voici le premier film consacré à Maguy Marin, l’une des chorégraphes les plus engagées de notre temps. Une chorégraphe devenue incontournable qui, depuis 37ans, ne cesse de creuser son sillon au fil de spectacles qui bouleversent ceux qui les voient.

 Réalisé par son fils, David  Mambouch, ce documentaire retrace son parcours depuis ses débuts - avec la création, dans la précarité et dans l’urgence, de la Compagnie Maguy Marin -,  jusqu’à son installation à Ramdam, un Centre d’Art implanté dans la banlieue lyonnaise. Très riche, bâti autour de son ballet culte, May Be – une pièce splendide et spectaculaire inspirée par Samuel Beckett –, ce documentaire alterne séquences de répétitions, extraits de créations, témoignages de proches et, bien sûr, confessions de la chorégraphe elle même. C’est passionnant et  visuellement splendide. On regrette juste que le réalisateur, sans doute trop impressionné par sa mère, ne soit pas allé plus loin pour « démasquer » plus clairement l’artiste qu’elle est, une combattante infatigable, une esthète hors pair, une créatrice inspirée .

Recommandation : bon

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