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Comment Alain Juppé s’est transformé en l’un des plus grands fossoyeurs de la droite
Publié le 16 février 2019
La nomination d'Alain Juppé au Conseil Constitutionnel est l’aboutissement d’une carrière politique débutée dans le gaullisme flamboyant du Jacques Chirac souverainiste de l’appel de Cochin, qui se termine dans la trahison de tous ses premiers engagements, le fédéralisme européiste et le mépris arrogant des classes populaires.
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La nomination d'Alain Juppé au Conseil Constitutionnel est l’aboutissement d’une carrière politique débutée dans le gaullisme flamboyant du Jacques Chirac souverainiste de l’appel de Cochin, qui se termine dans la trahison de tous ses premiers engagements, le fédéralisme européiste et le mépris arrogant des classes populaires.

Atlantico : Nommé au Conseil Constitutionnel, Alain Juppé a annoncé qu'il allait quitter ses mandats bordelais et plus généralement la vie politique - au sens électoral et partisan du terme. Dans son discours d'adieu, il a critiqué le "climat général, infecté de mensonges et de haines" et a regretté la perte d'une forme de rationalité politique, dont il s'est toujours voulu le défenseur. La carrière du "meilleur d'entre nous", selon le mot de Jacques Chirac, est-elle elle-même - politiquement - aussi cohérente que "rationnelle" ?

Les Arvernes : La nomination d’Alain Juppé au conseil constitutionnel à la demande d’Emmanuel Macron est consternante mais elle n’est pas une surprise. On savait depuis 2017 que celui que la droite aurait pu désigner comme son candidat – contre Macron, donc – avait de fait rejoint les rangs macronistes et largué les amarres avec son ancienne famille politique. Elle est le point d’aboutissement d’une carrière politique débutée dans le gaullisme flamboyant du Jacques Chirac souverainiste de l’appel de Cochin. Elle se termine dans la trahison de tous ses premiers engagements, le fédéralisme européiste et le mépris arrogant des classes populaires qui expriment, avec les Gillets Jaunes, leur inquiétude et leur ras-le-bol. Ne sous-estimons pas le pouvoir de nuisance que Juppé pourra exercer au sein de l’institution, en portant une idéologie européiste et post-moderne délétère.

Vu de droite, cette dérive continue d’Alain Juppé vers la gauche peut sembler incompréhensible tant le Juppé finissant est à l’opposé du Juppé des origines. Souvenons-nous par exemple de ses prises de position très fermes – dignes du RN actuel – en 1990 lors des états généraux de la droite sur l’immigration. On peut y voir aussi, à l’inverse, la cohérence d’un homme dont, en réalité, la seule vraie allégeance a été à sa seule véritable famille, l’Inspection générale des finances.

Il y a donc une cohérence sous-jacente dans la carrière de Juppé. Non pas la fidélité à des hommes (il n’aurait rien été sans Jacques Chirac) ou des valeurs (le gaullisme authentique, c’est-à-dire l’attachement viscéral à l’identité nationale, à l’indépendance nationale et à l’Europe des nations), mais la fidélité à une caste qui elle-même a dérivé. Le parcours de Juppé a aussi été celui d’une bonne partie de l’élite administrative française qui a renié tout son héritage pour se vautrer dans la « mondialisation heureuse » et l’européisme.

Alain Juppé a été souvent décrit comme l'incarnation de la version de droite du "cercle de la raison". Quelle succès sa ligne a-t-elle obtenu que ce soit pour la France ou pour la droite ?

La référence au « cercle de la raison » est révélatrice car cette notion, introduite dans le débat public par l’inspecteur des finances balladurien Alain Minc en 1995 avait déjà pour but de disqualifier Jacques Chirac, le mentor d’Alain Juppé que celui-ci n’avait pas eu le courage d’abandonner aux plus sombres heures de sa traversée du désert. Malgré tout, dès 1995, Alain Juppé Premier ministre de Chirac ralliait le balladurisme, mettait en œuvre un plan d’austérité budgétaire et reniait toutes les promesses « irresponsables » du candidat gaulliste.

Le « cercle de la raison » a gagné le combat idéologique à droite et a, sans discontinué, contrôlé les pouvoirs en place, que ce soit Chirac, Sarkozy, Hollande ou aujourd’hui Macron. Durant toutes ces années, les gouvernements successifs ont défendu une ligne politique pro-européenne et promu l’adaptation de la France à la mondialisation à coup d’ouverture économique et migratoire, sans pour autant se donner les moyens de réformer les pesanteurs manifestes du « modèle social français ».

Les résultats de trente ans de politiques « raisonnables » sont aujourd’hui clairement désastreux. Cette pseudo rationalité des brillants esprits à la Juppé a débouché sur un affaiblissement économique sans précédent, une désindustrialisation impressionnante, une désertification d’une bonne part du territoire national, une immigration de masse incontrôlée et un alignement sans nuances sur les conceptions allemandes en Europe, mais pas, hélas, sur les performances de notre voisin d’Outre Rhin.

Pour la droite, le résultat est encore plus catastrophique puisque la famille politique dont Juppé est issu, Les Républicains, est menacée de disparation. Pour la droite, Alain Juppé aura été un grand fossoyeur.

Les choix politiques promus durant toute sa carrière par Alain Juppé n’avaient donc rien de raisonnable, en tout cas vus du point de vue de l’intérêt de la France et des Français. Ils ont donc répondu à d’autres logiques : la défense de ses intérêts de caste, le confort idéologique de l’appartenance au « camp du bien ». Des motivations qu’on a aussi retrouvé à gauche avec la trahison symétrique de leurs idéaux politiques par les socialistes.

Depuis la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012, la ligne d'Alain Juppé en est venue à incarner une forme "d'aile gauche" de LR. Très critique contre son propre camp, qu'il semble avoir abandonné progressivement après l'échec des primaires de la droite, comment peut-on analyser ce mouvement ? Assiste-t-on encore à une forme de lutte entre UDF et RPR, ou est ce que finalement les deux ont changé ? 

Assimiler Juppé à l’ancienne UDF peut être tentant mais n’est pas totalement convaincant. L’UDF n’était pas forcément plus « gauche » que le RPR et l’UDF était d’abord et avant tout un parti décentralisateur d’esprit girondin. Certes, Juppé s’est drapé des habits de l’élu provincial durant ses années à la mairie de Bordeaux, mais rien ne démontre vraiment qu’il ait abandonné l’idéologie jacobine de l’inspection des finances. Comme toute la technocratie de Bercy, Juppé est resté un faux libéral, très attaché au capitalisme de connivence à la française (souvenons-nous de son rôle dans la mise en œuvre du Grand Emprunt de N. Sarkozy) et à la domination des grand corps de l’Etat sur les élites du pays.

Il faut plutôt voir dans le largage complet des amarres par Juppé après son échec à la primaire (et son refus de forcer le destin en tentant de remplacer F. Fillon à la candidature de droite en 2017) l’acte d’un homme vieillissant ne souhaitant plus faire de compromis avec des collègues de parti qu’il avait fini par haïr. Des facteurs personnels ont sans nul doute joué : le mépris sans doute profond de celui qui se voit comme un esprit supérieur face à des sympathisants de droite qu’ils l’ont sèchement renvoyé à la maison lors de la primaire. Mais il faut admettre aussi que, fondamentalement, Alain Juppé a vraiment changé au cours de ces années. Comme il l’a reconnu, par exemple sur les questions d’immigration, il a changé d’avis « parce que l’époque n’est plus la même » et parce qu’il lui fallait bien faire « moderne » en reprenant les pires travers du système canadien.

Plus qu’une évolution partisane (RPR, UDF … ces deux partis ont disparu depuis longtemps), il faut voir dans la dérive de Juppé vers la gauche celle d’une bonne partie de la frange bourgeoise de l’ancienne droite (RPR et UDF) qui a pris le parti de ses intérêts (défendre la mondialisation dont elle profite) au détriment de ses idéaux (l’unité nationale, la défense des intérêts et de l’identié de la France).

Le point final de la carrière politique d’Alain Juppé a donc, au moins, le mérite de la clarté. Monsieur Juppé va pouvoir terminer sa vie professionnelle dans le confort douillet du Palais Royal, en bonne intelligence avec Laurent Fabius, son jumeau politique de gauche qui, lui aussi, a tant rêvé de l’Elysée.

Nous l’avons déjà dit, Macron est un Juppé en jeune mais dont les idées et la compréhension du monde sont tout autant périmées. Dommage que, pour ce qui le concerne, l’heure de la retraite n’a pas encore sonné.

A lire aussi : L’étrange manque de recul d’Alain Juppé sur sa part de responsabilité dans l’état « délétère » du pays

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Caustik317
- 14/03/2019 - 14:52
NB :
j'aime nos grands écrivains et la philosophie. Mais ce n'est pas le problème posé.
Caustik317
- 14/03/2019 - 14:46
Il est déplorable,
que notre personnel politique soit presque toujours issus de formations littéraires. Le délitement français n'en serait pas à ce point avec des politiciens d'origine scientifique. Au 3 ème millénaire, la gestion des états est très difficile, vu la guerre économique ambiante. Qui réussit le mieux en Europe ? Madame Merkel, est ingénieure chimiste de formation. Il n'est plus concevable de confier nos vies et celle de nos enfants à des philosophes sans rigueur intellectuelle logique. La direction de l'Etat ne peut plus se satisfaire de discours ronflants, fussent-ils d'excellente qualité littéraire. La gestion d'un pays doit-être scientifique.
hoche38
- 21/02/2019 - 15:49
oubli?
Mettre en cause et très justement Alain Juppé, c'est oublier un peu vite Jacques Chirac qui aura été le mauvais génie de la droite française.