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Maltraitance dans les Ehpad : pourquoi des formations des personnels soignants peuvent faire une grande différence pour les personnes âgées
Publié le 16 février 2019
Les aides-soignants voient désormais leur formation intégrer de façon plus prégnante les logiques de qualité de soins et de bientraitance.
Le docteur Christophe de Jaeger est médecin physiologiste, directeur de l’Institut de médecine et de physiologie de la longévité à Paris.Il est l'auteur de "Nous ne sommes plus faits pour vieillir" aux éditions Grasset.
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Les aides-soignants voient désormais leur formation intégrer de façon plus prégnante les logiques de qualité de soins et de bientraitance.

Atlantico : Les personnels des Ehpads sont confrontés à une forme de violence au travail, avec des personnes en situation de sénilité, ce qui mène à un ras-le-bol et parfois à des violences de la part de la part des personnels. Y a-t-il un problème de formation ?

Jérôme Pigniez : A noter en préambule que les personnels en Ehpad, font un travail formidable, loin d’être évident au jour le jour, et que ceci doit avant toutes choses être reconnu. Ces personnels dans leur très grande majorité souffrent de l’image qui est donnée généralement par les médias, trop souvent attirés par la facilité du sensationnel. Ehpad bashing et autres enquêtes à charges n’aident malheureusement pas à ce que ces personnes se sentent considérées au sein de la société… c’est dommageable. Il y a donc un problème de reconnaissance sociétale du travail de ces personnels, socle, vous en conviendrez, de toute logique qui se veut positive.

Ceci étant dit, il faut des gardes fous et il ne faut pas non plus tomber dans l’angélisme, il y a de nombreux efforts à faire encore dans le secteur.

En réponse à cette première question, en termes de formation il y a désormais de nombreux efforts de fait, notamment axés sur les logiques de qualité de soins et de bientraitance. Les formations sont là, sont faites et devront l’être plus encore demain. A noter qu’il y a aussi un problème de nombre de personnels et de repérage des potentielles dérives, notamment de nuit alors que les équipes sont réduites. Il s’ajoute à cela parfois un cumul des métiers de certains personnels, et un travail global à faire dans le parcours des personnels, pour permettre d’activer des « soupapes ». Le risque de burn out est réel et difficile à repérer. Le rôle du travail d’équipe est ici primordial, savoir et pouvoir demander un soutien à un collègue, ou encore déceler chez un collègue que quelque chose ne va pas, et en parler.

Christophe de Jaeger : Il faut avant tout rappeler que toute forme de violence morale et / ou physique est inacceptable et ceci d’autant plus, fait aggravant, qu’elle touche des personnes vulnérables. Ce qui est bien sûr le cas des personnes âgées hébergées en Ehpad. Ceci étant dit, force est de constater que régulièrement apparaissent dans la presse des faits divers ayant pour cadre ce type d’établissement ce qui nous interpelle légitimement sur les conditions de travail des soignants y exerçant et / ou leurs formations. On sait que ces conditions sont difficiles et mal rémunérées. Le manque de personnel est parfois flagrant et les soignants doivent réaliser un certain nombre de soins dans des temps limités qui malheureusement ne leur permet pas de s’attarder sur le lien humain : discuter, expliquer, comprendre…

Mais, il faut également être conscient que cette maltraitance peut être révélée, car celle-ci se passe devant témoins : d’autres soignants, des familles, d’autres pensionnaires qui peuvent alerter. Ce qui n’est pas le cas, le plus souvent, pour les personnes âgées dépendantes à domicile où il n’existe aucun témoin.

Un des points problématiques semble être que les personnels soignants et accompagnateurs semblent mal préparé à une forme de violence chez certains patients, la plupart du temps verbale. Faut-il leur apprendre à dépersonnaliser leur rapport au client ?

Jérôme Pigniez : !!? Non c’est tout l’inverse ! La base de ces métiers c’est l’humain, la relation à l’autre. Je ne pense d’ailleurs pas non plus que le terme « client » soit adopté par les personnels soignants… Si on tombe dans une logique « mécanique » c’est l’effet inverse qu’on risquera d’obtenir.

Les violences verbales et même physiques existent de la part de certains patients, c’est un fait. Là encore la formation est la réponse, mais chaque cas est particulier, c’est là toute la difficulté, d’où l’interêt de ne surtout pas dépersonnaliser. Il ne faut donc pas dépersonnaliser mais comprendre et trouver quelles postures adopter : recherche de la cause de ces violences exprimées, des causes parfois profondes, liées à l’angoisse, la détresse de la maladie et des troubles cognitifs.

J’ajoute à titre de comparaison que des enfants sont parfois violents petits, répondent, parlent mal ou tapent ou mordent… Pensez-vous que dépersonnaliser le rapport à ces enfants serait une solution ? La question n’aurait même pas été posée… C’est donc sur la cause qu’il faut travailler, aussi diverses et parfois complexes à déceler soient-elles.

Christophe de Jaeger : Certains patients ont des troubles du comportement avec parfois une certaine violence verbale, voire physique (coups de canne, par exemple). Cette violence s’exerce le plus souvent envers les autres pensionnaires, plutôt qu’envers les soignants. Ces troubles du comportement traduisent l’existence de pathologie qui nécessite un diagnostic et un traitement médical pour les juguler. Les personnels soignants sont formés à la violence et peuvent d’autant plus la canaliser qu’ils connaissent le pensionnaire. Les formations existent. Les moyens de juguler ces violences existent aussi. Mais parfois, un étrange engrenage se met en place et débouche sur l’inacceptable. Quoi qu’il en soit la dépersonnalisation n’est jamais la solution, bien au contraire.

Les rémunérations des aides-soignantes sont souvent basses, malgré une forte demande et un manque de personnel. Y a-t-il aussi un problème de moyens financiers ?

Christophe de Jaeger : La très grande majorité des soignants en structures d’accueil pour personnes âgées font un travail extraordinaire dans des conditions parfois très difficiles et, comme vous le soulignez, pour une rémunération souvent peu attractive.

Ce sont les raisons pour lesquelles les établissements ont beaucoup de mal à recruter. C’est donc un vrai cercle vicieux. Et quand on connaît l’évolution démographique (Papy Boum) des personnes âgées dépendantes, on est en droit d’avoir de forte inquiétude sur l’avenir « qualité » de ces établissements qui dépendent très largement de la puissance publique. Or, celle-ci à de moins en moins de moyens à distribuer.

D’où l’importance de la prévention. Faire tout ce qui est en notre pouvoir pour gérer notre Capital santé afin de rester en bonne santé autonome le plus longtemps possible.

Jérôme Pigniez : Même si les femmes représentent en grande majorité la profession, ces professions ne leurs sont pas exclusives, cette remarque juste à propos du terme « aides-soignantEs ». 

Encore une fois des efforts sont fait en terme de rémunération, insuffisants direz-vous. Certes, notamment du point de vue du manque de considération indiqué plus haut. Mais oui, il y a un problème de niveau des salaires. Précisons que justement le salaire des aides-soignants est financé et réglementé par des autorités de tutelle, qu’il s’agisse d’Ehpad privé ou public : 70% via l’Agence Nationale de Santé et 30% du Conseil Départemental. Une des conclusions de ce principe de fonctionnement est que les salaires diffèrent d’un département à l’autre. Et que les surplus de salaires éventuels sont finalement pris sur la part tarifaire in fine appliquée aux familles (reste à charge).

Vous faites référence à l’actualité récente, aussi en conclusion j’ajouterai qu’un fait divers aussi horrible soit-il ne doit pas faire généralité. La profession est profondément choquée, comme nous tous. Pour rebondir en référence sur d’autres actus récentes, tous les flics du 36 Quai des orfèvres ne sont pas jugés pour viols et tous les gilets jaunes ne sont pas des casseurs… Mais ces faits-divers doivent donner à réfléchir, à s’améliorer pour s’en prémunir toujours en encore.

Avec l'augmentation de la population de personnes dépendantes et les difficultés que cela occasionne pour les Français (financières, psychologiques...), faut-il s'attendre à ce que la situation devienne sérieusement problématique ? Quelles sont les pistes pour améliorer notre modèle et éviter une crise ?

Christophe de Jaeger : Il faut rappeler que la prise en charge des personnes âgées dépendantes constitue un enjeu de société majeur. La dépendance d’une personne âgée est définie comme le handicap : il s’agit d’un état durable de la personne, qui du fait d’incapacités, a besoin d’aides pour réaliser des actes de la vie quotidienne (INSEE). Or, la démographie des personnes âgées dépendantes ne deviendra pas « sérieusement problématique » dans l’avenir, elle est déjà dramatique. Cette problématique ne va que s’accentuer dans la mesure où nous sommes dans un véritable déni collectif. On en parle à l’occasion de faits divers qui nous scandalisent à juste titre et nos réactions nous donnent bonne conscience. Mais rien ne bouge réellement derrière, car il existe un problème de financement évident.

Entre temps, le problème se dégrade et cela va aller croissant du fait de la simple réalité démographique. D’après les chiffres de l’INSEE, les plus de 65 ans passeront d’environ 13 millions de personnes en 2018 à environ 19 millions en 2040, c’est-à-dire, demain ! De la même façon, les plus de 75 ans passeront de 3,9 millions de personnes aujourd’hui à 6,6 millions en 2040. Presque un doublement en 20 ans. Je vous laisse imaginer ce que cela représente en termes de coûts de prise en charge que la nation devra gérer.

Eviter une crise va être compliqué, car notre système actuel est bâti sur un modèle généreux datant de l’après-guerre où notre espérance de vie était beaucoup plus faible. L’augmentation de cette espérance de vie totale à la naissance sans vraie augmentation de l’espérance de vie en bonne santé, sans augmentation significative de l’âge de la retraite et sans augmentation significative du nombre de cotisants…. conduit forcément à l’explosion du système. Nous en vivons les premiers soubresauts. Je ne vois pas de solution sans une véritable, non pas réforme du système, mais une véritable révolution de celui-ci. Mais c’est la responsabilité des politiques.

En revanche, cette situation à terme explosive, doit nous responsabiliser tous en tant qu’individu et nous amener le plus tôt possible à bien gérer notre Capital santé pour reculer au maximum la maladie. C’est notre responsabilité individuelle. Les sciences nous permettent aujourd’hui d’aller très loin dans cette perspective de prévention primaire (en simplifiant la définition de l’OMS, cela correspond à comment faire pour ne pas être malade…). C’est l’objectif de mon livre que j’ai publié aux Editions du Cherche Midi. Comment expliquer ce qu’il faut faire, aux personnes intéressées par leur santé, au quotidien et simplement, pour gérer au mieux leur Capital santé qui est aujourd’hui leur Capital le plus précieux. L’actualité nous le rappelle régulièrement.

Jérôme Pigniez : L’analyse de la pyramide des ages et de son évolution à venir montre que dans les 5 ans (environ) le nombre de personnes de 80 ans et plus va rester relativement stable, du fait du « creux » de la seconde guerre mondiale. La « vague » des boomers, Philippe Bas parlait même de « Tsunami gris », arrive après ce creux. Ceci pour dire qu’il y a plus de 5 ans pour se préparer à une forte augmentation des personnes dépendantes, une période pendant laquelle les produits et services dédiées doivent veiller à être plus efficients, apprendre des courbes d’expériences et profiter des économies d’échelles pour que ces produits et services soient plus démocratisés et plus accessibles financièrement.

Une des pistes pour faciliter cet accompagnement des personnes dépendantes est technologique. Utiliser plus de technologies pour accompagner les seniors, sans pour autant que ces technologies remplacent le lien social mais au contraire le favorisent, ou encore facilitent l’aide au aidants professionnels ou familiaux.

Le vieillissement de la population est une chance, l’augmentation de la durée de vie va avec une augmentation de la durée de vie en bonne santé. Ancien et nouveau paradigmes peuvent se résumer ainsi :
- Dépendance VS Autonomie
- Maladie VS Prévention & Bien Etre
- Problème et dépenses VS Opportunité économique
- Stigmatisation VS Design for All
- Exclusion VS Inclusion
- Inactifs VS engagés
- Cure VS Care (pour utiliser les termes anglosaxons)

La Silver économie se pose comme solution à la dépendance mais aussi adresse le marché des seniors plus largement (loisirs, culture, habitat, transports…etc). Il en résulte que le pari macro economique de la silver économie est au moins triple :

- Favoriser l’emergence des économies d’echelle et d’accessibilité aux produits et services dédiés à la perte d’autonomie
- Bénéficier des effets de croissance du marché des seniors (actifs / autonomes) encore mal adressé, afin de financer les dépenses nécessaires au financement de la dépendance
- Favoriser l’emergence des mix technologie/aide humaine pour palier le manque d’aidants annoncé

Un cercle vertueux a favoriser rapidement.

A ceci s’ajoute qu’il faut :

- favoriser/promouvoir les assurances dépendance (ou assurances autonomie).
- favoriser le maintien à domicile, via certaines technologies mais aussi les services à la personne.
- favoriser la « liquéfaction » financière des patrimoines (notamment immobilier) pour débloquer les finances nécessaires à la prise en charge de la perte d’autonomie. Via des viagers modernisés par exemple.

Autre point sur la partie financière, on hérite de nos jours à environ 50 ans ! soit  un problème macro economique généré par le fait que les plus jeunes générations ne « bénéficient » pas de ces finances au moment où elles en ont besoin et que les héritiers du fait de leur âge ont plus tendance à geler ces liquidités, favoriser les donations de son vivant sont des pistes à étudier.

Enfin et surtout il faut rendre plus accessibles et efficaces les aides, elles existent aujourd’hui telles que l’Allocation personnalisée d'autonomie, mais pâtissent de leur complexité, des délais d’obtention, de la lourdeur administrative, des guichets diversifiés, bref de l’éternel mille feuille.

Sur le point psychologique et sociétal il faut aussi veiller à lutter contre l’âgisme et à promouvoir et faciliter l’intergénérationnel, pour ne pas créer « une société de vieux pour les vieux »…

 

Le Dr Christophe de Jaeger vient de publier "Bien vieillir sans médicaments" aux éditions du Cherche-Midi

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Outre-Vosges
- 17/02/2019 - 16:48
Ne soyons pas naïfs
Il ne faut pas se faire d’illusions : tant que nous vivrons dans un pays où on aura de l’argent pour gaver de pensions un vieil inutile comme Alain Juppé et non pour assurer une vie digne à nos anciens et donner une bonne éducation aux jeunes, on aura des scandales comme celui qui a fait la une des journaux… et qu’on oubliera demain au profit d’un autre. Dire : « Il faudrait une meilleure formation » frise le ridicule ; pour accepter de s’occuper de soixante-quinze grabataires dans des conditions de travail déplorables et pour un salaire de misère, il faut se dire : « C’est ça ou coucher dans la rue » ; quand on n’a pas la chance d’être un immigré clandestin et de bénéficier de toutes les aides sans rien faire, il faut bien se résigner. Mais ne crions pas trop fort ; Macron pourrait saisir l'occasion pour dire : « C’est vrai, il faut faire quelque chose : je vais en profiter pour réunir une commission de gens grassement payés qui vont faire semblant de discuter et rédigeront un rapport que personne ne lira. J’ai justement quelques copains à qui j’ai promis des sinécures. »
Caustik317
- 16/02/2019 - 23:06
A l'adresse des auteurs :
L'empathie et le coeur, ça ne s'apprend pas. On ne les trouve pas non plus en magasin. Je veux dire par là, qu'il y a aussi un problème de sélection, qui doit précéder l'apprentissage. Le principe du travail en équipe est bon.