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© LUCAS BARIOULET / AFP
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Dans le bon sens

Les Français veulent en majorité qu’Emmanuel Macron change de politique économique. Soit. Mais pour aller dans quelle direction ?

Publié le 05 février 2019
Selon un sondage IFOP pour le JDD, 78% des Français réclament un changement de politique économique et sociale. D'autres sondages pourraient montrer ce qu'ils veulent.
Erwan Lestrohan est directeur d'études à l'Institut BVA.
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Erwan Lestrohan
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Selon un sondage IFOP pour le JDD, 78% des Français réclament un changement de politique économique et sociale. D'autres sondages pourraient montrer ce qu'ils veulent.

Atlantico: Sait-on si une ligne de politique économique alternative se dégage dans l'opinion ?

Erwan Lestrohan: De façon assez nette, les Français attendent aujourd’hui une politique mettant l’accent sur la prise en charge des difficultés sociales plutôt qu’une politique visant en priorité à améliorer la compétitivité de l’économie nationale. Dans un sondage BVA de juillet 2018, ils étaient notamment 75% à souhaiter qu’Emmanuel Macron mène une politique plus sociale…mais uniquement 30% à pronostiquer que le chef de l’Etat allait choisir cette option.

Schématiquement, au moment de son élection, les Français étaient plutôt convaincus de la capacité d’Emmanuel Macron à faire gagner l’économie nationale en compétitivité. Des doutes résidaient surtout dans une question : son projet d’action économique volontariste, de libération de l’activité et de « décloisonnement », pourrait-t-il se déployer sans « casse sociale » ? Les prises de position présidentielles de la rentrée 2017 (baisse de l’APL, hausse de la CSG, réforme de l’ISF) tout comme le souhait manifesté par le chef de l’Etat d’encourager les « premiers de cordée » ont ensuite alimenté l’argumentaire des Français les plus critiques à l’égard de la politique économique autour de l’idée que les choix de l’exécutif seraient effectués au détriment des Français les plus fragiles et en faveur des catégories favorisées. C’est essentiellement une alternative à cette orientation présumée qui est aujourd’hui attendue par les Français. Ceux-ci se montrent en attente de signes tangibles dans l’action présidentielle d’une préoccupation sociale et, en ce sens, les annonces du 10 décembre (prime de fin d’année, hausse du SMIC, désocialisation des heures supplémentaires) faisaient figure de première réponse à ces attentes.

Un autre sondage BVA datant de juin 2018 indiquait que 35% des Français estiment la politique du président de la République et de son gouvernement est « trop libérale », 34% « pas assez libérale » et 21% « libérale comme il faut ». C'est aussi le couple exécutif qui aux yeux des Français incarne le mieux les idées libérales (29% pour Emmanuel Macron et 19% pour Édouard Philippe) selon cette étude. Contrairement à ce que le mouvement des Gilets Jaunes pourrait faire penser, les Français sont-ils donc en majorité (55%) plutôt libéraux ? En quel sens ?

Dans un autre sondage que nous avons réalisé en juin 2018, 43% des Français se déclaraient attachés à l’économie libérale soit une proportion certes minoritaire mais non négligeable dans la population. L’attachement à l’économie libérale varie très fortement selon les catégories de population :  51% des 65 ans et plus y sont attachés contre 37% des 35-49 ans et 51% des indépendants contre 37% des ouvriers ou encore 48% des salariés du privé contre 18% de ceux du public. Sur le plan politique, seuls 15% des sympathisants de la gauche (LFI : 8%, PS : 20%) se déclarent attachés à l’économie libérale comme 27% des sympathisants du RN (ex-FN) et 28% de ceux de Debout la France. A l’inverse, l’attachement est beaucoup plus fort chez les sympathisants de la majorité présidentielle (LREM : 70%), de l’UDI (77%) et LR (76%). Deux clivages semblent ainsi traverser le rapport des Français à l’économie libérale : le rapport à la mondialisation d’une part et la primauté accordée à l’égalité sociale dans les préoccupations politiques d’autre part, des clivages qui arbitrent l’intérêt ou la réserve des Français à l’égard de l’économie libérale.

Les gilets jaunes ont pu montrer que les Français demandaient plus de protection sociale de la part de l’État, ce que ce sondage BVA révélait également. Comment est-ce que cela s'articule avec ce libéralisme généralisé ?

Il apparaît aujourd’hui assez difficile de déterminer les attentes des Gilets jaunes à l’égard de la ligne économique de l’exécutif. Les différentes mobilisations et les messages qu’elles ont véhiculés tournent plutôt autour de la question de l’amélioration du niveau de vie des Français les plus fragiles. Sans remise en cause directe d’une inclinaison libérale de la politique, les « Gilets jaunes » critiquent plutôt ses effets secondaires et manifestent leur souhait que les Français les plus défavorisés bénéficient plus largement du partage des produits de la croissance. Une volonté qui explique le souhait très largement relayé par les Gilets jaunes de voir le chef de l’Etat réinstaurer l’ISF qui constituait le marqueur de référence du transfert de revenus des plus riches vers les plus pauvres. Il est important de rappeler le contexte de doute dans lequel s’inscrit l’action présidentielle actuelle. En décembre, nous mesurions que 42% des Français des classes aisées étaient optimistes sur l’évolution de leur pouvoir d’achat d’ici à la fin du quinquennat contre 26% de ceux des classes moyennes supérieures, 15% de ceux des classes moyennes inférieures et 7% de ceux des classes populaires.

Dans le cas de l'introduction de davantage de démocratie directe dans notre système représentatif, comme le demandent certains hommes politiques, ne serait-il pas plus compliqué de faire émerger une ligne de politique économique claire ?

Pour citer les clefs d’amélioration de la représentativité les plus régulièrement évoquées comme l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives ou une intensification de la pratique du référendum, celles-ci ne remettraient pas nécessairement en cause les grands axes structurant les orientations économiques nationales. L’analyse des données de sondage des dernières années et les choix électoraux des Français n’indiquent pas tant une remise en cause profonde de l’économie de marché qu’une volonté de voir la classe politique se rapprocher des préoccupations et du quotidien des citoyens. Et c’est prioritairement autour de la capacité politique à agir économiquement tout en préservant le modèle social français que les inquiétudes peuvent s’exprimer. En juin 2018, 85% des Français se disaient attachés au modèle français de protection sociale et la volonté de préserver les acquis sociaux des Français en tant que citoyens, salariés ou même consommateurs, reste un critère de mobilisation et de convergence dans l’opinion.

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pierre de robion
- 05/02/2019 - 23:08
On est cuits!
Le seul et vrai problème, insoluble d'ailleurs, c'est que le gâteau ne grossit plus alors que le nombre d'invités, de gré ou de force, ne cesse d'augmenter de telle sorte que la frustration est générale: celle de ceux qui ne pensent qu'à bouffer et qui trouvent la part insuffisante, et celle de ceux qui le fabriquent et qui voient le résultat de leur travail leur échapper chaque jour davantage!
Comme ceux qui veulent faire croître le gâteau se découragent, la solution sera de jeter le gâteau aux chiens pour que chacun soit égal car mort de faim! Ca promet, mais c'est bien sûr, voilà la solution!
Pharamond
- 05/02/2019 - 13:53
Pataphysique
"les Français attendent aujourd'hui 1 politique mettant l'accent sur la prise en charge des difficultés sociales,plutôt qu'une politique visant à améliorer la compétitivité de l'économie nationale..." Comment peut-on faire la première sans commencer par la deuxième? C'est de la pataphysique, de l'utopie.Jean Tirole,notre prix Nobel d'économie ,a écrit récemment dans Project Syndicate un article dont je traduis rapidement certaines remarques: "l'opinion française est riche de contradictions:moindre taxes mais plus de services publics.Aucune de ces demandes n'est déraisonnable,mais cette approche n'est pas soutenable dans ce pays où les dépenses publiques s'élevent à 57% du PIB et le ratio de dette estimé officiellement à près de 100%,sans compter les dettes hors bilan comme celles des retraites non financées...Plus encore, quand les gilets jaunes se plaignent de l'inégalité, ils se focalisent sur l'impôt sur la fortune qui rapporte environ cinq milliards d'Euros/an, une goutte d'eau comparés aux 180 milliards d'Euros/an que apporte la TVA". Ce qui frappe aussi Jean Tirole, c la violence,principalement celle qui s'exerce sur ceux/celles qui voudraient négocier avec le gouvernement.
Ganesha
- 05/02/2019 - 12:06
Mr Lestrohan se moque-t-il du monde ?
Mr Lestrohan se moque-t-il du monde ?
Prend-t-il les lecteurs d'Atlantico pour des débiles ?
Cela paraît effectivement très probable !
Personnellement, je connais suffisamment de ''français moyens'', de ''français de base'', pour savoir que la quasi totalité de la population ignore tout simplement la signification de ce mot : ''libéral'' !
A priori, ce mot se rattache à la racine ''Liberté'', et il est perçu de façon favorable.
Quel est le pourcentage de français qui savent que le ''Libéralisme de Reagan-Thatcher'' est le système politico-économique crapuleux qui a été mis en place dans une large partie du monde depuis 1980, et qui a provoqué l'appauvrissement d'une large partie de la population en Europe et aux USA ?
La quasi totalité des français l'ignorent, pour deux raisons : notre pays n'a pas osé appliquer cette tyrannie avec autant de férocité que les pays anglo-saxons, et leurs médias leur en parlent très peu.