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Emmanuel Macron a-t-il compris/pas compris la donne politique ouverte avec les Gilets jaunes ? Difficile de se faire une idée avec ses confidences...

Publié le 01 février 2019
"Moi aussi je suis Gilet jaune" a déclaré Emmanuel Macron à quelques journalistes triés sur le volet invités à l'Elysée ce 31 janvier.
Anita Hausser
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Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003)....
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"Moi aussi je suis Gilet jaune" a déclaré Emmanuel Macron à quelques journalistes triés sur le volet invités à l'Elysée ce 31 janvier.

Atlantico : Dans des confidences faites à des journalistes, recueillies et publiées par Le Figaro, Emmanuel Macron a déclaré avoir compris la crise des Gilets jaune : "Si être “gilet jaune”, c'est vouloir moins de parlementaires et que le travail paie mieux, moi aussi je suis “gilet jaune”! Sur la façon dont s'est exprimée cette crise, sur la nécessité d'une forme de déconcentration, sur le rôle clé des "corps intermédiaires", sur la transformation de "l'Etat profond", sur la restauration de "l'autorité" du politique, la volonté de "reprise de contrôle", ou encore sur la possibilité d'un "référendum" qui ne soit pas balayé "comme celui de 2005", les confidences du Président semble opérer une vraie critique du système et annoncer de réels changements. Emmanuel Macron aurait-il compris la nouvelle donne politique ouverte avec les Gilets jaunes ?

Anita Hausser : Tout d'abord il faut noter qu'en recevant des journalistes (triés sur le volet), ce à quoi il se refusait jusqu'à présent, Emmanuel Macron poursuit ses reprises -voire prises de contact avec une catégorie de ces corps intermédiaires superbement ignorés depuis son élection. Emmanuel Macron a profité de ce moment plus intimiste que les réunions publiques pour faire passer le message qu'il a "beaucoup appris au cours des derniers mois et que les évènements récents l'ont scarifié", terme peu usuel que l'on peut interpréter par "j'ai été blessé; maintenant j'ai le cuir tanné".

A travers le compte rendu de ces "médiologues", pour reprendre la définition de Régis Debray,  Emmanuel Macron distingue les "bons" gilets jaunes, "ceux qui veulent moins de parlementaires et que le travail paie mieux", des "brutes" du samedi, des "ultras" de droite et de gauche qui, selon lui, " veulent la destruction des institutions", qu'il évalue à une fourchette de 40 à 50.000 militants. Ce n'est pas à ceux là qu'il s'adresse mais à ces Français qui veulent changer de méthode, mais pas forcément de politique. Il se livre à une forme de récupération du mouvement en essayant de faire passer le message : " vous et moi voulons la même chose, que cela aille mieux". On ne peut certes pas contester à Emmanuel Macron sa volonté de réformer, de " transformer" le pays, de le moderniser, notamment en réformant les institutions. C'était avec sa propre vision, technocratique, et sa méconnaissance des territoires, faute d'avoir jamais exercé de mandat local..Sur le plan économique et social, nombre de ses réformes ont provoqué l'effet inverse de celui recherché et annoncé, à commencer par le pouvoir d'achat qui a baissé pour de nombreux Français, notamment les retraités et..les automobilistes; concomitamment, l'ISF était supprimé et les APL diminués. Cela a été perçu comme une injustice. Le mouvement des Gilets Jaunes l'a démontré avec brutalité. Et il a fallu débloquer 10 milliards d'euros dans l'urgence pour calmer la colère de ceux qui n'arrivent pas à boucler leurs fins de mois en travaillant. Message bien reçu. Par le truchement des journalistes reçus à l'Elysée, il renouvelle le vœu déjà exprimé devant les élus dans l'Eure que les choses s'améliorent dans les relations entre citoyens et l'administration, (-moins de paperasserie, maintien ou retour des guichets), et promet pour cela de mettre la pression, voire de cravacher les ministres et l'administration, qu'il veut déconcentrer davantage. Il concède que le mouvement des gilets ne cessera réellement que lorsqu'ils constateront que "leur vie n'est plus empêchée". Vaste programme.

 A travers cette crise Emmanuel Macron a aussi compris qu'il n'est plus possible d'aller à l'encontre un vote, surtout s'il est issu d'un référendum." Il faut faire en sorte que le Parlement ne puisse pas revenir pendant au moins quelques années sur le choix des Français", a-t-il explicité, se référant au référendum de 2005 sur la Constitution européenne, rejetée par les Français mais contournée deux ans plus tard par un vote du Parlement. Sans l'exclure, notamment pour la réduction du nombre de parlementaires, il maniera l'outil référendaire avec prudence.

Cependant, le "débat permanent", nouveau mot d'ordre du Président, ressemble à une application pratique du "en même temps". De plus Emmanuel Macron affirme qu'il ne veut pas changer de politique mais de "méthode". S'il veut changer les choses, n'est-il pas cependant problématique qu'il insiste systématiquement sur cette méthode ?

Il faudrait savoir ce qu'Emmanuel Macron entend par "Débat permanent". Est-ce l'instauration de la démocratie directe permanente, ou une démocratie participative qu'il reste à définir? Car accepter la remise en cause permanente d'une décision prise par la représentation nationale (Parlement ou gouvernement), serait totalement ingérable, et débattre a posteriori, inutile. En lançant le Grand Débat qui se déroule actuellement avec succès, Emmanuel Macron a réussi à canaliser pour un temps, du moins, la colère des Français, celle des "bons gilets jaunes" qui veulent améliorer leur sort sans remettre en cause le système. Et l'on fait un peu semblant de d'en ignorer les limites, puisqu'Emmanuel Macron a déjà fait savoir qu'il ne reviendrait pas sur l'ISF, pourtant devenu un des totems de la contestation et qu'il est hostile au référendum d'initiative citoyenne qui instaurerait une A.G à durée illimitée. Le "débat permanent", serait-il une forme de palabre, une prolongation du Grand Débat National, les cahiers de doléances en moins.. Tel que le rapportent les interlocuteurs d'Emmanuel Macron, le "débat permanent" fait plutôt penser à une version revisitée de la révolution culturelle: la parole est libérée, mais la réponse est suggérée, orientée. Les exemples avancés par Emmanuel Macron devant les journalistes (réforme des institutions, réduction du nombre de parlementaires, pas de retour à l'ISF) montrent que le Chef de l'Etat se sert du Grand Débat pour amener l'opinion là où il veut. Il prend le risque d'un retour de bâtons lorsque les Français auront compris les limites du Grand Débat. Alors, le débat permanent.

"Reprendre le contrôle", Emmanuel Macron a annoncé vouloir faire sa campagne européenne sur le slogan même des Brexiters (pour montrer le rôle positif de l'Europe). Cette façon de retourner toutes les adversités pour les intégrer à sa trajectoire politique est-il une force politique ou un tour de passe-passe plus dangereux sur le long terme ? 

La notion de " reprise du contrôle " est bien antérieure au Brexit. C'est l'antienne du souverainisme opposé à la construction européenne. Européen convaincu, Emmanuel Macron a voulu opposer progressisme et populisme. La comparaison ne prend pas..Il faut se rappeler que dans toutes les campagnes européennes, les dirigeants français pro-européens ont mis en avant le droit pour chaque pays d'adapter certaines décisions prises par Bruxelles ou votées par le Parlement Européen. C'est ce que l'on a appelé le principe de subsidiarité. Hors campagne, lorsqu'une crise (alimentaire ou économique), éclate on s'en prend à la technocratie bruxelloise..La méthode a atteint ses limites. La notion de reprise de contrôle implique que les états membres veulent reprendre une partie des prérogatives qu'ils ont cédées à la Commission de Bruxelles. Dans le contexte de crise provoquée par le Brexit, reprendre ce slogan permettra-t-il de couper l'herbe sous le pied des souverainistes-populistes qui prônent qui une sortie de l'Europe, qui une sortie de l'euro? Pas sûr..Mais en discutant avec des journalistes, Emmanuel Macron ne pense peut-être pas uniquement à améliorer ses relations avec la presse.Il cherche peut être aussi à tester des idées, voire des slogans.

 

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lémire
- 01/02/2019 - 19:27
"reprendre le contrôle"
Pour rogner les pouvoirs de la Commission, il faut :
- soit démontrer qu'elle outrepasse les pouvoirs qui lui ont été donnés par les traités successifs et le faire acter par la cour de Luxembourg : c'est la mission donnée à notre ministre des Affaires Européennes ?
- soit changer le contenu des traités en faisant adhérer l'Allemagne (c'est l'esprit du traité d'Aix-la-Chapelle ?) et les autres pays européens ; facile...
On peut jouer des marges de manœuvre de la subsidiarité, mais il faudrait oser le faire savoir, ce qui serait considéré comme europhobe...
Quant aux partenariats renforcés avec des pays choisis, on ne peut rien faire sans l'Allemagne (cf. le dit traité), et si on le fait avec, l'opinion française et celle des autres pays vont forcément adorer
Bref, dans le discours rapporté, pas de piste de modalités pratiques pour damer le pion aux "eurosceptiques".
Il est étonnant que les journalistes si soigneusement sélectionnés n'aient pas posé de question à ce sujet ; on sait bien que cette élite du "4ème pouvoir" est là pour répéter la parole du chef, pas pour poser des questions. Les cadres d'entreprise, eux, ont ce droit, et l'entreprise ne s'en porte pas plus mal...
JBL
- 01/02/2019 - 16:01
Mes excuses !
Les copains et les coquins
JBL
- 01/02/2019 - 15:59
Les copins et les coquins !
Pendant que Macron joue la marionnette du peuple, attirant à lui tous les mécontentements, en coulisse se joue la réalité et l'appauvrissement du bonne partie du pays. Il y a un excellent article de F. LENGLET, non pas dans Les Echos !!!!, mais sur Rtl.fr : le fond de pension américain ELLIOTT a acheté pour 1 milliard d'actions de Groupe Ricard, lui permettant de pendre 2,5 % du capital. C'est peu, mais c'est la stratégie du Fond de pension, pour pénétrer les entreprises qu'il veux piller. L'article indique, qu'il manipule ensuite certains actionnaires pour entrer dans le conseil d'administration et en prendre le contrôle. Pour cela, il a embauché 3 polytechniciens français, sur le conseil chargé de l'opération : Alain MINC. RICARD est une très belle entreprise, avec des salariés bien payés et d'excellents résultats. Mais pour combien de temps ? Les américains nous pillent, avec l'aide de français cupides et ignobles, pendant que le Macron fait le guignol pour attirer l'attention : Gemplus, Alstom, les chantiers Navals, Les aéroports, etc. Pauvres Gilets jaunes et pauvre petit peuple, et surtout n'oublions pas de voter aux européennes.....