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Et la prochaine étape sera quoi ? Pourquoi la culture de l’insulte qui s’installe en France n’augure rien de bon

Publié le 19 octobre 2018
Vidéos où des jeunes insultes les forces de l'ordre, perquisitions de La France insoumise... Nos sociétés basculent vers une forme de culture de l'insulte.
Guillaume Bigot
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Guillaume Bigot est membre des Orwéliens, essayiste, et est aussi le Directeur Général d'une grande école de commerce. Il est également chroniqueur sur C-News. Son huitième ouvrage,  La Populophobie, sort le 15 septembre 2020 aux éditions Plon.
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Vidéos où des jeunes insultes les forces de l'ordre, perquisitions de La France insoumise... Nos sociétés basculent vers une forme de culture de l'insulte.

Atlantico : De la révélation par le Parisien d'une vidéo montrant des jeunes du quartier de de Boullereaux (Champigny-sur-Marne dans le Val-de-Marne), à la vidéo de la perquisition de Jean Luc Mélenchon tout en passant par les mots du leader religieux américain Louis Farrakhan, qui compare les juifs à des termites, comment expliquer une situation ou nos sociétés semblent basculer vers une forme de culture de l'insulte ? 

Guillaume Bigot : Quoique l’on pense du dérapage de Jean-Luc Mélenchon et de ses idées, il n’a rien à voir avec cette montée de la haine raciale dans notre pays.

Certes, je vous l’accorde, sa perte de sang-froid révèle quelque chose de cette électricité que l’on sent omniprésente dans l’air.

Le coup de gueule de Mélenchon révèle un climat lourdement chargé. 

Disons que ces signaux faibles (Mélenchon qui pète les plombs ou Benalla qui va casser du manifestant) nous éclairent sur un risque d’ensauvagement de toute la société française.

Il n’en reste pas moins qu’il n’est pas honnête de mêler dans un même opprobre le coup de sang du leader de la France insoumise et l’expression d’une haine antisémite et anti-blanche décomplexée.

Le rap ignoble de Nick Conrad a récemment mis des rimes (pauvres mais édifiantes) sur l’état d’esprit d’un Farrakhan qui est aussi celui des jeunes de Champigny qui narguent la police.

Tout ceci illustre le nouvel antisémitisme d’un siècle né avec les attentats du 11 septembre : la haine pure des Occidentaux.

Les Juifs, pour partie sémites, pour partir européens (et même africains, cf. les falashas) sont, hélas, plus habitués que d’autres à jouer le rôle de boucs émissaires. Concentrant toute la souffrance individuelle ou collective, accumulée au sein d’une société, le bouc émissaire (le plus innocent et le plus dominant possible) est désigné pour être immolé, massacré voire génocidé.

Est-ce qu’une pulsion de ce type anime, plus ou moins consciemment, un Dieudonné, un Farrakhan et leurs émules ? C’est indéniable, il suffit de les écouter attentivement. Cette pseudo idéologie catalyse le souvenir des crimes d’hier (au premier chef la traite négrière) et les frustrations d’aujourd’hui pour reporter la haine des petits caïds des banlieues sur un mauvais objet : tantôt le juif, tantôt ce super juif post moderne qu’est le blanc. 

Ce climat de racisme inversé n’est pas propre à la France. Il pollue les relations d’une partie des hispaniques et des afro-américains avec leurs concitoyens américains par exemple.

La culture des gangs qui a traversé l’Atlantique dans les années 80 a importé cette haine chez nous.

La culture des gangs s’est recombinée avec un discours tiers-mondiste (cf. les vociférations contre le néo-colonialisme de la France sur le continent) ainsi que la réaffirmation d’une pseudo identité panafricaine basée sur la fierté raciale et la concurrence victimaire entre esclavagisme, colonialisme d’un côté et extermination des juifs européens de l’autre. Dieudonné est le barde de cette nouvelle barbarie : ré-ouvrir les plaies du passé pour armer le bras vengeur d’une jeunesse soi-disant exclue, manipulée (la théorie du complot), reléguée (alors que des milliards sont déversés en pure perte dans certains quartiers).

L’islamisme est venu, si je peux dire, comme une cerise sur le gâteau pour finir de légitimer la pulsion de mort.

Malcom X fut une sorte de précurseur de ce mouvement. Dans une version infiniment plus sophistiquée que celle des ilotes des gangs de L.A ou de Champigny, le charismatique leader des Blacks Panthers a parcouru, en avance, tout le chemin, du ghetto à la Mecque. Sa conversion à un Islam qui n’était pas encore infecté par le poison totalitaire a fini par faire de lui un homme plus apaisé. Nous ne sommes plus dans les années 60, le niveau intellectuel et culturel s’est effondré, la haine est monté et l’islamisme s’est répandu.

Cette identité bricolée du « damné de la mondialisation » qui doit venger l’honneur de ses pères (jetés à fond de cale ou colonisés) imprègne aussi bien des enfants d’immigrés maghrébins en France que des populations catholiques hispaniques outre-Atlantique.

Les chicanos ne sont pas islamistes et tous les descendants d’immigrés africains qui disent avoir la haine ne sont pas tous, loin s’en faut, musulmans.

De même, les jeunes maghrébins qui haïssent les « keuf esclaves des Babtous » car ils incarnent le néocolonialisme français ignorent sans doute que l’Islam a colonisé leurs ancêtres qui eux-mêmes, avec la bénédiction du Coran, donnaient parfois dans la traite d’esclaves.

Comme on le constate en prêtant attention aux élucubrations des indigènes de la République, l’élaboration idéologique est indigente. C’est du Frantz Fannon et du Hassan Al Banna à l’heure d’Hanouna.

Ce qui cimente tout ce petit monde, c’est l’envie d’en découdre face à une société des « blancos, des Cais-fran, des babtous et des feujs » qu’ils perçoivent comme veule, méprisante et méprisable, donc tout juste bonne à égorger.

Ce que les bobos refusent de voir, c’est que la pulsion génocidaire est le complément refoulé du discours victimaire. Les Allemands ou les Hutus ont commencé par se présenter comme des victimes en désignant l’autre (le juif, le tutsi) comme un bourreau. Une fois la cible déshumanisée, on peut passer à l’acte et tenter de l’effacer de la surface de la terre.

Quelles peuvent être les conséquences de cette culture de l'insulte au niveau politique ? Est-elle annonciatrice de dérapages ? 

Au sein du champs politique légitime dont Mélenchon fait indiscutablement partie (il ne s’est pas privé de nous le rappeler en se drapant dans sa fierté de député outragé), la violence est uniquement verbale et très édulcorée.

On a peine à imaginer aujourd’hui l’extrême virulence des échanges au sein de l’hémicycle jusque dans les années 80. On en venait parfois aux mains. La violence n’était pas que verbale et le courage était encore une vertu : Edgard Faure provoquait encore en duel ses détracteurs dans les années 60.

L’émasculation du débat politique, l’atmosphère dépassionnée, « décrispée » disait Giscard mais finalement émolliente tend à rejeter toute passion, toute croyance et toute conviction un peu forte aux marges, vers les extrêmes. Croire vraiment dans ce que l’on dit et être prêt à se mettre en colère pour le défendre est devenu non une marque de caractère mais d’extrémisme voire de maladie mentale. Dès que parlez un peu fort, comme récemment François Ruffin, vous devenez un dangereux démagogue ou un histrion. Dès lors que des frustrations, des colères et des injustices immenses et croissantes existent dans le pays et qu’elles ne trouvent plus à s’exprimer vigoureusement et à rencontrer des contradicteurs qui acceptent de débattre, la démocratie mais aussi la paix civile est en danger.

Sans pousser trop loin le paradoxe, le politiquement correct est à la fois responsable de la montée des extrêmes et aux extrêmes.

C’est un phénomène de cocotte-minute.

Dans l’histoire le déchaînement de la violence verbale annonce la violence physique comme la nuée, l’orage.

Il n’est question de justifier des comportements réprimés par la loi. Mais à force de mépriser (les sans dent, les rien), de ridiculiser les gens d’en-bas (les Deschiens, les beaufs cibles des comiques troupiers de France Inter, à force de ne tenir aucun compte des sondages (76 % des Français hostile à l’accueil des migrants ou le non respect des résultats du référendum de 2005), la colère se dilate et enfle. Moins on se fait entendre, plus on hurle. Et si cela ne suffit pas, on frappe.

De nombreux indices traduisent cette montée générale de la haine. Le dérapage de certains conflits sociaux : on se souvient qu’un DRH d’Air France y avait laissé sa chemise. Les affrontements de la contre-escarpe et le cocktail incendiaire lancé dans un véhicule de police en 2017 révèlent une montée graduelle de la violence. Les attentats islamistes bien sûr et peut être et même surtout la croissance exponentielle des atteintes physiques « gratuites » contre les personnes.

Ce sombre tableau d’une société où l’ordre public risque de céder, nous le brossions, dés 2004, dans le Jour où la France Tremblera en rappelant que la France est le pays, par excellence, des guerres civiles. Nous n’allons pas assister à la convergence des luttes mais à celle des colères. Ce diagnostic alarmant, c’est celui désormais formulé par Patrick Calvar (la guerre civile) mais aussi par Laurent Wauquiez e(ça va péter) désormais par Gérard Colomb. (la confrontation) Le vivre ensemble risque de dégénérer en mourir séparément.

Or, la menace ultime n’est pas que la pulsion de meurtre des blancs soit mis en œuvre avec succès, c’est qu’en devenant trop visible et incontrôlable, elle ne déclenche un effet boomerang terrifiant. A l’occasion d’émeutes communautarisées voire islamistes, la violence mimétique pourrait fort bien s’étendre. Ce jour-là, les bobos des centres villes passeront de la fascination pour l’autre à la haine et pris de panique, ils risquent de décider d’une sur-réaction qui plongera véritablement le pays dans le chaos.

Il faut réprimer et reconquérir les territoires perdus mais à froid, énergiquement, brutalement si besoin mais sans trahir nos valeurs et nos idéaux.

Si les chiens sont lâchés, ce sera l’horreur. De dénis en dénis, de lâchetés en lâchetés mais aussi de caricatures en caricatures (le « grand remplacement d’un côté » ou « le vivre ensemble »ou les « sales babtous qu’ils faut pendre » ou « les gentils migrants qu’il faut accueillir »), on court vers l’abîme.

Comment sortir de cet engrenage ? 

En examinant ses causes.

La première cause réside dans la chute du niveau culturel et intellectuel et, en particulièrement, dans l’appauvrissement du langage. Certes, la haute culture n’immunise pas l’homme de la violence tapie en lui. Comme l’a si bien exprimé Georges Steiner (Dans le Château de Barbe Bleue) : les tableaux des grands maîtres ne se sont pas décrochés lorsque les SS arpentaient les musées d’Europe

La culture ne prémunit nullement contre la haine ou le fanatisme. En revanche, il est important de rappeler que l’inculture conduit tout droit à la barbarie.

Pour le dire d’une formule : plus le niveau baisse et plus le ton monte.

Moins vous pouvez vous faire entendre par les mots et plus vous accumulez rage et frustration et plus vous êtes enclins à frapper.

A cet égard, les docteurs diafoirus du pédagogisme qui ont saccagé les programmes scolaires, en les transformant en installation d’art contemporain célébrant l’ignorance et les préjugés (rebaptisés créativité et spontanéïté) endossent une immense responsabilité dans ce qui nous arrive.

L’effondrement culturel engendre de la bêtise (le politiquement correct en est une illustration effarante) et, in fine, la violence. La réponse réside dans la reconstruction dans la reprise de la transmission de la réflexion, de l’esprit critique et du savoir.

La seconde cause réside dans l’effondrement de toute notion de bien commun. Il s’agit à la fois de l’effort entrepris frénétiquement par l’Union européenne de délier l’attachement politique et l’identité culturelle mais aussi de l’exaltation du bon plaisir individuel érigé par la mondialisation en horizon indépassable. On ne partage plus un lien civique, unissant à la vie, à la mort les habitants d’un pays, d’une République ou d’un royaume. On est citoyen-consommateur du monde.

A partir du moment où la cité, chargée de réprimer la pulsion violente, ne suscite plus aucun attachement affectif (l’affectio societatis dont parlaient les Romains), les différences sociales, religieuses, ethniques, in fine, politiques finiront par se jeter les unes contre les autres. On a raison de rappeler qu’une forte immigration qui se poursuit (le regroupement familial et les faux réfugiés) dans une économie sans croissance engendre naturellement des désordres.

Mais on oublie de dire que si le pays d’accueil accepte des nouveaux venus qu’ils conservent leur culture et leur loyauté d’origine, on sème des graines de violence qui, en germant, mettront en péril ce que les Anciens appelaient la concorde.

La mondialisation aggrave les différences objectives et polarise les individus et les territoires. Dans le même temps, la mondialisation excite les différences subjectives et affaiblit, au sein de chaque nation, ce qui relie les individus et les groupes entre eux. La mondialisation érode les liens civiques. Genres, groupes sociaux, orientation sexuelle, habitude alimentaire, religion et couleur de peau, tout devient source de crispation identitaire. On diverge de plus en plus en plus et on ne dispose plus de « cité » qui suscite un patriotisme fort. Le cocktail est explosif.

Le contexte de déligitimation profonde du politique, du bien commun, où l’on prétend que la loyauté politique n’a plus besoin d’être une loyauté culturelle (et l’immigration + le droit à la différence culturelle n’en est qu’une illustration) doit être enrayé.

En clair, il est impératif d’articuler une réponse politique qui articule la dimension sociale et économique à la dimension identitaire et sécuritaire.

Mélenchon propose de diminuer les écarts de richesse et ignore les enjeux identitaires et sécuritaires. Marine Le Pen ou Laurent Wauquiez veulent peu ou prou persévérer dans la folie marchande. Les deux solutions constituent de dangereuses impasses si elles ne sont pas articulées l’une avec l’autre.

Il est vital de réaffirmer une fierté identitaire, celle de la France éternelle, de la République française universaliste. Il faut également rétablir d’urgence la peur du gendarme, force doit rester à la loi. Mais il faut également tenir concrètement la promesse d’égalité et de fraternité. Pas de force sans légitimité (le droit du plus fort est un galimatias disait Rousseau) mais « covenant without the sword is nothing but word » disait Hobbes).

Le danger de guerre civile est là : d’un côté des bobos autistes qui continent à appuyer sur le champignon de la mondialisation et de l’autre, des critiques gueulards et stériles qui se séparent en deux camps hostiles : ceux qui craignent de perdre leur identité ou de se faire cambrioler et ceux qui craignent de perdre leur niveau de vie ou leur boulot. En articulant les deux, on peut non seulement renverser le système mais réunir les Français autour d’un projet ambitieux et salvateur.

Seul le surgissement prochain de ce cette offre politique nouvelle et rassembleuse (une sorte de souverainisme, centriste et populiste) pourrait empêcher notre pays de renouer avec ses vieux démons de la guerre civile.

 
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MIMINE 95
- 09/12/2018 - 17:37
JE VOUS TROUVE BIEN CONPREHENSIF
Avec le sieur Mélenchon .