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© MARWAN NAAMANI / AFP
© MARWAN NAAMANI / AFP
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Le pétrole franchit la barre des 85 $ le baril et par la même occasion celle de l’impact sur le dynamisme de l’économie mondiale

Publié le 08 octobre 2018
Le prix du baril de pétrole vient de dépasser le seuil de 85$, considéré comme critique concernant son impact sur l'économie.
Stephan Silvestre
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Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de...
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Le prix du baril de pétrole vient de dépasser le seuil de 85$, considéré comme critique concernant son impact sur l'économie.

Atlantico : Qu'est-ce que le dépassement de ce seuil implique en termes de conséquences économiques ? 

 
Stephan Silvestre : Le pétrole est réputé être une matière première à faible élasticité, c’est-à-dire que les volumes de consommation varient peu en fonction du prix : les consommateurs râlent, mais continuent d’utiliser leurs véhicules par nécessité. Cependant, ils devront réduire leur consommation sur d’autres postes pour compenser la baisse de pouvoir d’achat induite. Mais cette inélasticité ne se vérifie que jusqu’à un certain point : si le pétrole devient trop cher, la consommation finit par en pâtir ; il y a des effets à court terme : les consommateurs réduisent leurs déplacements ou prennent les transports en commun ; mais, si les prix restent durablement élevés, on trouve aussi des effets à long terme : les consommateurs se tournent vers des véhicules à faible consommation, voire électriques, ce qui altère durablement les importations de pétrole. Certains producteurs de l’OPEP, mais pas tous, l’ont bien compris (il s’agit des pays du Conseil de Coopération du Golfe) et ils s’efforcent d’empêcher les prix d’entrer dans la zone rouge. Aussi bien du côté des consommateurs que des producteurs, on admet que 85$ est un seuil critique au-delà duquel se déclenchent des comportements de substitution néfastes aux exportations. Ce seuil est surtout de nature psychologique. Mais pour les pays consommateurs, les effets de report de consommation se produisent bien avant ce chiffre. Au-delà de 65$ le baril, toute hausse de quelques dollars qui se maintient au moins un trimestre peut commencer à impacter l’activité économique. Il faut ajouter que cela dépend du cycle économique : lorsque la croissance est élevée, cet effet est moindre que lorsqu’elle est faible. 
 

Cette hausse du prix du baril s'accompagne d'une hausse de la fiscalité sur les produits énergétiques, alors que les prix du gaz naturel subissent également une hausse. Quel pourrait-être l'impact cumulé de ces hausses des prix pour le consommateur ? 

 
Oui, en France, la hausse actuelle du baril se conjugue avec une hausse de la fiscalité. Cette dernière est même double : il y a d’une part la mesure de rattrapage de la fiscalité du gazole sur celle de l’essence et d’autre part la hausse de la taxe carbone (Contribution Climat-Énergie), toutes les deux incluses dans la TICPE (Taxe Intérieure sur la Consommation de Produits Énergétiques). La première a une vocation sanitaire : il s’agit de lutter contre les émissions de particules fines en cause dans les maladies respiratoires. Mais, bien sûr, le gouvernement (en fait surtout Bercy) a opté pour un alignement vers le haut, c’est-à-dire la hausse de la fiscalité du gazole, plutôt que la baisse de celle de l’essence, pourtant déjà l’une des plus élevées du monde. Cet alignement a été programmé il y a déjà plusieurs années et suit son cours par paliers. Concernant la taxe carbone, il s’agit aussi d’une hausse par paliers engagée il y a plusieurs années : adoptée en 2014 par le gouvernement de Jean-Jacques Ayrault, sa valeur doit être revotée chaque année par le Parlement pour atteindre son objectif à terme de 100 €/tCO2. Cette taxe est arrivée à 36,6 €/tCO2 en 2017 (TVA incluse, car en France on n’hésite pas à mettre de la TVA sur une taxe !), ce qui représente environ 8 centimes par litre de carburant. Mais le gouvernement d’Édouard Philippe a confirmé qu’elle continuerait sa trajectoire haussière durant les prochaines années : 53,5 € en 2018, 78,5 € en 2020 et 103,4 € en 2022. Autant dire que les consommateurs français n’ont pas fini de voire flamber les prix des carburants, que le pétrole soit cher ou non. 
 
Concernant le gaz naturel, il est lui aussi frappé par cette taxe et donc concerné par la hausse de la taxe carbone (env. 0,6 c€/kWh). Le prix du kWh HT est, pour sa part, en partie indexé sur le cours du pétrole : la hausse du pétrole impacte donc aussi le gaz naturel, mais dans une moindre mesure. Sur le plan macroéconomique, il faut s’attendre à ce que ces hausses impactent négativement la consommation des ménages hors énergie, donc l’activité économique et les importations. 
 

Que peut-on attendre du contexte actuel du côté des grands producteurs mondiaux, que cela soit les États-Unis, la Russie et l'Arabie Saoudite ? 

 
Il y a quelques jours, Vladimir Poutine a lancé : « Donald, si tu cherches un coupable pour la hausse du prix du pétrole, procure-toi un miroir ! ». Certains suggèrent que Donald Trump se satisferait des cours élevés, plutôt favorables aux compagnies pétrolières américaines. Cet argument n’est pas complètement faux, mais le président américain (Trump, comme ses prédécesseurs), tient aussi compte de la grogne des consommateurs, au moins aussi sensibles au prix des carburants que nous le sommes. En pleine campagne électorale, Trump ne tient certainement pas à se mettre ses électeurs à dos. C’est pourquoi il a demandé à l’Arabie Saoudite et à la Russie de rehausser leur production pétrolière pour compenser la baisse de la production iranienne consécutive aux sanctions américaines. Officiellement, Riyad et Moscou ont rejeté cette demande. Cependant, il semblerait que les deux pays aient très discrètement commencé à rehausser leur production. Comme je l’indiquais, ils savent tous les deux que les prix ne doivent pas flamber au-dessus de 85$ et qu’un canal 65-75$ serait idéal. Par ailleurs, Riyad se délecterait bien les parts de marché perdues par les Iraniens. Mais les Saoudiens ne peuvent le faire au grand jour, sous peine de soulever un tollé dans l’OPEP. 
 
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