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© LUDOVIC MARIN / AFP
Europe

Progressisme contre nationalisme : en Finlande, Emmanuel Macron tente d’effacer le conservatisme du débat public

Publié le 01 septembre 2018
En déplacement en Finlande, le chef de l'Etat a opposé "deux visions européennes", les nationalistes contre les progressistes.
Nicolas Moreau
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Diplômé d'école de commerce, Nicolas Moreau a exercé en tant qu'auditeur pendant une décennie, auprès de nombreux acteurs publics, associatifs et privés.
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En déplacement en Finlande, le chef de l'Etat a opposé "deux visions européennes", les nationalistes contre les progressistes.

Le 30 août, durant son voyage en Finlande, Emmanuel Macron a déclaré :

Immigration, économie... deux visions européennes s'opposent : une vision nationaliste et une vision progressiste. Certains veulent fracturer l'Europe et sa solidarité.

Ceux qui disent : « Mettons dehors tous les étrangers, fermons toutes les portes » mentent. Notre exigence à nous, Européens progressistes, est d'entendre les peurs et de les calmer en apportant une réponse humaine et efficace.

Ici, Emmanuel Macron oppose le progressisme, qu’il revendique, au nationalisme. Or, le contraire du progressisme n’est pas le nationalisme, mais le conservatisme.

Le progressisme est une doctrine considérant que la société doit être profondément transformée, par la loi ou par la force, afin de garantir le progrès social. Au cours de l’Histoire, cette notion a été invoquée aussi bien par les défenseurs des Lumières, que par les pires obscurantistes communistes.

Lors de la grande opération de porte à porte qui accompagnait le lancement d’« En Marche », la notion de progressisme a été accueillie favorablement par les français sondés, ce qui explique sa reprise par le candidat Macron dans son programme.

Le nationalisme, pour sa part, est une doctrine dans laquelle le sentiment national est exalté. Il peut aussi s’entendre comme une doctrine qui revendique le droit, pour une nation, de posséder un Etat propre. Aucune de ces deux définitions n’a de rapport avec le progressisme, et opposer les deux notions est inepte.

Dans le contexte des déclarations finlandaises du président, sur l’immigration et le protectionnisme, parler de nationalisme a du sens. En revanche, parler de progressisme n’en a aucun. Il s’agit d’un vieil artifice politique consistant à remplacer « gentil » ou « camp du bien » par l’adjectif que le parti s’est accolé : en l’occurrence « progressiste ». Il est vrai que remplacer « progressiste » par « gentil » dans les tweets ci-dessus aurait un côté ringard. Mais le fond serait exactement le même.

Ainsi, Emmanuel Macron cherche à vendre son prétendu progressisme en opposant cette notion connotée positivement à celle du nationalisme, connotée négativement, car associée à l’extrême-droite. Il met ici des mots gracieux sur une rengaine bien connue : « Soit vous êtes avec moi, soit vous êtes fasciste ».

Rien de bien neuf dans le nouveau monde donc, à un souci près : en opposant progressisme et nationalisme dans une sémantique politicienne douteuse, Emmanuel Macron efface du débat l’opposé du progressisme : le conservatisme.

Celui-ci peut être défini comme une doctrine considérant que les valeurs, les traditions et les ordres préétablis sont source de sagesse, et qu’ils ne peuvent être modifiés que par les évolutions naturelles de la société, sans intervention de l’état ou d’une force quelconque.

Le conservatisme ne doit pas être confondu avec l’immobilisme, qui consiste à refuser le changement.

Montesquieu[1] écrivait : « Ainsi, lorsqu’un prince veut faire de grands changements dans sa nation, il faut qu’il réforme par les lois ce qui est établi par les lois, et qu’il change par les manières ce qui est établi par les manières : et c’est une très mauvaise politique de changer par les lois ce qui doit être changé par les manières ».

Le conservatisme n’est ni un immobilisme, ni un archaïsme. Dans le contexte de la société moderne du siècle dernier, lorsque la croyance dans la science était grande, et le progrès jugé enviable, les conservateurs défendaient des structures traditionnelles (communauté, foi, autorité…). Certains les défendent encore aujourd’hui.

Mais la notion de conservatisme est dynamique. Dans la société post-moderne actuelle, dans laquelle la croyance en la science diminue, et dans laquelle les superstitions reviennent en force, les conservateurs modernes se font les garants des acquis de la modernité (raison, liberté individuelle, esprit critique, laïcité, science, démocratie…). Ils se méfient d’un progressisme qui, dans sa volonté de changement, détruirait ces structures garantissant la liberté, la propriété, l’égalité en droits, et l’ensemble de ces Droits de l’Homme qui nous semblent, à tort, acquis.

Ils considèrent avoir hérité de ces structures et devoir à leur tour faire hériter de celles-ci aux générations suivantes.

Non, les conservateurs modernes ne refusent pas le changement, mais ils refusent que l’Etat impose celui-ci par la force, effaçant des héritages, des paysages, des architectures ou des traditions auxquels ils tiennent, auxquelles ils prêtent des vertus, et qui sont les piliers de notre société.

En cela, à l’heure où le progressisme est incapable de nous dire clairement vers quoi nous progressons, les conservateurs ont leur mot à dire, et Emmanuel Macron n’arrivera pas si facilement à les assimiler à des nationalistes pour les effacer du débat public.



[1] Montesquieu – « De l’esprit des Lois » - 1758

 

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